‹ Le LémanChapitre 64 sur 88 · m‘> 'ei- 80s · texte numérisé non relu

m‘> 'ei- 80s

En utilisant les valeurs de ce tableau et connaissant d’autre part le débit moyen du Rhône pour les divers mois de l’année 1886, j’ai établi le transport d’alluvion, suspendue et dissoute, de cette année. Dans une première colonne, je donne le débit moyen d’après les hauteurs du fleuve; dans les colonnes 2 et 3, je donne la charge d’alluvion par mètre cube, l’alluvion suspendue dépendant du débit du fleuve en crue ou en décrue, l’alluvion dissoute d’après les chilTres des analyses Buenzod; les colonnes 4 et 5 donnent le transport en kilogrammes par seconde des deux types d’alluvion; la dernière colonne, le transport total.

Débit.

Charge par m^.-

Âlluvion

Transport par seconde.

AUuviun

suspendue

dissoute

suspendue

dissoute

total

m'' sec

gr.

gr. m'i

kg. sec

kg. sec

kg. sec

janvier

février

mars

avril

mai

juin

juillet

août

septembre

octobre

novembre

décembre

HYDROLOGIE

Le transport moyen des eaux du Rhône est : en alluvion suspendue en alluvion dissoute

ensemble

Disons 200''S par seconde. Soit, par année, 6300 mille tonnes. Si nous donnons à cette alluvion la densité moyenne de 2.68, ces 6300 mille tonnes représentent 2350 mille ™''^.

Le Rhône a donc dans l’année 1886, enlevé à son bassin d’alimentation une quantité de matières, soit à l’état de poussière impalpable, soit à l’état de solution, équivalant à 2350 mille '«'L Or son bassin d’alimentation est de 5383'^“-. Ce volume, réparti sur cette surface, représente une couche de 0.44"'"', moins d’un demi millimètre.

Il y aurait à ajouter à cette quantité celle qui correspond à l’alluvion grossière charriée par le fleuve. Je n’ai pas les éléments qui me permettraient d’en calculer la valeur .pour le Rhône, mais, comme nous l’avons dit, elle ne doit pas être très considérable. Heim a évalué la quantité d’alluvion grossière apportée par la Reuss dans le lac des Quatre-Cantons à un volume correspondant à l’ablation de 242“^ par an et par kilomètre carré du bassin d’alimentation, (^) ce qui équivaut à une couche annuelle de 0.24""" sur la surface de ce bassin. Si nous admettons la mêrnevaleurpourleRhônedu Valais, et .si nous supposons que les chiffres obtenus en 1886 représentent des valeurs moyennes, nous aurions pour l’ablation totale en alluvion grossière, alluvion impalpable et alluvion dissoute, une quantité annuelle équivalant à 0.44 0.24

— 0.68""" de la surface du bassin d’alimentation. Il faudrait à l’érosion du Rhône et de ses affluents une durée de 1470 ans, disons 1500 ans, pour enlever, sur l’ensemble du bassin, une couche d’un mètre d’épaisseur. (2)

Ne nous occupons maintenant que de l’alluvion en suspension; l’alluvion impalpable qui se déposera dans le Léman quand les eaux du Rhône s’y clarifieront, et qui en comblera le bassin. A 168 kilogram-

(') J. Heim. Gletscherkunde, p. 365.

0 N’oiiblions pas que cette érosion est localisée dans une très petite partie du bassin d’aÜTnentation du fleuve, sur les berges des torrents et rivières, sur les parois dégarnies de végétation et exposées aux ravinements de la pluie, enfin dans les lits des glaciers. Là, l’éi-osion est souveraine et enlève de puissantes masses de matériaux.

LE RHONE DU VALAIS

mes par seconde, valeur moyenne des 12 valeurs mensuelles, cela représente, pour l’année 1886, un transport de 14 515 tonnes de mille kilogrammes par jour, 5207 mille tonnes pai’ an.

Pour la densité de cette alluvion, nous lui donnerons celle de l’argile du Léman qui en est essentiellement formée, soit 2.68. Avec cette densité, 5297 mille tonnes repi'ésentent un volume de 1976 mille "'3; soit environ 2 millions de mètres cubes.

En discutant la signification de ce chiffre, je pourrais montrer que, vu les circonstances climatériques de l’année 1886, le transport devait avoir, celte année-là, une valeur moyenne; que dans ce chiffre n’entre pas le transport effectué sur le lit du lleuve par le charriage des graviers et galets qui doit représenter une valeur notable ; que dans cette année il n’y a pas eu de ti'ansports e.xtraordinaires dus à un éboulement de montagne, à des glissements de terrains, à la rupture de lacs temporaires, etc., catastrophes qui amènent au lac, en quelques heures, des milliers de mètres cubes d’alluvion. J’en puis conclure que le chiffre de 2 millions '"■* est un minimum, et que, année moyenne, le transport total de l’alluvion impalpable, sableuse et graviéreuse, doit dépasser notablement cette valeur. .4dmettons-la simplement comme une valeur minimale.

