‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 17 sur 81 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

toals sont les attributs da l'être surhumain?— Forme physique, sens, degré d'intelligence, facultés de l'être suiiiumsln.

Nous allons maintenant, quelle que soit la térné* ité qu'il puisse y avoir à aborder un pareil sujet, ssayer de nous faire quelque idée des créatures adieuses qui nagent dans ces mystérieuses régions, ans cet empyrée sublime qui se dérobe à nos yeux. In d'autres termes, nous allons nous efforcer de énétrer les attributs, formes et qualités de l'être urhumain.

Comme l'être humain, l'être surhumain possède Bs trois éléments de l'agrégat reconnus par Barthez hez l'homme, à savoir le, corps, l'âme et la vie. Pour lous faire quelque idée de cet être supérieur, nouil vons donc à examiner en particulier chacun des léments de cette trilogie naturelle.

Corps de Vêtre surhumain. — On pourrait peut-être concevoir l'être surhumain sans corps; on pourrait s'imaginer que Tàme, purement spirituelle, constitue l'être bienheureux qui plane dans les espaces éthérés. Ce n'est pas ainsi toutefois que nous le concevons. Cette immatérialité absolue ne nous parait devoir s'appliquer qu'à un être beaucoup plus élevé en hiérarchie morale que l'être surhumain lui-même, et dont nous aurons à parler plus tard. Nous croyons que l'habitant des espaces éthérés a un corps ; que rame, sortant du séjour terrestre, vient se loger, s'incarner dans un corps, comme elle avait fait icibas. Seulement ce corps doit être pourvu de qualités infiniment supérieures à celles qui sont l'apanage du corps humain.

Demandons-nous d'abord quelle peut être la forme de ce corps. Les peintres de la Renaissance, que les modernes ont imités, donnent à Fange la forme d'un homme, jeune et beau, pourvu de blanches ailes, pour voler à travers les airs. Cette image est à la fois poétique et grossière. Elle est poétique, en ce sens qu'elle répond à l'idée que nous devons nous faire de l'être radieux qui plane dans les régions éthérées; elle est grossière, en ce qu'elle donne à une créature bien supérieure à l'homme les attributs physiques de l'homme lui-même, ce qui ne saurait être admis.

Les peintres qui, à l'exemple de Raphaël, représentent les chérubins avec la tête d'un enfant pourvue de deux ailes, expriment la même pensée, mais d'une manière plus profonde. En supprimant la plus grande partie du corps, et réduisant l'être séraphique à la

tête, si^e de rintelligence, ils semblent nous dire que, chez l'ange chrétien, la partie spirituelle domine, dans une immense proportion, la partie matérielle.

On n'attend pas de nous de désigner la forme que doit avoir le corps des habitants de Téther. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que, Téther étant un fluide excessivement subtil et raréfié, il faut, pour que l'être surhumain puisse flotter et voler dans une masse aussi légère, qu'il soit lui-même prodigieusement léger, qu'il soit composé de substances extraordinairement subtiles. Un faible tissu matériel animé par la vie, un diaphane et vaporeux manteau de matière vivante, c'est ainsi que nous nous représen : tons l'être surhumain.

Comment s'entretient le corps de cet être? A-t-il besoin, comme celui de l'homme et des animaux, de réparer ses pertes et de se nourrir? Nous répondrons avec assurance que l'alimentation, cette tyrannique obligation de l'espèce humaine et des espèces animales, est épargnée aux habitants de l'éther. Leur corps doit se réparer et s'entretenir par la seule respiration du fluide dans lequel il est plongé, c'est-àdire de l'éther.

Il faut remarquer, en eflet, que les besoins de l'alimentation tiennent une place immense dans la vie des animaux. Beaucoup d'animaux, surtout ceux qui vivent dans l'eau, sont contraints de manger sans cesse, de manger toujours, sous peine de mourir d'inanition. Chez les animaux supérieurs la nécessité du boire et du manger est moins impérieuse ; car la fonction respiratoire vient apporter au corps, par

l'absorption de Toxygène et d'un peu d'azote, une certaine dose d'éléments réparateurs, qui suppléent aux substances alimentaires. Cet avantage est trèsappréciable chez l'homme. Notre respiration est une fonction d'une haute importance et qui subvient, dans une large mesure, à la réparation des organes. L'oxygène, que notre sang emprunte à l'air pendant la respiration, entre pour beaucoup dans notre nutrition. Chez les oiseaux, où la fonction respiratoire est très-active, et où les organes qui exercent cette fonction ont un grand développement, l'oxygène inspiré entre également pour beaucoup dans la nutrition.

