CHAPITRE III
Où réside l'être sorhnmain?
Nous venons de voir que des trois éléments qui composent Y agrégat humain, il en est un, Tâme, qui résiste à la destruction. Après la dissolution de notre corps, après Textinction de la vie, notre âme, dégagée des liens matériels qui Tenchaînaient sur la terre, va sentir, aimer, concevoir, être libre, dans un corps nouveau, doué de facultés plus puissantes que celles qui sont départies à l'humanité. Elle va composer ce que nous appelons l'être surhumain. Mais où réside cet être nouveau ?
Tous ceux qui ont étudié la nature savent que la vie est répandue sur notre globe dans des proportions vraiment prodigieuses. Nous ne pouvons faire un pas, nous ne pouvons jeter les yeux autour de nous, sans rencontrer partout des myriades d'êtres
vivants. La terre n'est qu'un vaste réservoir de vie. Examinez un brin d'herbe dans une prairie, vous le verrez couvert d'insectes ou d'animaux inférieurs. Mais pour cet examen les yeux ne suffisent pas ; il faut avoir recours au microscope. Avec, le secours du verre grossissant, on découvre que ce seul brin d'herbe est le refuge de toute une population vivante, qui naît, meurt et se multiplie avec une prodigieuse rapidité sur cet imperceptible domaine.
Du brin d'herbe on peut évidemment conclure à toute la végétation qui couvre le globe.
Les eaux douces qui coulent à la surface de la terre sont également le réceptacle d'une quantité prodigieuse d'existences organiques. Sans parler des plantes et des animaux vivant dans les eaux des rivières ou des fleuves et qui sont visibles à l'œil nu, si vous prenez une goutte de l'eau d'une mare, et que vous la placiez sur le porte-objet du microscope, vous la verrez remplie d'êtres vivants, qui, pour être de dimensions si faibles qu'ils échappent à notre vue, n'en sont pas moins actifs et tenant leur place dans l'économie de la nature. On sait combien d'habitants recèle la mer ; mais, sans parler des êtres visibles pour tous, des poissons, des crustacés, des zoophytes, ainsi que des plantes marines, les êtres invisibles à Tœil nu et qui n'apparaissent qu'au microscope, abondent tellement dans l'eau de la mer, qu'une seule goutte de cette eau, examinée au microscope, laisse apercevoir des quantités innombrables de ces animaux et plantes microscopiques.
De cette goutte d'eau on peut conclure à la jjWsse tout entière des eaux qui occupent le bassin deH ofërs,
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et qui fonnent les trois quarts de la surface de notre globe.
Pour se faire une idée de Ténorme quantité d'êtres vivants que les mers,recèlent et qu'elles ont recelés autrefois, nous rappellerons ici un fait que les géologues connaissent bien : c'est que toutes nos pierres à bâtir, tous les terrains calcaires qui forment les montagnes et bancs de craie, sont uniquement composés des restes brisés et agglomérés, des coquilles des mollusques, visibles et microscopiques, qui remplissaient le bassin des mers, aux temps les plus reculés de l'existence de notre globe. Tous ces terrains sont constitués par une accumulation de coquilles. Si la vie était répandue avec cette prolusion dans les mers, pendant les périodes géologiques, elle doit l'être encore aujourd'hui à peu près de la même manière, car les conditions actuelles de la nature ne diffèrent pas de ce qu'elles étaient aux temps primitifs de notre globe.
L'air qui nous entoure est, tout aussi bien que la terre et les mers, un vaste réceptacle'd'ètres vivants. Nous ne voyons que de rares animaux parcourir les airs ; mais le savant, qui va plus loin que la simple apparence des choses, sait découvrir dans Tair des myriades d'existences.
L'air nous paraît bien pur, bien transparent, mais cela tient à ce qu'il n'est pas assez vivement éclairé pour nous faire apercevoir toutes les parcelles des corps étrangers qui flottent dans sa masse. Quand on fait tomber dans une chambre bien close un rayon de jour, un faisceau de lumière solaire, on voit une t^înée lumineuse parcourir la chambre,
demeurée obscure dans ses autres parties. Chacun sait bien qu'alors, grâce à ce puissant éclairage, contrastant avec Tobscurité environnante, le sillon lumineux se montre tout rempli de corps flottants, légers, ténus, qui s'agitent, montent et descendent, au gré des agitations de Tair.