Cependant, comme nous savons que le transport de l’alluvion grossière du Rhône n’est pas relativement- très considérable, nous pouvons nous baser sur ce chiffre pour essayer le calcul de la durée probable du remplissage du creux du Léman. Nous savons que le bassin du Rhône i-eprésente les 0.72 du bassin total d’alimentation du lac ; nous pouvons, sans trop forcer les analogies, admettre que les affluents directs ont un pouvoir de transport plus ou moins proportionnel à leur superficie, et évaluer, année moyenne,

le transport du Rhône à 2000 mille

le transport des petits affluents du lac à 800 »

le transport total des affluents du Léman à 2800 »

De là, connaissant le volume du Léman, 89 mille millions “■*, une division nous donnera la durée probable du comblement du lac. Nous arrivons à 32 000 ans.

Ce chiffre n’a aucune prétention à la précision; il est basé sur l’étude, bien insuffisante, du transport de l’alluvion impalpable du Rhône d’une seule année, qui nous paraît une année moyenne pour les circonstances météorologiques ; il néglige le transport du Rhône en alluvion

HYDROLOGIE

grossière, qui n’est certes pas nul. Il ne tient pas compte de la pente des différents affluents qui e.st un facteur important de leur faculté de transport, ni de leur situation dans une région plus ou moins riche en pluies. Nous avons donc bien des réserves à faire sur la précision que nous pouvons lui attribuer. Peut-être l’erreur commise est-elle du simple au double. Exprimons par E cette erreur. Pouvons-nous dire dans 32000 ans ±E le lac Léman n’existera plus et le Rhône du Valais se suivra sans interruption lacustre avec le Rhône de Genève? Aucunement.

Du Bouveret à Genève, la pente est nulle actuellement. Quand le Léman sera comblé et transformé en une plaine du Rhône, la pente du fleuve devra être ménagée. De même que dans la vallée du Valais le Rhône a une pente moyenne de 2 ®o/oq, de même la plaine du Léman, quand elle sera parcourue par un fleuve, devra avoir, elle aussi, une pente analogue. Or 2 ‘'“/oo» de longueui- du lac, représente

'144’«. Il faudra donc que le fleuve, non seulement comble le lac jusqu’à la nappe actuelle des eaux, mais qu’il comble en partie la vallée de telle manière, que la plaine du Rhône passe au Bouveret à 144™, disons 1d0“, au-dessus du niveau actuel. Le plafond régulièrement incliné de la vallée du Rhône de l’avenir passera à 150™ au-dessus de Villeneuve, à 130™ au-dessus de Vevey ; à Lausanne, il affleurera le talus de la terrasse de Montbenon; il passera à 50"' au-dessus du lac à Nyon, et viendra se continuer avec la pente actuelle du Rhône à Genève seulement. Nous pouvons évaluer à 43 mille millions ™^, (superficie du Léman, multipliée par 150™, divisée par 2,) le volume d’alluvion nécessaire pour parfaire cette pente indispensable à l’écoulement du fleuve. Cette môme pente se continuera en remontant dans le Valais, et la plaine du Rhône se relèvera par un comblement d’alluvion de 150™. Si nous évaluons à 280'‘™- la .superficie du plafond de la vallée du Rhône de l’embouchure de la Massa au Léman, nous avons encore un volume dè 42 mille millions ^ fai^e combler par l’alluvion des torrents alpins, avant que le Rhône puisse amener ses bouches jusqu’à Genève. Cela double à peu près le volume à remplir; cela double par conséquent le temps nécessaire au comblement. Dans 64 000 ans + E' nous n’aurons plus de lac.

Je préfère traduire autrement ce résultat et dire : dans quelques dizaines de milliers d’années, le Léman aura vécu. Etant donnée l’incertitude qui pèse sur ces chiffres, et qui peut, je l’ai déjà

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dit, les faire varier du simple au double, on se demandera peut-être si ce n’est pas un simple enfantillage que d’essayer de tels calculs. ,]e ne le crois pas. Ils répondent à des questions toujours posées, et non encore résolues, sur la durée des âges géologiques. Est-ce par siècles ? Est-ce par millions d’années que nous devons mesurer les époques de la terre? Disposons-nous d’un temps presque iÜimité pour les révolutions du globe? ou, au contraire, est-ce que nous devrions raccourcir considérablement les espaces de temps que géologues et paléontologues réclament pour le développement de leur liistoire? Tant que nous n’avons pas de réponses précises, nous devons nous contenter d’analogies. Eh bien ! il me paraît que c’est trouver une analogie intéressante, si nous pouvons dire : dans quelques dizaines de milliers d’années, ou, si l’on veut, dans quelques fois la dui’ée du temps qui nous sépare des premières dynasties d’Egypte, le Léman sera comblé, et à sa place le Rhône se continuera en pente douce des Alpes au Jura. Une plaine d’alluvion étendra son tapis a au-dessus de la table où j’écris, à Morges. Si, à cette époque, il y a encore des hommes, et s’ils pratiquent des sondages artésiens sur l’axe du lac, ils traverseront une couche de 400'“ d’alluvion, iluviatile d’abord, fluvio-lacustre et lacustre au-dessous, avant de rencontrer les scories de coke jetées dans l'alluvion actuelle par les fournaises de nos bateaux à vapeur. Une couche allant jusqu’à 400'“ d’épaisseur, étendue sur des centaines, presque un millier de kilomètres carrés, n’est-ce pas quelque chose, même en géologie? Quelques dizaines de milliers d’années suffiraient à notre petit Rhône alpin pour l’établir.

