‹ Le LémanChapitre 19 sur 88 · IV. I>es côtes du lac · texte numérisé non relu

IV. I>es côtes du lac

Considérations théoriques. La bande de jonction entre le domaine des eaux et la teri’e fei’me est un phénomène géograpliique compliqué qui appartient en partie à la terre par sa zone émergée, en partie au lac par sa zone inondée. Mais ces deux zones juxtaposées empiètent l’une sur l’autre par le fait des variations de hauteur des eaux ; elles réagissent l’une sur l’autre aux points de vue géologiques, biologiques, physiques, etc. Il est donc opportun de les considérer dans une étude d’ensemble, et je désignerai sous le nom général de côle la région comprenant la zone de la terre qui est modifiée par le lac, et la zone du lac qui est modifiée par la tei’re ferme.

La côte tout entière est puissamment travaillée par le jeu des éléments qui la façonnent et la modifient ; elle est soumise à deux actions opposées : l’érosion et l’alluvion. Ces deux actions sont complexes et peuvent se décomposer en plusieurs facteurs qui agissent dans divers sens ; nous les étudierons attentivement plus loin. Pour le moment je me borne à les définir au point de vue qui nous intéresse ici, pour la formation des côtes du lac :

L’érosion est la destruction des couches de la côte par les actions mécaniques et chimiques de l’atmosphère et du lac.

L’alluvion est la formation de nouvelles couches par la précipitation mécanique ét chimique des matériaux en suspension ou en dissolution dans l’eau.

Erosion et alluvion, agissant alternativement dans le temps et dans

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l’espace ('), créent sur les bords du lac cet ensemble spécial du relief géographique que j’appelle la côte.

Rivage et littoral.

La côte se divise en deux régions bien distinctes qui toutes deux appartiennent au lac ; mais l’une lui est extérieure, l’autre seule fait partie du domaine des eaux.

Le rivage est la bande de terre qui entoure le lac de toutes parts, au-dessus de la nappe des eaux ; travaillée par le choc des vagues, elle est délavée par elles, de telle sorte que les matières terreuses lui sont enlevées et que le sol n’est plus constitué que de roches, de galets et de sables. C’est la terre ferme lavée par l’eau.

Le littoral ou la région littorale du lac est la bande côtière du domaine des eaux, celle qui entoure le lac jusqu’à la profondeur limite de l’action des vagues, jusqu’à quelques mètres au-dessous de la nappe de l’eau. Autrement dit : le littoral est la région du lac qui est sous l’influence directe du mouvement mécanique des vagues.

Rivage et littoral se décomposent en zones parallèles, qui, par le fait des variations de hauteur des eaux, empiètent alternativement les unes sur les autres.

Pour les bien comprendre et les séparer, décrivons la côte dans sa composition théorique. Nous choisissons pour cela deux localités où les conditions du développement de l’appareil côtier soient bien en évidence.

Dans l’une, l’érosion agira avec toute sa puissance et sera l’agent souverain, constructeur de la côte ; nous désignerons ce type sous le nom de côte d’érosion.

Dans l’autre, l’alluvion sera prédominante et déterminera le type de l’appareil côtier. Ce séra la côte d’alluvion.

Côte d’érosion.

En général la formation de la côte est régie par l’érosion partout où l’alluvion d’une rivière ne trouble pas le jeu normal des actions méca-

(b On me pardonnera cette expression d’importation germanique ; sa concision la rend précieuse, et ce qu’elle a de délicieusement vague n'est pas un de ses moindres mérites.

HYDROGRAPHIE

niques du lac. La côte d’érosion existera donc sur toute la longueur de la rive qui n’est pas occupée par les deltas des affluents.

Nous allons étudier le développement théorique de ce type de côte. Le croquis ci-joint nous aidera à la compréhension des faits que je vais décrire. La ligne ab c cl e (fig. 19) représente la coupe originelle du talus de la terre alors que le lac s’est établi sur la pente et a' commencé à modeler la côte. L’horizontale f g est le niveau des hautes eaux, l’horizontale h i le niveau des basses eaux du lac.

La première action que nous ayons à considérer est celle de l’érosion. Sous les coups répétés des vagues les matériaux mobiles de la terre sont enlevés, et la partie émergée de la côte est excavée. Dissoutes chimiquement par les eaux, dissociées physiquement par l’eau

de pluie et l’eau du lac, désagrégées par les alternatives du gel et du dégel, séparées mécaniquement par le choc des flots, les parties meubles de la terre sont enlevées et entraînées dans le lac. La côte est ainsi excavée, et cette excavation progresse en avançant dans la terre ferme.

L’excavation ainsi formée ckh flb (fig. 19) se décompose en trois parties :

a Une paroi d’éboulement, la falaise bl; elle doit son origine à l’effondrement naturel des couches de la terre ferme à mesure que leur pied est sapé par les vagues. Suivant la nature plus ou moins résistante de la roche qui constitue le sous-sol, la paroi est plus ou

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moins verticale ou inclinée. En général, sauf dans les terrains trop fliients, le haut de la falaise, formé de roche en place, est presque vertical, et à sa partie inférieure les matériaux éboulés s’établissent en un talus de moins en moins incliné ; ils s’étalent sur la grève et sont balayés par les vagues. La falaise s’accroît en hauteur à mesure qu’elle pénètre plus avant dans la terre ferme. La falaise étant formée par la surface libre de la roche en place, érodée mais non modifiée par l’eau du lac, elle appartient bien au rivage par son mode de creusement, mais par sa constitution elle fait encore partie de la terre ferme.

b La grève Ik.

c Labeine d’érosion kc.

