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(jue le sont les rayons biillants de ces astres; chaque paitie du ciel pi-end donc sa part dans la composition de la teinte générale du lac.
L'éclairage du ciel entre encore en jeu d'une manière indirecte dans la composition de la teinte mixte de la surface du lac : c'est par son action sur la couleur et l'éclairage de la côte opposée. La côte opposée se réfléchissant sur l'eau est. comme nous venons de le dire, pour une part considérable dans la coideiu^ apparente du lac, part d'autant plus gi-ande que, la côte étant à l'horizon ou près de l'horizon, son image est réfléchie par un plus grand nombre de vagues. Or la nuance et le ton de la côte opposée dépendent pour beaucoup de l'état du ciel et de l'éclairage, de son état plus ou moins nuageux, etc-
11 est encore un point important, dans lequel la couleui- apparente du lac est influencée par l'état du ciel, de la lumière, par l'éclairage de la côte opposée. Ce sont les faits de contraste simultané des couleurs. On sait combien la coloration d'une surface juxtaposée à une auti-e agit sur l'impression physiologique causée par la nuance que l'on considère ; certains voisinages relèvent, d'auti'cs dépriment certaines couleui's {^). Une bonne partie des effets de la peintiu"e artistique sont basés sur cette action des contrastes.
Or la nature est un puissant peintre ; ses plus belles oeuvres sont les paysages où l'eau entre avec prédominance en scène ; .ses maîtres chefs-d'œuvre sont, nous le prétendons du moins, les grands tableaux: panoramiques du Léman.
Elle y met en activité toutes les ressources de la palette la plus savante. Dessin et modelé des contours, belle ordonnance des formes, perspective aérienne qui dispose à leur rang les plans successifs, jeux d'éclairage, jeux de lumière, jeux de couleui's ; tout s'y harmonise, tout prend sa part à la fête de ces magnificences. Les conti'astes de
(1) .Je citerai un seul exemple de ces effets de contraste. Par un beau soir de printemps, le 24 juin 1889, je naviguais en bateau à vapeur entre Vevey et Oucliy ; la côte élevée de La Vaux se réfléchissait sur un lac plat comme un miroir. Dans cette image réfléchie, où tous les détails avaient leur place, les surfaces vert-clair de la vigne qui poussait ses jeunes pampres prenaient une importance étrange ; elles paraissaient plus vertes que nature. Je m'expliquai le fait lorsque j'eus fait la remarque que les murs noirs, les pierres sombres, tous les objets foncés émettant peu de lumière se réfléchissaient mal dans l'eau, et laissaient voir à leur place la couleur pi-opre de l'eau, comme je l'ai dit plus liant ; toutes les ombres étant bleuâtres, les pai'ties vertes, bien éclairées, étaient rehaussées dans leur éclat par eft'et de contraste, et faisaient saillie avec plus d'intensité que dans, l'image réelle.
couleur sont c'ertainemeiil un des moyens les plus décisifs qui doinu'ut au itaysai^e sa variété et son intensité d'efTet.
Il (^st dillifile, il est impossible de décrire ces artifices de la lumièi-e; fanalyse d'impressions aussi subtiles. (|ui ne sont |)resqueque des émotions, échappe à la paresse de la plume. Pourquoi le même bleu est-il aujourd'hui plus délicat et plus tendre V Pouiquoi était-il hier plus vif, plus joyeux? Pourquoi sera-t-il demain plus sombre? Pourquoi telle teinte violàti'e de la côte de Savoie fait-elle virer le même lac, ridé par la même bi'ise, vers Les teintes de l'aigue-marine, tandis qu'un ciel bleuméditei'ranéen lui donnei-a les nuances de la tur(|uoise? Un nuage d'orage assombrit la rive opposée, et trace une bande noire sui- la moitié éloignée du Léman; au-devant, le soleil éclaire les eaux qui prennent les tons du myosotis. Une heure après, le voile a recouvert notre côte, et la bande littorale, illuminée par la lumière du zénith, apparaît violacée ; le lac à l'horizon semble alors presque vei't. C'est la même eau, c'est la même lumière, c'est le même vent qui trace sur le miroir les sillons parallèles de ses vagues, et cependant la couleur appai'ente difîëre autant ([ue l'eau vei'te du lac des Quatre -Cantons est autre que l'eau azurée du lac de Garde ; le seci-et magique qui fait ces changements à vue, c'est le contraste des couleurs adjacentes. Les lacs les plus étranges, les plus intéressants — je ne dirai pas les plus beaux, car le triomphe du Léman, c'est la grande sérénité des beaux jours d'autonme et d'hiver — les lacs les plus variés et les plus curieux sont ceux des jours d'orage où les contrastes de lumière sont le plus diversifiés et renouvellent la scènei'ie comme sous les ordres d'une baguette enchantée.