Eaux et alhiviom de l’Arve. — L’Arve n’est pas un affluent du Léman; cette rivière n’appartient donc pas à notre sujet. Mais elle nous est si près voisine, c|ué je crois devoir utiliser un remarquable travail, fait sous la direction de M. le professeur L. Duparc, de l’université de Genève, par M. le D*' Boné Baëff; (') il donnera une idée des variations d’un grand fleuve glaciaire de notre région. C’est la seule étude complète que nous possédions sur ce sujet; son résumé intéressera nos lecteurs. Pendant une année entière (à l’exception du mois d’octobre où les travaux du laboratoire ont été interrompus par

(') D' II. Baëff. Los eaux de l’Arve. Recherches sur l’érosion et le transport des rivières torrentielles glaciaires. Genève 1891.

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des réparations) en 1890, M. Baêiï a chaque jour étudié le régime de l’Arve, en notant, entre autres, les éléments d’un calcul du débit (hauteur de l’eau et vitesse) et en mesurant directement la quantité de matières en suspension et en dissolution. ,Ie tire de ses tableaux les chiffres suivants :

Débit des eaux: Minimum 3.3'»^

Maximum (') 437. »

Débit total des il mois d’observation (-) 1 570 751 000>"-*.

Débit probable de l’année entière, 1700 millions

La superficie totale du bassin de l’Arve étant de 1980>‘''i2, ce débit annuel représente une hauteur d’eau de 860™™ étendue sur le bassin d’alimentation.

Transport de l’alluvion impalpable en suspension :

Minimum O.S'"!! i''''''.

Maximum 3100 »

Transport total de 11 mois, 610 908 tonnes de mille '‘n.

Transport probable de l’année, 620 mille tonnes.

Transport des matières dissoutes :

Minimum 120®»' ''i'».

Maximum - 819 »

Total des 11 mois, 320675 tonnes.

Total probable de l’année, 360 mille tonnes.

La quantité totale des matières dissoutes est donc un peu plus de la moitié de l’alluvion impalpable transportée par la rivière. La charge en matières dissoutes varie peu, pas même du simple au triple. Elle est au maximum dans les basses eaux d’hiver, au minimum dans les grandes crues. La charge en alluvion impalpable suspendue varie au contraire beaucoup, comme 1 : 3880 (ou môme comme 1 : 6250 si l’on admet le chiffre de 5» par litre, pour l’alluvion transportée par la crue exceptionnelle du 3 octobre 1888, avec un débit de l’Arve de 1136'“® “'■). Elle augmente très rapidement avec les crues de la rivière; elle diminue plus rapidement encore dans la phase de décrue.

(*) Ce cliiflre est tiré des tableaux de II. Baëfl' qui indique comme débit maximal 37 80û 000"'3 pour la journée du 31 août 1890. Mais notre auteur parle d’un chiffre bien plus élevé quand il attribue à la crue du 3 octobre 1888 un débit de 1136”'''

(-) L’année 1890, moins le mois d’octolu-e.

LE RHONE DU VALAIS

La température de l’eau a varié de 0 à 15“ ; au gros de l’été, elle oscille entre 11 et 11».

La quantité de chlore a été déterminée par moyennes de 5 ou 10 jours. Elle a varié de 1.32 à 2.67"'s par litre. En 9 mois, de janvier à septembre 1890, l’Ai've a charrié 2530 tonnes de chlore que l’on peut supposer combiné au sodium, ce qui donnerait 4170 tonnes de sel de cuisine, le dixième de la consommation annuelle de la Suisse. La plus forte proportion a été dans les mois d’hiver; la plus faible en été.

Pour tous les détails, nous renvoyons le lecteur au travail oiiginal, très important et très intéressant, aussi bien dans les chiffres des observations que dans les déductions ingénieuses de M. le D*' Baëff.

En admettant comme normaux les chiffres ci-dessus indiqués pour le transport probable de l’année 1890, soit 620 mille tonnes d’alluvion suspendue et 360 mille tonnes d’alluvion dissoute, en donnant à ces matières une densité moyenne de 2.6, cela représente un volume de 416 mille qui, répartis sur les 1980'^"'- du bassin d’alimentation, corraspondent à 0.21">'" de roches enlevées en moyenne à la surface de ce bassin. En 5 ans, il y aurait 1““"', en 5000 ans, 1“ de la surface du pays enlevés par l’érosion normale de la rivière.