,Te vais reprendre la description de ces deux dernières parties.

La grève. Au pied de la falaise s’étend une zone d’inclinaison moyenne l k, sur laquelle les vagues déferlent et qui est lavée par, elles. Elle porte le nom de grève, elle est recouverte d’une couche de galets et de sables, et se continue dans le lac jusqu’à un mètre ou deux sous les eaux.

La grève est un élément commun à la côte d’érosion et à la côte d’alluvion ; nous la retrouverons dans ce second type d’appareil côtier.

La pente de la grève plonge vers le lac ; son inclinaison, et par suite sa largeur varient d’un point à l’autre. Les facteurs qui les font varier sont :

a La grosseur des matériaux ; là où la grève est recouverte de galets ou de graviers sa pente est plus forte que sur les plages sableuses.

P L’exposition de la côte au choc des grandes vagues. Plus les vagues qui travaillent la grève sont fortes, plus la pente est faible, et par conséquent plus la largeur de la zone est considérable.

■f La largeur générale du système côtier intervient aussi pour déterminer la pente de la grève. Là où la terrasse horizontale immergée que nous allons décrire sous le nom de beine est de grande étendue, la grève a, toutes choses égales, une pente faible. Là où le lac s’approfondit rapidement et a un talus très incliné, la grève est peu large et a une forte inclinaison.

La pente de la grève varie dans les limites de 10 à 20 “/q.

Sur les bords du Léman sa largeur varie de 5, 10 à 60 ou SO"”. Ces

HYDROGRAPHIE

très grandes largeurs ne sont représentées que dans les côtes d’alluvion ; sur la côte d’érosion la grève n’a guère plus de 5 à 10'«.

Le sous-sol de la grève est formé par la roche en place du terrain primitif attaqué par l’érosion.

En quelques localités, on peut voir parfois le sous-sol à nu, lorsque les vagues, au lieu d’amener des galets et des. sables comme c’est leur office ordinaire, ont enlevé les matériaux de transport. C’est du reste l’exception. Dans la règle, dans la grande majorité des cas, la grève e.st recouverte d’une couche plus ou moins épaisse de galets, de graviers ou de sables apportés par les vagues. Suivant les temps et les lieux, le sol de la grève est formé :

Ou bien de sables, quelquefois très fins, parfaitement lavés.

Ou bien de graviers distribués en zones, selon leur grosseur ; les vagues effectuent un décantage mécanique qui porte plus ou moins loin tel ou tel calibre de graviers.

Ou bien de cailloux ou galets constituant un pavé continu. Nous aurons à décrke plus longuement cette formation à propos des ténevières de la beiue ; nous la notons simplement ici.

Ou bien de blocs erratiijues, restes des moraines dont les parties meubles ont été enlevées pai- les vagues.

Ou bien de roches en place, calcaires, poudingues, mollasses, marnes, argiles, mises à nu par l’érosion.

Ou bien encore la grève est recouverte de monceaux plus ou moins épais de poussières lacustres, débris de végétaux et d’animaux accumulés par les vagues.

Parfois sur la même grève deux ou plusieurs types de sol peuvent se trouver juxtaposés.

Quant à leur origine, il y a lieu de distinguer entre les matériaux de la grève ;

Les roches en place, les blocs erratiques, les cailloux sont des parties qui ont résisté à l’action d’érosion du lac ; ils n’ont pas encore été usés et amenuisés par le frottement mécanique et par la dissolutiun chimique des eaux ; ils sont des témoins persistants de l’ancien sol qui constituait la muraille du lac.

Les graviers et sables au contraire sont plutôt un terrain de transport ou d’allu\non. Une partie d’entr’eux résultent bien, il est vrai, de ta trituration des roches en place et des anciens matériaux du sol, mais la plus grande partie provient du transport des rivières. L’allu-

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vion que les affluents déposent à l’embouchure de leur delta est en effet entraînée par le mouvement des vagues et promenée le long de la grève ; elle est charriée souvent fort loin de la bouche du torrent et est rejetée sur la grève. L’importance de ce dépôt torrentiel varie d’une côte à l’autre ; elle décroît à mesure que l’on s’éloigne de la rivière. Mais en général je puis attribuer à un transport de l’alluvion torrentielle, remaniée par les vagues du lac, la majeure partie des sables et graviers qui recouvrent la grève.

Je divise la grève en trois zones qui vont de l’extérieur à l’intérieur, de la tei’re au lac :

La grève exondée If (fig, 19), qui n’appartient jamais au domaine du lac, et n’est atteinte et lavée que par les vagues de tempête.

La grève inondable fh, zone intermédiaire qui aux basses eaux est à sec et appartient alors au rivage, qui aux hautes eaux est inondée et appartient alors au littoral et par conséquent au lac.

La grève inondée h k, zone inférieure, qui môme à l’étiage est recouverte par les eaux, et fait partie permanente du domaine du lac.

La borne, k m (flg. 19). .\u-delà de la gi’ève inondée s’étend une terrasse, plus ou moins large, sous une profondeur d’eau plus ou moins grande, mais toujours remarquable par son horizontalité presque parfaite ; elle ne s’approfondit pas ou presque pas et la sonde trouve presque la même hauteur d’eau sur toute la largeur du même profil de ce banc de sable côtier. Je suis obligé d’iritroduire pour cette terrasse un nom local, la beine, usité sur notre lac ('), par le fait que dans la langue scientifique nous n’avons aucune appellation qui dé.signe le fait géographique sur lequel j’attire l’attention des géologues. Cette terrasse littorale immergée existe en effet sur toute côte des lacs et des mers ; elle se développe plus ou moins partout où les vagues viennent frapper une rive ;-elle est l’un des éléments les plus caractéri.stiques de la structure sous-lacustre ou sous-mafine du littoral, et elle mérite d’être étudiée partout où des eaux dormantes sont en contact avec la terre ferme.

