VARIATIONS ACCIDENTELLES
Jusqu’à présent nous n’avons décrit dans la limnimétrie du Léman que des moyennes mensuelles et annuelles, qui nous ont servi à étudier les allures générales ou normales des variations; nous n’avons pas indiqué les allures réelles des variations de hauteur du lac. Chaque jour la hauteur des eaux dépend d’une foule de facteurs actuels ou antérieurs ; leur résultante produit une action de crue ou de décrue, qui s’exprime par la hauteur effective du lac. Ces facteurs sont entr’autres :
a La hauteur du lac trop élevée ou trop basse pour la saison. Si les circonstances antérieures ont trop élevé le niveau du lac, le débit de l’émissaire dépassera probablement le débit des affluents, quelque gonflés qu’ils puissent être par les circonstances présentes, et les eaux tendront à baisser, et vice versa. .
b L’accumulation des neiges dans la saison précédente, sur la région qui est actuellement au-dessous de l’isotherme zéi-o, si elle e.st considérable et couvre une vaste surface, tendra à enfler les affluents, et à faire monter le lac ; et vice versa.
c Une température élevée qui fait fondre les neiges, tend à faire monter le lac, et vice versa.
Vallée de Saas. Schwar/enberggl. (1890), Allalin (1881), Fee supérieur el. inférieur (1880), Hochbalm (1888), Balfrin (1883).
Vallée de St-Nicolas. Hochwanggl. (lÀl7), Gabelhorn (188.3), Trift (188:-i)^ Scballborn (1878), Bies (1883).
V allée d’ Anuiviers. Moming (1880) (l).
Valléii d’Hérens. Pièce (1883), Zigiorenove (1879), Aiguilles rouges (188-')).
Val de Bagnes. Breney (1891), Gielroz (1880).
Val d’Entremont. Tseudet, Velan,Valsorey, Maisons- Blancbes (avant 1891)
Val Ferret. La Neuvaz (1883), Saleinaz (1889), Orny (1881).
Vallée du Trient. Le Trient (1879), les Petoudes (1884), les Grands (1884), les Fonds (188^).
Tous les autres sont ou stationnaires ou on décrue.
HYDROLOGIE
d La sécheresse de l’air augmente l’évaporation, et diminue la condensation ; elle tend à faire baisser le lac, et vice versa.
e Le beau temps, dans les jours précédents, a desséché la terre et a augmenté sa puissance d’absorption des pluies ; la même chute d'eau atmosphérique détermine une plus faible crue des affluents, et le lac aura une tendance à moins élever ses eaux, et vice versa.
f Les allures de la pluie donneront un afflux plus grand des affluents, si elle se précipite en grande masse et violemment, que si elle tombe plus lentement, en une bruine poussiéreuse, et vice versa.
Je pourrais continuer longtemps cette analyse des effets variables sur la hauteur du lac des divers facteurs météorologiques, chaleur, humidité, vents, insolation, etc. Ces vérités d’évidence n’ont pas besoin d’être développées. Je me bornerai donc à constater qu’au lieu de la courbe adoucie et régulière des moyennes mensuelles, la coui'be limniméti'ique réelle de chaque année présente des irrégularités accidentelles qui, temporairement, la relèvent ou la font tomber au-dessus ou au-dessous de la normale. La courbe limnimétrique de chaque année est caractérisée par des traits propres qui la distinguent de toutes les courbes antérieures ou postérieures ; la môme courbe limnimétrique ne se répète pas deux fois, identiquement sur le même ti'acé. Pour donner une idée des allures de ces courbes, j’ai représenté dans la figure 42, la courbe de l’année 1830, l’une des années où les eaux du Léman ont été le plus basses, et celle de l’année 1877, l’une des années avec les plus hautes eaux connues. Je n’analyserai pas les détails de ces courbes, qui sont suffisamment parlants.
J’ai décrit, page 516, le procédé très pratique que j’emploie pour apprécier numériquement le caractère limnimétrique d’une année; je compte le nombre des jours pendant lesquels le lac se tient aux divers degrés des eaux ba.sses, moyennes et hautes. Je me borne k donner ici comme exemples les chiffres d’une année à eaux remarquablement élevées, 1877, et d’une année à eaux remarquablement basses. En même temps, comme termes de comparaison, je réunis ensemble les moyennes des chifires d’une série d’années à eaux très élevées, (') 1871-1879, et celles d’une série d’années à eaux relativement peu élevées; enfin, je donne les chiffres analogues des deux années 1890 et
(') li'aiiiiée 1874, au milieu de cette série, a eu cependant des eaux relativement assez basses ; pendant 92 jours le lac s’est maintenu à des cotes inférieures à 1.0"* ; c’est ce qui explique le cliitîre assez fort, 18, pour les très basses eaux de la série.
LIMNIJIÉTRIE
1891 pendant lesquelles on a commencé à mettre en application le nouveau régime du lac. La comparaison de ces valeurs est d’un intérêt évident. Je le répète, ces chiffres représentent le nombre de jours
(Fig. 42.) Courbes limnimétriques d’une année de hautes eaux, 1877, et d’une année de basses eaux, 1830, coraparées à la normale.
