m/sec
(1) Jeati Sarasin. Le Cavalier de Genève. Genève 1606.
Pendant que nous en sommes à ces détails sur les galères, donnons quelques faits sur les rameurs qui y étaient occupés. 11 en est souvent parlé dans les documents du Conseil de guerre de Berne. Ainsi une note de 1686 nous donne l'état nominatif de 213 hommes inscrits comme rameurs dans la compagnie de marine bernoise du Pays de Vaud ; ces hommes étaient recrutés non seulement dans les communes riveraines,, mais on allait les chercher jusqu'au pied du Jura, à Gingins, Genollier, etc. Ils recevaient une solde de 5 batz soit 15 sols par jour(i).
Dans un traité de 1690 on lit que le capitaine Dental ne peut se servir d'aucun matelot, ni d'aucune personne pour la chiourme qui ne soit agréé par LL. EK. (*). Enfin dans un contrat avec Ho fer en 1689 on lit: «On prendra sur les bateaux tous les fénéants ou personnes qu'il plaira à LL. EE. d'y envoyer où ils seront nourris et y resteront le temps qu'il plaira à LL. EE. de prescrire; on aura bonne inspection sur eux, qu'ils ne s'échappent »(-'^).
D'après cela, pour le service des galères militaires de l'état de Berne qui n'étaient mobilisées qu'en temps de guerre ou pour des exercices ou revues, il y avait des engagés volontaires ou des inscriptions forcées dans les milices du Pays de Vaud; tandis que pour les barques de- Mandrot et de H ofer (voir plus loin) dont le service de paquebot durait toute l'année, le gouvernement de Berne y plaçait comme rameurs ses forçats ou galéi'iens.
Mais au milieu de cet enthousiasme belliqueux qui avait fait pousser si loin la flotte de guerre du Léman, l'on reconnaissait avec anxiété que les galères de bois, quelque chères qu'elles fussent, n'avaient pas une durée éternelle ('*). Le Grand Ours, le Petit Ours, étaient déjà à moitié pourris, et les rapports les plus lamentables arrivaient au Conseil de guerre de Berne sur l'état de ces précieux bateaux.
D'autre part, déjà à cette époque, le commerce s'était développé dans le pays; un ti'ansport assez actif de marchandises s'établissait
(1) Schittïalirt im Lande, I. Arcli. de Berne.
(2) "Welsche Bûcher. V, 170. Arcli. de Lausanne. (S) Schitrfahrt ini Lande. Arch. de Berne.
(*) Gela malLrré des affirmations du capitaine Jacolts. ■^ Même que j'ai fait un double fond à la dite barque de sorte qu'elle sera en état de subsister cent ans sy Ion la conserve comme Ion doiJjt». Lettre de Vevey, 7 avril 1656. Schifffahrt im, Lande, I. Arcli de Berne.
entre Genève et Morges, plus tard avec Ouchy et le Haut-lac et LL. EE. pouvaient admodier le service à des agents, Mandrot (1675), P a ne h a u d, Ho fer (1689), de Morges, qui en concurrence avec les barques de Genève s'engageaient à transporter les marchandises à prix détermina.. C'est alors que surgit l'idée de construire des navires mixtes et que le Conseil de guerre de Berne réclama l'étude et les plans de « navires à double emploi », qui devaient servir en temps de paix au service du commerce, au transport des voyageurs et des marchandises, en temps de guerre au transport des troupes et des armes, et même à la bataille navale. Cet appel fut entendu, et si nous ne faisons erreur, fut l'instigateur de la création du type intéressant de nos barques mai'chandes du Lérayn, ainsi que nous le verrons dans un paragraphe ultérieur. C'est à cette occasion que nous verrons apparaître le nom de Maximilien Ivoy, ingénieur Hollandais au service de la république de Genève, qui fut souvent consulté par Berne pour des l'apports sur l'état de ses galères et pour des projets de nouvelles constructions; celui d'Henri D u Q uesne, gentilhomme français, Seigneur d'Aubonne, qui dessina les plans du port de Morges et qui présida à la construction d'une barque dans ce même port, édifié en 1690; les noms encore de Daniel Benz, de Jacob, de Ho fer et d'autres charpentiers et calfats d'origine indigène ou étrangère.
