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CHAPITRE VII. BARQUES ET BATEAUX MODERNES DU LÉMAN

Le commerce et la pêche ont construit sur le Léman des types spéciaux de bateaux qui sont originaux et peuvent se décrire comme suit :

1. La barque, navire marchand de 100 à 120 tonneaux de port, à fond plat, légèrement convexe (-) transversalement, avec une carè)ie{^) (quille), à bords évasés, à proue relevée terminée en pointe, à rode (étrave) inclinée de 50'j, à poupe carrée en plan, presque verticale ; navire ponté, à un seul pont, sans cloisons intérieures, sauf pour séparei' une chambre d'avant et une cuisine, à appoustis (coursives) latéraux externes, sans bastingages. Un grand thnon (gouvernail) vertical, carré, descendant de 0.5m au dessous de la quille. Longueur du pont 20 à 30"! ; largeur au maître bau 7 à 8>", ce qui donne pour la largeur le quart de la longueur, et ramène la barque à la classe des bâtiments ronds, en opposition aux bâtiments longs dont la longueur dépasse 5, ou 6, ou 7 fois la largein-. La hauteur du pont est de 1.6 à 1.8"' dans les grandes barques. Le tirant d'eau en charge entière est de 1.6

(') Keller [loc. cit.. p. b'iO]. p. 33.

(-) Puni' louli^s li'S expressions (pii (léiTivi'iit la fni'ine du Inileaii. je supjjose •celui-ci tiré sur un(> cale à sec et vu de ri'Xtérieur.

{■'} Les uiots en //>(//(/ k es sont des termes locaux que nous retrouverons plus lard. ))0ur la plujiarl, dans la noruenclalure des jïaléres.

à 2™. La barque est armée de deux mâts, le grand voilier (grand mât) et le mât de trinquet (mat de misaine) de 20"^ environ de haut, portant chacun une voile latine triangulaire, attachée à une antenne (vergue) conique, d'une seule tige. Les mâts de pible ne sont pas soutenus par des haubans. L'antenne est soulevée par Vcxamin, drisse en corde ou chaîne qui est mue par les fions (brins) d'une paire de mouffles; elle est appuyée par une oste (bras).

La barque est servie par un naviot, bateau plat qu'elle remorque. La bai'que ne porte pas de lest. Son chargement, pierres, sable, bois, etc., est le plus souvent placé sur le pont.

Par le calme plat, la barque, au large, est remorquée par le naviot,. mis en mouvement par des avirons de pointe : dans le littoral, elle est hâlée à la maille (cordelle) par les bateliers qui marchent sur le rivage,, ou poussée à l'aide d'étirés, perches léri'ées qui prennent appui sur le fond, et sont maniées par les bateliers marchant sur les appoustis. La barque a poui- équipage un patron et 2, 3 ou 4 bateliers. On désigne sous le nom de brick (autrefois hriganti)i) des barques de faible tonnage, de 30 à 100 tonneaux de port.

Je rappellerai la forme et la voilui'e de nos barques par les ligures ci-jointes : Fig. 232, une dizaine de barques de la flottille marchande de Genève, descendant le Petit-lac. Fig. 233, page 546, une barque marchande marchant vent^arrière, « le trinquet en oreille» suivant la locution locale. Ces deux figures sont faites d'après des clichés photographiques de M. .1. JuUien, à Genève. La figure 234, page 547, représente un modèle de barque, bâti par Prudent Borcard, constructeur à la Belotte, qui appartient au Musée ethnographique de Genève, au parc Monrepos, villa Philippe Plantamour, à Sécheron. Les figures 235 à 238, pages 548 et 549, sont tirées, avec quelques corrections, de l'Atlas de l'Amiral Paris ('); elles représentent la barque la Liberté, construite par ^Benjamin de Rivaz en 1876, dans les chantiers de St-Gingolph, en Valais.

Les proportions et la construction de la l)arque ont subi, depuis le commencement du XYIU'^ siècle oii nous voyons apparaître ce type de bâtiment, quekfues modifications partois assez impoitantes, je signalerai entre autres :

(1) Amiral Paris. Souvenirs 'de [Marine. Atlas in-fol. III'^ partip, plandu' 200^ Paris 1885.

«. La forme de la pi-oue. D'abord très basse, horizontale en continuation du pont supéi'leur, prolongée en un long bec terminé par une pièce de bois, l'éperon, rappelant la charpente de la galère, jusqu'au milieu du XVllf'' siècle (dessins de Gardelle, à Genève, et de Cuénod de Martignier, à Vevey). (Fig. 239, page 550). Dans cette figure, tirée des Manusci'its de Cuénod de Maitignier (i), on voit la barque présenterune proue aussi basse, aussi effilée que celle que nous trouvons chez les galères de la Méditerranée. Cette pi'oue basse apparaît dans tous les dessins de Cuénod. Plus tard la proue se i-elève en une pyramide triangidaire oblique remontant fortement en haut, continuée par un éperon en bois d'un mètre de long, à rode (étrave). encore très in-

(Fit;, "^o^). T^es Ijni-ques iiiarcliaiidc's (lu Léman sous voiles. D'après un cliché ilf M. J. JuUien. à Geuèvi".

clinée (pi-emière moitié du XIX^ siècle). Puis l'inclinaison de la rode d'avant diminue, elle devient concave, tellement ([iie sa partie inférieure forme un taille-mer veilical ; en même teuifjs la liauteur diminue notablement et son éperon effilé est remplacé par un bouton en coquille (fin du XIX« siècle. Les flancs de la proue, très arrondis et joufflus dans la première moitié du XL\e siècle, sout amincis, effilés, excavés à la fin de ce siècle ; on recherclie une forme qui coupe mieux l'eau et enti'e moins lourdement dans la vague.

