L'ENCRE DE CHINE
jeunes serviteurs des tableaux de Sesson, de Shougetsou ou de Sesshou sont presque identiques aux figures qu'on rencontre dans les paysages de Hsia- Koueï ou dans ceux d'autres anciens Chinois; les édifices, les barques, les arbres et les rochers se ressemblent tout autant. La conformité est si grande qu'on a l'impression que les artistes se sont légué ces formes, ce qui s'est en effet produit. Les Japonais ont fait un très large usage de tels emprunts, pour la bonne raison que la plupart d'entre eux n'avaient pas vu de leurs propres yeux les paysages chinois. 11 est vrai que Sesshou, le plus grand maître japonais, a passé plusieurs années en Chine; il est d'autant plus significatif que lui aussi n'a généralement employé que les formes de l'ancien art chinois. Ces artistes, n'attachant de l'importance qu'à l'impression produite et au sens de leurs paysages, considéraient, pour cela même, comme superflu d'en inventer les éléments et de les développer d'une manière personnelle; de même un écrivain, pour exprimer sa pensée, ne songera pas à créer des caractères graphiques nouveaux. Pour les peintres du lavis, les figures ne représentent guère effectivement que des signes d'écriture, et comme eux, elles se sont peu à peu épurées pour devenir des formes types.
Leur manière générale de traîter les formes n'a pas été non plus une création des peintres du lavis; ils l'ont empruntée à l'ancienne peinture objective. Ils ont adopté, sans y apporter de changements essentiels, celte manière qui caractérise plutôt qu'elle n'imite, cette façon de traiter les formes à plat, le renoncement aux effets de lumière et d'ombre, la répartition des personnages dans le tableau, cette perspective singulière où les lignes ne convergent pas vers un point de fuite, mais courent parallèlement à une ligne de fuite. C'est seulement sur cette base commune que, par son matériel particulier et par la technique qui en résulte, le lavis a établi son style propre.
Pourquoi la peinture subjective s'est-elle limitée à l'encre de Chine? Pourquoi n'a- 1- elle employé la couleur qu'exceptionnellement, et uniquement pour rehausser l'encre? Une première réponse à ces questions est donnée par ce fait que les premiers peintres de l'école subjective n'étaient pas des artistes de métier, mais des dilettantes lettrés, pour qui l'encre, dont ils se servaient pour écrire, était la matière la plus commode et la plus familière. En Europe aussi, le dilettante fera plus facilement usage du crayon et de l'encre que du