LES CANTONS DU LÉMAN
rive droite et sur la rive gauche du lac, et si les historiens romains ont appelé ces populations des noms distincts d'Allobroges et d'Helvétiens, ce n'était en réalité que diverses tribus d'un même peuple. C'est presque en même temps que le bras puissant de la grande république romaine s'est étendu sur notre pays, et c'est au même joug, ou à la même influence civilisatrice, suivant le pointde vue auquel on se placera, que les divers cantons du Léman ont été soumis pendant toute la péi'iode romaine de notre histoire. L'invasion des Burgondes, les deux royaumes de Bourgogne, l'empire des Francs, le saint empire Germanique ont eu la même action sur les deux rives de notre lac. Sur tous les bords du Léman, la domination iéconde de la maison de Savoie a donné pendant des siècles une pi-ospérité incontestable et une paix relative à nos contrées. Et lorsque au XV [e siècle la belliqueuse oligarcliie de Bei'ne a posé sa lourde patte sur notre pays romand, elle s'est avancée sur tout le bassin du Léman.
Depuis l'origine des temps préhistoriques jusqu'à la restitution par Berne du Chablais et du pays de Gex, l'histoire de nos quatre cantons a été commune ; à quelques variantes près, nous avons subi les mêmes péripéties, les mêmes vicissitudes, Chablaisiens, Genevois, Vaudois ou Valaisans.
Ce n'est qu'à dater du traité de Lausanne du 30 octobre 1564 que la destinée des cantons du Léman est devenue différente. Entraînés dans l'orbite des nations qui devaient former avec le temps deux des grandes puissances de l'Europe, le Chablais est devenu province éloignée de la Savoie, puis de l'Italie, plus tard de la France, et le pays de Gex a été annexé à la France dès le XVlle siècle. Genève, Vaud et le Valais sont restés attachés à des titres divers, d'abord au rang d'alliés ou de sujets, plus tard au titre d'états libres et indépendants, à la Confédél'ation helvétique.
Mais si les pôles de gravitation des cantons aujourd'hui français, se sont éloignés du centre naturel de leur vie locale, si le Chablais et le pays de Gex ont laissé rattacher leurs intérêts politiques à ceux du grand empire, dont toute la vie converge de plus en plus dans la villede Paris, cependant leurs intérêts économiques, commerciaux, sociaux, restent fidèles au bassin du Léman. Je ne crois pas m'avancer trop en affirmant que les quatre cantons du Léman, qu'ils naviguent sous le pavillon tricolore, ou sous la bannière à croix blanche sur champ rouge, constituent encore, même à la fin du XIX^ siècle, un tout
lié par les rapports les plus heuceux et les meilleurs sentiments d'amitié et de bon voisinaee.