Dans la figure 235, les lignes ponctuées A et B indiquent la coupe de la pi'oue dans les anciens temps: A, fin du XVille siècle, B. milieu du XlXe. La coupe de la Liberté est celle de la tin du XIX'' siècle.

(') T.oc. cit.. ]). -ISS.

XAVKiATIOX

h. A la fin du XIX^' siècle on ouvi'e de chaque coté de la proue un hublot, {'(vU qui donne du jour à la chambre des bateliers.

c. Dans les XVIh' et XVII h siècles, la barque n'était pas toujours pontée (barque du plan de Gorsier, fig. 240, page 551). Nous voyons dans la planche de Genève pour Pierre Ghouet, 1655, fig. 231, lettrée, page 542 ci-dessus, et dans des dessins de R. Gard elle, 1740, une barque — n'était-ce pas plutôt une naue? — dont tout l'arrière était ■occupé par une cabane recouverte d'un toit à double versant, évideiïi- >ment destinée à loger des passagers ou des mai'chandises délicates. Dans la figure 240, du plan de Goi-sier 1705, et dans quelques dessins de cette époque, l'arrière de la barque est couvert d'une cage en arceaux qui portait une tente en toile, comme celle des bateaux des lacs insu- -brieiis de nos jours.

{Fig. 233). Une l>ai'qut? inniTlinade du Ti'uiaii, vcnl airièi'O, li' Irimiurt en orcillif Cliché de M. .T. .TulliL'ii, à Gcn'^vr'.

d. La poupe l'ut d'abord carrée comme l'est encore aujourd'hui celle des cochères; vers la Ihi du XYlll» siècle elle a été dégagée pararron- <lissement des flancs, puis par leur évidement, tellement qu'à la fin du XlXe siècle la dei-nière courbe est en V à branches concaves extérieurement; par cet allégement de la section d'arrière, la charge d'eau

{V'iff. 2;î4.) Modèle (l'iiiic |i:ir(]ui' du hiMiiaii, \n\r P. Borcnnl. (Musée di' Moiircpos, à (Inii'vc). (Pholo;/)'. .loliii Frey).

(Fig. '2S'}). La Liberté, liarque marchande du Léiuaii, coustruilc par B. de Rivaz.

(Coupe eu long).

(Fig. "236). T^n liarcpic La Liberté, vue d'en haut.

charriée derrièi-e la barque diniimie notablement et le bateau est devenu plus sensible au gouvernail.

e. La carène (ijuille). autrefois insignifiante, est amenée à une saillie très suffisante. 20, 25 et même 30''". A la lin du XIX»? siècle, nos barques marchent au plus près, courent des bords et gagnent ti'ès convenablement sur le vent. Deux barques ont même été munies de fausses, quilles pour perfectionner cette allure en travers.

f. Dans la fin du XIX*" siècle on a ajouté aux deux grandes voiles latines un foc triangulaire porté par le màt de trinquet et par un beaupré. On a essayé, vers 1890, d'un tapecu porté par un màt d'artimon; en 1903 il n'a été conservé que sur trois barques seulement.

La barque du Léman est un type original, spécial à notre lac; il n'est connu nulle paît ailleui-s. La barque que j'ai vue il y a une vingtaine d'années sur le lac d'Annecy, et celle qui navigue encore actuellement sur le lac de Neuchàtel. ont été bâties slu' le modèle de la barque du Léman.

(Fig. '237). Gou;)i' en tiavers d'une ])ai'que du Lénmn.

•(Fig. 238). Coupe des principales nn'mlirui'i's df la liarque du r^éman.

Voici les dimensions absolues et i-elatives de quelques bai-ques du Léman, tableau page 551. Ce sont :

A. Une bai-que type, mesuies de Cuénod de Martignier en 1785(1).

B. Lu barque la Liberté, construite par Benjamin de Rivaz, à St- Gingolpli, en 1876; le dessin en a été envoyé à l'amiral Paris par Daniel C o 1 1 a d o n. comme type de la baïque du lac (-).

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(l-'ig. '^o'..i.j Uni' ])arquo du Léman, année en guerre, 1781. ]\IS. Cuénod de Martignier, p. 180.

C. Une barque de Genève en 1884. dessins et mesures de D. Golladon (•'), publié dans les « Souvenirs de Marine conservés par l'Amiral Paris ».

D. La (iaiUanlc. consti-uite à la Belotte en 1896 par Prudent Borca r d ; le dessin m"en a été communiqué par M. Borcard lui-même.

Toutes les dimensions ont été traduites en valeurs métriques.

(1) MS. Cuénod de Martignier. Bil)l. du D' V. C il e n od , Yevey.

(~) Amiral l'aris. S'uiviMiirs de marine |Ioc. cil., ]i. 044] planche 20), ;> partie,

(S) Ibid.

BAROUES ET IJATEAUX MODERNES

55ir

La Liberté

Bari|ue

La Gaillarde

Bai-ques

Sl-Gingolpli

de Genève

Là. Bolotte

Longueur totale

Long'' à la llottajson en eliaige.

Longueuj- de quille

Largeur au foi1

Largeur du [ilatVmd

Lai'geur en deliors des appoustis

Creux sui' rpiille

Mât grand vnilii'r

•ri.4'"

2(MJ"'

Mât de trimpiet

Antenne du grand Vdiliei'. . .

Antenne de tiincpict ....

Superlicie totale des di'u.\ voiles

Poit en mèti'es culies de piencs

Poi't en ttnineaiix de luOOkg. .

125 tx

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