ÉPOQUE SAVOYARDE
Outre ces petits bateaux à deux, trois ou quatre rameurs, de la taille de nos bateaux de pêche actuels, il y avait des barques de plus gi-ande portée. En 1413, le vice-chàtelain de Morges, Glaude, convoie sur un bateau à Evian un prisonnier, Antoine Joutems, de Lausanne, avec 8 archers et 9 bateliers. En 1429, le même Glaude transfère à Chilien trois prisonniers, sin- une barque conduite par 18 hommes, tant bateliers que gens d'armes ('). Ces bateaux avaient la grandeur de nos cochères.
A ce propos, citons un fait intéi'essant au point de vue de la persistance des noms. Le bateau que nous décrivons sous le nom de rochère était souvent désigné au milieu du XIXe siècle sous l'épithète de corsaire; dans mon enfance, on hésitait entre les deux termes. Quel était le mot authentique, d'usage local? Le mot de corsaire est le plus ancien. Je le trouve déjà dans les comptes de la châtellenie de Chilien en 1288, dans une phrase un peu ambiguë, il est vrai (2). Je le trouve avec un sens parfaitement clair dans un compte de Morges de 1532 : Le duc Charles III de Savoie fait acheter un bateau appelé corseyre (3), pour le prix de 82 florins d'or, petit poids. Dans le livre de Raison de François Mon t e t, de Vevey, on lit en date de 1585 et de 1588 que le dit Montet reçoit son bois de chauffage du Valais, apporté par des corsaires : « Et me doit Jaques Prymat, de Porvalley, tous les ans rendre icy à Noël le grand corseyre du Noveret de bon boidz de faug chargé a dictdenavattyer(*), etc.» « Plus pourachept d'une corseyre de boiz de noyer 10 florins » (^).
Le mot de cochère n'apparait pas avant le XIX« siècle.
On trouve encore dans ces anciens temps les mots de corvette, de caravelle(^), et de frégate C) appliqués aux barques du Léman en réminiscence éloignée des termes de nomenclature marine; ces appella-
(*) Comptes de la Châtellenie de Morges, p. 156 et 179.
(2) De residuo precii uni us navis empte pro corserio uno il p u d G e b. facto. Mém. Doc. Soc. hist. Genève VIII, 236.
(3)Unam navem vocatam corsyerez. Copie Millioud, p. 309.
(*) Elle est bien jolie cette vieille expression de nos chroniques : a dict de... » « Cultiver une vigne a dict de bon vigneron » ; « charger une barque a dict de navattier » (batelier). Elle est conservée dans notre français actuel : à dire d'expert.
(») Les anciennetés du Pays de Vaud pour 1901, p. 147. Lausanne.
(6) Comptes de Chillon : Caravelle 1326-28. Corvette 1370-79. Communication A. Nœf, archéologue cantonal. Lau.sanne, in litt.
Q) Frégate au XVI« siècle, très petit navire à rames, souvent non ponté, de 6 à 12 rames par bande. (A. Jal, glossaire nautique, Paris 1848.)
52 i NAVIGATION
tions semblent avoir perdu leur signification pi'écise par le transport dans notre bassin lacustre.
Quant aux bateaux eux-mêmes, nous n'en savons pas grand 'chose. La seule note sur leur construction que nous ayons est la suivante : Le 14 nov. 1375, la ville de Nyon est autorisée par Amédée Yl de Savoie à lever certaines taxes, entre autres : pour chaque petit bateau" deux deniers lausannois; si le bateau a plus de quati-e pieds de large, quatre sous lausannois; si le bateau a plus de 8 pieds, 8 sous; s'il a plus de 10 pieds, un florin d'or('). Cela nous indique qu'il y avait sur le lac des bateaux dépassant dix pieds ou .S^ de largeur; nos cochères actuelles ont 4'^! de large au maître bau. Ces bateaux de trois mètres de largeur devaient appartenir au type de la naue que nous retrouverons bientôt; c'étaient probablement les corseyres dont nous venons de parler.