Nous pensons, d'après cela, que, chez l'être surhumain, la respiration du milieu éthéré suffit à l'entretien du corps matériel, et que dès lors la nécessité du manger et du boire est supprimée chez

lui.

Je ne sais pas si le lecteur se fait une idée exacte

des conséquences que doit amener l'absence de toute nécessité d'alimentation chez les êtres qui nous occupent. On comprendra ces conséquences si l'on veut bien considérer que c'est Tobligation de s'occuper de leur nourriture qui cause les misérables conditions de la vie des animaux. Obligés de se mettre sans cesse en quête de leur subsistance, les animaux ne sont guère livrés qu'à cette abrutissante préoccupation : de là leurs passions, leurs querelles et leurs maux. Il en est de même chez l'homme, bien que dans une moindre mesure. La nécessité de pourvoira son alimentation de chaque jour, l'obligation de gaer son paia quotidien, selon le terme vulgaire, est

la grande cause des fatigues et des souffrances de notre espèce. Supposez que l'homme puisse vivre, se développer et entretenir sa vie sans manger, la res* piration de l'air suffisant à la réparation de ses organes, quelle révolution dans les sociétés humaines ! Les passions haineuses, les guerres, les rivalités disparaîtraient de la terre. L'âge d'or, rêvé par les poètes, serait la conséquence certaine de cette dispo* sition organique.

Ce bienfait de la nature, ce privilège heureux, qui est refusé à Thomme, est certainement Tapanage de l'être surhumain. On doit en conclure que les passions mauvaises qui sont le triste attribut de notre espèce, doivent, par cela même, être inconnues dans le séjour de ces êtres fortunés. Délivrés du souci de rechercher leur nourriture, vivant et réparant leurs forces par le seul effet de la respiration, acte involontaire et qui s'exerce à leur insu (comme s'exercent chez rhomme et les animaux la circulation du sang ou l'absorption), les habitants des espaces éthérés doivent s'abandonner exclusivement aux impressions d'un bonheur et d'une sérénité sans mélange.

Les forces de notre corps sont promptement usées; nous ne pouvons exercer pendant un certain temps nos organes sans éprouver de la fatigue. Pour nous transporter d'un lieu à un autre, pour soulever des fardeaux, pour marcher, descendre ou monter, il faut dépenser des forces, et bientôt s'arrêter de lassitude. La pensée ne peut exercer son effort que pendant un certain temps. Aubout d'un intervalle assez court, l'attention faiblit et la pensée est suspendue.

Enfin notre machine corporelle, si bien ordonnée, mais si délicate, est sujette à mille dérangements, que nous appelons les maladies.

Ce sentiment pénible delà fatigue, cette continuelle menace de maladies par le dérangement de nos organes, sont épargnés aux habitants de Téther. Le repos n*est pas pour eux comme pour nous, une nécessité après l'exercice. Inaccessible à la fatigue, le cofps de l'être surhumain n'a pas besoin de repos. N'étant pas embarrassé dans les mille rouages d'une machine compliquée, il subsiste et se maintient par la seule force de son principe vital. L'inspiration de l'éther, voilà probablement sa seule fonction physiologique, et l'on comprend que cette fonction puisse s'exercer ^ans de nombreux organes, quand on voit dans toute une classe d'animaux, les Batraciens, la peau simple et nue servir à la respiration.

L'extrême simplicité que doit présenter le corps de l'être surhumain se comprendra si Ton admet que la respiration soit la seule fonction qu'il ait à exercer. Les appareils et organes, si nombreux et si compliqués, qui existent dans le corps de l'homme et des animaux, ont pour objet l'exercice des fonctions de nutrition et de reproduction. Ces fonctions étant supprimées dans l'être que nous considérons, le corps doit en être allégé d'autant. Tout doit se réduire, avec la respiration, à la conservation des facultés de l'âme ; tout doit concourir exclusivement au bon entretien de l'esprit.