Berne avait eu, vers cette même époque, l'occasion de se procurei' à bon compte une flotte toute organisée. Le Chablais ayant été envahi en 1690 par l'armée française, la flottille savoyarde vint se l'éfugier d'abord au Bouvei'Ot, puis à Villeneuve où elle se rendit à LL. EE. Le patron Laurent Dental (originaire de Nice), prit un engagement au service de Berne et lui remit ses bateaux contre payement de sommes que le gouvernement de Savoie lui devait encore. 11 mourut en 1696 et son flls lui succéda; mais quelques mois après, la Savoie réclama sa flotte et Berne dut la lui rendre, ce qui du moins était encore en état de naviguer. Cette flottille était composée de deux galères, la Fidèle de 20 paires de i-ames à deux rameurs par rame, et la Légère de 17 paires de rames à deux rameurs, longues de 30.9 et 29.2'«, larges de 5.8 et 5.5™, profondes de 3.2'"; en outre deux brigantins de 8 paires de rames, chaque rame à un rameur. Les quatre bateaux pouvaient ensemble porter 800 hommes (i).
(1) Rodt [ioc. cit.. p. 534], im
En 1703 nouvelle invasion de la Savoie par la France; le jeune Dental offrit à Bei-ne de se rendre à son service avec la flotte qu'il commandait, mais il reçut une réponse évasive(i).
En il'-lO, il y avait encore à Genève des galères de G et 8 paires de rames (-). C'est la dernière mention dans des documents écrits que nous trouvions de ce type de bâtiments de guerre sur le Léman.
Mais nous constatons leur existence par d'autres monuments ; les dessins des frères G ai- délie de 1725 à 1750 qui représentent la rade de Genève sous tous ses aspects possibles, figurent tous quelque galère ou tout ou moins quelque barque de six, huit ou dix rames au milieu des barques à voiles (voir plus loin.)
Une des grandes occupations des mai'ins des flottes du Léman était le pavoisement de leurs galères; les pavillons et llanimes reviennent fréquemment dans leur correspondance. Nous n'en citerons qu'un exemple: Le 29 juillet 1715, le bailli Jean Frisching s'embarquait à Morges pour all^r porter les félicitations de LL. EE. au duc Victor- Amédée II de Savoie, qui venait d'être nommé roi de Sicile; voici la description du pavois de sa galère : « En avant sui' la grande pointe se dressait le grand Oin-s en bois sculpté, tout fraîchement vernis en couleurs; à l'ai-rière, sui- la poupe, flottait la grande bannière aux couleurs de sa Grâce le bailli. Au milieu du navire tous les mâts à voiles étaient pavoises de banderolles, flammes, pavillons et bandières aux couleurs bernoises, rouge et noir (3). Du reste, le goût pour la banderolle n'était pas spécial au Léman. Que l'on en juge par la figure où nous représenterons ime galère réale de France; les flammes y tiennent plus de place que les voiles.
Vers la fln du XYIII^ siècle on voit un l'enouveau dans l'organisation de la marine bernoise du Léman, mais suivant un tout autre système que précédemment. Au lieu d'établir à grands frais une flotte de galères ou de barques bâties par l'Etat et lui appartenant, la marine de guerre fut formée par l'appropriation des barques du commerce réquisitionnées pour le militaire. Api'ès un dénombrement des barques marchandes et des bateaux, on les engageait pour le service de LL. EE. moyennant un loyei- équitable et on leur donnait ime organisation
(1) Rodl [loc. cil.. ]). r)24]. 179.
(-) Moynier, ibid. 39.
e) E. V. HocJt. Beni ini XVIIIten .lal.rlmnd.Mi, j). 22. Bern 1901.
militaire. C'est à quoi s'occupa avec ardeur, dès 1762, mais surtout vers 1780 et 1782 le major Jean-François Guenod de Martignier,, de Vevey, dont la correspondance et les projets d'organisation remplissent les manuaux de l'époque (i). Un armement de 4 ou5 canons par grande barque, un équipage de 18 matelots et une quinzaine de soldats, telle était la base de son système qu'il développa en une série de règlements pour l'organisation des compagnies, leur armement, leur équipement, les signaux de commandement, la tactique de marche à voile et à rames, la tactique de combat, celle des débarquements et embarquements, le projet d'un blocus de Genève (pendant les troubles de 1782), etc. G'était tout un projet de mobilisation très complet et bien préparé, tout un plan général et détaillé. Quelques revues eurent lieu^ l)lusieurs dénombrements des bateaux et des troupes disponibles.
Le major Guénod disparait en 1789. A partir de 1792 nous voyons encore le lieutenant-colonel de Grousaz, du régiment de Morges, qui avait à sa disposition une ou deux barques et un brigantin avec quelque 90 hommes d'équipage.
Irlélas! Gette belle flottille était dispersée, ou du moins n'apparut pas le 28 janvier 1798 quand les troupes françaises traversèrent le lac, de Tlionon à Ouchy, et sous prétexte d'appuyer l'insurrection du Pays de Vaud, qui se débarrassait heureusement des baillis bernois, commencèrent la malheureuse invasion de la Suisse qu'elles écrasèrent pendant trop d'années.