(‘) Dans les lacs de la Suisse allemande la beine est appelée die iVysse, an lac de Neuchâtel le blanc-fond. Le nom de terrasse littorale auquel j'avais pensé aurait amené une confusion facile avec les terrasses Iluvio-lacustres émergées, dans d’anciens rivages, sur les Ijords d’un lac dont la nappe aqueuse s’est affaissée; j’aurais dii y ajouter le mot immergée. Terrasse littorale immergée eût été bien compliqué ; le mot de beine est plus rapide et j’ose espérer qu’on voudra bien l’admettre.

HYDBOGRAPHIE

La raison d’étre de la beine réside dans la limite d’action des vagues. Celles-ci sont un phénomène de surface, dont l’intensité va rapidement en diminuant dans les couches sous-jacentes ; l’eau e.st agitée jusqu’à quelques mèti’es de profondeur, elle est calme plus bas. Au-dessus de cette limite le mouvement mécanique des vagues érode le sol, attaque les roches, les désagrège, les transporte, les emporte ; au-dessous de cette limite l’eau est calme et l’alluvion soulevée par les vagues se dépose sur le sol. Le courant de retour des vagues entraîne dans la direction du plein lac les grains de sal}le arrachés à la grève ; ils sont charriés de k en m et ils ne s’arrêtent qu’au -delà du point m où ils trouvent une profondeur suflisante pour que l’eau y soit calme et ne les tienne plus en suspension.

La profondeur de la beine est variable suivant l’exposition de la côte. Plus les vagues qui viennent y déferler sont puissantes, plus leur action est pi-ofonde, plus la beine est profonde aussi ; sur les plages bien abritées la beine est sous une faible épaisseur d’eau. Dans le lac Léman la profondeur de l’eau sur la beine varie de 1 à -4“ aux basses eaux.

J’ai dit que la beine est presque horizontale. Je dois souligner ce mot presque. Le transport des matériaux se faisant de la rive en plein lac, il y a en réalité une inclinaison dans la terrasse de la beine ; l’eau va légèrement en s’approfondissant du pied de la grève au bord libre de la beine.

On doit distinguer dans la beine, en y faisant intervenir la notion d’origine : une partie externe (paj' rapport au lac), au pied de la grève immergée k e, a été creusée par l’érosion dans l’ancien talus de la côte, c’est la beine d’érosion; l’autre, la partie interne cm, a été formée par le transport successif des matériaux charriés par les vagues, c’est la beine d’alluvion. La limite entre ces deux parties n’est pas apparente à la surface de la terrasse, et ne deviendrait évidente que si l’on pouvait faire une tranchée dans le sol de la beine.

Le sol de la beine est en général recouvert d’une couche de sable fin, plus ou moins limoneux ; en certains points le sable est presque pur, formé de grains arrondis par leur frottement les uns sur les autres ; ailleurs il est vaseux. En fait d’accidents du sol on trouve au milieu de la beine d’érosion les pavés de cailloux et de galets que nous décrirons sous le nom de ténevières et les blocs erratiques, restes de l’ancien terrain de transport glaciaire dont les parties plus meubles ont été délavées par l’érosion.

LES CÔTES DU LAC

Le sous-sol de la beiiie d’érosion est constitué par la roche en place des murailles du lac ou par le revêtement glaciaire qui la recouvre; le sous-sol de la beine d’alluvion est foi-mé parles sables arrachés à la grève par l’érosion du lac et transportés par le courant de retour des vagues. Comme nous allons le dire en parlant du mont, le teriaiin de la beine d’alluvion est stratifié en couches inclinées plongeant vers le plein lac.

La beine est limitée en avant par un talus très incliné qui porte le nom local de mont, sa pente est de 10 à 30 ou 60 %.. Il se l’elie à- la beine par une crête convexe arrondie, mousse, et il se continue dans la profondeur jusqu’à ce qu’il rencontre par une pente concave arrondie le grand talus général du lac. Dans la flg. 20 je donne, à la même échelle pour les longueurs et les profondeurs, la coupe de quelques ù. talus, du mont devant Morges. La ligne n a

~ figure le niveau des basses eaux, la coupe h le profil du mont dans l’aügnement de l’axe de l’église, la coupe c dans l’alignement de

(Fig. 20.) Quatre profils du mont

devant Morges 1 : æoo«. la Sauliierio, la coupe d dans l’alignement de la fabrique Redard, la .coupe e dans l’alignement de la ruelle Monod.