Le physicien anglais Tyndall, en éclairant une colonne d'air avec la lumière électrique, et la rendant ainsi prodigieusement lumineuse, a découvert [des légions de corps qui sont étrangers à l'atmosphère gazeuse.
Ce qui s'aperçoit dans l'atmosphère ainsi vivement éclairée, existe nécessairement pour sa totalité, de sorte que l'air qui entoure notre globe est partout rempli de ces poussières.
De quoi sont formées ces poussières ? Elles sont presque entièrement composées d'êtres vivants, de germes de plantes microscopiques (cryptogames) ou d'œufs d'animaux inférieurs (zoophytes). La prétendue génération spontanée, sur laquelle on a tant disserté, dans ces derniers temps, en France et à l'étranger, n'est due qu'à ces germes organiques qui remplissent l'atmosphère, et qui, tombant dans l'eau ou dans des infusions de plantes, donnent naissance à ces moisissures, à ces végétations, que l'on a voulu rapporter à la génération spontanée, c'est-à-dire à une création sans germe, à une génération sans cause : erreur complète, car tout être vivant a des parents, qu'un peu de science et d'attention font toujours découvrir.
Les animaux et les plantes qu'on appelle parasites, sont un autre exemple de la profusion extrême avec
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laquelle la vie est distribuée sur la terre. On appelle parasites les animaux ou plantes qui vivent sur d'au* très animaux ou d'autres plantes, et qui se nourrissent de la substance de leur hôte forcé. Les animaux mammifères ont chacun leurs parasites, à savoir la puce, la punaise, etc.; Thomme a le pou, la puce, la chique. De même, chaque végétal a son parasite. Le chêne donne asile et nourriture à des lichens, à des cryptogames divers ; et jusque sur sa racine on trouve des cryptogames particuliers, tels que la truffe. On voit donc ici la vie s'implanter, se greffer sur la vie.
Bien plus, ces parasites eux-mêmes ont leurs parasites particuliers, êtres plus petits et si petits qu'il faut recourir au microscope pour les apercevoir. Examinez au verre grossissant un lichen pris sur un chêne ; observez de la même manière une puce, un puceron, et grâce à cet instrument, vous aurez le spectacle curieux d'un être parasitaire surajouté à un être parasitaire et se nourrissant de sa substance. Du grand végétal, la substance alimentaire passe au parasite visible, et de celui-ci au parasite invisible. Dans ce petit espace la vie est superposée et concentrée. Un tel fait prouve avec quelle prodigieuse abondance la vie est répandue sur notre globe.
Ainsi la surface de notre globe, les eaux douces et salées, eniSn l'atmosphère, sont habitées par une quantité énorme d'êtres vivants. La vie surabonde sur la terre, dans les eaux et dans l'air. Notre globe est comme un vase immense dans lequel on aurait accumulé, pressé, entassé la vie.
Mais la terre, l'air et les eaux ne sont pas les seuls
milieux de la nature. Au delà de Tatmosphère s'étend un autre milieu, que les astronomes et les physiciens connaissent bien, et auquel ils ont donné le nom à^éther^ ou éther planétaire. L'atmosphère qui entoure notre globe, et qui est entraînée avec lui dans sa course à travers les espaces, comme dans sa rotation sur son axe, cette atmosphère n'est pas trèsélevée. Elle n'a guère que 30 à 40 lieues de hauteur, et elle va en diminuant de consistance à partir du sol. A 3 ou 4 lieues au-dessus de la terre, l'air est déjà tellement raréfié, qu'il est devenu irrespirable pour l'homme et les animaux. C'est pour cela que, dans les ascensions aérostatiques, on ne peut dépasser la limite de 7 à 8 kilomètres, car à cette hauteur Tair est si peu dense, il est tellement raréfié, qu'il ne peut servir à la respiration, ni contre-balancer l'effet des pressions qui s'exercent de l'intérieur de notre corps à l'extérieur. Après 7 à 8 kilomètres, la densité de l'atmosphère décroît de plus en plus, et il arrive un moment où l'air manque absolument. C'est, avons- nous dit, à une élévation d'environ 30 à 40 lieues (120 à 160 kilomètres) au-dessus du sol que se termine l'atmosphère. C'est là que commence le fluide que les astronomes et les physiciens nomment Véther.
