‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 9 sur 81 · In-8», Paris, 1861, p · texte numérisé non relu

In-8», Paris, 1861, p

Un dernier argument contre Tanimisme se tire de la mort naturelle. L'âme est, de sa nature, immortelle; au contraire, le principe de la vie est périssasable. La mort nécessaire, la mort par la vieillesse, arrive, non par l'usure de nos organes, mais parce que le principe de la vie a épuisé toute son énergie, parce que la puissance de vivre est arrivée à son dernier terme. Fontenelle meurt à 99 ans, selon ses propres expressions « par la difficulté d'être», sans que ses organes présentent une altération qui puisse expliquer la mort. Cornaro meurt de la même manière, à 100 ans passés. Si l'âme était le principe de la vie, nous serions immortels, car la matière ne s'use pas, elle est inaltérable, elle se renouvelle sans cesse en nous, et même chez le vieillard la matière est toujours jeune, car elle est remplacée au fur et à mesure de Texercice de la vie.

M. Tissot, défenseur zélé de l'animisme, ne trouve aucune réponse sérieuse à cette objection. Ce n*est pas, en effet, expliquer la mort naturelle, que de dire, avec ce savant professeur :

« C'est peut-être une des lois de l'âme que de laisser décliner Torganisme, de l'abandonner enfin aux agents extérieurs et de favoriser ainsi sa propre transforma^ tion * . »

Quelquefs philosophes ont reproché â Tanimisme de conduire au matérialisme, et Stahl lui-même fut obligé de se défendre de cette imputation. En effet, le principe de la vie est essentiellement périssable ; si

l. La vie dans^'homme, in-8", Paris, 1861, p. 179.

Ton identifie la vie avec Tâme, la résurrection, c'està-dire la permanence de notre principe spirituel, est bien compromise. C'est en ce sens que l'on a pu dire que les animistes sont des matérialistes déguisés .

Lordat a résumé en quelques paroles énergiques et concises les principaux arguments contre la doctrine de Stahl.

c Depuis plus de cinquante ans, écrit le professeur de Montpellier, je démontre à ceux qui cherchent la vérité sans idée préconçue, l'arbitraire, la fausseté , l'absurdité du stahlisme. J'en fais voir les conséquences : c'est-à-dire l'identité du dynamisme humain et de celui des bêtes, la divisibilité de Pâme pensante, par conséqtient sa mortalité.

c L'animisme a pour base une hypothèse d'autant plus vicieuse qu'elle heurte continuellement le sens intime humain : il a pour base la persuasion que la cause des fonctions naturelles est la même que le principe de l'intelligence et de la volonté. Nous regardons comme une absurdité cette hypothèse de l'attribution des fonctions naturelles et instinctives à Tàme pensante. >

Tout en rejetant l'animisme comme explication de la nature de l'homme, tout en lui préférant le vitalisme de Barthez et de l'école de Montpellier, nous n'entendons pas contester le rôle considérable que joue rame dans beaucoup de fonctions naturelles. L'influence remarquable qu'exerce l'imagination sur plusieurs actes physiologiques, la grande part que le système nerveux trouve dans nos fonctions physiologistes, les phénomènes incontestables du somnambulisme naturel et du somnambulisme provoqué par les passes magnétiques, l'insensibilité qui résulte de l'état extatique et de Yhypnotisme^ c'est-à-

dire de la magnétisation, tout cela est indéniable, et prouve la grande influence du système nerveux sur les actions vitales. Cependant ces faits eux-mêmes, par leur singularité et leur obscurité, nous interdisent d'en tirer aucune conséquence positive. Il est impossible de bâtir aucune théorie sur une base aussi chancelante; il est impossible de partir de ces faits pour s'élever jusqu'à l'explication de la nature de l'homme, et déclarer que l'âme est le principe de toutes les fonctions de l'économie vivante, alors surtout que notre conscience est muette sur cette participation du principe de la pensée et de la volonté aux opérations de la vie animale.