Nous aurons besoin, lorsque nous chei-cherons à retrouver l'origine de la barque marchande du Léman, de nous appuyer sur l'histoire des flottes de guerre de notre lac, sur l'apparition des galères. Nous allons donc la résumer en nous fondant sur les travaux antérieurs:
E. von Rodt. Geschichte des bernischen Kriegswesen, Bern 1834. Das Seewesen, 11, 170;
A. de Goumoëns-Wu rstemberger. La marine bernoise sur le lac Léman. Gazette de Lausanne, 6 mai 1881;
B. Haller. Die bernische Marine auf dem Genfersee. Bern 1896. Trad. H. Mayor. Revue hist. vaudoise IV, 161 et 193. Lausannel896:
J.-D. Blavignac. Armoriai Genevois. Exercice de la Navigation. Mém. et Doc. Soc. d'hist. de Genève, VI, 315. Genève 1852;
Ad. Moynier. Histoire de la navigation sur le lac Léman. Dans G. Fati 0. Le Yachting sur le lac Léman. Genève 1896;
0) F. Forel. Fraïu'hi.sos cniininuialcs. Méiu. et Doc. Soc. hist. S. R. XXVII p. 165.
FLOTTES DE GUERRE S'i.^
pour les époques les plus anciennes, sur les mémoires encore inédits de M. A. Naef, d'après les comptes de la chàtellenie de Chillon;
et enfin sin- nos recherches personnelles dans les archives de Lausanne, Genève et Berne.
Les plus anciens documents que nous ayons sur la marine militaire du Léman remontent à la fin du Xllle siècle. Dans les comptes de la chàtellenie de Chilien et dans ceux du péage de Villeneuve, qui sont conservés aux archives de Turin (i) on voit déjà en 4258 une barque du comte Pierre, le Petit Gharlemagne, harga dowini, que l'on tire à terre et rpie l'on rentre sous un hangar. C'est peut-être le même bateau que, à partir de 1283, sous le Comte Philippe, on voit désigner sous le nom de «barque à barrières «, navis hararjniala{-), un navire de guerre, probablement une galère. Nous voyons ce terme cité jusqu'en 1304. La navis haragniata était un bateau de grande taille, muni de 36 rames, soit 18 paires (•*), ou 18 rames de chaque côté ; il portait jusqu'à 33 ou 37 matelots (rameurs), soit un rameui- par rame, 10 à 20 archers (}), sans parler des officiers.
A partir de 1288 (comte Amédée V, le Grand) nous voyons apparaître le nom des galères proprement dites, galee, gualee, et elles sont fréqueuiment mentionnées dans les comptes jusqu'en 1350, c'està-dire sous les règnes d'Edouard, d'Aymon et d' Amédée VI,
(') Ces comptes ont été dépouillés et copiés en 1898 par M. A. M i 1 1 i o u d, nidearcliiviste des Archives cantonales de Lausanne. M. À. Naef, l'archéologue cniitonal qui poursuit avec ardeur et succès la restauration du château de (^^hillon a éla- ])oré ces notes : il m'a communiqué le mémoire qu'il a lu le 11 octohre 1902 devant la Société des architectes et ingénieurs Vaudois, et le manuscrit d'une étude sur la tlotte mihtaire de Savoie, qu'il pu])liera prochainenuMit. M. Victor van B e r c h e m à fait copier intégralement ces comptes de la chàtellenie de ('hillon qu'il publiera ])ientôt dans les Mémoires et Documents de la Société d'histoire de la Suisse Romande. Il m'a fait l'amitié de me communiquer ce précieux manuscrit qui s'éti'ud de 125? à 1310. Je remercie c(>s collègues pour leur obligeante assistance.
C^) Baragna, garde-fou, balustre, balustrade, rampe d'appui dans un escalier. Doyen Bridel. Glossaire des patois. M. et D. S. H. S. R. XXI, 27. Lausanne 1866.
