‹ Le Léman, monographie limnologiqueChapitre 100 sur 174 · hidusirie et Coiinnercc · texte numérisé non relu

hidusirie et Coiinnercc

Nous avons dit p. 4'24 que les développements de la civilisation chez les Palafitteui's n'ont pas été dus à l'afrivée de populations nouvelles. Si ce n'est pas par l'invasion de peuples étrangers que les changements et les progrès de l'industrie sont explicables, par quels procédés pouvons-nous nous en rendre compte? Trois possibilités nous sont offertes, à savoii- :

a) Invention sur place de nouveaux procédés. Chaque progrès de la civilisation a été inventé quelque part. Un homme a eu une idée et il a perfectionné la technique ; ou bien le hasard a mis un homme en présence d'un lait non encore observé et cet homme en a déduit quelque nouvelle industrie. Du lieu de la découverte, le progrès s'est irradié au près ou au loin, comme le font les espèces nouvelles de la flore ou de la faune autour du centre de création. Ces lois générales des progi'ès de l'industrie sont certainement valables pour l'antiquité qui nous occupe. 11 est possible que quelques-unes des inventions, qui ont fait passer l'homme de la civilisation primitive de Chavannesou de Moosseedorf au bel âge du bronze, aient été faites dans notre pays ; mais il n'est pas probable que tous les progrès de la civilisation y aient été indigènes.

b) Invention dans un autre pays : importation de l'invention par immigration des industriels et leur établissement dans la bourgade.

c) Invention dans im autre pays où l'industrie se serait développée; importation des marchandises par voie du commerce pacifique ou par voie de la conquête, du pillage et de la guerre.

Il nous serait bien difficile d'étudier ces diverses possibilités pour les diverses branches de Findustrie qui, de l'âge de la pierre polie à l'âge du bronze et à la première apparition du fer, a montré un développement splendide. Essayons d'un seul chapitre de cette histoire, et. recherchons les probabilités de l'introduction de la métallurgie.

Les Palafitteuis de l'âge de la pierre ignoraient les métaux. Ceux-ci apparaissent successivement dans diverses stations, jusqu'au moment oii ils sont prédominants, et oii règne la grande industrie du bronze.

Dans les stations de l'âge de la pieire typique il n'y a point de mé-

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tal, point d'armes, ni d'outils, ni d'ornements de bronze ou d'autres métaux. Mais dans certaines stations de la fin du néolitique, qui par l'ensemble de leur industrie appartiennent bien à l'âge de la pierre (armes et outils en pierre travaillée, poteries grossières, f'usaioles en pierre, faune néolithique), nous trouvons quelques objets de métal, du cuivre à Fenil et Chevroux, du bronze à Robenhausen et à Morges, station des Roseaux. Dans d'autres stations, le métal de grand usage, le iDronze, devient dominant : la plupart des stations de l'âge du bronze ; dans quelques stations enfin il devient exclusif, il n'y a plus d'armes ou d'outils de pierre : grande cité de Morges. Voici les faits.

Comment s'est produite la première apparition du métal? Comment l'industrie métallui-gi{|ue s'est-elle développée? Voilà le problème.

Y a-t-il eu création spontanément et sur place de la métallurgie du cuivr-e à Fenil, de la métallurgie du bronze aux Roseaux de Morges ? Le seul énoncé de cette question impose notre réponse. La découverte du minerai de cuivre, l'invention des pi'océdés de réduction de ce métal, de la fonte en lingots, de son coulage dans des moules, du ciselage tei'minal, en un mot la métallurgie, soit à l'état de métal pur (cuivre), soit à l'état d'alliage (bronze), tout cela n'a pu se faire que dans un distiict miniei". Or nous n'avons pas de mines de cuivre ou d'étain au bord des lacs de Bienne, de Pfàffikon ou de Morges. Donc la métallurgie du cuivre, encore moins celle du bi-onze, n'ont pas été d'invention indigène dans ces stations.

Il y a donc eu importation de ces métaux. Comment s'est faite cette importation ?