Vitalisme barthézien. — Cette discussion sur l'animisme a prouvé au lecteur, nous l'espérons, que l'âme ne saurait être identifiée avec la vie; que l'être humain n'est pas unique, c'est-à-dire composé seulement d'une âme jointe à un corps. Nous sommes conduits de cette manière à la grande découverte de Barthez, à la doctrine qui est venue établir une distinction radicale entre Tâme et la vie.

Barthez, médecin français du siècle dernier, professeur et chancelier de l'université de Montpellier, a prouvé qu'il y a dans l'homme spirituel deux éléments différents, à savoir : Vâme (ce que Lordat a appelé plus tard le sens intimé) et la force vitale, ou la vie.

C'est là ce que le fondateur du vitalisme de l'école de Montpellier a appelé le double dynamisme humain^.

ouveaux éléments de la science de Vhomme, La première édition de l'ouvrage de Barthez parut en latin, en

Si au double dynamisme^ c'est-à-dire à Tâme et à la vie, on ajoute le corps, on aura la trilogie suivante, qui compose Y agrégat humain :

!• Le corps;

2® L'âme, ou le sens intime de Lordat ;

3» La vie, ou le principe vital de Barthez.

Nous allons essayer de poser les caractères propres à ces trois éléments de l'homme, et d'établir leur individualité distinctive.

Le corps n'est pas difficile à distinguer des deux autres éléments. Par sa matérialité il se distingue de la vie; par sa destructibilité il se distingue de l'âme.

Quant aux différences qui séparent l'âme et la vie, elles sont plus difficiles à mettre en relief. Voici les principaux de ces caractères différentiels.

!• L'âme est immatérielle, immortelle, indestructible. Elle est douée de la pensée, de la conscience, de la volonté. Elle n'est sujette ni à l'affaiblissement ni à la décrépitude, ni à la mort. [Elle n'est accessible à aucune influence du temps; loin de s'affaiblir par l'exercice, elle ne fait que s'accroître, s'exalter, se perfectionner par l'emploi régulier de ses facultés.

La vie, ou principe vital de Barthez, n'est ni matérielle ni immortelle, et c'est là ce qui la distingue à la fois de l'âme et du corps. Comme la chaleur et

1773, sous ce titre : De principio vitali hominis. La traduction en fut donnée par Barthez en 1778, sous ce titre : Nouveaux éléments de la science de Vhomme (2 vol. in-8). La seconde édition parut en 1806, du vivant de l'auteur.

l'électricité, la vie est une force engendrée par certaines causes; après avoir eu son commencement, elle aura sa fin, et une fin sans retour. Puisqu'elle est une force, la vie n*est pas matérielle, mais elle est destructible, et périt après un temps normal; elle n*est pas immortelle comme Fâme.

2* La vie est transmissible, tandis que l'âme ne se transmet pas. La vie se communique d'un individu à l'autre par la génération, par la reproduction et l'h érédité. Renfermée dans les liquides et les solides, dans les principes immédiats chimiques de l'organisme, la vie trouve dans le sein d'une mère, où legerme qui la renferme a été déposé, les éléments matériels nécessaires à son développement. Elle se sert de ces éléments pour fabriquer les organes, et pour constituer l'individu physique nouveau qui doit succéder aux parents.

3» La vie est une puissance essentiellement architectonique^ plastique, organisatrice. Seulement cet architecte agit instinctivement; il n'a pas la conscience de ses actes. Ce fabricateur est inconscient et inscient. Après avoir créé le corps humain, le principe vital veille à son maintien constant, il est doué de ces qualités conservatrices tutélaires que Stahl accordait à l'âme. Au contraire, l'âme a toujours conscience de ses actes; elle est l'intelligence même, l'intelligence dans son essence exquise.