Tlidovie du ravin sot(s-kicmtre des fleuves glaciaires.

J’ai décrit dans un autre chapitre (') les ravins sous-lacustres que les cartes hydrographiques ont révélés dans les cônes immergés du Rhône et du Rhin. (-) Pour ne parler que de celui du Rhône, nous

(h Page 63.

(■^) Des ravins analogues à ceux qui nous occupent ont été signalés dans l'Océan, devant des embouchures actuelles ou d’anciennes embouchures de fleuves. Us ont des dimensions bien plus considérables que ceux de nos fleuves alpins. D’après la description de M. J.-Y. Buchanan, d'Edimbourg, qui a étudié ceux de la côte occidentaie d'.'itrique dans l’expédition de liuccatieer, le grand canion sousmarin du Congo se imolonge jusqu’à près de 200'^"' en mer; sa tranchée mesure jusqu'à IP"" de largeur et a une profondeur au-dessous de ses berges atteignant jusqu’à 1000'". La fosse du petit Bassam, appelée aussi Bottomlcss pit sur la côte d’ivoire, probablement devant une ancienne embouchure de l’Akba, a des profondeurs do plus de 400'", une largeur do Tk"', et une longueur de 20'‘“ environ. Un auti’o de ces ravins sous-marins, connu sous le nom de fosse de l’Avon, existe à l’est de Lagos, au fond du golfe de Bénin, mais il est moins évidemment développé. Sur les côtes de France, la fosse du Gap Breton, située devant une ancienne embouchure de l’Adour, représente un ravin de plus de 200'" de creux.

HYDROLOGIE

avons vu que, à partir de l’embouchure du fleuve, sur la ligne de plus gi'ande pente du talus du delta sous-lacustre, on constate une rigole de quelques centaines de mètres de largeur, atteignant jusqu’à 50“ de pi’ofondeur sous ses berges, se prolongeant jusqu’à 9.51“'' en avant dans le lac, et visible encore jusqu’à 255“ sous la nappe des eaux. A présent que nous connaissons les eau.x du Rhône, nous pouvons essayer de faire la théorie de ce curieux phénomène géographique.

Quelle est la cause, l’origine des ravins sou.s-lacustres du Rhône et du Rhin? Est-ce un fait d’êro.sion, creusement de la rigole? est-ce un fait d’alluvion, dépôt de matériaux sur les digues latérales ? est-ce un fait d’orographie primitive apparaissant encore actuellement sous l’alluvion envahissante des fleuves ? J’étudierai ces trois solutions.

Ecartons tout d’abord la dernière dè ces hypothèses, en la formulant dans des termes plus précis. On poui'i-ait supposer, dans certaines théories orogéniques que lors, de la formation primitive du lac Léman et du lac de Constance, une fissure profonde des couches terrestres aurait creusé un thalweg au fond de la vallée qui a été remplie par les eaux ; que l’alluvion déposée par le fleuve, en adoucissant les reliefs du fond primitif, ne serait pas encore arrivée à les niveler entièrement; que les ravins retrouvés par Hôrnlimann seraient les restes encore subsistants de la Assure primordiale. Cette hypothèse me semble insoutenable. (') Sans parler de notre opinion sur l’origine du Léman, qui exclut la supposition d’une Assure primordiale de l’écorce terrestre, les arguments qui la réfutent sont les suivants :

a L’alluvion est trop puissante dans ces régions, à l’embouchure de

de 1 à 2'“" de largeur, et de SOO" de longueur. Citons encore les curieuses vallées submergées que M. A. Issel a constatées devant l’embouchure des rivières de la Ligurie, sur les cartes hydrographiques levées par le capitaine ^lagnaghi, du Washington. Ces ravins sous-marins sont visibles jusqu’à une profondeur de 900'”. JI. Issel les attribue à une ancienne émersion à l’air libre du terrain qui est aujourd’hui submergé sous la mer.

Je ne donne pas ici la description de ces fosses sous-marines qui n’ont rien à faire avec ma monographie; je ne veux pas non plus, ignorant trop les conditions physiques qui pourraient les expliquer, en discuter la théorie, qui est probablement fort différente de celle des ravins sous-lacustres qui nous occupent.

(')Elle vient cependant d’être reprise, et non sans éclat, par le professeur L. Duparc (Soc. de phys. de Genève, 4 févr. 1893; Archiv. XXVII, â’jO); mais les arguments de mon collègue et ami no m’ont pas convaincu ; tes théories orogéniques qui nous font comprendre à l’un et à l’autre l’établissement du bassin du Léman sont trop divergentes pour que nous puissions nous entendre sur ce point.

puissants fleuves alpins, qui charrient une masse énorme de limon glaciaire, pour ne pas avoir dès longtemps effacé tous les détails du relief primitif du lac. Je n’en veux pour preuve que la régularité admirable de cet immense talus à pente de 2 ‘Vo qui, des bouches du Rhône, s’étend jusqu’à la grande plaine de profondeur maximale du Léman, Les seuls accidents de ce cône d’alluvion submergé sont les ravins qui nous occupent ; si le relief primitif de la cuvette apparaissait encore sous le revêtement de l’alluvion moderne, nous y verrions bien d’autres irrégularités.