Est-ce par la voie pacifique du commerce et de l'échange? Est-ce par la voie brutale de la guerre, du brigandage, du pillage? Les deux hypothèses sont probablement valables l'une et l'autre.

La seconde est conforme à ce que nous savons de l'htnnaine nature. A l'état sauvage, les peuples, les ti'ibus, les villages voisins sont sans cesse à l'état de guerre, et qui dit gueri-e dit pillage. A l'état civilisé en est-il autrement? Certaine lettre d'un troupier de l'expédition de Chine en 1900(') me revient à la mémoire quand je pose cette

(') « Nous avons déjà pris un*.' l.onne partie de la Cliine ; à mesure que nous?, avançons nous brûlons tout, nous jdllons t<iut. Nous avons commencé à Takou, lout brillé et pillé toute la ville et tous les villages, de même à Tientsin. à Pékin, etc. Tout ça c'est détruit, c'est brûlé, c'est j)illé. .le voudrais être plus près de chez nous, je .serais assez riche. Il faut voir le beau butin qui se jtille. O chère sœur ! c'est pitoyable d'être à une gu(>rre !... > (Journal de Morges, 30 novembre 1900).

question, à laquelle je ne veux pas répondi-e : je rougifais ti'op de notre NIX^ siècle expirant.

La première hypothèse, celle qui attribue au commerce l'importation des métaux chez nos Palafitteui-s, me semble cependant satisfaire aux faits les mieux précisés que les fouilles lacustres nous ont révélés. Dans les stations où nous voyons la première apparition du métal il est spécialisé en des formes ou des alliages distincts. Ainsi à Fenil, c'est du cuivre, une centaine d'objets, outils, armes et ornements divers, récoltés par Edm. de Fellenberg, i-ien qne du cuivre, pas de bronze ('). Ainsi à la station des Roseaux de Morges, c'est une vingtaine d'objets de bronze, tous du même type archaïque, des hachestrancliets, des lancettes, au milieu d'un mobilier général de l'âge de la pierre (-). L'uniformité de ce mobilier de métal est pour moi la preuve qu'il provient du commerce. C'est un colporteui' qui a apporté à Fenil sa pacotille de cuivre, c'est un auti'e marchand ambulant qui a apporté aux Roseaux de Morges sa pacotille de bronze et l'a débitée sur place. Si ces deux stations s'étaient pi'ocuré ces objets de métal par le brigandage de la gu.erre, le raisonnement subsisterait ; il devrait seulement être déplacé; il serait applicable aux villages qui auraient été pillés par les pirates de Fenil ou des Roseaux; c'est dans ces villages, à nous inconnus, que les colporteurs du commerce éti'anger auraient importé leur mai'chandise de métal.

On a traduit d'une autre manière la pi'ésence de ces cuivres de Fenil et de quelques autres stations de l'âge de transition; on a voulu intercaler entre l'âge de la pierre et celui du bi-onze un âge du cuivre. Je ne puis me ranger à cette idée, pour notre pays du moins. En elTet les objets de cuivre pur trouvés dans l'ensemble des palafittes suisses sont trop peu nombreux; ils n'ont été recueillis que dans une dizaine de stations, et encore de celles-ci quelques-unes seulement, celles de Fenil, de Sutz, de Gerolfingen, sont-elles caractérisées pai- la présence exclusive du cuivre; dans toutes les autres, St-Blaise, Chevroux, Estavayer, Loci-az, Lattrigen, Wollishofen, Rqbenhausen, il n'y a qu'un ou deux objets de cuivre, mélangés à des bronzes plus ou moins nombreux. L'apport de ces quelques objets de métal dans ces quelques -stations s'explique trop facilement par le colportage du commerce ou

(') Keller's Bcrichte IK (Heierli) p. 37. (2) Voyez p. \Ti ci-ilcssus.

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le brigandage pour que nous puissions consentir à baser sin- un si petit nombre de trouvailles la ditTérenciation d'un âge archéologique du cuivre (*). Notre âge de transition est ici parfaitement suffisant.

