PHOTEC'JION DU POISSON
Ce texte nous mouti-e que la question était assez bien connue pour que le bailli de Vevey n"ait pas jugé nécessaire d'entrer dans de longues explications. De telles mesures n'étaient pas nouvelles sur le Haut-lac pas plus qu'à Genève.
Quelques années plus tard des mesures intercantonales sont réclamées par les magistrats de Genève. Voici la lettie d'introduction adressée à LI.. EE. de Berne.
« Magnifiques Seigneui-s.
« Nous avons remarqué dès quelques années que le lac se dépeuple de poissons entièrement, ce qui cause qif il est à un prix extraordinaire et enchérit la viande. Et comme ce que nous pourrions poui- y remédier ne sulïii'ait pas, nous avons cru le devoir communifjuer à vos Seigneuries pour rintérèt public et commun, afin d'agir de concert et aviser aux moyens d'empêcher cet abus, lesquels nous paraissent faciles et suffisants; qui serait de faire défendre la pèche aux bcrfoiioc et herfolets durant le temps que les poissons frayent et de régler les grandeurs des trous de filets, de manière que tous les poissons au dessous de deux onces puissent passer, et ainsi leur donnant le temps de prendre leur accroissement il y aura avec le temps ime grande abondance de poissons. Et si V. S. entroyent dans nos pensées et qu'il leur plût de donner ordre à MM. les Ballifs, nous aurons soin de notre costé de pratiquei- ces précautions. Il serait encore nécessaire d'interdire aux poissonniers de Coppet d'en venir apporter et vendre dans noti'e ville. C'est ponrcpioy M. P. et t. fi. Seigneurs nous prions V. S. de nous faire scavoir leur intention. Xous en avons aussi écrit à Mons. le Juge Maje de Chablais, aflin de le disposer d'user de mêmes remèdes en la Cosle de Savoye. Donné le 13 Décembre DiST. — Par les Syndics et conseils de Genève » (').
En suite de cette démarche on promulgua dans tous les pays riverains du Léman défense de pêchei-aux beiToux et berfolets (-). Défense de pêcher du 15 mars au 15 juin, et aussi défense de pêcher du poisson de moins de 1 onces; 24 mai 1690. Répétition de la défense, 1 4 avril 1(397 (:•).
(1) Oltri^kiMten Mandate uml Veronlnungoii. Mor.ues III p. 14'). Arcli. cnnlonnles Vaudûises.
(-) Les verveux des ]iêcli('urs français, nasses en filets soutenus par des cereles de hnis.
(8) Ihid. pp. 184 et 2'^^.
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Ces ordoiinanee.s ont été i-enoiivelées dans tout le cours du XYIU^ siècle, et reviennent à chaque instant dans les mandats, cifcidaires, arrêtés, etc., des états de Genève, de Berne pour le pays de Vaud, de Savoie, etc.
D'après cela, nous notons comme première appaiition des mesnres protectrices :
1551). Défense d'employer pour étourdir le poisson des substances vénéneuses.
1623. Défense de pêcher le mUcdidon (\) et la vivd ( IVetin de Perche et de Poisson blanc).
1624. Défense de pêclier aux hcrfoiix (verveux) dans le mois de mai.
16l)5. Défense de pêcher au {irand-jiJcl dans les mois d'avril et de mai.
1690. Oi-donnance de rejeter au lac tout poisson qui n'atteindrait pas un poids de deux onces.
(1) Milcanton ou mille-cantons est un terme indigène qui s'est étendu jusqu'à Annecy et Neuchàtel; il signifie fretin de Perche. Il est fort ancien; je le retrouve déjà Bur la planche du syndic Jean d u Yillard de Genève de 1581. » Le millecanton est le i)lus petit poisson qui se prenne, comme grains d'avoine, sont petites perches sortant des ouves, est excellent et friand aux mois de juillet et d'août >-.(Voir ci-dessus p. 820). L'étyniologie de ce mot est inconnue; aucune des réponses qu'avait pi-ovoquées une question posée par moi dans la Gazelle de Lausanne des 17 juillet et 7 octo])re inO'2, n'a été agréée par nos collègues les philologues.
Millecanton était traduit dans la langue des baillifs par Tausend Màgedli; la l)lus ancienne citation que j'aie su retrouver est du 7 novembre 1411 dans une ordonnance sur la pèche de Morat. L'origine de Tausend Màgedli est aussi problématique que celle de millecanton, à moins que l'on ne veuille admettre une dérivation de joyeuse fantaisie qui remonte aux Benedicliunes ad 7nensas d'Ekkehard IV de St-Gall, décédé A" 1036 : Millia coctornm henedice Dee insciculorum. Cette phrase se traduit :
Gott segne die tausend geJcochten Fisclilein .n tausend gebackenen Fischlcin, :zi tausend Baclifisctilein zzz tausend Mdgdtein.
Backfisch. synonyme de junges Màdchen , puella rirguncula. tendi'on. est lui-même fort ancien; on le Inuive déjà dans les Faceliae faceliarum de Inô'K
Citons encore la traduction italienne de Tauscnd-Mâgdelein et de millecanton Centin ou Cent'in bocca. Le mille y est transformé en cent, mais il y a encore ici le inimératif du grand iirimbre qui doit ex])i'imer la ])eti(esse de taille.