LE PAYS DU LÉMAN
après avoir passé à Genève, elle s’échappe par la cluse du Vuache (‘) en coupant le Jura, pour gagner les plaines de France et la Méditerranée. Le Léman occupe dans cette vallée toute la partie qui s’étend entre la plaine du Rhône bas-valaisan, et le pays de Genève ; sa partie orientale, le Ilaut-lac, est enserrée entre les chaînes des Alpes antérieures; ses parties centrales et occidentales, le Grand-lac et le Petit-lac, sont dans le domaine du plateau mollassique.
La plaine du Rhône, qui forme la partie sud-orientale du pays du Léman,commence à la cluse de St-Maurice et s’étend jusqu’au lac ; c’est une vaste plaine d’alluvion, d’une vingtaine de kilomètres de longueur, de 4 à 51“" de largeur, qui descend vers le Léman avec une pente douce de 2 pour mille environ. Cette plaüie, qui n’est du reste qu’un fond de vallée, est peu inégalisée ; on y retrouve cependant, suivant les parties, des terres d’alluvion de grande fertilité, les alluvions grossières des torrents latéraux, des marécages et des marais tourbeux. Elle est bordée par les talus des Préalpes vaudoises dont les sommités principales sont Chamossaire, 2118“, et la Tour d’Aï, 2331“, et par ceux des Préalpes valaisannes, le Corbeau, 1995“, le Grammont, 2175'". Les pentes de ces Alpes sont d’mclinaison moyenne, de 25 à 45 *•/(, ; par places, leur déclivité est bien plus forte. Ainsi, le versant occidental du mont d’Arvel descend vers Villeneuve, avec une inclinaison de lOü %, faisant ainsi un angle de 45" avec l’horizon ; ainsi, la paroi du monticule rocheux de St-Triphon, est verticale, surplombe même par places.
L’on a fait remarquer que, le plus souvent, le talus rocheux vient coupei' à angle vif la plaine du Rhône, et qu’il n’y a pas à son pied de cailloutis d’éboulement ; l’on en a tü’é une preuve de la faible ancienneté du comblement de la plaine du Rhône. Cette observation est juste, mais, si je ne me trompe, elle n’a pas une très grande portée : elle signifie seulement que le relèvement de la plaine est d’activité plus rapide que la formation en talus d’éboulement, des débris arra-
(*) La cluse qui traverse le .Jura a été désignée par dift'érents noms ; cluse du Fort de l’Ecluse, mais ce nom est compliqué et peu euphonique ; cluse de Longeray, d’après un hameau qui y est logé, mais il est trop peu connu; cluse du Rhône (Schardt), mais ce nom prête à confusion avec les autres cluses creusées par le même fleuve ; cluse de Bellegarde, d’après le nom de la station de chemin de fer, célèbre par les agréments de la douane française, mais Bellegarde est en dehors de la cluse proprement dite. J’adopte le nom de cluse du Vuache, montagne située à l’est du Rhône, et séparée par ce fleuve du Grand-Crédo.
GÉOLOGIE
chés par la gelée, la pluie, et en général par les érosions atmosphériques.
Si partant de la plaine du Rhône, nous suivons la côte suisse, nous traversons d’abord le district (*) de Montreux, établi sur les pentes des Préalpes vaudoises, dont le pied est baigné par le Léman; c’est la région fortunée du pays du Léman, la plus pittoresquement découpée, dominée par les cimes si diversifiées de Malatrait '1931">, les Rochers de Naye, 2044™, la dent de Jaman, 1878'", la Cape de Moine -1936™, la mieux abritée contre les vents du nord. C’est pour notre lac ce qu’est la Rivière de Gênes pour la Méditerranée occidentale. Ah! que ce pays devait être beau, avant que la vigne eût remplacé, par les rangées monotones de ses plantes taillées et échalassées , les antiques forêts des chênes et des châtaigniers qui formaient bordure sous la couronne sombre des sapins, avant que les aubergistes l’eussent semé des cubes et des parallélépipèdes rectangulaii-es de leurs caravansérails envahissants, alors que les sentiers agrestes n’avaient pas été coupés et refoulés par les routes alignées, les rues, les boulevards, les raihvays et les tramways ! Malgi’é tout ce que l’homme a fait pour le défigurer, il est encore charmant. Que devait-il être au temps jadis ?
Le district de Vevey, entre Burier et les monts de Chardonne, étale ses coteaux, ses villes et ses villages, sur les pentes mamelonnées d’un superbe amphithéâtre de roches mollassiques ; il est traversé par la Veveyse, rivière torrentueuse dont le vaste bassin d’alimentation explique la puissance dévastatrice, heureusement domptée par Fart de l’ingénieur moderne.
De Chardonne à Lausanne s’étend sur les bords du lac le riche vignoble de La Vaux avec ses beaux villages, ses vignes suspendues en terrasses superposées qui s’élèvent jusqu’aux forêts des Monts de La Vaux. Ce versant, qui regarde le S. S. W.,la partie la mieux ensoleillée des rives du Léman, est constitué par l’ébouleraent de la tranche du plateau molassique du Jorat. Celui-ci, dans sa généralité, ne dépasse guère 700 à 800™. Il est dominé par quelques sommités mousses, le mont Pèlerin, 1077™, la Tour de Gourze, 929™. Le bord occidental de ce plateau est bordé par le ravin de la Venoge. Il est entamé sur le
(1) Pai’ ce terme de district, je n’entends point rappeler les divisions administratives du canton de Vaud ; à ce point de vue il n’y a point de district de Montreux, mais un ce rcle de ce nom.