Ce n'est pas que je nie la probabilité d'une industrie du cuivre dans les districts miniers où l'on a travaillé les minerais de ce métal. Mais le brojize est un alliage de cuivre et d'étain ; or les mines de cuivre ne sont pas partout accompagnées de mines d'étain; c'est le cas seulement pour le sud de l'Angleterre, Cornouailles et Pays de Galles. Partout ailleurs le cuivre, beaucoup plus abondant que l'étain, était seul offert à 1" industi'ie du fondeur.

C'est le cas en particulier pour les mines de cuivre connues en Suisse : Amsteg (Uri), Piz Mondin dans le Samnaun (Engadine), Ruvis dans le Schamserthal (Grisons), Mûrtschenalp (Glaris), Findelen, St- Nicolas (Valais), Grand Prat près d'Ayer, Anniviers '^Valais) ('-). Donc le cuivre sorti de la fonderie ne pouvait être utilisé qu'à l'état de cuivre pur, aussi longtemps que le commerce n'y avait pas apporté de l'étain pour en faire pai' alliage du bronze. Que les envois de barres d'étain aient été en retard, qu'il y ait eu surproduction de cuivre, et les fabriques auront fourni à leurs voyageurs des objets de cuivi-e pur. Les cent ou deux cents pièces de cuivre pur que nous possédons en Suisse dans nos musées de l'époque lacustre s'expliquent facilement sans que nous ayons à faire intervenir un âge du cuivre indigène qui se iieurterait à d'autres difficultés trop longues à développer ici.

Comment le bronze a-t-il été importé dans notre pays ?

Nous venons de dire que c'était par le commerce. Mais ici encore nous devons faire une distinction.

Les premiers objets apportés par des colporteurs ambulants ont été inti'oduits tout fabritfués, terminés, prêts à l'usage; il n'y avait certainement point dans ces villages de f âge de la pierre d'industriels capables

(1) .Je ne veux pas dire qu'ailli'uis il ii"v ait pas eu un âge du cuivre précéda ni l'âge du Itronze : je le tiens pour prolialile ou même certain. Mais chez nous il n'est pas reconnaissalile.

(2) Ces dernières sont particulièrement intéressantes en ce qui- le minerai de cuivre y est allié à du minerai de nickel et de cobalt et que si l'on n'y applique pas des procédés de purification spéciaux, la fonte contient des traces de ces métaux rares. Or les analyses de L.-R. de Fellenherg ont montré du nickel dans des bronzes de Morges, de Sutz, de Mr)rigen, du cobalt dans les bronzes de Corcelettes. Il y a là l'indication possil)le d"une origine rapprochée de quelques-uns des cuivres de nos Palatitteurs.

de travailler le bronze. Tous les bfonzes, tous les cuivres de l'âge detransition sont donc de fabrication étrangère.

Mais plus tard le métal est devenu abondant, surabondant. Dans unestation comme la grande cité de Morges, il a sufti à toute l'industrie, * les armes et outils de pierre ont disparu.

Le bronze y était-il travaillé sur place, ou était-il entièrement d'importation étrangère, importation d'objets fabriqués à l'étranger? La trouvaille dans nombre de palafittes de creusets, de lingots de cuivre et d'étain, de moules en bronze, en pierre ou en argile, montre qu'il y avait une industrie locale, sur place.

Je ne dis pas industrie indigène. Je n'attribue pas nécessairement à des artistes de la tribu de nos Palafitteurs la fabrication des bronzes quenous retrouvons dans les ruines des stations lacustres. En effet tout nous lait croire que les procédés de l'extraction du métal et de la fonte en outils, armes ou ornements ont été inventés ailleurs. Où? nous ne le savons guère ; ce n'est pas le lieu de discuter sur cette question dilficile.

11 est peu probable que les artistes étrangers en possession de la technique métallurgique aient été admis à pratiquer librement leur industi'ie dans les palafittes. Les traités de commerce qui inscrivent ledroit d'établissement de l'étranger dans le i-essort national sont d'invention moderne. La tribu sauvage, la peuplade demi-civilisée, sont exclusives et étroitement protectionnistes. Ne voyons-nous pas cette maladie économique exercer ses ravages chez des contemporains qui sedisent ultra-civilisés ?