b La section de plus grand développement des ravins sous-lacustres du Rhône et du Rliin est située tout près de l’embouchure des fleuves; c’est là que se trouve le maximum de creusement de la rigole, le maximum d’exhaussement de ses digues; or c’est précisément là que les phénomènes d’alluvion sont le plus actifs. Puis, à mesure que l’on s’éloigne des bouches du fleuve, là où l’action des courants et de l’alluvion doit aller en s’affaiblissant, on voit le ravin diminuer de relief. L’hypothèse d’une fissure primitive conservée sous le revêtement de l’alluvion moderne, demanderait au contraire le comblement complet du ravin là où l’alluvion est la plus active, et son apparition toujours plus évidente là où les phénomènes de transport vont en décroissant.

c La similitude complète des faits dan.s les deux exemples connus de ravins sous-lacustres, celui du Rhône et celui du Rhin, exclut la possibilité d’accidents locaux d’orographie primitive qui seraient presque nécessairement difl'érents d’un cas à l’autre. Cette similitude indique une action générale analogue, identique, encore agissante actuellement.

d Enfin les rapports incontestables entre la position des ravins et les embouchures actuelles ou anciennes (‘) des fleuves montrent que

(>) Je rappelle ici ijue, à côté des grands ravins sous-lacustres des bouches actuelles du Rhône et du Rhin, la carte dessine des restes bien reconnaissables de ravin.s, à demi-effacés, devant le Vieux-Rhône au lac Léman, et devant Altenrhein au lac de Constance.

Une des plus graves objections de la théorie que je défends se tire de l’absence d’un ravin sous-lacustre à l’embouchure de la Rouss dans le lac des Quatre-Cantons; comme je l’ai dit, M. Hürnlimann l’y a cliei’ché avec attention et ne l’a pas trouvé. Cette difficulté serait levée si l’on constatait dans le transport de la Reuss, comme nous l’avons reconnu dans celui de la Drance (qui n'a pas non plus de ravin sous-lacustre) une prédominance do l’alluvion fluviatilo grossière sur l’alluvion fluviatile impalpable (page 108 sq.); une forte charge de gros graviers dé-

HYDROLOGIE

c’est à une action directe de ces fleuves qu’il faut attribuer le creusement de ces rigoles.

C’est donc aux actions d’érosion ou d’alluvion d’un courant profond que nous devons avoir recours pour expliquer l’établissement des ravins sous-lacustres. Mais une telle action implique que le fleuve descendrait dans les couches pi ofondes du lac et ne s’étalerait pas à la surface, ou bien entre deux eaux. La chose est-elle possible?

Nous avons vu(') que la densité de l’eau du Rhône est le plus souvent supérieure à celle du maximum de densité de l’eau distillée. Sur 15 échantillons que nous avons étudiés en 1886, 14 avaient une densité supérieure à 1.0, si nous faisions intervenir à la fois la température de l’eau du fleuve et sa charge en alluvion dissoute et siî^pendue. Si donc la densité de l’eau du lac n’était pas supérieure à celle de l’eau distillée à 4o, nous serions assurés d’avoir pendant la plus grande partie de l’année l’eau du Rhône plus lourde que celle du lac, môme si celle-ci était à la température de 4".

Mais l’eau du lac n’est pas de l’eau distillée. Sa densité est de 0.000 101 plus lourde que celle de l’eau pure, ainsi que nous le verrons plus loin. Nous apprendrons d’autre part que les couches profondes ont une température de 5» environ.

A 5«, l’eau distillée a une densité de 0.999 995

Ajoutons-y une surcharge de 0.000 101

Nous aurons pour l’eau du lac, dans les grandes profondeurs, une densité de 1.000 096

Si nous comparons cette densité à celle des eaux du Rhône, nous verrons qu’elle est plus faible que celle de 12 des échantillons étudiés par nous; que les N° I du 11 janvier 1886, N® XU du 21 août etN® XIII du 29 septembre, ont seuls une densité plus légère. L’eau du lac est moins dense que l’eau du Rliône pendant la plus grande partie de l’année. Celle-ci, plus lourde, .doit s’écouler le long des talus du cône d’alluvion sous-lacustre; elle doit chercher la ligne de plus grande pente jusque dans les grands fonds du lac* et, là seulement, s’étaler en nappe horizontale. Pendant cette descente, elle doit former un courant

posés par l’affluent immédiatement à son entrée dans le lac ne permettant pas l’établissement de la structure assez compliquée du ravin sous-lacustre. Je n’ai pas eu l’occasion d’aller étudier l’alluvion de la Reuss; aussi ne puis-je qu’indiquer ici ce point d’interrogation.

(*) V. page 373.

LE RHONE DU VALAIS 3^5

limité, comme le ferait un fleuve de mercure ou d’acide sulfurique qui descendrait dans le lac.

