‹ Le Léman, monographie limnologiqueChapitre 95 sur 174 · CHAPITRE JI — LES QUATRE CANTONS DU LEMA · texte numérisé non relu

CHAPITRE JI — LES QUATRE CANTONS DU LEMA

La géographie historique a montré le rôle important que jouent les lacs dans le développement du commerce et les rapports des sociétés politiques. Un lac est une voie facile et toujours ouverte de communication internationale; les vallées qui convergent vers le lac peuvent devenir, chacune pour ce qui la regarde, le patrimoine d'une peuplade distincte et à histoire spéciale; mais il est constant, il est normal que des relations intimes s'établissent entre ces cantons divers; le plus souvent leur hisloire est commune et ils s'unissent fréquemment par des traités plus ou moins sei'rés d'alliances ou de confédérations.

Le type de ce mode de développement liistorique est donné par les quatre cantons primitifs de la Suisse centrale. Unis ensemble par les liens du commerce et de l'amitié que favorisait leur lac aux embranchements multiples, pénétrant au cœur des vallées d'Uri, de Schwyz, d'Unterwald et de Lucerne, les cantons forestiers ont fondé par leur alliance le faisceau serré qui s'est agrandi, s'est étendu et a traversé l'histoire sous le nom de Confédération Suisse.

On pourrait trouver un exemple assez analogue dans l'histoire des états riverains du lac de Constance, la mer de Souabe.

L'histoire du Léman est moins brillante; l'action du lac sur la vie des peuples est moins évidente, mais elle n'en est pas moins réelle et incontestable. Quoique très divers par le génie de leurs populations,, par leurs mœurs, par leurs aspii-ations, par les vicissitudes de leurs destinées historiques et politiques, nos quatre cantons du Léman, le Valais, le Chablais, Genève et Vaud, n'en sont pas moins liés par des intérêts, par des traditions, par une liistoire, par des amitiés qu'ils ont en commun.

Genève, grande agglomération citadine, ville commerçante et industrielle, foyer toujours actif de culture intellectuelle, centre de grandes idées et de généreuses pensées; le Chablais, le Valais, les Alpes vaudoises, pays agricole montagnard, à population pauvre mais active, intelligente, fidèle aux traditions antiques, attachée à ses coutumes et à ses libertés; entre deux la rive vaudoise du Léman, pays agricole, viticole, qui sous ce rapport se rattacherait aux cantons savoyards et valaisans, mais qui a été pénétré par l'influence de la culture citadine de sa capitale Lausanne, centre de vie morale et intellectuelle, presque égal en éclat à celui de sa voisine Genève. Quoi de plus divers au premier coup d'œil? Les grands intérêts de la vie religieuse qui, à l'époque de la réformation, ont séparé ces peuplades en laissant le Chablais et le Valais fidèles à la tradition catholique, tandis que Genève et Lausanne devenaient les villes de refuge de la vie protestante et libérale persécutée dans les autres pays de langue française, ont encore accentué ces différences.

Et cependant l'histoire de nos quatre cantons lémaniques a été commune pendant bien des siècles. A l'âge du Renne, les mêmes chasseurs nomades fréquentaient les moraines du glacier du Rhône; à l'âge des Palafitteurs lacustres les mêmes peuplades habitaient les bords nord et sud du Léman. L'invasion gaidoise a eu lieu en même temps sur la

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