On admire, avec raison, la savante mécanique du corps de l'homme et des animaux; mais siTanatomie humaine nous révèle des prodiges de structure,

des menreilles de prévision pour assurer la conservation de l'individu et sa reproduction, quelles merveilles plus grandes encore ne nous offrirait pas, s'il nous était permis de la connaître, l'organisation du corps de l'être surhumain, où tout doit être calculé pour assurer Tentretien et le perfectionnement de l'âme I Quelle surprise n'éprouverait-on pas à comprendre l'utilité et le but des différentes parties de ce corps céleste et glorieux, à découvrir les rapports de ressemblance ou d*origine entre l'économie vivante humaine et l'économie vivante de l'être sur« humain, comme à deviner les rapports qui peuvent exister entre les organes de l'être surhumain et ceux que devra revêtir, dans une autre vie supérieure encore, le même être, de nouveau ressuscité en per* fection et en gloire !

L'organisation particulière de l'être que nous décrivons, doit lui donner la faculté de se transporter, en un très-court espace de temps, d'un lieu à un autre, de franchir les distances avec une rapidité extraordinaire. Puisque notre pensée, à nous simples humains, dévore l'espace et voyage en un clin d'œil d'un bout à l'autre du globe, il est à croire que le corps de l'être surhumain, dans lequel domine le principe spirituel, doit avoir cet admirable privilège de franchir l'étendue avec une rapidité dont la vitesse de l'électricité nous donne la mesure.

L'être surhumain, qui n'a besoin ni de boire, ni de manger, ni de se reposer, qui est toujours actif et constamment sensible, se passe de sommeil. Le

sommeil ne lui est pas plus nécessaire pour réparer ses forces que la nourriture pour créer ces mêmes forces.

On sait que la nécessité du sommeil enlève à rhomme le tiers de son existence. Un homme qui meurt à trente ans n'en a vécu que vingt en réalité : il a dormi le reste du temps I Quelle pauvre idée cela ne donne-t-il pas de la condition de Thomme? Mais d'où provient cette nécessité du sommeil? De ce que nos forces, usées par l'exercice, ont besoin de se refaire dans Tinaction- et Timmobilité, dans la suspension momentanée de la plupart des actes de la vie, dans une espèce de mort passagère. Pendant le sommeil, l'homme prépare et emmagasine les forces qu' il aura à dépenser pendant la veille. Il consacre la nuit à cette réparation physique, autant pour se conformer à ce qu'il observe dans le reste de la nature, que pour obéir aux coutumes de la civilisation. Mais il est probable que les forces, chez Tètre surhumain, sont inusables, et n'ont pas besoin, pour se refaire, de cet état de sommeil, qui est une des plus dures tyrannies de la condition humaine. Tout porte à croire que la veille est un état permanent chez Tètre surhumain, et que le mot de sommeil n'a aucun sens pour lui.

Il faut savoir, d'ailleurs, que la nuit est inconnue à tous les êtres qui flottent dans les espaces éthérés. La nuit et le jour se produisent alternativement pour nous, par suite de la rotation de la terre sur son axe, rotation qui fait perdre à la terre la vue du soleil, pendant la moitié de sa révolution. Ce mouvement de rotation entraine notre atmosphère, mais il

ne s'étend pas plus loin; l'éther, situé au-delà de notre atmosphère, n'en est pas influencé. Cette masse fluide demeure immobile pendant que la terre et son atmosphère tournent sur leur axe. Les êtres surhumains qui habitent (d'après notre système, bien entendu) Téther planétaire, ne sont pas entraînés dans ce mouvement. Ils voient la terre tourner, pour ainsi dire, sous leurs pieds; mais, placés eux-mêmes en dehors de ce mouvement, ils ne perdent jamais de vue l'astre radieux.

La nuit, nous le répétons, est un phénomène accidentel qui n'appartient qu'aux planètes, lesquelles ont un hémisphère tantôt éclairé, tantôt non éclairé par le soleil; mais le reste de l'univers ne connaît pas la nuit. Les êtres surhumains qui flottent dans les régions situées bien au delà des planètes, aperçoivent donc toujours Tastre radieux; c'est au milieu d'un océan de lumière que s'écoule leur existence.