Je dois indiquer en terminant luje cause importante de variation dans Timpression colorée ijue nous doniK,^ la surlace du lac, c'est l'état physiologique de noti'e rétine. Si, enfermé dans la chambi-e où je travaille actuellement, j'ai pendant des heures été reposé par les tons verts et peu lumineux des arbres d'un jardin, si j"ari-ive subitejnent en lace du lac éclaii-é par un beau soleil, je suis ébloui par l'intensité de son azur et le Léman me parait plus bleu que jamais. Mais cette impression du premier instant ne duie pas ; bientôt ma rétine se fatigue ou s'habitue à la linnière bleue, et dans le même lac (|ui m'avait étoimé quelques instants auparavant, je retrouve les teintes et les tons qui me sont familieis. Cette transfoiination de l'impression subjective est remarquablement rapide.
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3" La couleur propre de l'eau. Nous devons dcdiiiic de» iiolie piemier facteur, soit l'état d'agitation de l'eau, l'importance de ce troisième facteur, la couleur propre de l'eau ; lorsque les vagues sont assez vives et qu'elles sont dans une direction convenable poui- que le rayon visuel ne soit pas entièrement réfléchi sur leuis faces miroitantes, mais pour qu'il pénètre dans l'intérieur de la vague, alors la couleur même de l'eau entre dans la composition de la couleur superlicielle du lac. Un lac aux eaux vertes, agité par la bise, apparaît vert vu de la rive. Le Léman apparaît dans ce cas d'un bleu d'azur.
Si l'on veut se rendre compte de cette action, que, par un lac agité, on navigue en pleine eau. et qu'on regarde du pont d'un bateau la sui-face de l'eau à quelques mètres seulement de distance. On vei-ra distinctement sur la face antérieure des vagues ou des l'ides, sur la face inclinée vei's le spectateur, la couleur propre du lac émise par l'eau, sur la face postérieure l'image de réflexion, les teintes du ciel ou des nuages qui s'y reflètent. La couleur apparente à distance résulte de la combinaison de ces deux couleurs composantes. Nous avons à signaler cependant quelques cas particuliers :
l» La nuance de l'eau du lac varie notablement suivant qu'elle est éclairée par la lumière directe du soleil, ou par la liunièi'f^ dilTuse seulement. Le soleil lui donne ime teinte beaucoup plus claire, beaucoup plus gaie que la lumière diffuse, sous laquelle le lac est plus foncé, plus violet. C'est ce que l'on reconnaît par un jour de bise lorsque le lac est d'une couleur superficielle d'un bleu de turquoise; si un nuage traverse le ciel et vient porter son ombre sur le lac, celle-ci se dessine comme une tache sombre, violacée, à bords ti-ès nets et bien tranchés-
'2» Nous avons, dans l'étude de la coulein- propre de l'eau, montré quelles sont les variations saisonnières ; comment le lac est plus limpide et d'un bleu plus sombre en hiver, plus opalin et d'un bleu plus clair en été. Ces variations de teinte se manifestent avec grande évidence dans la couleur apparente du lac, dès que, pai- les rides des vagues, la coideur propre de l'eau intervient dans la lésidtante générale. Les bleus sont plus adoucis, moins crus en été qu'en hivei'.
8" Quand une pluie d'orage a sali les affluents, leui-s eaux troubles sont versées dans le lac et, si leur densité n'est pas trop forte, dans les mois du printemps, par exemple, elles s'étalent à la surface; s'il fait des vagues, leurs eaux sont mélangées avec les eaux superficielles du lac; elles forment devant les embouchures des rivières de larges
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taches, de kilomètres d'étendue, qui jaunissent l'eau. Ces taehes j;ui nàtres, en général fort bien limitées, se dessinent pour leur part ilans la couleui' apparente du lac. Au bout de quelques jours, Talluvion grossière est descendue dans les eaux profondes, et il ne reste plus à la surface qu'une alluvion impalpable qui se mélange progiessivement à la grande masse du lac sous le jeu des vagues et des courants, et rend l'eau opalescente, jaunâtre; Ces teintes jaunâtres qui se combinent optiquement au bleu propre du Léman, lui donnent des nuances verdàtres, aigue-marine. lout-à-fait remarquables. Quelques jours plus tard, il ne persiste plus ([u'iine très faible opalinité qui lave de blanc le bleu de l'eau, et lui donne, dans sa pai'ticipation à la couleur apparente, des teintes de myosotis d'une ilélicatesse exti-ème.
