RÉSUMÉ HISTORIQUE
Disons cependant qu'il était peu habité. Nous n'avons jamais rien trouvé, en fait de monuments liumains, dans les nombreuses carrières de gravier et de sable ouvertes par centaines dans les terrasses postglaciaires des rives du Léman. Pas une pierre taillée, pas un ossement travaillé, pas un os humain ; la population était fort clair-seraée lors du dépôt de ces cônes d'alluvion fluviatile, contemporains des cavernes de Veyrier.
Après un intervalle considérable, dont nous ne pouvons ni mesurer ni apprécier la durée, mais qui compte certainement par milliers d'années, après ce que j'ai appelé une lacune historique, et sur laquelle je reviendrai plus loin, a commencé pour notre conti'ée la seconde période de l'histoire anté-historique humaine, la période lacustre ou l'époque des Palafitteurs.
Le pays a pris son faciès actuel; le niveau du lac s'est abaissé et s'est arrêté à peu près à la hauteur que nous lui connaissons aujourd'hui; la faune, la flore, le climat ont acquis les caractères qui se sont continués sans modifications jusqu'à nos jours; dans les foj'êts, le Cerf et le Chevreuil ont succédé au Renne des moraines glaciaires. A cette époque, de date inconnue, est arrivé dans la région subalpine un peuple nouveau, venant on ne sait d'où, connaissant l'art du potier, sachant marteler et polir des haches de pierre dure, peuple caractérisé par la singulière coutume qui lui a valu son nom : Pfahlbauer des Allemands, Pala fi tteur en ïvançais; émule des Castors, il bâtissait ses demeures de bois et de branchages sur des pilotis plantés dans le sable de la beine des lacs. C'est ce qu'on a appelé les populations lacustres, ou en abrégé les Lacustres : je préfère le mot de Palafitteurs qui est d'une désignation plus complète et moins ambiguë. Ce peuple néolithique, de culture relativement avancée, a longtemps habité notre pays ; nous en décrirons les mœurs d'après les ruines et les monuments archéologiques qu'il a laissés dans les eaux de nos lacs. Il a passé successivement de la civilisation de la pierre à celle du bronze; il a même vu les premières importations du fer. C'est par longues séries de siècles que doit se mesurer son histoire dont les péripéties détaillées nous resteront toujours ignorées.
L'âge du bronze lacustre se développait brillamment, et la civilisation atteignait un degré remarquable de prospérité industrielle quand est survenue une invasion qui nous amène presque à l'histoire docu-
mentaire. Une peuplade gauloise, arrivant probablement du nord et de l'orient a envahi la Suisse en même temps que la Gaule ; elle a détruit les cités des Palafitteurs ; elle a apporté l'usage du fer. Ces tribus gauloises portent dans l'histoire le nom d'Helvétiens au nord du Léman, d'Allobroges en Savoie. Quelle est la date positive de leur arrivée dans nos contrées? Nous l'ignorons; elle est antériem-e au lie siècle avant l'ère chrétienne, mais elle l'est de peu. La période helvétienne antéromaine semble n'avoir pas été de longue durée, à en juger par la rareté des monuments ai'chéologiques qu'elle nous a laissés.
Ensuite est venue la période romaine. La Savoie fut conquise par les Romains l'an 122 avant J.-Chr., après la victoire de Fabius Maximus sur les Allobroges; Genève devint station militaire romaine. L'Helvétie fut subjuguée l'an 58 avant J.-Chr., après la défaite d'Orgétoiix et de ses Helvétiens dans leur tentative malheureuse d'envahissement de la Gaule transjurane ('). La vallée du Léman resta romaine pendant cinq siècles environ.
Dans ces premiers siècles de l'ère chrétienne les populations gauloises qui habitaient le plateau Suisse parlaient une langue latine fortement altérée sous forme de patois locaux. Les invasions des Allemanes et des Burgondes transformèrent cet état de choses, mais d'une manière différente dans les deux parties de l'Helvétie. Les Allemanes absorbèrent en les assimilant les peuples gaulois de la Suisse allemande; les Burgondes pénétrèrent dans la Suisse romande, s'y établirent, mais se laissèrent assimiler par les aborigènes plutôt qu'ils ne les absorbèrent. La Suisse du centre, du nord et de l'est devint allemande, la Suisse de l'ouest l'esta romane. Voici les dates plus précises de ces invasions.
Dès la fin du 111*^ siècle l'Helvétie occidentale fut ravagée, et cela à diverses reprises, par les incursions des Allemanes; c'est à l'une d'elles que l'on attribue la destruction d'Aventicum, en l'an 268 pi'obablement.
Un peu plus tard, on voit apparaître les Burgondes, autre tribu germaine, venant de l'est et du nord. Cette race, «très brave, moins barbare que les autres Germains, douée d'une cei'taine bonhomie et adonnée à la fabrication des ouvrages en bois»(-), a joué un grand rôle
(1) .l'écris ces lignés dans la vallée du Léman, an snd-csl dn .Inra.
(2) Socrates Scolast. H i s t. ceci c s. VIL :!(i.