(^) Les rames des galères n'étaient jjas disposées par paires dans le sens que nous donnons à ce mot, lorsque nous parlons d'un rameur qui manie à la fois deux rames symétriques, une de chaque main, une paire de rames. Sur ces galères les rames étaient ce cjue nous appelons des avirons, maniés chacun par un ou plusieurs rameurs. Pour abréger la description j'emploierai cependant le terme de paires de rames et j'indiquerai le nom lire des rames qu'il y a d'un seul roté de la galère. Le nombre total des rames sera donc le doujile de celui des paires, ou de celui des rames d'un des côtés du bâtiment, ou encore de celui des bancs par Itaude.
('') La paye des ramevu's était de 8 deniers, celle des archers de 12 deniers par jour, (lonqjtes de Chillon de 1288.
le Comte vert. 11 y est parié de la grande galère, magna galea, monlée par 90, 400, Il 7 rameurs, et toute une ti'oupe d'archers. Le nombre des rames n'est pas clairement indiqué; quand il est parlé de 72 rames fabriquées pour une galère, on ne sépare pas les rames en exercice des rames de rechange qui étaient toujours en grand nombre. En admettant qu'il y eût 24 ou 25 paires de rames pour la mise en mouvement de la galère (^), cela représenterait, à deux rameurs par aviron, {nombre qui ne semble pas avoir été dépassé sur le Léman) 100 rameurs, plus quelques matelots pour les manœuvres, sans oublier les officiers; on arrive ainsi au chiffre maximal, 117, indiqué dans les comptes.
11 y est parlé de petites galères, parve r/alee, ou de galiottes dont les dimensions et l'armement sont difficiles à apprécier.
Au moment où cette flotte a eu son plus beau développement, nous trouvons les traces de quatre ou cinq galères appartenant à la couronne de Savoie, plus deux barques à barrières, naves haragniatae, suivant nous de véritables galères, appartenant à la ville de Genève, naves civibus gehenn. (Comptes de Chillon de 1288-89), et encore une barque corsière.
Villeneuve était alors le port militaire de la flotte de Savoie ; il y avait deux abris couverts pour les galères, l'un sur terre, l'autre dans le lac. C'est dans cette ville qu'étaient un arsenal et des magasins où les galères venaient se ravitailler en machines de guerre, en armes, en munitions et en vivres.
Fait intéressant et qui explique l'existence sur notre lac d'un type aussi particulier de navires que la galère, qui avait été inventé sur la Méditerranée par les républiques italiennes, c'est que lors de l'apparition de ces bâtiments, les galères proprement dites, leur construction, leurs réparations, leur calfatage ont été remis entre les mains de maîtres Génois que les comtes de Savoie faisaient venir à grands frais de si grande distance; et cela souvent non sans peines et difficultés: en 1316, il fallut envoyer à Gènes trois ambassades pour obtenir enfin ce précieux concours. De 1289 à 1350 nous voyons successivement dans les chantiers de Villeneuve les noms à désinence italienne de 14 de ces calefactores, magistri galee, rectores galee, à côté de ceux des charpentiers indigènes «et des ingénieurs engeniatores domini. La galère du Léaian est donc une copie de la galère de la Méditerranée.
(1) La galère réale des flottes de la Méditerranée ne portait pas plus de 52 rames, soit '-26 paires d'avirons.
De 1350 à 4535 nous perdons les traces des galères de Savoie, dans les documents que nous avons sous la tiiain('), mais il est probable que cette marine militaire a continué à prospérer, car quand l'histoire recommence à en parler, elle est parfaitement florissante.
En novembre 1535 on voit le duc de Savoie bloquer Genève par la "voie du lac : « La barque que le Duc avait fait faire les années passées, qui étoit à Chilien, fut amenée à Nyon avec environ cent nacelles, quelques jours après on tint la dite barque au milieu du lac pour gar- <ier les passages du lac(-).
Dans les narrés du Chroniqueur, si délicieusement vivants, mais si insuffisamment documentés par des citations précises, on voit l'existence d'une vraie flottille de guerre Savoyarde qui apparaît lors de l'invasion du pays de Vaud par l'armée bernoise : « 28 janvier 1536. Bientôt une flottille composée d'une galère et de huit barques s'est
montrée sur le lac; Elle s'est approchée de St-Sulpice, quelques
bordées de canon l'ont forcée à prendre le large et à rentrer dans le
port de Morges puis abandonnant le pays à notre armée, elle a
fait force de voiles vers la Savoie (3). »
Enfin, lors du siège de Chillon par l'armée bernoise en mars 15136, on voit la grande galère savoyarde (^) échapper à force de rames à la poursuite de la flottille genevoise.
