‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 16 sur 81 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Tovs les hommes indifféremment passent-ils, après la mort, à l'état d'êtres sorhmnains? — Réinoamation des âmes p«r« ▼erses et des enfants morts en bas âge.

La mort n'est donc pas une fin, mais un changement Nous ne mourons pas, nous éprouvons une métamorphose ; nous ne périssons pas, nous changeons de figure. Le coup de théâtre de la mort n'est pas le dénoûment, mais seulement une scène émouvante du drame de la destinée humaine. L'agonie n'est pas le prélude de Tanéantissement, ce n'est que la souffrance obligée qui, dans la nature, accompagne toute métamorphose. Personne n'ignore que chez les insectes la froide et immobile chrysalide s'entr'ouvre, pour laisser passer le brillant papillon. Examinez le papillon au moment où il vient de sortir de son tombeau temporaire. Il est encore tout palpitant et tout frissonnant de la douleur qu'il a

éprouvée pour briser les langes et les entraves qui pesaient sur lui. Il a besoin de se remettre, de se calmer et de rassembler ses forces pour s'élancer dans le domaine des airs qu'il s'apprête à parcourir. Voilà l'image de notre agonie. Pour sortir de l'enveloppe matérielle que nous laissons ici-bas, pour nous élever aux sphères inconnues qui nous attendent au delà du tombeau, nous souffrons. Nous souffrons dans notre corps par la douleur physique, et dansnôtre âme par les angoisses que nous ressentons à envisager notre destinée prochaine, qui nous apparaît environnée des plus redoutables ténèbres.

Mais une difficulté se présente ici. Tous les hommes, indifféremment, doivent-ils passer à l'état d'être surhumain ? Il y a dans l'humanité une échelle inâ* nie de qualités et de perversions morales. 11 y a le bon et le méchant; il y a l'honnête homme et l'homme criminel. Quel que soit le lieu de la terre que nous habitons, quel que soit l'état de culture de notre esprit, que nous soyons civilisés ou sauvages, éclairés ou grossiers, qu'il s'agisse des générations contemporaines ou de celles qui ont vécu dans les temps les plus reculés, partout, en tout temps et en tous lieux, il existe une morale universelle, une loi absolue d'équité. Partout c'est une mauvaise action que de tuer son semblable, que de prendre le bien d'autrui, que de maltraiter ses enfants, que d'être ingrat pour ses parents, que de vivre mal avec sa femme, que d'entreprendre sur la propriété d'autrui, que de mentir, que d'attenter à sa propre vie. D'un bout de la terre à l'autre ces actions ont été toujours jugées mauvaises. U y a donc, d'une manière absolue,

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même devant la nature, des âmes honnêtes et des âmes perverses. Faut-il croire que les bons et les méchants soient indistinctement appelés à subir le changement d'existence qui doit nous porter à l'état d'êtres surhumains? Les uns et les autres seront-ils admis sur le même pied aux félicités d'une vie nouvelle? Notre conscience, ce sentiment exquis que nous portons en nous et qui ne se trompe pas, notre conscience nous dit que cela ne saurait être.

Mais comment peut se faire cette séparation du bon grain et de Tivraie, par les seules forces de la nature? Gomment peut s'opérer ce triage, bien difficile assurément à s'expliquer, car le moral mêlé au physique complique singulièrement une question naturelle? Tout ce que nous pouvons faire, c'est de donner ici notre sentiment individuel, non comme une doctrine à imposer à qui que ce soit, mais comme un simple témoignage à enregistrer.

Il nous semble que l'âme humaine, pour s'élever dans les espaces éthérés, a besoin d'avoir acquis un degré extrême de perfectionnement, qui l'ait dépouillée de tout ce qui l'alourdissait, qu'elle doit être subtile, légère, épurée et exquise. Ce n'est qu'à ce prix qu'elle peut quitter la terre et s'élancer vers les deux. Sans vouloir faire la moindre comparaison, mais seulement pour peindre notre pensée, nous dirons que, pour nous, l'âme humaine est comme un aérostat céleste qui s'envolera vers les sublimes hauteurs avec d'autant plus de rapidité, avec d'autant plus de puissance, qu'elle sera davantage allégée, débarrassée de tout mélange impur. Or l'âme

d'un homme pervers, méchant, vil, lâche, grossier et bas, n'a pas été perfectionnée, épurée, allégée; elle est appesantie par les passions mauvaises, par la grossièreté des appétits qu'elle n'a pu détruire, ou qu'elle n'a fait qu'augmenter. Ne pouvant* s'élever aux sommités célestes, cette âme est contrainte de demeurer sur notre triste et misérable globe.

