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V. Théorie géographitine «les côtes

Si nous étudions la formation des côtes actuelles du lac, ou leur développement hypothétique dans la supposition de variations systématiques dans le niveau de l’eau, nous arriverons à quelques lois qui peuvent avoir de l’intérêt pour diverses questions de géographie générale. 0

1. Je considérerai d’abord la formation des golfes et pointes sur les rives d’un lac dont le niveau reste stationnaire ou ne présente que des variations de courte périodicité, annuelles ou saisonnières.

La côte non protégée par un rempart d’alluvion e.st attaquée par l’érosion; les vagues, la sapant à chaque tempête, y creusent une falaise de plus en plus profonde qui pénètre de plus en plus dans la terre ferme; les matériaux de déblai sont charriés dans le lac jusqu’au

(■) .Te tiens ces renseignements de M. D. Joly, à Villeneuve, in tilt. 11 fév. 1891.

(®) Voir plus loin l’explication du mot téiieviére.

{^) F.-J. Forel. Thèses de géographie physique. Bull. S. V. S. N. X. 468, Lausanne

HYDROGRAPHIE

bord du mont et, se déposant au fond de l’eau, y constituent la terrasse horizontale que nous avons nommée la beine. L’érosion du lac a donc pour effet, aux points où elle est dominante, de reculer le rivage et d’augmenter le domaine des eaux.

Au contraire, là où quekpie rivière se jette dans le lac, l’alluvion fluviatile apportée par l’eau courante fome à son embouchure un atterrissement qui s’avance toujours plus, et constitue bientôt un promontoire d’alluvion, caractérisé par son peu de hauteur au-dessus du niveau du lac et par la présence du delta de la rivière à sa pointe saillante. L’alluvion des affluents a donc pour tendance, aux points où elle est dominante, de faire avancer le rivage et d’augmenter le domaine de la terre.

Par la continuité de ces deux actions, — l’alluvion des rivières qui forme et augmente les promontoires d’atterrissement, et l’érosion du lac qui creuse entre ces promontoires des golfes bordés de falaises, — le rivage se découpe toujours plus profondément et présente des sinuosités toujours plus prononcées.

En renversant ces propositions nous arrivons à la loi suivante ;

Première loi. Partout où nous rencontrons un rivage découpé par des golfes bordés de falaises, sépai-ant des promontoires d’alluvion avec les deltas des rivières à leur extrémité, nous devons conclure que, depuis un temps relativement assez long, les rapports de niveau entre la terre ferme et les eaux sont restés constants, que la terre ne s’est ni affaissée ni soulevée par rapport au niveau de la nappe liquide.

II. Si je suppose l’intervention d’une variation positive, (*) le niveau du lac s’élevant d’une quantité notable, de 50, 100, 150 mètres, la forme de ses côtes se modiüera sensiblement ; leur nature et leurs relations se transformeront.

Les eaux, pénétrant dans les vallées d’érosion de toutes les rivières

(1) Pour exprimer les changements relatifs du niveau de la terre par rapport à la nappe des eaux mai’ines ou lacustres, suivant la terminologie de Suess, 1883, les géologues désignent par les mots de variation positive celle dans laquelle ily a élévation delà nappe des eaux ou affaissement du sol, et variation négative celle où il y a abaissement du niveau des eaux ou élévation de la terre. Le ternie exact est déplacement positif ou négatif de la ligue des rivages (positive Oder négative Verschiebung der Sirandlinie) ; j’abrège en employant simplement le mot variation.

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