Nous avons vu déjà, en 1268, l'existence des barques appartenant à la cité de Genève, deux navea haragniale clvihus geben{''). Mais c'est seulement à partir du commencement du XVfe siècle que la flotte genevoise commence à entrer sérieusement en action. Genève s'était •émancipée en 1526 et avait inauguré ses luttes héroïques contre Savoie qui cherchait à reprendre possession du joyau le plus précieux de
(1) Les comptes du péage de Villeneuve qui renfermaient le plus de notes sur les galères ne von't pas au delà de l'an 1352, et je n'ai pas eu la possibilité de poursuivre au delà de cette date l'étude des comptes di^ la cliàtellenie de Chillon. M.Naef m'assure du reste qu'il n'y a plus rii-n dans ces comptes, à partir de 1350, qui intéresse les galères.
(2) Savion. Chronique de Genève. II, 219. MS. Bihl. de Morges.
(3) L. Vulliemin. Le Chroniqueur, p. 231. Lausanne 1836. M. Stettler, d'où •ce récit semble avoir été emprunté, parle de huit gros bateaux et une barque. Schweizerchronik II, 82. Bern 1626.
(*) «Le (îhàteau de Chillon était gardé par une grande l)arque munii'
d'armes, telle qu'encore semblable n'avait été vue sur ce lac '. Michel Rouet. Cliro- Tiiques de Genève. III, cap. 66. MS.
(5) Voir page précédente.
sa couronne; la l'épubliqiie arma des barques qui devaient protégerles portes de la ville du côté du lac et au besoin attaquer la flottille savoyarde. Nous les voyons apparaître en 1536. Déjà en janvier de cetteannée, un arrêt du Conseil ordonnait d'équiper deux barques pour aller chercher des vivres et faire des prisonniers (i). Puis lorsque Berne, alliée et combourgeoise de Genève, envahit le Pays de Yaud, enchâssa les Savoyards et mit le siège devant Chilien, la flottille genevoise accourut, forte de deux galères, deux barques et quelques bateaux légers (-); elle essaya en vain de s'emparer de la grande galère savoyarde qui échappa à sa poursuite; mais elle ramena triomphalement à Genève le prieur de St-Victor, François Bonivard, qui avait passésix ans dans les prisons de Chilien.
De 1536 à 1564, Berne et ses alliés, Genève et le Valais, étaient seuls états riverains; la paix devait régner sur le Léman et les galères pourrissaient dans les ports. Mais, par le traité de Lausanne de 1564, Berne restitua à la Savoie le Pays de Gex et le Chablais occidental; par la convention de 1569, le Valais rendit à la même Savoie le Chablais oriental; par la paix de Lyon de 1601 la Savoie céda à la France le Pays de Gex et Versoix. Donc, sur les eaux du lac se rencontraient à partir de 1564 Genève, la Savoie, le Valais et Berne, et en plus la France à partir du commencement du XVIle siècle. Toujours en guerre, ou tout au moins sur le pied de guerre, ces états ne pouvaient négliger les avantages que leur procurerait une marine. Genève en particulier avait besoin de maintenir libre la voie du lac pour communiquer avec son puissant allié, le souverain du Pays de Vaud; Berne de son côtéarmait ses bateaux pour aller au secours de la ville sa combourgeoise; Savoie enfin dressait ses embuscades et préparait machines de guerreet flottille pour escalader les murailles et assiéger les portes du lac à Genève (").
(^) Blavignac [loc. cit., \). ")54] p. o]5.