L'homme pervers et méchant n'est donc pas, selon nous, appelé à jouir, du moins immédiatement, de la vie bienheureuse qui s'écoule dans les sereines régions de l'éther. Son âme demeure ici-bas, pour recommencer une seconde existence. Et hâtonsnous d'ajouter qu'il recommence cette seconde existence sans conserver aucun souvenir de la première.

On nous objectera que renaître sans aucun souvenir de la vie passée serait tomber dans le néant, auquel nous condamnent les matérialistes. En effet, ce qui constitue la résurrection, c'est l'identité, et sans souvenir il n'y aurait pas d'identité. L'individu, en tant qu'individu, tomberait donc dans le néant s'il renaissait sans mémoire.

Cette remarque est juste. Si, après notre résurrection à l'état d'être surhumain, nous perdions, d'une manière absolue, irréparable, le souvenir de notre vie antérieure, nous serions, en fait, la proie du néant. Mais hâtons-nous d'ajouter que cette perte de la mémoire est de courte durée. L'oubli de la vie passée n'est qu'une condition temporaire, imposée à notre nouvelle existence; c'est une sorte de punition. Le souvenir de la première vie terrestre reviendra à

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l'individu quand, par les perfectionnements convenables de son âme, il aura mérité de passer à Tétat d'être surhumain. Alors il se remémorera les mauvaises actions de sa première existence terrestre, ou de ses existences multiples s'il a dû plusieurs fois reconmiencer Tépreuve; et la pensée de ses mauvaises actions sera encore son châtiment, dans le séjour de bonheur qu'il aura fini par conquérir et atteindre.

Aux personnes qui ne donneraient point leur assentiment à ces vues, nous ferons remarquer que la question des peines et récompenses après la mort est recueil sur lequel viennent échouer toutes les religions et toutes les philosophies. L'explication que nous donnons de la punition des méchants est au moins préférable à l'enfer du christianisme. Le retour à une seconde vie terrestre est, en effet, une punition moins cruelle, plus raisonnable et plus juste que la condamnation aux tourments éternels. Ici la peine n'est qu'en proportion du péché; elle est équitable et indulgente, comme le châtiment d'un père. Ce n'est pas une condamnation éternelle subie pour une erreur de courte durée ; c'est une justice miséricordieuse, qui met â côté de la punition le moyen de ne plus y retomber. Elle ne ferme pas tout retour au bien par un arrêt sans appel pour toute l'éternité ; elle laisse à l'homme la possibilité de revenir à la route du bonheur, que ses passions lui avaient fait méconnaître, et de se remettre, par ses mérites, en possession des biens qu'il avait perdus.

Ainsi, d'après nous, si pendant son séjour ici-bas

l'âme humaine, au lieu de se perfectionner, de s'épurer, de s'ennoblir, de s'agrandir, a perdu de sa force et de ses qualités primitives; en d'autres termes, si elle a été le partage d'un individu pervers et grossier, inculte, bas et méchant, elle ne quittera pas la terre. Après la mort de cet individu, elle ira se loger dans un autre corps humain, en perdant le souvenir de son existence antérieure. Dans cette seconde incarnation, Fâme imparfaite et grossière, privée de toutes nobles facultés, dépourvue de mémoire, aura à recommencer toute son éducation morale. Cet homme, qui renaît enfant, recommencera l'existence avec l'âme inculte et grossière qu'il possédait au moment de sa mort. Ce sera à lui de revenir au bien et au beau.

Ces réincarnations dans un corps humain peuvent être nombreuses. Elles doivent se répéter jusqu'au moment où les facultés de l'âme se sont assez développées, où ses instincts se sont assez améliorés et perfectionnés pour que l'homme se soit élevé audessus du niveau général de notre espèce. Alors seulement cette âme, convenablement épurée, allégée de toutes ses imperfections, pourra quitter la terre, et, après la mort de la chair, s'élancer dans l'espace, pour passer dans l'organisme nouveau qui fait suite à celui de l'homme dans la hiérarchie de la nature.

Nous devons ajouter que les enfants morts en bas âge, ceux qui meurent à la mamelle ou quelques mois seulement après leur naissance, alors que l'âme n'a pris chez eux aucun développement, ont un sort analogue. Leur âme passe dans le corps

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d*un autre enfant, et recommence une existence nouvelle.

Nous ne faisons que noter en passant cette particularité de notre système, qui sera Tobjet d'un examen détaillé dans un autre chapitre ^

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