LIMITATION A L'ESSENTIEL
de l'illusion de la réalité; elle aussi a moins cherché à copier la forme visible dans tous ses détails qu'à en reproduire les parties et les traits qui lui semblaient caractéristiques. L'objet représenté ne devait pas paraître réel, mais être seulement reconnaissable. Malgré tout, on sent nettement le plaisir qu'a procuré à l'artiste le charme pittoresque de son sujet. Si certains traits ne sont indiqués que par des lignes conventionnelles, ou même sont négligés, ceux par contre qui lui semblaient caractéristiques ont été généralement exécutés avec l'amour et le respect de la nature. La peinture à l'encre, moins attachée à l'apparence des choses, se limite davantage aux traits caractéristiques. Sans parler de l'absence de couleur, elle ne donne de la forme réelle que ce qui est nécessaire pour faire exprimer par l'objet une idée ou un état d'âme et constitue pour elle le véritable sujet. Le principe de la peinture à l'encre est d'exprimer le plus possible par les moyens les plus réduits. Ce principe ne repose pas seulement sur l'indifférence du 2éniste pour l'apparence; il découle plutôt de cette tendance positive du zénisme, qui pousse l'homme, par tous les moyens, à un effort personnel. Le lavis provoque cet effort parce qu'il offre à l'œil juste assez pour obliger le spectateur à compléter le tableau par sa propre imagination. Avant tout, le peintre éh'mine ce qui n'est pas absolument indispensable. Souvent, quand il représente des personnages ou des groupes, il n'indique pas le fond, ni même le sol, de sorte que le spectateur doit créer lui-même le décor dans lequel se meuvent ces personnages, représentés absolument dans le vide. Cet isolement produit une impression de force et d'unité telle qu'il est rare d'en éprouver de semblable devant les tableaux européens, où les accessoires couvrent la plus grande partie de la surface. Le sujet même n'est souvent pas visible en entier; par exemple, une partie du paysage est presque toujours voilée par le brouillard et les nuages. Ce qu'on en voit n'est d'ailleurs jamais représenté avec force détails, mais, au contraire, à l'aide de si peu de traits, que la plupart des Européens considèrent les lavis comme des esquisses rapides, et non comme des tableaux achevés. Les exemples les plus frappants sont fournis par les lavis au pinceau de plumes, les habokis, et il est significatif que ce soient eux que les connaisseurs d'Extrême Orient estiment le plus. Dans les habokis, dont les meilleurs représentent des paysages, toutes les formes sont rendues par un nombre extrêmement réduit de traits et de taches; mais, dans les bons tableaux, ces traits et ces taches sont choisis et exécutés avec une telle sûreté qu'il devient