(■-) Jean de Millier Histoire de la Confédération Suisse, trad. L. VuUiemin et Gh. Monnavd, XI, 158. — Dans les récits du Chroniqueur VuUiemin parle de « quatre grandes nefs, dont deux étaient armées en manière de barques marines et plusieurs petits navires ». Le Chroniqueur, p. 259. Lausanne 1836. — * Le lundi 20» mars ceux de Genève repartirent avec quatre bateaux; il y en avait deux armés à façon de ])arques marines avec artillerie et cent arquebusiers; aux autres il y avait des ])alles de laine jiour faire rempart contre l'artillerie et conduisaient des vivres ■». {Savion. Chronique de Genève, 11,24(5.) — Spon. Histoire de Genève, I, 270, ne parle que d'une frégate.
(■■*) Dans un projet d'attaque de Genève en 1588, on parle de liateaux et de barques, chargés de soldats, qui devaient pénétrer dans la rade et entrer en ville parle port. H. Fazy. La guerre du Pays de Gex, p. 8. Genève 1897.
FLOTTES DE GUERRE 5t>0
Vers 1580, Genève établit un coi'ps militaire exercé à la guerre navale : en 1500 « un amiral de tout le navigage» commandait aux capitaines des galères et autres vaisseaux de la flotte genevoise (i). En 1583, LL. EE. de Berne décidèrent la construction à Genève de deux galiotes. En 1585, l'une d'elles était terminée et partit pour les eaux vaudoises. La seconde était assez avancée, mais reculant devant la carte à payer, LL. EE. l'offrirent à LL. SS. de Genève, qui acceptèrent le présent avec reconnaissance (-).
En 1588 on voit une llottille genevoise de trois barques aller faire une expédition de maraude à la Belotte (•'').
Déjà à cette époque les barques de guerre servaient aux besoins du commerce. Le l'2 févi-ier 1589, ime galère de la Seigneurie de Genève venant de Genève et pesamment chargée de marchandises se dirigeait siu' Morges. Elle fut an-ètée devant Nernier par une barque montée par une douzaine d'arquebusiers savoyards de PupailleCM.
En 1589, dans les nombreux épisodes d'une guerre très compliquée, les bateaux genevois servirent à transporter à Thonon l'artillerie qui devait faire le siège des châteaux de Thonon et de Ripaille (s). Ce dernier château pris, le port fut comblé et les galères savoyardes furent brûlées ('•).
Ces galères savoyardes avaient été construites en 1582 par des maîtres charpentiers de Seyssel sur le Rhône, qui avaient la spécialité de la bâtisse des barques pour la navigation du fleuve jusqu'à Lyon et Avignon, et qui étaient venus s'établir à Ripaille pour ce travail ('). Sur ce sujet nous trouvons dans Michel Stettler des renseignements un peu différents. En 1586, le duc Charles-Emmanuel fit construire dans le couvent de Ripaille par des maîtres expérimentés qu'il avait
(1) Blavignac. \loc. cit., p. 524], 815.
C^) Haller, id., p. 161 et 203, et plus spécialement p. liJo.
{^) Moynier, id., p. 32.
(*) Fazy, [loc. cit., p. 528], p. (iO.
(3) Spoyi, I. 342.
(•5) Il y avait à Ripaille " deux puissantes galères capables, outre leur équipage, de- 200 hommes de guerre et aussi trois esquifs «. Annales de Savijon. II, 423, et 447. MS. Bibl. Morges.
(") Le centre de faljrication des l)ateaux était Seyssel (( ', o m p u l u s g u i gon e t i 1, i io m s de S ayssello, commiss a r i i const itu t i et ord ina ti p er domiuum circa facturam et charreagium navium ^ t ga 1 1 eonn rum quos dominus ordinavit et fieri fecit apud S a y s s ellum 1378). En 1433, onachète aussi à Seyssel des navires pour Marguerite de Savoie, reine de Sicile. Les bai'ques faites à Seyssel étaient encore connues au XIX® siècle sous le nom de Seysselanes ou Geselandes. Max Brnchet. Annecy, 4 octobre 1902, 13 mars 1903. In lift.
fait venir de Nice de gros bateaux qu'on appelle barques; en même temps il avait donné ordre de construire à Montmélian et à Hautecombe un grand nombre de petits bateaux qu'on pouvait faire transporter par des chevaux (').