Le mont est un talus d’éboulement sous-aquatique de matériaux sableux. En voici le mode de formation : Le courant de retour des vagues charrie sur la beine les sables ari'achés à la grève ; il les transporte jusqu’à la limite d’action des vagues et les laisse déposer au point même où l’agitation de l'eau cesse de les tenir en suspension. C’est donc sur le bord antérieur de la beine (au point m) que se fait ce dépôt, qui s’accumule aussi longtemps qu’il reste à l’état d’équilibre. Mais lorsque la poussée des matériaux entassés dépasse l’adhérence des particules sableuses qui le constituent, le nouveau dépôt s’éboule le long de la pente et s’étale sur le talus. Il se fait alors un de ces eflbndrements ou coulées que les riverains ont souvent l’occasion de constater. Nous en citerons plus loin quelques exemples. Il en résulte que le talus du mont s’avance en empiétant sur le domaine du lac à mesure que de nouveaux matériaux sont apportés ; que ces matériaux sont distribués en couches inclinées à la pente du talus naturel d’éboulement sous- aquatique; que le sous-sol de la beine d’alluvion est formé par les couches sableuses stratifiées parallèlement à ce talus d’éboulement, c’est-à-dire inclinées vers le lac suivant une pente de 40-60 “/o. Plus les grains de sable sont grossiers plus la pente est inclinée ; plus l’alluvion est menue plus la pente est douce.

HYDROGRAPHIE

La beine tend sans cesse à s’élargir, d’une part aux dépens de la terre ferme par le déchaussement de la falaise, d’autre part du côté du lac par l’avancement du talus du mont.

La limite antérieure de la beine apparaît parfois d’une manière très frappante. Si d’une hauteur qui. domine le lac on regarde la côte par un beau jour de printemps, alors que l’eau est transparente et qu’une brise assez fraîche supprime par ses vaguelettes les reflets du miroir des eaux, on voit l’eau bleue azurée du profond du lac bordée vers le rivage par une zone verdâtre, claire, nette et distincte ; c’est la beine dont la faible profondeur permet à l’œil de voir le fond et d’en mélanger la teinte jaunâtre avec la couleur bleue de l’eau. La ligne de séparation est très tranchée là où le talus du mont est fort incliné ; elle est confuse et indistincte là où le mont se prolonge longtemps en une pente douce.

La figure 21 représente à l’échelle de 1 : 4000“, avec même réduction

O. tifût 3i>p- Joo».

(Fig. 21.) Profil de la beine devant Morges 1 : 4000®

pour les hauteurs et les longueurs, le profil de la beine et du mont devant la ville de Morges : a à est la beine, b c le mont, c d le talus général du lac, e e la nappe des eaux.

L’expérience suivante montre bien le mécanisme de la formation de la falaise, de la beine et du mont : Le 24 septembre 1874 j’étudiais les seiches du lac de Morat sur la plage de sable remarquablement fin que l’aliaissement artificiel du lac a laissée à sec, à l’angle N.-E. du lac. Le lac était au calme plat et de très faibles vagues mortes à peine sensibles venaient battre la rive. Je bâtis, par quelque dLx centimètres de profondeur d’eau, une île artificielle de deux ou trois décimètres carrés, formée de sable très fin. Les vagues venant la battre creusèrent

(Fig 22.) Formation expérimentale de la côte, bientôt une falaise et au bout d’un quart d’heure mon île avait la coupe que donne la fig. 22 : la ligne pointillée auaa reproduisant le dessin

LES CÔTES DU LAC

de l’île primitive, la ligne brisée bcdefg h i représente File façonnée par les vagues, entourée d’un mont hc li i, d’une beine cd g h et creusée d’une falaise de f g; mm est le niveau de l’eau, fci le sol sur lequel s’élève File.

Côte d’alliivion.

Le procès de formation du littoral se présente sous un second type, fort différent de celui que nous venons de décrire et que nous désignons sous le nom de côte d’alluvion. En effet, le transport d’alluvion d’un affluent peut être assez puissant pour dépasser en activité la faculté d’érosion et de transport des vagues ; les matériaux meubles de Falluvion ffuviatile s’accumulent alors autour de l’embouchure et forment un cône d’alluvion émergé qui porte le nom de delta ; c’est une pointe de terre basse, à avancement progressif qui fait toujours davantage saillie dans le lac. Le delta protège la l’ive contre l’érosion et il ne se forme plus de falaise. Si le delta s’allonge plus rapidement que les matériaux ne sont charriés en avant par les vagues, la beine peut se réduire à peu de chose ou à rien ; cela a heu particulièrement sur un littoral où le talus général du lac est très mcliné ; le talus du mont y pi’end bien vite un développement tel qu’il absorbe énormément de matériaux pour une faible progression en avant, et l’élargissement de la beine y est excessivement ralenti. A mesure que le delta s’allonge dans le lac, la pente de la rivière diminue et la faculté de transport de ses eaux s’affaiblit ; il en résulte un dépôt de matériaux sur la surface du delta. Il se forme ainsi sur ce qui était autrefois le domaine du lac, un cône toirentiel émergé, à couches relativement peu inclinées qui reposent sur les couches plus inclinées de l’ancien talus du mont.

Le profil de la côte sur un delta de rivière est donc essentiellement différent de celui -d’une côte en falaises. Il se résume dans les parties suivantes, fig. 23 : De a en ù est le delta, pointe de terre basse de forme triangulaire mousse, constitué à la surface par des couches d’alluvion très peu inclinées c ayant la pente de Falluvion torrentielle émergée, dans la profondeur par les couches d’alluvion très fortement inclinées d de l’ancienne surface hbre du talus du mont. De ù en / la grève qui se décompose en grève exondée b e au-dessus des eaux, et en grève inondée c f au-dessous de la nappe du lac ; entre deux est la grève inondable que j’ai décrite plus haut, mais que je ne figure pas

HYDROGRAPHIE

dans mon croquis, pour simplifier. C’est à la hauteur de la lettre f, au bas de la grève, que corre.spond le plan limite m f entre les couches peu inclinées de la surface du delta et ses couches profondes fortement inclinées; c’est à quelques décimètres au-dessous des basses eaux du lac que s’établit ce plan très l’econnaissable dans les coupes des anciens deltas du lac mis à sec dans les terrasses que nous décrirons plus tard. Au-devant de la grève s’étend le talus du mont f g qui descend en pente inclinée jusqu’à sa rencontre avec le talus général du lac g k, suite des murailles pi-imitives du bassin h k.