4'> Ces nuances bleu-myosotis ou tiu'(iuoise, sont causées parfois aussi pai- les eaux troubles du Uhônc, qui, comme nous l'avons vu page '■ISO, peuvent être amenées à la surlace pai- les courants de convection des grandes bises.
Ces faits généraux, et bien d'autres observations que la contemplation du lac fournit chaque jour, mais (ju'il serait oiseux de multiplier ici, justifient les aftirmations que j'ai énoncées sur l'intervention de la couleur propre du lac dans l'établissement de la résultante qui fait la couleur apparente. La coulein- propre du lac enti'e pour sa part, en des circonstances déterminées, dans les variations de teintes que présente le lac considéi'é à distance suivant un rayon oblique ou tangent.
Va\ résinni'', la coulein- apparente du lac, celle qui se montre à ime vue rasante ou oblique, est la résultante d'un certain nombre de facteurs d'ordres très divers, tous variables dans leur action et dans leui-s effets.
Le plus important, c'est l'état de la surface du lac, qui tantôt est calme et repi'ésente un miroir unique donnant des faits de l'éflexion l'elativement simple, (jui le plus souvent est ridé par des vagues et représente alors ini miroir composé. La forme des vagues, lenr gran- <leur, leur direction, font vai'ier considérablement les phénomènes de i-éflexion sur cette surface ondulée.
En même temps que les vagues modillent le phénomène de la réflexion, elles font pénéti-er le rayon visuel dans la masse même de l'eau quand leui- orientation est telle que les lignes de faite soient à peu près peipendieulaires au plan de la vision; dans ce cas, la couleur
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pi'opre de l'eau intervient avec plus ou moins d'importance dans la composition de la couleur apparente.
Le second facteur est la couleur des surfaces i-éflécliies sur le lac, côte opposée et ciel bleu ou nuap^ux. — Le troisième facteur est la couleur propie du lac.
L'éclairage et l'intensité de la lumière, les elléts de contraste ajoutent leurs actions, et modifient presque à l'intini l'impression physiologique que nous appelons la couleur apparente du lac.
Par la combinaison de ces différents facteurs, tous variables, nous voyons alternei- sur le lac toutes les nuances, tous les tons, toutes les teintes de la gamme entière des couleurs. La teinte appai'ente du lac passe du blanc au noir et donne toutes les couleurs du spectre, plus ou moins l'elevées, plus ou moins rabattues. Je citei'ai des exemples de ces extrêmes de couleurs tranchées en indiquant leur mode de formation :
Le blanc vient de la réflexion sur un lac calme d'un nuage blanc ou d'une surface de neige.
Le jioir est donné par la réflexion de masses sombres, qui parais.sent noires par contraste avec un ciel éclairé (arbres verts qui font silhouette sur le ciel du couchant).
Le l'ouge, l'orangé, le jaune viennent essentiellement de la réflexion du ciel illuminé par les feux de l'aurore et surtout du couchant. Les tons rouges les plus intenses, nous les avons vus dans les embrasements crépusculaires qui ont apparu pendant les mois de novembre, décembre 1883 et janvier 1884, à la suite de la grande éruption du Krakatoa du 26-28 août 1883. ( ')
Le vert est donné, ou bien par le mélange d'eaux légèrement opalines, jaunâtres, avec le bleu du lac. ou bien par des effets de contraste qui font virer au vert le bleu mis à côté de masses violettes, ou bien par la coloration de l'eau par des algues vertes {Pandorlna morum). ou bien encore pai- la réflexion à courte distance du vert de la végétation sur la côte opposée.
Le bleu et l'indigo sont dus à la couleur propre de l'eau du Léman ; ils sont renforcés par la réflexion d'un ciel d'azur.
{') .le dois à la libéralité de M. Hosch, le peintre verrier de Lausanne, une étude précieuse, peinte d'après nature, des feux crépusculaires de 188:5. C'est la meilleure représentation que j'en connaisse. Les tons ruuges y tiennent du vermillon et du carmin.
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Le violet est dû an mélange de tons lougeùti-es du ciel avec lestons bleus du ciel et du lac, ou bien à des effets de conti-aste avec des nuages sombres, ou enfin à la coloration de la côte opposée (grands paysages des beaux jours d'automne).
Que l'on étudie l'œuvre entière du peintre du Léman, F. Bocion, d'Ouchy, celui qui a le mieux compris et le mieux figuj'é les mille aspects de notre lac ; Ton retrouvei-a sur ces représentations fidèles de la couleur apparente du lac toutes les nuances, tous les tons, toutes les teintes, toutes les notes de la gamme des cnnlein-s.