Cette descente du courant du Rhône dans la profondeur du lac, on la voit à son début. C’est ce que l’on appelle la bataillière. A l’entrée du fleuve dans le lac, en été, lorsque ses eaux grises et opaques arrivent à raison de 300, 400 ou 500 mètres cubes par seconde, cet énorme courant d’eaux froides et lourdes s’avance en masse dans le domaine du lac et, sur un espace de quelque 100 à 200 mètres, s’écoule. horizontalement. Puis, tout à coup, le lleuve descend dans la profondeur et ses flots boueux disparaissent sous les eaux du lac. Cette cascade sous-lacustre se continue dans les couches profondes. C’est à elle qu’est dû le ravin que nous avons à expliquer. Comment ce courant limité d’eaux lourdes, qui descend le long du talus immergé du cône d’alluvion, peut-il tracer un ravin ?

Est-ce un phénomène d’érosion? Ce courant creuse-t-il la vase molle du cône d’alluvion, et s’y fraie-t-il un chenal? Cela n’est guère probable. Son pouvoir d’affouillement doit être faible, et, dans le lac Léman du moins, le fond de la rigole est à peu près au niveau général du cône sous-lacustre.

.le crois plutôt à un fait d’alluvion. Le courant limité par des masses d’eau dormante doit, en frottant sur ces parois liriuides, y déterminer des remous, tourbillons verticaux dans lesquels l’impulsion de l’eau fluviale s’annule et s’arrête; l’eau courante, en se mélangeant avec l’eau en repos, laisse tomber son limon en suspension; il se fait un dépôt d’alluvion sur les deux côtés du courant, et celui-ci bâtit ainsi ses berges qui se surélèvent constamment.. Ces digues doivent limiter toujours mieux le couiant sous-lacustre et le contenir dans un ravin toujours mieux dilTérencié.

L’existence de ces remous latéraux est prouvée par un détail des sondages de M. llôrnlimann. Un échantillon du sol, que cet ingénieur a capturé sur un petit monticule de la berge de droite du ravin sous-lacustre, est constitué par du sable lavé presque pur, presque sans mélange de vase. Tandis que tous les autres échantillons de sa collection sont formés par la marne argileuse de l’alluvion moderne du lac, dans ce point-là, le sable pur montre l’action de courants énergiques, qui ont entraîné plus loin l’alluvion impalpable, et, dans leurs mouvements tourbillonnants, n’ont laissé reposer que les matériaux grossiers.

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Je conclus : le ravin sous-lacustre des fleuves glaciaires est dû à la prolongation du courant fluviatile dans le domaine du lac; ce courant lui-même est dù à la plus grande densité des eaux fi'oides ët chargées d’alluvion du fleuve qui tombent au-dessous des eaux plus légères du lac. Des deux côtés du torrent, les remous occasionnent le dépôt de l’alluvion et la formation des digues latérales.

Dans ces termes, je crois résolu le problème qui nous était posé.

La BulaiUière.

J’ai indiqué, dans le paragraphe précédent, le phénomène de la bataillière. à l’embouchure du Rhône dans le Léman; j’ai dit comment les eaux du fleuve d’été, entraînées par l’impétuosité du courant, s’avancent dans le domaine du lac à quelques cents mètres de distance, puis, sous l’influence de la pesanteur, par le fait de leur densité plus lourde, plongent tout à coup sous les eaux bleues du lac. Cettfr cascade sous-lacustre est d’un grand effet; elle mérite d’être étudiée et admirée.

I^a barre formée à la rencontre des eaux courantes du fleuve et des vagues du lac lorsqu’il est agité, les tourbillons descendants des eaux formant cascade, sont tellement mouvementés que le nom de bataillière (bataille des eaux) semble fort bien justifié. J^es petits bateaux doivent user de prudence dans ces flots violemment tourmentés. Au point de vue pittoresque, le spectacle est fort beau. Les eaux grises, opaques du fleuve disparaissent en gros nuages sous les eaux limpides et azurées du lac. L’œil les suit encore quelque temps jusqu’à ce que l’opalescence des eaux lacustres les fasse disparaître au regard. A la surface, la limite entre les deux eaux est parfaitement tranchée ; un des côtés du bateau qui navigue sur ces tourbillons est dans l’eau glaciaire, l’autre côté est dans l’eau transparente.