4'» La vie est sujette à un développement, à une culmination, puis à un affaiblissement graduel, qui se termine par la destruction finale. La vie disparaît comme le corps se détruit. Ces deux flambeaux perdent progressivement leurs lueurs et s'éteignent

sans retour. Au contraire, rame ne fait que se perfectionner par la vieillesse et l'exercice.

c La force vitale, dit Lordat, s'accrott dans sa course natnrelle, se développe, se renforce, pendant la moitié de la durée de la vie humaine ; mais, dans la seconde moitié de cette carrière, il survient un décroissement proportionnel, une vieillesse progressive du système corporel, dont le terme infaillible est la mort. La puissance psychique (l'âme) ne subit point nécessairement cette décadence; si des maladies ne l'entravent pas, il dépend d'elle d'ajouter indéfiniment à sa valeur jusqu'au terme de la vie; de sorte que l'instant de la mort sénile, de la mort accompagnée du dernier degré de la décrépitude, peut être le moment où l'intelligence a montré le plus haut degré de l'élévation, de la justesse, de la capacité, de la sagacité dont elle est susceptible. D'où il suit que nous savons avec une certitude expérimentale, que la force vitale doit s'éteindre, et que la mort du système est immanquable, mais qu'il est philosophiquement et inductivement impossible d'en dire autant de la puissance psychique, puisqu'elle n'a pas éprouvé la vieillesse, seul indice que je puisse avoir, dans l'ordre métaphysique, de la certitude d'une extinction future *. 1

Pour peindre plus exactement les différences entre rame et la vie, Lordat fait usage d'une comparaison empruntée à la géométrie. Il représente la vie comme un fuseau, qui a un diamètre presque nul à son extrémité conmiençante, va en se renflant sans cesse jusqu'au milieu, puis décroit insensiblement et finit par redevenir presque nul. Au contraire Tâme est représentée par une parabole. Partie d'un point

1. Introduction à la doctrine de V alliance entre Vdme pensante et la force vitale . Discours d^ouverture du cours de physiologie fait à la Faculté de médecine de Montpellier dans Vannée scolaire 1846-

1847. Brochure in-S**, Montpellier, 1847| page 9.

imperceptible la parabole se développe lentement, émettant deux lignes symétriques, qui s'allongent

sans cesse pour se perdre dans l'infini.

Selon Lordat, la vie commence à la manière d un fuseau, elle procède par accroissement, qui est uniforme (pendant la santé) ou festonné (pendant la maladie) jusqu'à ce qu'elle ait atteint son renflement le plus considérable, sa culmination, qui arrive vers rage de 40 ans; ensuite elle diminue, de telle sorte que les deux lignes qui représentent ce décroissement, — lignes droites ou festonnées, — se rencontrent plus tard et se réduisent à un point; et ce point c'est la fin du fuseau, c'est la mort. L'âme, figurée d'abord par quelques points, qui indiquent l'incertitude de l'instant où elle commence, forme, par la réunion de ces mêmes points, une parabole, dont les branches inscrites d*abord dans le fuseau de la vie, coupent ce fuseau au point de son plus grand renflement, puis s'en écartent progressivement, et continuent de se développer en s'écartant de plus en plus, jusqu'à l'infini.

Cette comparaison géométrique, d'une clarté et d'une vérité saisissantes, en dit plus que de longs raisonnements pour représenter les profondes différences entre l'âme et la vie, et l'impossibilité d'assimiler l'une à l'autre ces deux puissances du dynamisme humain.

Il faut lire dans l'ouvrage de Lordat, V Insénescence du sens inrtrne*, le développement, extrêmement cu-

1. Preuve de Vinséneseence du sens intime de Vhomme, et appliak" tUm de cette vérité à la détermination du dynamisme humain. Leçons

LE CORPS, I/aME et LA VIE. 41

rieux et original, de cette proposition, que Tàme, chez le vieillard, loin de s'être affaiblie, n'a fait que gagner en énergie et en virilité, tandis que le principe de la vie, ainsi que le corps matériel, se sont usés peu à peu et ont fini par tomber dans la décrépitude. C'est ce que Lordat a appelé Y insénescence (ou mieux la non^sénescence^ Vagérasie) de 1 ame, comparée à la sénescence ou à la vieillesse du corps et du principe de la vie. Nous renonçons avec peine à rapporter ici tous les faits historiques et biographiques que Lordat passe en revue à ce propos, et qui prouvent avec évidence que, tandis que notre corps s'use par Texercice de la vie, tandis que notre force vitale s'affaiblit, au contraire, notre àme, ne fait que s'accroître continuellement en activité et en puissance.