Par la prise de Ripaille les navires genevois obtinrent donc la prépondérance sur le lac. Le baron d'Hermance eut beau faire venir des constructeurs maritimes, composer même ses équipages d'esclaves turcs, il fut battu partout. Les galères de Genève se tenaient devant le port, toujours prêtes à l'attaque {-).
En 1589, les bâtiments Genevois s'étaient saisis de tous les bateaux savoyards qui se trouvaient sur le lac (3).
En 1590, trois barques parties de Morges à destination de Genève, chargées de marchandises, furent arrêtées près de Rolle par une flottille sortie du port de Thonon, composée de deux frégates et de cinq petits bateaux et montée par 180 hommes C'^).
En 1602, une frégate genevoise balayait le lac jusqu'à Evian, détruisant tous les bateaux qu'elle ne pouvait enlever; en 1603, elle renouvela les mêmes exploits sur la côte du Chablais ('').
En 1611, LL. SS. de Genève faisaient construire de nouveaux bateaux de guerre, « en particulier de petits vaisseaux garnis de lames d'acier si tranchantes qu'elles coupaient les chaînes tendues sous l'eau (!). Cependant les Genevois préféraient les barques aux galères parce qu'ils pouvaient y placer plus facilement leurs gros canons si redoutés des Savoyards » ('»).
De la France, maîtresse du Pays de Gex, nous ne voyons nulle part, à cette époque, mentionner des barques de guerre ou des galères proprement dites. A deux ou trois reprises seulement des bateaux armés sortent du port de Yersoix et arrêtent des bateaux genevois et vau-
(1) Michael Steltler. Chronikon, II, 298. Bern 1626. Le.s galères savoyardes étaient au nombre de deux. Ibid., p. 340.
(2) Moynier, p. 33.
(3) Blavignac, 316.
(*) Savyon [loc. cit., p. 527J. II, 507.
(5) Blavignac, 316. Il y ayait même deux frégates qui firent le tour du lac du 2 au 5 février et rentrèrent triomphalement à Genève, amenant en remorque 14 barques et bateaux savoyards. H. Fazy. Hist. de Genève à l'époque de l'Escalade, :p. 491. Genève 1902.
(«) Galiffe, Histoire do Genève, I, 328.
dois, par simple acte de piraterie, ou pour faire prisonnier quelque réfugié pour cause de religion. Ainsi, en octobre 1601, le péager de Versoix s'était entendu avec son confrère savoyard d'Hermance pour arrêter un bateau chargé de marchandises qui venaient de Francfort (i); ainsi le 27 septembre 1635 deux bateaux de Goppet(2), le 29 juin 1706 un bateau de Morges(3), furent de même abordés en plein lac, visités et capturés. Ces bateaux de police français ne semblent pas avoir été de grandes dunensions. Plus tard, en 1776, Cuénod de Martignier faisant un recensement des bateaux du Léman, dit enti'e autres : « 11 y a dans le port de Yersoy un petit vaisseau percé seulement de deux sabords à la poupe » (*).
Jusqu'au milieu du XVlle siècle, Berne ne s'était pas beaucoup occupée de galères et de flotte de guerre. Il y avait eu une barque ou galère construite vers 1585, qui en 1610 était notée comme étant « fort gastée»(5); en 1616, cette barque bernoi.«ie est encore citée comme étant à l'ancre dans le port de Genève ; en 1650 on disait que cette barque — était-ce la même? — commençait à pourrir C''). Mais à partir de cette époque, une grande activité, presque de l'agitation, se manifeste dans le Conseil de guerre de la ville de l'Aar, et les trois gros volumes de la SchiffaJrrt iui Lande des Archives de Berne sont remplis de tractations pour la construction de barques de guerre et de galères.
En 1656, le banneret Vincent Wagner fait établir, à Vevey, une barque (■), ou peut-être transformer par le charpentier Jacob une barque marchande en une barque de guerre (8). En 1658 et 1659 les villes de Morges et de Nyon reçoivent l'ordre d'en construire sur le modèle de celle de Vevey (•').