Echelle : 1 mm. — - 2 cm. de hauteur d’eau.
de l’année pendant lesquels le niveau du lac est resté entre les cotes indiquées en première colonne.
530 HYDROLOGIE
Ancien régime
Nouveau
Cotes
Degrés
Années isolées
Séries d’années
régime
it 3.0'"
Très liiiiilt's raux
Hautes eaux
Eaux inojeiiiies
liasses eaux
Très basses eaux
Eaux exlraonl* basses
La hauteur du lac varie d’un jour à l’autre.
La variation minimale est égale à zéro. Mai.s le cas e.sh rare. J’ai compté, sur les tableaux des années 1878 à 1883, publiés par M. Pb. Plantamour, qui mesui'e la hauteur du lac de 9'' à 3'' du jour par une intégration planimétrique des courbes de son limnographe de Sécheron, le nombre des cas où le même chifïre est inscrit deux jours de suite. J’en ai trouvé 50 exemples en 6 ans, soit environ 8 par an; 3 fois seulement, en six ans, le même cbilTre était donné trois jours de suite ; la variation d’un jour à l’autre, mesurée au millimètre, peut être donc nulle, mais c’est extrêmement rare.
La variation maximale d’un jour à l’autre est un fait intéressant ; elle donne une idée de l’apport d’eau des affluents ; multipliée par la superficie du lac, la hauteur de la crue ou de la décrue indique l’excès du débit des affluents sur celui de l’émissaire ou vice-versa.
Tariatiou en crue. Quelle est la valeur maximale de la crue du lac en "24 heures ? Si' je me borne à faire la différence entre les lectures journalières des limnimètres, je m’expose à des causes graves d’erreur, provenant soit des fautes d’observation, soit des seiches, soit des dénivellations accidentelles. C’est ainsi que le chifl're de 240""'', attribué par M. R. Lauterburg(‘) à la crue du l“'au 2 novembre 1870, et admis par lui, comme valeur maximale de la crue du Léman, repose sur une erreur manifeste. 0 Pour éviter ces écarts, dans les anciennes ob-
(') li. Laakrbiii-g [toc. cit. p. 8(ilJ tableau de la page 3'i.
cq Le limrilmétre de Genève donnait pour ce jonr-là une crue de tandis que ceux du Grand-lac n'en marquaient que de '("“i Le limnimètre à flotteur de Vevey indiquait, le 31 octobre, une ci'ue de 39“"', le l'" novembre .11"'"', le i novembre 39'"'". (Voir F.-À. Foret. Liinnimétrie du Léman I i. p. 3. Bull. S. V. S. N. XTV. .191!).
LIMNIMETRIE
servations,j'aijugéiiécessairedepren(lre la moyenne rte la crue pendant trois jours consécutifs, ou plus; les irrégularités accidentelles disparaissent par ce procédé. C’est ainsi qu’en faisant le relevé des observations du lirnniinètre à flotteur de Vevey, de 1847 à 1875, j’ai trouvé comme valeurs maximales des fortes crues en ‘24 heures :
du 31 juillet au 4 août 1851 du 18 au ‘21 août 1852
du 11 au 17 juin 1855
du 18 au ‘20 mai 1875
du 13 au 14 février 1877
du 9 au 12 noveml)re 1875
du 28 mai au le'' juin 185(5
De ces chilïres, on peut déjà conclure que les fortes crues du Léman élèvent les eaux au moins de 8 à 9''m en 24 heures.
Depuis que nous avons des limnograplies qui enregistrent, en courbe continue, la hauteur du lac, nous pouvons échapper aux erreurs de lecture et aux erreurs, tout aussi graves, dues aux seiches. Il ne nous reste plus en fait de cause d’incertitude que les dénivellations locales, mais nous pouvons y obvier, lorsque cela est à craindre, en comparant les tracés des limnograplies de deux stations différentes. J’ai pro-
lité de ces meilleures conditions d’étude pour
l•echercher sur les tracés
de Morges 187(5 à 1880, et de Sécheron 1881
à 1891, les variations dé-
passant 8'''“ par jour, et j’y ai trouvé les faits suivants :
Crue du 30 ~ 31 mai 1877
24 — 25 mai 1878
‘23 — 24 octobre 1880
27 — 28 août 1881
20 — 27 novembre 1882
26 — 27 décembre —
1(5 — 17 juin 1887
10 — 11 décembre —
1—2 août 1888
14 — 15 juin 1889
9 — 10 octobre —
Ainsi donc une variation dépassant lO'''"
par jour s’est reproduite
HYDROLOGIE
8 fois dans ces 10 années ; une variation dépassant lo' "' s’est présentée 4 fois ; une seule fois, lu variation a dépassé 20'"". Je vais analyseï* ces cas très intéressants des plus fortes crues du lac.
Crue du 25 mai I87S. Sous l’action des orages, du fôhn et de la pluie, le lac est monté d’une manière tout à fait insolite. L’orage a commencé le 24 mai à 5'' du soir. La pluie a été foit violente, ainsi que le prouvent les mesures pluviométriques des 24 et 25 mai qui donnent