Le mont d’un cône d’alluvion immergé ne diffère pas par sa forme du mont qui limite en avant la beine d’une côte d’érosion. Il en diffère cependant par sa constitution : Los matériaux charriés sur la beine jjai' le courant de retour des vagues ne sont que des sables fins ou de la vase ; le mont de la beine ne renferme donc pas de graviers ni de

(Fig. 23.) Schéma théorique d’uno c6t,o d’alluvion, ou delta.

galets, et une coupe de la beine, si celle-ci était mise au jour, ne rencontrerait que des sables fins. Les matériaux, au contraire, apportés par l’affluent nourricier du delta peuvent éti-e très grossiers ; ils varient en tous cas de grosseur suivant l’état de l’affluent qui, à l’étiage charrie à peine des sables fins, en crue de débordement transporte des graviers, des galets, des blocs ; tous ces matéi'iaux amenés dans le lac s’étalent, par le mécanisme que j’ai décrit, sur le talus du mont ; il en résulte que la surface du mont et les couches profondes du delta sont constituées par des couches alternativement fines et grossières, de grosseur très variaîile, depuis les sables les plus fins jusqu’aux galets les plus volumineux que l’affluent est capable de transporter.

Je veux encore signaler trois faciès spéciaux des côtes dont nous avons des représentants sur les rives du Léman, à savoir les lagunes, les dunes et les moraines littorales.

LES CÔTES DU LAC

Les lagunea se développent au fond de golfes envahis par l’alluvion sui' un talus peu incliné. Là où l’alluvion est dominante, sur les flancs d’un delta de rivière à transport puissant, ou bien au fond d’un golfe peu profond où se déverse une rivière, l’alluvion envahit le domaine du lac. Les vagues ordonnent les sables et graviers en bancs parallèles à la rive, qui ne tardent pas à s’exhausser, à sortir des eaux en laissant entre eux et le rivage un étang, une lagune. Il y a alors formation d’un cordon littoral, d’un véritable lido avec la lagune derrière lui. Nous en avons des exemples aux Grangettes de Villeneuve, aux Pierrettes d’Ouchy, sur les flancs des deltas du Boiron de Morges, de l’Aubonne, de la Promenthouse, dans la plaine de Genthod, au fond du golfe de Coudrée, etc.

Depuis quelques années j’assiste à la formation nouvelle de ces barres au fond du golfe de Préverenges, entre les roseaux de Morges et l’embouchure du Bief; je vois les hauts-fonds 'parallèles à la rive se relever progressivement. Leur place est nettement indiquée par le jeu des vagues qui se resserrent lorsqu’elles traversent la baiTc pour s’élargir lorsqu’elles airivent dans la lagune où l’eau est plus profonde.

Dunes. Dans le fond du golfe de Coudrée, entre le Foron et le Vion, et au-delà du Vion jusqu’aux falaises d’Excenevex, (') il s’étend une plaine couverte de superbes dunes de sable fin ; sur la rive droite du Vion elles sont masquées par la forêt de Coudi’ée, sur la rive gauche elles sont à nu, recouvertes d’une flore spéciale de buis, épine-vinette, genévriers, asperges, œillets, etc. Elles atteignent jusqu’à 3 et même 5 mètres de hauteur, et ont la forme et les allures caractéristiques de la vraie dune. Sous l’action du vent elles sont mobiles, et le 27 août 1878 j’en ai vu une qui s’était déplacée en traversant et recouvrant en partie un ancien chemin. Le sable de ces dunes a la structure spéciale que j’ai constatée dans tous les sables des dunes aériennes ; les grains roulés par le vent les uns sur les autres se sont émoussés, arrondis et ont la forme de sphérules presque parfaites.

Les moraines Vütorales. Lorsque l’érosion du lac attaque un sol de terrain glaciaire composé d’ai'giles à cailloux, de sables, de pierres et de blocs, elle enlève les matériaux ténus et meubles, mais elle ne peut déplacer les grosses pierres. Celles-ci restent sur la beine comme témoins de l’ancienne nature du sol. C’est ce qui explique les nombreu-

(!) C’est par erreur que la carte suisse écrit Excenevrex.

HYDROGRAPHIE

ses moraines immergées, avec blocs erratiques formant récifs, sortant plus ou moins de l’eau, qui se rencontrent sur plusieurs des rives du Léman. Je citerai comme exemples les moraines littorales d’Yvoire, de la côte de Préverenges, etc.

Des faits exposés il résulte que, dans la zone côtière, nous avons en présence simultanément et concurremment l’action d’éi'osion et l’action d’alluvion. L’érosion excave la côte et creuse la falaise et la beine d’érosion, laissant en place les moraines littorales. L’alluvion ordonne les dépôts sableux de la beine d’alluvion avec son talus d’éboulement, le mont ; l’alluvion fluviatile bâtit la partie émergée des deltas, l’alluvion fluvio-lacustre leur partie immergée : l’alluvion enfin établit les cordons littoraux, leurs lagunes et les dunes qui peuvent les combler.

Description hydrographique des côtes du Léman.

Reprenons maintenant les côtes du lac et faisons-en une description générale, qui comprendra ainsi la région littorale, sur les bases que nous venons d’établir.

