QU'EST-CE QUE LA MORT
la plupart des hommes qui habitent les latitudes insalubres de l'Asie, de l'Afrique, de TOcéanie. Et avant la civilisation, pendant les périodes de la vie de rhomme primitif, périodes si longues qu'elles remontent jusqu'à cent mille années avant nous, quel était le sort de l'humanité? C'était un enchaînement perpétuel de souffrances, de dangers et de douleurs.
Les conditions de l'existence humaine sont aussi mauvaises au point de vue moral qu'au point de vue physique. C'est un fait avéré que le bonlieur est impossible ici-bas. Quand TÉcriture sainte nous dit que la terre est une vallée de larmes, elle ne fait que traduire sous une forme poéti^iue une incontestable vérité. Oui, l'homme n'est ici-bas ({ue pour souffrir. Il souffre dans ses affections et ses désirs inassouvis, dans les aspirations et les élans de son âme, continuellement refoulés, froissés, brisés par d'innombrables résistances. Le bonheur est un état qui nous est interdit. Les quelques sensations agréables que nous éprouvons passagèrement, sont expiées par les plus cruels chagrins. Xous n'avons d'affections que pour en perdre et en regretter les objets chéris; nous n avons de père, de mère, de fils, que pour les voir un jour expirer dans nos bras !
Il est vraiment impossible qu'un état aussi anormal soit un état déflnitif. Puisque l'ordre, l'harmonie, la tranquillité régnent dans le monde physique, il faut que le même équilibre se retrouve dans le monde moral. Si nous voyons autour de nous la souffrance être la règle constante et commune, si nous voyons partout dominer l'injustice et la violence, la force triompher, les victimes palpiter et mourir sous la
main de l'oppresseur, cette situation ne peut être qu'un moment de transition, qu'une période intermédiaire que la Providence nous condamne à traverser rapidement, pour arriver à un état meilleur.
Mais quel est cet état nouveau, quelle est cette seconde existence qui doit succéder à la vie terrestre, en d'autres termes, que devient l'âme humaine après que la mort a brisé les liens qui l'enchainaient au corps î
Selon nous, l'âme humaine passe, après la mort, dans un corps nouveau. Elle va s'incarner dans un autre organisme, et composer un être de beaucoup supérieur à l'homme en puissance morale, et qui fait suite â l'espèce humaine dans la hiérarchie de la nature.
Cet être supérieur à l'homme dans l'échelle des êtres vivants qui peuplent l'univers, n'a de nom dans aucune langue. Vange, que la religion chrétienne reconnaît et qu'elle honore d'un culte, pourrait seul nous eu donner l'idée. Aussi Jean Reynaud a-t-il appelé ange la créature supérieure qu'il admet comme devant succéder à l'hopime après sa mort. Toutefois nous écarterons ce mot, et nous appellerons être surhumain la créature perfectionnée qui, selon nous, fait suite â Thomme dans la série ascendante des êtres de la nature.