Cet éther est un véritable fluide, un gaz analogue à l'air qui nous environne, mais infiniment plus raréfié et plus léger que l'air. On ne saurait contester l'existence de Téther planétaire, puisque les astronomes tiennent compte de sa résistance pour calculer la vitesse de marche des corps célestes, comme ils tiennent compte de la résistance de Tair^ans le cal-
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cal des mouvements des corps qui traversent notre atmosphère.
L'éther est donc le fluide qui succède à l'air atmosphérique, n est répandu, non-seulement autour de la terre, mais autour des autres planètes. Bien plus, il existe dans tout l'espace ; il remplit l'intervalle qui sépare les planètes, qui, avec leurs satellites, composent notre monde solaire. Les comètes, dans leurs immenses voyages à travers les espaces, circulent également dans l'éther.
Le vulgaire est disposé à croire qu'au delà de l'air qui environne le globe terrestre , il n'y a plus rien, il y a le vide. Mais le vide n'existe pas dans la nature. L'espace est toujours occupé par quelque chose; il est rempli soit par la terre, soit par l'eau, soit par l'air atmosphérique, soit enfin par Véther planétaire.
Nous disions tout à l'heure que la vie surabonde dans notre globe, qu'elle pullule, qu'elle grouille sur la terre, dans l'air et dans les eaux. Le fluide éthéré qui fait suite à notre atmosphère et qui remplit l'espace est-il également habité par des êtres vivants ? Voilà une question que ne s'est jamais adressée aucun savant. U serait bien surprenant, selon nous, que tandis que la vie déborde, pour ainsi dire, dans les eaux et dans l'air, elle manquât absolument dans le fluide qui est contigu à l'air. Tout annonce donc que l'éther est habité.
Mais quels sont les êtres qui vivent dans l'éther planétaire? Selon nous, ce sont ces êtres swhumainsy que nous considérons comme étant des hommes ressuscites et pourvus de toutes sortes de perfections morales.
Nous croyons qu'après la mort et la dissolution du corps humain , Tâme qui avait habité ce corps s'en dégage, passe dans Téther qui environne notre globe, et va s'incarner dans un être nouveau. Si l'atmosphère est le milieu, V habitat de Thonmie , le fluide éthéré est le milieu, Yhabitat de l'être surhumain.
Ce passage successif en deux milieux différents d'un être qui subit une métamorphose quand il pénétre dans le nouveau milieu, n'est pas aussi extraordinaire, aussi anormal, aussi contraire aux lois de la nature, que l'on [pourrait le croire. Les personnes qui ont étudié la zoologie savent que dans la classe des insectes, le passage d'un même être en deux milieux successifs , c'estrà-dire dans l'eau et dans l'air, est assez fréquent. Parmi les insectes diptères, hémiptères, etc., il est beaucoup d'espèces dont les larves et nymphes sont aquatiques , et l'insecte parfait aérien. Larve et nymphe, Tinsecte naît et vit dans l'eau ; puis il éprouve une métamorphose , il acquiert des ailes et va vivre dans l'air.
Vous avez bien souvent , lecteur, admiré le vol agile et vigoureux de la Libellule (demoiselle). Vous avez suivi, d'un œil surpris et charmé, ses évolutions gracieuses; vous l'avez vue, errant à la surface d'une prairie, tantôt planer immobile, tantôt décrire des cercles multipliés , tantôt s'élancer comme une flèche sur sa proie tremblante. Ne croyez pas que ce sylphe de nos campagnes ait toujours habité cet air qu'il traverse avec tant de grâce et de vigueur. La Libellule a vécu pendant plus d'une année au sein des eaux ; elle a rampé, ver morne et noirâtre, dans la fange du fond des rivières ou des étangs ; elle a pour-
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suivi sa proie au sein de Tonde. Ce n'est que lorsqu'elle a pris une forme nouvelle , quand elle est devenue insecte parfait, qu'elle s'est élancée dans le domaine des airs, et si, par aventure, elle venait à tomber à la rivière, son ancien milieu lui deviendrait fatal; elle mourrait asphyxiée dans ses eaux natales.
