CHAPITRE PREMIER — RESUME HISTORIOUE
11 ne peut entrer dans le plan de cet ouvrage de géographie d'y introduire une histoire complète du pays que baigne le Léman. 11 me paî'aît cependant convenable d'en esquisser rapidement les grands traits; ce sera le cadre où nous logerons les quelques événements historiques <|ui intéressent notre lac.
L'histoire commence pour noti'e pays avec la pré-histoire, c'est-àdire avec cette série d'événements auxquels l'homme a assisté ou participé avant qu'il sût les enregistrer dans des documents écrits ou traditionnels; ils nous ont été révélés par l'étude archéologique des monuments enfouis dans le sol ou dans les eaux. Cette pré-histoire se distingue de l'histoire proprement dite en ce qu'elle n'est pas assise sur une chronologie à dates positives ou absolues. Sa chronologie n'est que relative; c'est de la clironologie géologique.
Lespremières traces de l'histoire antéhistorique de l'homme en Suisse appartiennent à l'âge géologique connu sous le nomd'époque glaciaire. Le glacier du Rhône, après avoir atteint les dimensions colossales qui
avaient poussé ses moraines frontales jusqu'au-delà de Lyon, était en décrue; il s'effondrait sur place, à l'état de glacier mort, et il laissait reculer son front de plus en plus haut dans la vallée. Où en était-il de ce recul lorsque des chasseurs de Rennes sont venus s'établir dans les grottes de Yeyrier, près Genève ? Etait-ce dans les moraines latérales de gauche de ce gigantesque glacier qui venait de s'adjoindre au pied du Salève l'affluent puissant du glacier de l'Arve arrivant perpendiculairement à l'axe du glacier principal'.' Etait-ce dans la retraite du front du glacier plus haut dans la vallée que Genève ? Nous ne le savons. Toujours est-il que les découvertes faites vers 1840 par Taille fer et Mayor, renouvelées et étendues vers 1870 par A. Favre ('), H. Gosse et Thioly(2) ont permis d'affirmer le séjour dans notre vallée de l'homme diluvien, ou paléolithique, contemporain des grands glaciers.
Le lac élevait alors sa nappe à 30™ au-dessus du niveau actuel, à la cote 400-410'»; le pays, au climat variable d'un voisinage de glaciers,, était habité par la faune diluvienne et par la flore alpine; le Mammouth et le Renne laissaient leurs ossements dans le delta lacustre du Roiron, p["ès Morges. L'homme lui-même était à un état fort primitif de civilisation : il savait briser un silex pour s'en faire avec les éclats un outil ou une arme, mais il n'avait pas inventé l'art de tailler les pierres vertes et de les aiguiser; il ignorait l'industrie du potier. En revanche il avait appris à graver et à sculpter sur l'os ou sur la pierre des dessins admirables, premiers éléments des beaux arts, dont le génie naïf ne sera dépassé que bien plus tard, après de longs siècles de civilisation progressive.
La découverte fait en 1870 par L. Taillefer et H. de Saussure d'une station de l'âge du Renne, au Sex-du-Châtelard près de Villeneuve (■^), quoiqu'elle ait fourni bien peu de documents nouveaux, a cependant confirmé les faits mis en lumière par les fouilles de Yeyrier (*). Le pays était habité à Fépoque du Renne.
(V) A. Favre. Station de l'âge de la pierre à Yeyrier près Genève. Archives de Genève XXXT, 246, 1868.
(2) F. Thioly. L'époque du renne au pied du Mont Salève. Revue Savoisienne,. mars 1868. — Documents sur les .époques du renne aux environs de Genève. Bull, instit. Genevois, T. XY, 1860.
(3) H. de Saussure. La grotte du Sex. près Yilleneuve. Station suisse de l'âge du renne. Arch. Genève, XXXYIII, 105, 1870, XLIY, 50, 1875.
(■i) De nouvelles fouilles pratiquées en 1901 par les professeurs A. Schenk et A. de Molin, de Lausanne, n'ont pas apporté de faits nouveaux.