5" Enfin Tâme et la vie diffèrent par le siège qu'il est permis de leur assigner. Du temps de Descartes, on a beaucoup raisonné sur le siège de Tàme; dans notre siècle on a beaucoup expérimenté sans raisonner suffisamment. Flourens a fait sur les fonctions du cerveau des expériences dont il a tiré des conséquences très-contradictoires, et qui, mieux interprétées, vont nous fournir la clé du problème particulier que nous poursuivons et qui consiste à chercher le siège relatif de l'âme et de la vie.

Avant les expériences de M. Flourens, on considérait le cerveau comme concourant, par toutes ses parties, aux fonctions de l'entendement et de la volonté. M. Flourens, par des expériences consistant à

tirées du cours de physiologie, fait à Montpellier dans Vannée 1843- 1844, 1 Tol. in -8. Montpellier, 1844.

enlever successivement diverses parties de cet organe chez certains animaux, est arrivé à localiser les fonctions de l'encéphale dans quatre régions diflërentes.

Dans les lobes cérébraux réside Tintelligence. En effet, si Ton enlève à un animal les deux lobes cérébraux (et non un seul, car l'un étant enlevé, l'autre suffit à la fonction), l'animal perd l'exercice de tous les sens; il ne voit plus, il n'entend plus, il n'a ni volonté, ni action spontanée : il ne sait ni s'abriter, ni s'enfuir, ni se nourrir; il n'a aucune perception.

Le cervelet préside à la coordination, à l'équilibre des mouvements. L'animal auquel on enlève le cervelet, ne peut plus marcher droit, courir ou voler ; il trébuche ou tombe. Les autres fonctions continuent d'ailleurs de s'exercer, malgré ce trouble apporté à leur harmonie.

Les tubercules quadrijumeaux^ qui sont l'origine des nerfs optiques, président à l'exercice de la vue.

Enfin dans la moelle allongée réside le siège de la vie. Il est, en effet, un point de la moelle allongée que Flourens désigne sous le nom de nœud vital^ et qui serait, d'après lui, le siège réel de la vie. Si l'on touche ce point, qui n'est pas plus gros qu'une tête d'épingle (car il n'a que deux millimètres de long sur le tronc de la moelle allongée), on détermine la mort instantanée de l'animal.

' Il résulte de cet ensemble d'observations que l'âme et la vie ont un siège différent, et ne sauraient, par conséquent, être confondues, comme le veulent les partisans de l'animisme, ancien et moderne. L'âme réside, d'après les expériences dé Flourens, dans

l'ensemble du cerveau, dans les lobes cérébraux, auxquels il faut joindre le cervelet et les tubercules quadrijumeaux ; tandis que dans k moelle allongée, et sur un point précis de la moelle allongée, c'est-àdire dans le nœud vital, résiderait le principe de la \ie^

On peut faire une objection à la théorie de Flourens sur le siège de la vie, que ce physiologiste place dans le nœud vital: c'est que la mort, dans Texpérience fondamentale dont il s'agit, peut n'arriver que par la paralysie subite des nerfs de la respiration, car le nœud vital est la racine des nerfs qui servent à la respiration, et la mort peut survenir, dans ce cas, par une asphyxie subite, résultant de la paralysie des nerfs respiratoires.

De sorte que si les expériences de Flourens nous disent très-nettement que le cerveau est le siège de l'intelligence, elles ne nous disent pas aussi clairement que la moelle allongée soit le siège de la vie.

Le docteur Parchappe, meilleur logicien que Flourens, place le siège de lame intelligente dans l'ensemble de la partie du cerveau située à la périphérie de l'organe entier et qui porte le nom de substance grise^. Parchappe laisse indécise la question du siège de la vie ; seulement il conteste que le principe vital se localise dans la moelle allongée.

Si nous avions à émettre une opinion sur le véritable siège de la vie ou du principe vital, nous dirions que son siège nous paraît être le sang.

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