Le Cousin et les autres insectes diptères, dont le bourdonnement et l'agilité vous sont connus , n'ont pas toujours volé dans Pair. Comme la Libellule^ le cousin nait dans Teau et y vit à l'état de larve et de nymphe. Après une assez longue existence aquatique, il subit une métamorphose profonde, il revêt des ailes, et brisant avec effort ses langes et ses entraves de nymphe, il s'élance dans l'air.
Ce n'est pas seulement dans la classe des insectes que l'on trouve ces métamorphoses et ce double milieu vital ; les batraciens, par exemple, vivent d'abord comme têtards dans l'eau, ensuite ils vivent comme batraciens proprement dits, dans l'air.
Ainsi des êtres naturels que nous connaissons bien, qui sont constamment sous nos yeux, passent par cette double et successive carrière organique. Nés dans un milieu, ils perfectionnent leur structure, et passent dans un milieu nouveau. Il n'est donc pas impossible que l'être humain, après avoir vécu un certain temps dans l'air, passe dans un milieu nouveau, en subissant une métamorphose organique', et cela sans perdre son individualité propre, sa personne première. On peut dire, à ce point de vue, que l'honmie est la larve ou la chenille de l'être surhumain.
La composition chimique de l'éther planétaire est
inconnue. Les phénomènes astronomiques nous apprennent que ce fluide existe, mais on ne sait rien de sa composition. Nous croyons pouvoir dire seulement que l'éther ne doit pas contenir d'oxygène. En effet, les observations spectroscopiques faites par Angstrôm sur la lumière des aurores boréales, observations qui ont pu être répétées avec le même résultat par divers observateurs à Paris pendant Taurore boréale du 4 février 1872, prouvent que la matière propre au milieu où se passe ce beau phénomène n'est ni de Toxygène, ni de Tazote, ni de la vapeur d'eau, ni de Tacide carbonique. L* aurore boréale, étant une apparence lumineuse qui a pour théâtre les portions de l'espace situées hors de notre atmosphère, nous donne une notion exacte concernant ce milieu , et si les observations que nous venons de rapporter ne nous révèlent pas la composition chimique de ce milieu , c'est-à-dire de Téther planétaire, elles nous disent au moins qu'il a une composition tout autre que celle de Tair.
Nous ne serions pas surpris que Téther planétaire fût composé de gaz hydrogène excessivement raréfié, c'est-à-dire d'un gaz extrêmement léger par luimême, raréfié davantage et rendu infiniment* plus subtil encore par l'absence de toute pression. Ce qui nous porte à croire que c'est l'hydrogène qui constitue l'éther dans lequel circulent les planètes, c'est que M. Janssen dans les Indes, ainsi que M. Lockyer et autres astronomes, croient avoir découvert, en observant les éclipses totales de soleil, qu'une couche de gaz hydrogène enflammé environne le soleil.
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Dans la langue de tous les peuples, Tespace au* delà de notre atmosphère a reçu le même nom : on l'appelle le ciel. C'est donc dans le ciel vulgaire que nous plaçons la résidence des êtres surhumains. Ici nous sommes d'accord avec les croyances et les préjugés populaires, et nous constatons avec satisfaction cet accord. Ces préjugés, ces pressentiments, ne sont souvent que le résumé de la sagesse et de l'observation d'une infinité de générations humaines. Une tradition qui existe uniformément dans tous les pays, a tout le poids d'un témoignage scientifique.
D'accord avec le langage et la tradition, les religions modernes les plus répandues, le Christianisme, le Bouddhisme, le Mahométisme, placent dans le ciel le séjour des élus ^de Dieu.
Ainsi la science, les traditions et les religions se confondent sur ce point; et c'était une vérité scientifique qu'exprimait le saintprètre qui, assistant le roi martyr sur l'échafaud révolutionnaire, lui disait: « Fils de saint Louis, montez au ciel I »