La chute de l’eau fluviale dans le lac est verticale; cela est prouvé par le tourbillon des eaux à la surface; une gigantesque giration, un véritable Maëlstrom fait tournoyer les eaux déprimées sur leur nappe supérieure : il y a aspiration évidente, et cela ne saurait s’expliquer que par une chute verticale de l’eau. Cela est prouvé encore par l’observation suivante. Le 23 février 1891 la bataillière était fort belle, dans un lac au calme plat. Les eaux du lac, autour de la bouche du Rhône, étaient à 4.1" à la surface, à 4.0“ par 20"' de profondeur; le Rhône qui

LE RHONE DU VALAIS

s’y déversait était k 3.2". Par le fait de ces températures relatives, les eaux du fleuve auraient été plus légères que celles du lac; mais la fonte des neiges et des glaces avait commencé, et le Rhône charriait une eau grise, très chargée d’alluvion ; sa densité était en conséquence considérablement alourdie, et la cascade sous-lacustre était superbe. Un énorme tourbillon entraînait devant la bouche du fleuve les glaçons qui s’entrechoquaient et désignaient ainsi le lieu de la bataillière. A 20'« en dehors du bord de ce tourbillon, les eaux du lac étaient d’une transparence splendide; la plaque blanche que j’ai descendue dans cette eau a pu être suivie par l’œil jusqu’à 17™ de profondeur, et, comme nous le verrons plus tard, cette limite de visibilité est bien près du maximum possible dans le lac. 11 n’y avait donc aucunement mélange des eaux du fleuve avec celles du lac, et le fleuve s’engouffrait en entier, verticalement, dans la profondeur.

I/entrée du Rhône dans le J.éman a souvent été mal interprétée. Les anciens auteurs ont transmis la notion que le fleuve traversait le lac sans y mélanger ses eaux. Voici les citations principales dont je dois la traduction littérale à M. le D'' W. Cart, professeur à Lausanne.

Strabon, géographe grec (de l’an 50 avant.T.-Ch. à30 après .T.-Ch.) (')

« Le Rhône descend des Alpes, fort et violent; traversant le lac » Léman, il montre son courant visible sur plusieurs stades ». (*)

« Le lac Léman, que traverse le Rhône »

« Nous avons déjà de la peine à ci'oire cela du Rhône, qui conserve » son courant en traversant le lac Léman, gardant son cours visible ; » là, au moins, il n'y a qu’une petite distance, et des eaux tranquilles; » mais dans notre cas (fontaine d’Aréthuse), ce qu’on raconte ne » mérite aucune croyance. »

Pomponius Mêla, géographe latin, écrivait vers l’an -43 après Jésus-Christ : (^)

« Le Rhône prend sa source non loin de celles du Danube et du » Rhin. Puis, reçu dans le lac Léman, il conserve son élan et, traver- » sant le lac par le milieu, en restant entier, il ressort aussi fort qu’il » est entré. »

(') Géographie, 186, 204, 271.

P) Le stade était de 600 pieds, 200'" environ.

{■') De situ orbis, II, 5, 35.

HYDROLOGIE

C. P Uni U S Secundus. Pline l’Ancien, ou le Naluraliste, né l’an 23 de l’ôre chrétienne, mort l’an 79 lors de l’éruption du Vésuve : (*)

« Quelques eaux douces aussi passent l’une sur l’autre, comme » dans le lac Fucin la rivière qui y entre, dans le lac de Corne l’Adda, » dans le lac Majeur le Tessin, dans le lac de Garde le Mincio, dans le » lac d’Jseo l’Oglio, dans le lac Léman le Rhône; ce dernier au-delà des » Alpes, les autras en Italie, n’emportent, dans un trajet de plusieurs » milles, que leurs eaux, qui reçoivent — pour ainsi dire — l’hospita- » lité, et qui ne ressortent pas plus fortes qu’elles*ne sont entrées. » Ammien Marcellin, historien lutin, 320-390 après J.-C. ; (-)

« Descendant des Alpes Pennines, nourri par des sources abondan- » tes, le Rhône, suivant son élan sur une pente rapide, arrive dans des » lieux plus plats; il recouvre ses rives de son propre cours et se jette ï dans un marais (lac) du nom de Léman; le traversant, il ne se mêle » nulle part aux eaux extérieures, mais glissant des deux côtés le long » de la surface de l’eau plus tranquille, cherchant une issue, il se fraie » son chemin grâce à son élan rapide. »

De là, la fable qui a traversé le moyen âge et s’est propagée jusqu’à nos joui'S que le Rhône jiasserait dans le Léman sans mêler ses eaux à celles du lac. Il me paraît que quelque voyageur aura vu la hataillière et que sa description, embellie par l’imagination du poète, aura rappelé l’iiistoire de la fontaine Aréthuse, comme le dit Strahon. Cette notion, cette tradition, ayant pénétré dans la littérature, la légende s’est répandue, et rien ne peut plus l’extirpei-. N’avon.s-nous pas entendu, en 1879, un membre d’un Institut célèbre déclarer publiquement sa foi dans cette fable : « 11 y a trente ans que j’enseigne ce fait à l’école Il doit être vrai. »

Le phénomène de la hataillière n’est du reste pas spécial au Rhône. Comme le disait déjà fort bien Pline, il y a 18 siècles, il s’observe partout où les conditions sont analogues ou semblables. Ainsi, à l’entrée dans un lac, tout neuve alpin chai'gé d’eau glaciaire, l’Aar dans le lac de Brienz, le Rhin dan.s.le lac de Constance, etc., y fait une bataillière aussi belle que celle du Rhône.

Quand nos rivières de la plaine sont gondées par les eaux des ora-

(') Histüria natiu’alis, II. 103. 106.