Si nous partons des bouches du Rhône, ou plutôt du Bouveret, en longeant la côte suisse, nous trouvons successivement ;

lo La plaine du Rhône du Bouveret à Villeneuve. C’est le delta d’alluvion du Rhône, fleuve alpin à puissant transport. Il charrie des galets, des sables et de l’alluvion impalpable. Dans la série des âges, ses embouchures ont divagué sur toute la largeur de la plaine. Depuis les temps historiques, elles sont localisées sur le bord occidental de la vallée, à la place occupée actuellement par la grande bouche du Rhône, à 800“ du Bouveret, et au Vieux-Rhône, 800"' plus loin.

Ce rejet vers le côté occidental des bouches du fleuve fait avancer le delta notablement plus lom sur la côte valaisanne que sur la côte vaudoise, et le cône immergé est fortement asymétrique. A propos du plafond du lac nous avons vu que les courbes isobathes font beaucoup moins sailhe du côté du Bouveret que devant Villeneuve.

Les gros galets, dont le volume atteint la grosseur d’un œuf, du poing ou même d’une tête d’enfant, sont déposés à la bouche principale du Rhône et forment une pointe basse à droite et à gauche du chenal du fleuve ; la grève exondée avance à peu près également de chaque côté ; mais sur la rive gauche un banc de sable immergé par les hautes eaux fait une saillie considérable.

LES CÔTES DU LAC

Les sables sont charriés par les vagues le long de la côte. Entraînés surtout par les vagues du vent sudois qui viennent de l’ouest, ils arrivent jusque près de Villeneuve et forment, au devant de la grève, une beine très étendue mesui’ant par places jusqu’à 1^'» de largeur. Le front de cette beine n’est pas rectiligne ; il forme une série d’éperons, au nombre de 5 ou 6, plus ou moins saillants, désignés par l’appellation locale d’arans. Ceux-ci se voient sur les courbes isobathes jusqu’à la profondeur de 50"' et plus. Le plus considérable, situé au devant des Grangettes, limite à l’ouest le golfe de Villeneuve ; c’est sur cet aran qu’est bâti l’îlot de Peilz. Les sables du Rl:ône sont très fins et le mont, qui s’établit au devant de la beine, a une pente fort douce ; mesurée jusqu’à l’isobathe de 85"', son inclinaison moyenne n’est que de 16 pour cent, ce qui est fort peu.

Outre les galets et les sables, le Rhône charrie une masse énorme d’alluvion impalpable qui est entraînée au loin dans le lac, jusque dans la plaine centrale, comme nous le veiTons quand nous ferons la théorie du ravin sous-lacustre du Rhône. Une partie de cette alluvion impalpable se dépose sur le cône immergé et forme la rampe descendante du plafond du lac. Nous en avons sufflsamnient décrit l’inclinaison. Dans la fig. 24 je donne le profil du cône d’alluvion immergé

(Fig. 24.) Profil du cône sous-lacustre du Rhône. 1 : 50 000®.

du Rhône à l’échelle de 1 : 50 000®. On y voit la lenteur de l’approfondissement du lac, la faible déclivité de la pente.

2® De Villeneuve à Ouchy, la côte du lac forme une muraille rocheuse fort inclinée qui se continue sous les eaux par un talus également fort raide. La côte terrestre est cependant loin d’être verticale. Dans sa paifie la plus rapide, au signal de Chexbres, par exemple, sa pente ne dépasse pas 50 pour cent, soit un angle de 26". Nous avons vu que les talus sous-lacustres avaient des valeurs à peu près du même ordre.

La fig. 25 à l’échelle de 1 : 25 000® donne le profil du signal de

(Fig. 25.) Profil de la côte et du talus devant Chexbres et le Désaley. 1 : 2-5 (XW*.

HYDROGRAPfflE

Chexbres jusqu’au fond du lac en passant par le Désaley. L’œil reconnaît difficilement dans ce croquis les rampes très raides que nous connaissons en nature. En réalité elles ne sont pas plus inclinées que cela.

Quoi qu’il en soit de cette représentation, nous pouvons dire que les murailles émergées de la vallée et celles du lac sont, dans cette région du Haut-lac, relativement fort inclinées; les murailles, consistant en roches calcaires, en poudingues et en grès, sont difficilement attaquables par l’érosion lacustre ; la falaise y est verticale et empiète fort peu sui' la terre. La grève y est peu large et elle est fort inclinée, formée d’un cailloutis grossier avec peu de sable. La beiue y est presque nulle à l’exception de quelques golfes peu profondément découpés, golfes de Vevey, de Creux de Plan, de Pully, etc. Le mont, qui se développe sur un talus général à grande déclivité, se confond presque avec celuici et les deux ensemble se prolongent en une pente uniforme jusqu’aux grands fonds du lac.

Cette côte est coupée par quelques deltas torrentiels qui présentent, eux aussi, des caractères .spéciaux : je citerai ceux de la Tinière, de la Veraye, des bayes de Montreux et de Clarens, de la Veveyse, de la Lutrive. Ces rivières, descendant par une pente très raide de montagnes fort escarpées, n’ont ni un cours prolongé, ni un vaste bassin d’alimentation ; à l’étiage elles n’ont que peu d’eau. Mais, gonflées par les pluies d’orage, avec la pente très accentuée de leur lit, elles prennent les allures de torrents et charrient un fort bagage d’alluvion grossière, caillouteuse, galets et pierres qui forment au-dessus du lac un cône torrentiel assez incliné.