(') H. Fazy. Histoire de Genève à l'époque de l'Escalade, p. 308. Genève 1902.
(î) Genjferbucher, III. 394. Arcli. de Berne.
(3) Ibid., XV, 239.
{*) MS. Cuénod de Martignier, l)il>l. V. Cuénod, p. 17.
(S) MS. historique, I, p. 47, v. Arch. de Genève.
("^ Haller [loc. cit., p. 524], p. 163.
(") Ibid., p. 164.
(8) «J'ai fait faire un doul)le fond à la barque, longue de 10 pieds de roy et de 2 Va de large plus qu'elle n'était, et pouvant loger à position 9 avirons de chaque côté, deux petites échelles pour monter par la poupe en façon de galère ». Lettre de Jacob, 7 avril 1656. Schitïfahrt im Lande, I. Arch. de Berne.
C) Rodt [loc. cit., p. 524], p. 171.
En 1GG5, Berne ordonna la consti'uction, à Genève, de denx galères, le Grand Ours et le PetH Ours, (\\n ne furent terminées qu'en 1672. Elles pouvaient porter 400 à 500 hommes. Le commandement en fut remis à un officier de marine protestant, originaire de Toulon, Jean Geoffroy, seigneur de Torrent, qui resta au service de Berne jusqu'en 1687, époque à laquelle il retourna en France pour rentrer dans le giron de l'église catholique (i).
C'est à cette époque que la Savoie menaçait les rives suisses ou alliées des Suisses. Vers 1672 on voyait apparaître devant Morges deux grands bateaux savoyards qui y pratiquaient des démonstrations inquiétantes. Le duc de Savoie faisait fortifier Bellerive et y creuser un port C^), vis-à-vis de Versoix, à 7'>'" de Genève. Ses ennemis cherchaient à enserrer la ville dans des mailles toujours plus étroites. Pour répondre à ces menaces, en 1678, «la petite frégate étant ruinée, LL. SS. de Genève ordonnent d'en faire une autre neuve » (•^). On armait cette grande galère, le Soleil, à 9 paires de l'ames, portant 10 canons, plus tout un arsenal de piques et de mousquets et un équipage de plus de 90 hommes, officiers, soldats et marins. Les brigantins, armés de même, n'avaient que 45 hommes d'équipage(*). En 1687, Genève acquérait de nouveau une grande galère neuve (•'•).
En 1689, les Vaudois du Piémont qui traversaient le lac de Vevey à St-Gingolph pour envahir la Savoie, l'encontrèrent les deux frégates de Savoie; mais celles-ci battirent en retraite ('"').
Avant d'allei" plus loin, donnons quelques détails sur les navires de la flottille bernoise; on y constatera que ce n'étaient point de simples barques marchandes, armées accidentellement de quelques canons, et embarquant quelques troupes de passage; c'étaient des bâtiments d'assez fort tonnage munis de tout le gréement et les appareils de vraies galères. Toutes les notes que j'analyse ici sont tirées des gi'os volumes de rapports et de documents du conseil de guerre aux archives de Berne: Manuale, Schifffahrt im Lande, etc.
(1) Rodt [loc. cit., p. 524], p. 173.
(2) Haller [loc. cit., p. 024], p. 1G7.
(S) MS. liis|ni-i([U('s, XLIII, ,3. 30, y. Arcliiv. de Gciii'Vc
(^) Moynier, lue. cit. 37. DlavUjnac, toc. cit. 31(1
{^) Hatler, lÙC).
('') E.-II. Gaullieur. Etrcnni's nationales, p. 131^, Lausanm» 1845.
Le Grand Ours, construit en 1666, mesurait 84 pieds (i), 27.2"' de long, 5.4™ de large; il avait deux mâts, le grand mât et le mât de trinquet, avec une voile chacun. Le mât mesurait -19.4m ,je haut, l'antenne (vergue) 40.8m. ][ avait 16 bancs de rameurs (-), au milieu une allée couverte, 32 rames de bois de sapin, maniées chacune par deux rameurs, 8 canons, 28 mousquets, 150 hommes.