Si nous passons maintenant aux sens que peuvent posséder les êtres surhumains, nous dirons :

1*» Que l'être surhumain doit d'abord jouir des mêmes sens qui nous sont départis, mais que ces mêmes sens doivent être infiniment plus exquis que les nôtres ;

2* Qu'il doit posséder des sens particuliers, qui nous sont inconnus.

Quels sont les sens nouveaux dont jouit l'être surhumain? Il serait impossible de faire à cette question une réponse satisfaisante. Nous ne connaissons les sens que tout autant que nous en avons nous-mêmes fait usage, et le génie d'aucun homme ne pourrait

lui faire deviner l'objet d'un sens que lui aurait refusé la nature. Essayez de donner à un aveugle-né l'idée de la couleur rouge, il vous répondra : « Oui! je comprends : c'est éclatant comme le son de la trompette ! » Si vous voulez donner l'idée des sons de la harpe à un sourd de naissance, il vous dira : « Oui! c'est doux et tendre comme le vert des prairies ! » Renonçons dès lors à déterminer l'espèce de sens dont la nature fait jouir les êtres qui vivent dans les plaines de l'éther ; ces sens se rapportent à des objets et à des idées dont la notion nous est interdite.

On connaît l'histoire de l 'aveugle-né opéré par le chirurgien Childesen, et qui, ayant recouvré la vue, demeura un temps considérable à savoir se servir de ses yeux; il dut faire, pièce par pièce, l'éducation de ses organes et former lentement sa raison. On connaîtégalementlabellefiction deCondillac sur l'homme qu'il suppose venu au monde privé des principaux sens : de la vue, du tact et de l'ouïe, et qui est dès lors sans idées. En lui accordant peu à peu chaque sens, le philosophe compose, pièce à pièce, une âme qui sent et un esprit qui pense. Cette idée philosophique a été beaucoup admirée.

Comme l'homme-statue de Condillac, nous ne sommes ici-bas que d'imparfaites statues qui ne jouissent que d'un très-petit nombre de sens ; mais quand nous serons arrivés dans les domaines supérieurs qui s'ouvriront à nos destinées agrandies, nous serons mis en possession de sens nouveaux que notre raison entrevoit et que notre cœur désire.

Ainsi que nous le disijons plus haut, nous ne pouvons deviner les sens qui seront dévolus à l'être

surhumain, parce quMls se rapportent à des objets, à des idées, à des forces exclusivement propres aux mondes qui sont aujourd'hui fermés à nos regards. Le royaume de Téther planétaire a sa géographie, ses puissances, ses passions et ses lois : tels sont les objets sur lesquels s'exerceront les sens nouveaux dont jouiront les hommes ressuscites en gloire. Mais comme tout cela est pour nous un mystère absolu, il nous est impossible de pénétrer Tespèce des sens qui nous permettront de le comprendre et d'en jouir après notre résurrection.

Ce que nous pouvons seulement pressentir, c*est le perfectionnement qui sera apporté aux sens que nous possédons, c'est-à-dire à la vue, à Fouie, au tact, à redorât, à l'audition. Il nous est permis de concevoir leur perfectionnement d'après l'état extraordinairement développé où nous voyons tel où tel de ces sens chez les animaux.

Le sens de Fodorat est développé chez le chien de chasse à un degré qui confond notre imagination. Comment comprendre ce fait, pourtant vulgaire, que le chien perçoive les émanations odorantes d'un lièvre ou d'une perdrix qui depuis plusieurs heures ont quitté la place, et se trouvent à plusieurs lieues de distance? La perception de la vue chez l'aigle et les oiseaux rapaces nous étonne au même degré. Ces oiseaux, planant dans les nues, aperçoivent sur la terre une proie beaucoup moins grosse qu'eux-mêmes , et ils fondent sur elle sans dévier de la ligne perpendiculaire. La perfection du tact chez la chauve-sou- [ vis est bien surprenante. Accidentellement privée de la vue, la chauve-souris supplée si bien à ce sens par

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