Le cône sous-lacustre de ces torrents est assis sur un talus très profond et se développe dans le lac en un cône bien dessiné à généra-'

trice fort inclinée. Leur pente moyenne est :

Pour le cône lacustre de la Yeraye, 0.52

» de la baye de Montreux, 0.48

» de la baye de Clarens, 0.45

» de la Veveyse, 0.45

soit généralement de 45 à 50 pour cent.

3° D’Ouchy à Genève la côte a des allures fort différentes. Les murailles du lac sont beaucoup moins inclinées, la pente générale de la terre ferme est beaucoup plus douce, et les talus sous-lacustres

LES CÔTES DU LAC

sont beaucoup moins déclives. Je donne dans la fig. 26 le profil de la côte, passant par le signal de Bougy, Perroy et le lac, au 1 : 100 000^ ; la pente est presque insensible, dans le lac du moins.

La terre ferme est, sauf quelques points où apparaissent les mollasses et les marnes tertiaires, très généralement composée par un revêtement de terrains glaciaires ou par les graAûers des terrasses fluviolacustres des anciens niveaux du lac ; elle est facilement attaquable et l’érosion du lac y creuse des falaises parfois très bien marquées. La grève y est plus large, à pente plus douce que dans le Haut-lac ; elle

(Fig. 26.) Profil de la côte et du talus par le signal de Bougy et Perroy. 1 : 100 000'.

est généralement recouverte d’un sable fin. La beine y est parfois étendue et bien marquée ; au fond des golfes des Pierrettes, de Morges, de Rolle, etc. ; elle mesure souvent 400 ou 500"> de large. Au devant de la beine, le mont, qui se développe sur un talus général du lac peu incliné, se dessine fort nettement par la pente bien accusée d’un talus d’éboulement du sable.

Quant aux deltas de rivières, ils sont relativement assez considérables. Les affluents principaux, la Venoge, la Morge, le Boiron, l’Aubonne, la Promentliouse, la Versoie ont un bassin d’alimentation important, et lorsqu’ils sont gonflés par la fonte des neiges ou par les pluies d’automne. Us charrient un grand volume d’eau. Mais la pente de leurs cours est peu inclinée ; aussi, s’ils transportent beaucoup d’alluvion, les matériaux en sont peu volumineux ; ce sont des graviers plutôt que de gros galets ou de grosses pierres. D’une autre part, le talus général du lac sur lequel s’établit le cône d’alluxdon est peu déclive, par conséquent Te delta est dans de bonnes conditions pour se développer assez vite et former une pointe émergée assez importante. Les deltas des rivières de cette partie du lac font une saillie bien marquée sur les côtes du lac. — Notons déjà ici que les terrasses ^u^^olacustres des anciens niveaux du'lac complicpient souvent la structure du delta émergé, comme nous le verrons plus loin.

4® Sur la côte de Savoie, entre le Bouveret et Evian, dans le Haut-lac savoyard, nous avons des conditions à peu près analogues à celles du Haut-lac vaudois sur la côte nord. Teri’e ferme rocheuse très abrupte.

HYDROGRAPHIE

talus du lac très inclinés et très profonds. Peu de falaises, grève caillouteuse peu large, pas de beine. Il y a sur cette côte un seul delta torrentiel, celui de la Morge de St-Gingolph, comparable en tous points à ceux des torrents du district de Vevey. Sa pente est de 55 pour cent.

5° Entre Amphion et Thonon s’étend l’énorme delta de la Dranse, de 21^'" de saillie sur la côte, de de .superficie dans la partie émergée. Il e.st le plus important du lac après celui du Rhône; il a tous les caractères typiques que nous avons décrits dans nos généralités. La pente de son talus est de 40 pour cent.

6° De Thonon à A'voire est un golfe large et profond, la Grande- Gonche, au fond duquel les alluvions de deux ruisseaux, le Redon et le Foron, ont formé un cordon littoral avec des lagunes, et une plaine sableuse avec des dunes. C’est le seul point du lac où je connaisse cette dernière formation.

7® La pointe d’ Y voire est remarquable par le beau développement de ses falaises et par la moraine de gros blocs glaciaires qui apparaît sur la beine, moraine littorale.

8“ De Nernier à Genève la côte ne présente à signaler, en fait de de détail important du l’elief, que le promontoire immergé des Hautsmonts ; je l’ai décrit plus haut.

Je veux encore indiquer dans la rade de Genève la formation des arans que j’ai décrite à propos de la côte de la plaine du Rhône (page 83). Je rappelle que nous appelons arans des promontoires immergés, plus ou moins obliques à la ligne du rivage, qui s’avancent sur le bord libre de la beine ou apparaissant sur la beine elle-même; ce sont des hauts-fonds sur sol d’alluvion. L’on voit fort bien cette formation des arans sur la belle carte de la rade de Genève levée en 1880 par E. Merle d’Aubigné. (') Sur la rive gauche on reconnaît cinq pointes sous-lacustres s’avançant plus ou moins en avant ; sur la rive droite il n’y en a cpie deux. La saillie de ces arans de Genève est peu considérable, elle n’est que de 30 à 50'™ au plus : mais ils n’en sont pas moins très bien visibles sur cette carte à grande échelle où les courbes horizontales ont une équidistance de 10'^™ seulement.

Je résumerai la nature des côtes du lac Léman en suivant ses

(h Plan de situation du Banc de Travers d’après les sondages faits en février et mars 1880.