J'ai un argument assez fort contre la supposition que l'industrie métallurgique serait devenue indigène. Les ustensiles de bronze, ceux du; bel-ûge du bronze, sont en général remarquables par la beauté de leur forme; ils sont dessinés. Sans parler des bracelets et autres ornements,, même les instruments tranchants les plus ingrats, les outils, les couteaux, les faucilles, les pointes de lances ont des lames élégantes bien étudiées, bien travaillées. Le fondeur chercliait la foimeet il la trouvait. Or ces pièces magnifiques, dont quelques-unes pourr-aient servir de modèles à nos ciseleurs modernes, et qui i-epoussent dans l'ombre les lamesgrossièrement rectilignes et lourdement arrondies de nos couteaux de table ou de poche actuels, étaient parfois emmanchées dans des blocs; iniormes de bois, de corne de cei-f ou d"os. Dans toutes nos collections des palafittes on peut voir des couteaux ainsi déshonorés dont lesdeux parties jur-ent douloureusement l'une à côté de l'autre; la lame-

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de bronze fondu est l'œuvre d'un artiste; le manche que le propriétaire y avait adapté est le travail informe d'un sauvage brutal et grossier. Donc le fondeur et le propriétaire du couteau appartenaient à deux i-aces de génie différent ; donc le fondeur était un étranger.

J'ai assisté en 1867 à une scène qui m'a très actuellement représenté comment les choses devaient se passer autrefois. Un fondeur de bronze ambulant venait d'ai'river au Sépey, village des Alpes vaudoises. Originaire d'une vallée montagnarde du Piémont, il n'avait poiu- assistant que son fils, son apprenti; il entrait dans le village, allait de maison en maison demander de l'ouvrage, offrant de réparer les cloches de vaches. Tout ce qu'on avait de cassé, on le lui apportait. Son bagage industriel consistait en un soufflet, du sable à mouler, deux poinçons et quelques moi'ceaux de vieux bronze. 11 s'installait sur la place du village, établissait sa soufflerie et son leu, faisait des moules en appliquant son sable sur les cloches qu'on lui prêtait; il en tirait un creux qu'il marquait de ses poinçons. Après avoir fait fondre dans un creuset les débris de bronze qu'on lui apportait, en les appareillant au juger pour obtenir un métal convenable, il coulait les cloches et léussissait le plus souvent ses fontes. J'ai eu l'impression que j'avais devant moi le descendant en ligne directe, à cinquante ou cent générations de distance, des fondeurs qui venaient autrefois de l'étranger exercer leur industrie dans nos palalittes; une tradition non interrompue avait conservé dans la famille les procédés et les tours de main du métier.

Ce n'est pas à dire qu'à coté de ces industriels ambulants, le colportage du commerce n'introduisît des produits de l'industrie fabriqués en pays étrangers ; que la guei're qui est le brigandage des nations, et le brigandage qui est la guerre des individus, n'apportassent dans le village le butin pillé dans des tribus éloignées. C'est seulement ainsi que s'explique l'apparition des pièces uniques, le vase de bronze fondu (') de Corcelettes, l'anneau de serment de Morges (-), les perles étrusques ou phéniciennes des colliers de Guévaux, d'Estavayer et de Chevroux("). Mais ces accidents ne sont pas pour altérer le caractère de l'industrie chez nos Palatitteurs, industrie à la fois locale en ce qu'elle était exécutée sur place, et étrangère en ce qu'elle était probablement l'œuvre d'artistes ambulants, venant peut-être de fort loin.

(') Album d'Antiquités Incustres. Musée de Lausanne pi. XXV, 1 et o. (■■'llbid. XXVIII, 9.

(■') Ibid. XX XI, 6 à 40.

Quant à l'introduction du fer chez les Palafitteurs, nous avons à peine pu l'étudier dans nos stations du Léman, où elle est représentée seulement par les quelques pièces recueillies par Gosse dans le palafitte de Plongeon, Genève. Tandis que l'introduction du bronze était une évolution, celle du fer nous semble devoir être considérée comme une révolution dans le développement de la civilisation de la Suisse antéhistorique.