Le Petit Ours mesurait 20.4'" de longueur sur 4.5'ii de largeur; il avait deux mâts, de 18.5i'i chacun, avec une voile dont l'antenne était de 32.4™. 11 y avait 13 bancs de rameui's, soit 26 rames à 2 hommes par rame. L'armement était de 8 canons, 16 mousquets, l'équipage de 1 40 hommes.
Le Bernoise était un bi'igantin de 14.6'" de long, de 3.1'i^ de large; un seul mât de 9.7'", une seule voile, avec une antenne de 19.4'" de long. Elle avait 7 bancs de rameurs, chaque rame à un homme. Elle portait 2 canons et 50 hommes.
La Fortune (le petit esquif) était un brigantin à un mât et une seule voile, avec 5 bancs de rameurs, et monté par 25 hommes.
Dilïerentes notes de 1685 et 1686 évaluent la charge possible des galères et barques qui peuvent transporter des troupes à Genève. Voici le relevé le plus clair :
Les deux galères de LL.EE. poi lent, outre leur équipage 500 hommes. Les deux galèi-es de Genève 200 »
Cinq barques de Genève, ensemble 2100 »
Une barque à Morges 200 »
Total 3000 hommes.
Nous avons encore les dimensions de la barque à Pa)icliaud, de Morges, barque à marchandises, faisant le service de Genève à Morges, mais, équipée aussi en galère et pouvant être l'équisitionnée pour le service militaire; elle mesurait 70 pieds (23'") de long, à 12 paires de rames, pouvait en cas de nécessité porter jusqu'à 400 hommes (■*). .
{') C'était iMi général le pied de roi, de 3'24""" (lui était (Mi!]iloyé [mm les nipsurcs de barques du Léman; c'est ce que j'ai admis partout où je n'ai pas trouvé di' not(> impérative, me disant qu'il s'agissait du pied de Berne. Celui-ci mesurait 293""».
(2) Dans un rapport de 1672, Max Ivoy n'attriluie que 13 paires de rames au Grand Ours et 11 au Petit Ours. Dnns un autre rapport du même Ivoy (sans date), le Grand Ours est dit avoii' 17 l)ancs \)c,nr 34 rames «et jac(ju(> ranime deux hommes », soit 68 hommes.
(3) Kriegsraths Manuale, XXII, 172. 27 juillet IGUl. Arcli. de B<-rne.
100 pieds.
Voici enfin un projet ou plan de galère présenté en janvier 1687 par Isaac Masset et Daniel Bentz, qui n'a pas été exécuté, mais qui donne mieux qu'un autie la description de ces bâtiments de guerre.
Longueur
Longueur au fond
Largeur en haut, sur le milieu
— au fond Hauteur jusqu'au fond Longueur de la quille Hauteur —
Largeur —
55 coui'bes de chaque côté. 36 à 40 bacallas pour supporter le filaret. 4 pièces de 37 pieds pour le filaret 12.0
36 bancs de rameurs, ais de sapin de 11 cà 12 pieds 3.5 à 3.9™ 36 rames de la longueur de 40 pieds 13.0
6 étires, soit perches garnies 30 — 9.7
Mât du grand voile 52 — 16.8
Mât du trinquet 35 — 11.3
Anthène 80 à 90 — 27 à 30.0
Ils proposent de la construire à Morges dans la cour du lieu appelé la Saunerie.
Devis 13210 florins. = 7926 francs.
Quelle était la vitesse des galères du Léman, lancées à pleines rames de leur palamante? La seule valeur qui réponde d'assez loin à cette question est donnée par le syndic Jean Sarasin('). Il dit que le Rhône entre dans le lac « l'espace de 12 heures de navigation aisée jusqu'à Genève ». 11 s'entend ici évidemment non pas de la navigation à voiles qui, vu l'inconstance du vent, serait d'une mesure trop incertaine, mais de la navigation à rames, probablement de celle des galères. La ligne brisée de plus courte navigation de Genève à Villeneuve est de 70''m(-). Or 70 kilomètres en 12 heures cela représente 5.8''my'i. ou