(-) Rerum gestarum, XV, U, 16.

ges, elles peuvent avoir des eaux limoneuses plus lourdes que les eaux de la surface du lac; à leur embouchure, il se forme aussi alors une bataillière, comme je l’ai vu parfois à l’embouchure de la Morge dans le lac.

Enfin les eaux des égouts et ruisseaux présentent ce même phénomène, en réduction plus petite encore. C’est ainsi qu’un égout de la ville de Morges me montre souvent ses eaux sales qui s’écoulent lentement sur la beine, en formant une couche grisâtre, opaque, recouverte par les eaux cristallines du beau lac d’hiver.

Dans son très intéressant mémoire sur l’eau dans le paysage, (') le Dr J. Piccard, professeur à Bâle, étudie entre autres les allures de l’eau dans les cascades, et il montre que l’eau s’y précipite en ondes à renflements transverses. Le phénomène peut s’observer à loisir sur ces cascades d’eau trouble qui tomlient dans les eaux claires du lac ; la diflérence do densité étant peu considérable entre les deux eaux, les mouvements y ont une lenteur telle, que l’œil peut les suivre et n’a pas besoin de s’adresser à la photographie instantanée. Ce n’est peutêtre pas très facile à voir dans la bataillière du Rhône; le spectacle y est trop violent, et les nuages d’eau laiteuse du fleuve disparaissent relativement trop tôt à la vue. Mais à la sortie d’un égout, comme celui qui débouche à côté du débarcadère de Morges, la cascade d’eaux opaques et lourdes descend assez lentement dans le lac, pour qu’il soit possible de contempler à plaisir les mouvements de l’eau. On voit l’eau grise se sectionner en gros bouillons transverses, en nuages arrondis, ovalaires, cjui s’étagent en escaliers dans leur descente paresseuse à travers l’eau transparente. Je ne crois pas que le peintre et le physicien puissent trouver nulle part des conditions meilleures pour étudier les éléments du mouvement du liquide dans les cascades.

La plaine centrale du Léman.

Il nous reste à donner l’explication de l’horizontalité de la plaine centrale du lac. Comme nous l’avons dit, page 48, la partie centrale du plafond du Léman est une plaine de grande étendue, de quelque de superficie, d’une horizontalité et d’une égalité parfaites; sauf un l'elèvement très peu marqué sur les bords, les accidents que les son-

(') Arcli. de Uenève, XXIV, •'561. 1890.

HYDROLOGIE

dages ont révéles n’atteignent nulle part un mètre ou même un demimètre de dénivellation. Quelle est la cause d’une égalisation aussi complète du fond du lac?

Elle ne tient en aucune façon au relief primitif du sol avant sa submersion par les eau.v. Quelle que soit l’action que l’on veuille invoquer, nulle part à l’air libre on ne trouve de cause capable d’uniformiser autant la surface du terrain ; le plafond d’une vallée rabotée par un glacier laisse toujours, après la disparition de celui-ci, les accidents des moraines ou des érosions des torrents sous-glaciaires; la plaine d’un désert est érodée par les eaux d’orage et diversifiée par les dunes du vent. Seuls,, les fonds de mers, de lacs ou d’étangs peuvent offrir des faits analogues à ceux (jue nous venons de constater.

C’est l’alluvioa (jui a fait disparaître les inégalités et accidents du sol primitif de la vallée. Le plafond du lac, dans la région de la plaine centrale, est un produit de cette action. Mais comment l’alluvion peutelle être assez efficace à une aussi grande distance des embouchures de douves et de torrents? Tant que l’on ne pensait qu’à l’alluvion grossière, alluvion de grande puissance, mais qui se dépose seulement à l’entrée de rafduent dans les eaux stagnantes, ou à l’alluvion lacustre qui se dissémine plus loin, mais dont la quantité est si faible, que pour la supposer capable d’effacer tous les accidents du sol, on était obligé de lui attribuer une durée d’activité indéfiniment longue, l’on était fort embarrassé. Mais depuis c[ue nous connaissons les allures de l’alluvion duviatile impalpable, qui descend en masse avec les eaux du deuve dans les grands fonds pour aller se déposer dans les points les plus déclives du plafond du lac, l’explication est toute simple. L’eau du Rhône d’été, chargée de 1 à 2^ de limon par mètre cube, l’eau des afduents gondés pai- les crues, plongent dans les grands fonds du lac et opèrent la décantation de leur alluvion impalpable presque uniquement sur le plafond de la cuvette. La quantité de limon qui s’accumule est d’autant plus forte qu’une dépression augmente la hauteur de la colonne d’eau trouble; le dépôt est par conséquent plus abondant dans les creux que sur les parties saillantes. 11 on résulte que les creux sont comblés et que le sol s’égalise de plus en plus.

Quand nous arriverons au chapitre des courants du lac, nous verrons comment les mouvements d’oscillation des seiches aident encore à cette action d’égalisation.

LE RHONE DE GENÈVE

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