‹ Le lavis en extrême Orient. Traduction de Charlotte MarchandChapitre 8 sur 27 · LIGNES ET TACHES · texte numérisé non relu

LIGNES ET TACHES

La peinture à l'encre procède par lignes et par taches. On peut distinguer une manière graphique et une manière picturale, suivant que domine la ligne ou la tache. Vraisemblablement la manière graphique est la plus ancienne pour cette raison qu'elle était la plus immédiate et la plus facile pour le dilettante calligraphe. 11 était simple, en effet, de dessiner avec le pinceau à écrire des figures linéaires; de tels dessins semblent même une sorte d'écriture, il est en tout cas incontestable que l'écriture a exercé sur eux une grande influence. Le peintre du lavis a commencé par être un calligraphe; il continua d'ailleurs à pratiquer la calligraphie à côté de la peinture, l'outil avec lequel il peignait étant ce même pinceau avec lequel il écrivait. Par conséquent il n'est pas étonnant qu'en dessinant au pinceau il ait, sans s'en apercevoir, glissé vers la calligraphie. De tout temps en Extrême Orient l'écriture n'a pas été considérée seulement comme un art utile, on l'a cultivée et estimée aussi comme un art d'agrément. En Chine et au Japon les grands calligraphes sont réputés à l'égal des grands peintres; certains signes graphiques parfaits de leur main ne sont pas moins estimés qu'un chef-d'œuvre de Hsia-Koueï ou de Sesshou. L'effet artistique de l'écriture extrême -orientale résulte avant tout de la beauté immédiatement sensible de ses formes. Le pinceau élastique que guident librement le poignet et l'épaule, permet un élan tout autre, une modulation des lignes beaucoup plus hardie et variée que le crayon et la plume rigides que nous appuyons plus ou moins fortement sur le papier. Les traits de l'écriture européenne, presque toujours de même largeur et de même tonalité, paraissent secs et morts comparés aux lignes de l'écriture extrême -orientale, qui enflent et respirent, dont la largeur et l'intensité varient de manière aussi diverse, aussi gracieuse et aussi énergique que leur direction; si bien qu'Okakoura a pu dire "que chacune d'elles contient une vie entière". Bien qu'inexercé, notre œil peut cependant saisir une partie du charme de cette musique graphique, qui agit beaucoup plus intensément sur l'homme d'Extrême Orient, expert en écriture. Il est presque superflu de mentionner que la beauté de ces œuvres calligraphiques ne réside pas uniquement dans la forme de chaque trait considéré isolément, elle résulte tout autant de leur réunion harmonieuse en un signe, non moins que de la disposition relative de ces signes entre eux et sur la surface. En regardant attentivement un certain nombre de lavis on remarquera l'influence considérable que l'idéal et les lois de la calligraphie ont exercé sur eux. Pour le peintre également, la ligne n'est pas seulement un moyen de représentation

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