Lors de l'apport du bronze, il y a eu continuité dans l'histoire des Palafitteurs; ils ont passé par des transitions graduées à la civilisation supérieure. Sans qu'il y ait eu rupture avec le passé, l'appai-ition du métal, l'importation de la nouvelle invention a été l'occasion d'un essor évident dans la prospérité des peuples bâtisseurs de palafittes. Jamais ils n'ont été plus l'iches, plus nombreux que dans le bel âge du bronze.

Lors de l'apport du fer, c'est tout autre chose. La première apparition du nouveau métal a été probablement assez semblable par ses allures à l'arrivée du bronze. Le fer est apporté en quelques pièces isolées. A Môrigen trois ou quatre objets, dont une belle épée, à poignée de bronze, à lam(3 de fer façonnée sur le type de celle de l'ancienne épée de bronze; à Sutz, à Graseren, au Steinberg de Nidau, à Ghevroux, à Cortaillod, à Auvernier, à Hauterive près Neuchâtel, quelques objets isolés de fer, pointes de piques, tridents, faucilles, lames de couteau, etc. ; à Corcelettes un bracelet de bronze orné de quelques lamelles de fer en applique (') ; à Genève, station de Plongeon, une trentaine de pièces de fer dont quelques-unes seulement sont indiscutablement de l'âge des palafittes. Tout cela peut être arrivé par le commerce; ou plutôt, ce qui semble plus probable, vu la variété des types, par le pillage de la gueri-e.

S'il y a eu importation de quelques objets de fer dans les palafittes de l'âge du bronze, il n'y a pas eu de Palafitteurs de l'âge du fer. Nulle part dans un palafitte vrai on ne trouve l'industrie du fer prédominante. 11 a donc eu rupture violente dans la succession des faits historiques. Les derniers palafittes du bronze ont été incendiés et leuipopulation a été anéantie par les envahisseurs armés de fei-; ceux-ci n'ont pas rebâti de villages sur le domaine des eaux. L'invasion du peuple armé de fer a terminé fhistoire des Palafitteurs.

(1) Album [loc. cit. p. 459] p. XXVII. tig. 6.

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Mais il y a, dii-a-t-on, la très célèbre station de la Tène qui a donné son nom au premier âge du fer : la Tène? au bord de l'eau ou dans l'eau du lac de Neuchàtel ; la Tène, à l'issue de l'ancien émissaire de ce lac, la Thièle d'entre deux lacs ; la Tène avec ses pilotis. Qu'en faisons-nous? La Tène, pour nous, n'appartient pas aux Palatitteurs ; c'était un poste guerrier, un arsenal helvétien, un corps de garde qui surveillait un pont ou un gué de la Thièle. C'était une station amphibie du peuple qui a anéanti les Palafitteurs.

J'estime qu'il n'y a pas de palafittes de l'âge du fer. Les quelques pièces de ce métal trouvées dans des stations de l'âge du bronze n'ont pas amené un nouvel âge archéologique; l'introduction par le commerce ou le pillage de quelques pièces d'un métal nouveau ne suffit pas à changer du tout au tout le caractère d'une civilisation.

En résumé, nos idées sur l'introduction et le développement de l'industrie métallurgique dans la série des âges des Palatitteurs sont actuellement bien établies. Le bronze a été apporté par le commerce ; l'industrie du bronze est d'origine étrangère; elle a cependant pour le bel âge du bronze été exercée sur place par les artistes étrangers, artistes ambulants probablement, qui ont laissé dans les ruines des villages lacustres les débris de leurs moules et de leurs fonderies. Le fer a été introduit en quelques pièces par le commerce ou par le bu lin de la guerre. Les palafittes ont été détruits au moment de l'établissement définitif de la civilisation du fer en Helvétie; ils ont été incendiés par les Helvétiens, armés de fer, qui ont en^alii notre pays quatre ou cinq cents ans avant l'ère chrétienne. Les Helvétiens des historiens sont connus par les archéologues sous les noms d'hommes de Hallstatt et d'hommes de la Tène.

Je partage ainsi l'opinion du D^' Victor Gross qu'il a développée dans une intéressante description de la station de LaTène(').

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