LES CÔTES DU LAC

rivages et en indiquant les caractères généraux de l’appareil côtier tel qu’il se développe successivement en partant des bouches du Rhône ;

Rive droite. Des'bouches du Rhône à Villeneuve. Plaine

du Rhône,

Côte d’

Delta du Rhône,

alluvion.

Delta de la Tinière,

id.

De Grandchamp à Veytaux, côte rocheuse,

érosion.

Veytaux, delta de la Veraye,

alluvion.

Golfe de Territet,

érosion.

Delta de la baye de Montreux,

alluvion.

Golfe de Vernex,

érosion.

Delta de la Itaye de Clarens,

alluvion.

Du Basset à Vevey,

érosion.

Delta de la Veveyse,

alluvion.

De Cor.seaux.à Lutry, (i)

érosion.

Delta de la Paudèze,

alluvion.

De Pully à Cour sous Lausanne,

érosion.

Delta du Flon,

alluvion.

Golfe des Pierrettes, embouchure de la Tsamberonne

lagunes.

id.

Pointe de St-Sulpice, falaises,

érosion.

Delta de la Venoge,

alluvion.

Côte de Préverenges, falaises,

érosion.

Delta du Bief,

alluvion.

Delta de la Morges,

alluvion.

Côte de l’ancienne Poudrière, falaises.

érosion.

Delta du Boiron,

alluvion.

Fraid’aigue, falaises.

érosion.

Pointe de St-Prex, ancien delta.

alluvion.

Golfe de la Moraine, falaises.

éro.sion.

Pointe de Goulet, ancien delta.

alluvion.

Côte de BuchiUon et de Fontanettes, falaises.

érosion.

Pointe de Chanivaz, delta de l’Aubonne,

alluvion.

Sous la Gordanne,

stationnaire.

(q Cette partie, toute en côte d’érosion, est interrompue à Cully par une pointe d’alluvion formée par le transport du petit ruisseau torrentiel, la Gérine.

HYDROGRAPHIE

Delta du ruisseau le Ru palet,

De Rolle à Fleur d’eau,

De Fleur d’eau à la Bergerie, falaises, ,

Delta de la Promenthouse,

Golfe de Nyon,

De Nyon à Crans, falaises.

De Crans à Coppet,

De Coppet à Myes, falaises.

De Myes à Genthod,

Pointe de Genthod, delta de la Versoie, Bellevue, falaises,

Genève.

Rive gauche. Des bouches du Rhône au Bouveret.

Plaine du Rhône, alluvion.

Du Bouveret à St-Gingolph, érosion.

Delta de la Mçrge de St-Gingolph, alluvion.

De St-Gingolph à Amphion, stationnaire ou érosion.

Pointe de la Dranse, delta moderne, alluvion.

Ripaille, terrasses lacustres, falaises, érosion.

De Thonon à Anthy, terrasses lacustres, stationnaire.

Anthy, Coudrée, Excenevex, lagunes et dunes, alluvion.

Excenevex à Nernier, falaises dans l’argile glaciaire, érosion.

De Nernier à Genève, côte d’érosion interrompue par les deltas de quelques ruisseaux qui forment entre autres la pointe de Messery, celle de Beauregard, nant de Vecheux, celle d’Hermance, la pointe de la Bise, etc., érosion.

Enfin nous terminerons cette 4escription du littoral du lac en rappelant les quatre îles, ou plutôt les îlots du lac, tous artificiels, bâtis de la main de l’homme, tous quatre du reste de dimensions minimes.

1® L’îlot de Peilz(‘) devant Villeneuve, a été construit, déjà dans le siècle dernier, sur un haut fond sableux de la beine ; (-) les murs nécessitaient déjà des réparations au commencement du xix® siècle,

(h C’est bien là l’orthographe indigène qui se retrouve sur tous les actes de Villeneuve ; le dictionnaire Martignier et la carte fédérale au 1 : 100 OOO» écrivent par erreur üe de Paix.

(2) Le dictionnaire Martignier la dit hâtie siu- un rocher. C’est une erreur manifeste.

alluvion.

stationnaire.

érosion.

alluvion.

stationnaire.

érosion.

stationnaire.

érosion.

stationnaire.

alluvion.

érosion.

LES CÔTES DU LAC

ce qui en prouve l’antiquité. L’enrochement qui soutient ces murs du côté du nord et de l’ouest est protégé par des pilotis. L’îlot est de forme carrée, de près de 9™ de côté et il mesure 77‘"® de superficie. (‘)

2° La Roche aux mouettes, devant le Basset, entre Clarens et la Tour-de-Peilz, à 125“ du rivage et à 375™ à l'ouest de la baie de Clarens, était un récif rocheux émergé aux eaux moyennes du lac. Il a été enceint de murs en 1885 et forme aujourd’hui un îlot de 1600“®.

3“ L’île de Rolle était une ténevière0 naturelle ou artificielle, banc de gravier émergé aux basses eaux, station d’un ancien palafitte de l’âge du bi’onze. Elle a été entourée de murs en 1838, et forme aujourd’hui un terre-plein d’un demi-hectare, au milieu duquel s’élève un obélisque en marbre blanc, portant le médaillon, sculpté par Pradier, du général F.-C. de la Harpe, l’ancien précepteur d’Alexandre Rr de Russie, l’un des fondateurs de l’indépendance du canton de Vaud.

4® L’île Verte, à Choisy sous Bursinel, îlot ai’tiliciel, entouré de murs, planté d’arbres, sur un haut-fond à 70™ de la rive, mesure environ 50™“ de superficie.

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