‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 10 sur 81 · Mémoire présenté à V Académie des sciences · texte numérisé non relu

Mémoire présenté à V Académie des sciences

Prenez un animal en santé parfaite, faites écouler tout son sang par Touverture d'une grosse artère, et bientôt l'animal expire. Quand les anciens voulaient procurer aux condamnés une mort rapide et douce, ils leur ouvraient les veines des pieds et des mains, et les portaient dans un bain chaud : la vie s'écoulait avec le sang.

Ne faut-il pas conclure de là que la vie, ou son principe, ne réside pas ailleurs que dans le sang ? Un animal est plein de vie ; on lui soustrait le sang : il meurt I N'est-il pas évident que la vie résidait dans ce sang même qu'on vient de lui soustraire ?

Ajoutons que l'opération de la transfusion du sang est une preuve confîrmative du même fait. A la suite d'une hémorrhagie abondante, qui emporte ses forces avec son sang, un homme est près d'expirer. Une femme est au moment de rendre Iq dernier soupir, à cause de pertes excessives de sang après un accouchement anormal. Arrive un chirurgien, qui prend le sang d'un jeune sujet, d'un homme robuste et en bonne santé. Il commence par défîbriner ce sang, puis il le pousse, à l'aide d'une seringue à injection, dans les veines de la personne près d'expirer. Tout aussitôt la vie qui allait abandonner le corps, reparaît; le moribond reprend ses forces; il est sauvé! Dans cette étrange et salutaire opération, ne lui at-on pas rendu, avec un sang étranger, le principe de la vie ? Et si c'est le sang qui lui a rendu la vie, ne faut-il pas admettre, en général, que le sang soit le siège de la vie ?

Une expérience faite par M. Claude Bernard vient à l'appui de cette opinion .

H. Claude Bernard injecte dans les veines du cerveau d'un chien du sang défibriné, et il voit reparaître la vie et Tintelligence dans le cerveau de cet animal, n retire le sang du cerveau, et Tintelligence disparaît avec le sang. Ne résulte-t-il pas de cette curieuse expérience, dont nous supprimons les détails, que le sang est le véritable siège de la vie ?

Liez tous les vaisseaux artériels qui se rendent à un organe, vous verrez cet organe mourir. C'est un moyen que les chirurgiens emploient tous les jours. Pour faire disparaître une tumeur pathologique, on lie les artères qui s'y rendent, c'est-à-dire on empêche le sang d'y pénétrer. Quand le sang n'arrive plus dans la tumeur, la vie s'en retire. Le sang ne semble-t-il pas apporter avec lui la vie et la retirer quand il disparait de la scène ? Et n'est-ce pas là une nouvelle preuve que la vie réside dans le sang ?

Quoi qu'il en soit, que le siège de la vie soit dans la moelle allongée, comme le veut Flourens, ou dans le sang, comme cela nous parait probable, ce qui est hors de doute, et ce que nous voulons établir seulement, c'est que l'âme et la vie n'ont pas le même siège, qu'elles sont séparées profondément, et par leur nature et par leur habitat dans l'économie animale. C'est là une différence radicale que nous voulions constater.

6» D'autres différences essentielles entre le sens intime et la force vitale, sont mises en lumière en ces termes, par Lordat :

cr La force vitale s'est manifestée dans le ventre de la mère quand elle a fourni un système d'organes prodigieusement

complexe, tandis que la puissance psychique (l'âme) n'a fait apercevoir son existence qu'après avoir été mise en relation, au moment de sa naissance, avec le monde extérieur. La première a la science infuse et n'a besoin d'aucun apprentissage, tandis que la seconde n'a que des aptitudes; elle n''est capable d'opérer que lorsqu'elle a été instruite par les sensations et par l'expérience.

c Les premiers actes de la force vitale sont des coups de maître; ceux de la puissance psychique sont d'abord imparfaits, et ce n'est que par l'usage et l'attention qu'elle acquiert les plus hautes qualités qu'elle peut leur donner.

« Dans la force vitale les qualités accidentelles favorables ou défavorables, la beauté des formes, la santé, la laideur, la couleur, les affections morbides, se transmettent par la génération, et les enfants héritent ce mode de leurs parents ; dans la puissance psychique, les qualités intellectuelles et morales, qui sont le résultat de l'éducation, naissent et meurent chez l'individu, sans que les descendants puissent profiter des vertus de leurs parents, ni s'excuser de leurs vices sur le crime de leurs ancêtres ; leur éducation est tout à leur charge, et le fi^s du grand homme n'est pas dispensé de faire toutes les études qui ont contribué à l'illustration du père *. »

Telle est la doctrine de ValUance du corps, de Tâme et de la vie, à peu près comme on la formule, d'après Barthez et Lordat, à Técole de Montpellier, ou, si Ton veut, comme nous la comprenons nous-même, en raccommodant aux faits acquis par la science contemporaine.

Ce système nous paraît aussi simple que vrai, aussi

1. IrUroducHon à la doctrine de ValUance de Vâme pensante et de la force vitale. Discours d'ouverture du cours de physiologie fait à la Faculté de médecine de Montpellier dans Vannée scolaire 1846-1847, par Lordat. Montpellier, iii-8% 1847, page 8.

dair qu'irrécusable; Nous nous étonnons qu'il n'ait pas rencontré une faveur plus générale, et nous répéterions volontiers avec Lordat :

• Le double dynamisme humain est un fait dont la durhitation est une preuve de noviciat, et dont la négation formelle est une preuve dHnscience relative^ passible d'wn rtnvoi à Vécole. »

Nous devons ajouter que cette triple alliance du corps, de l'âme et de la vie ne se remarque pas seulement chez l'homme; on la trouve aussi chez les animaux. Il y a, selon nous, dans l'animal, un corps vivant et une âme ; seulement l'âme des animaux est bien inférieure àla^nôtre,parle nombre et l'étendue desfacultés.Ayantpeu de besoins, l'animal n'a qu'un très-petit nombre de facultés, qui sont toutes à l'état rudimentaire. Ce n'est que par le développement beaucoup plus considérable des facultés de l'âme que l'homme diffère des animaux supérieurs , auxquels il ressemble beaucoup, d'ailleurs, par les fonctions physiologiques et la structure anatomique.

Notons, jen passant, que l'école de Montpellier n'admet pas cette dernière vue touchant les animaux. Barthez et Lordat n'accordent à l'animal que le principe vital, principe inconscient, et lui refusent l'âme. Nous aurons du reste à nous expliquer plus longuement, dans une autre partie de cet ouvrage * , sur les différences qui séparent, selon nous, l'homme de l'animaL

Yitalisme de Bichat. — La doctrine de Barthez est

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