LE LENDKH/ON DE LA MORT
En résumé, le Soleil, centre de l'agrégation planétaire, source constante de lumière et de chaleur, qui répand sur la Terre et les autres globes le mouvement, le sentiment de la vie, est, selon nous, le séjour final des âmes épurées, perfectionnées, parvenues à leur subtilité la plus exquise. Alors les âmes sont entièrement dépouillées de tout alliage matériel; ce sont de purs esprits, qui vivent au milieu de l'atmosphère enflammée et des masses brûlantes qui composent le Soleil. Cet astre, dont le volume surpasse de beaucoup celui de tous les astres réunis qui forment notre monde, est assez vaste pour leur donner asile.
C'est dans ce trône de feu que les âmes, tout intelligence et tout activité, assistent au spectacle merveilleux de la marche de tous les globes planétaires qui composent le monde solaire. Placées au centre de ce monde, comprenant les secrets de la nature et tous les mystères de l'univers, elles sont en possession du bonheur parfait, de la sagesse absolue et du savoir sans limites.
Le naturaliste genevois Charles Bonnet a le premier mis en lumière les idées générales de l'ordre de celles que nous venons de développer sur la philosophie de l'univers. Dans sa Palingénésie philosophique^ publiée en 1770, Charles Bonnet pressent la doctrine de la pluralité des existences de Tâme humaine au delà dé la Terre. Dans un chapitre annexé à cet ou vrage, intitulé Lègèreê conjectures sur les biens à venifi il trace le tableau des félicités parfaites que nous goûterchis en ce séjour, et il met en lumière la science transcendante dont nous serons alors dû posse^
sion, et qui nous dévoilera les secrets du monde physique et ceux du monde moral. Qu*on nous permette de citer ces pages éloquentes :
c Si la suprême intelligence, dit Charles Bonnet, a varié ici-bas toutes ses œuvres; si elle n'a rien créé dUdentique; si une progression harmonique règne entre tous les êtres terrestres ; si une même chaîne les embrasse tous : combien est-il probable que cette chaîne merveilleuse se prolonge dans tous les mondes planétaires, qu'elle les unit tous et qu'ils ne sont que des parties constituantes et infinitésimales de la même série?
c Nous ne découvrons à présent de cette grande chaîne que quelques anneaux; nous ne sommes pas même sûrs de les observer dans leur ordre naturel ; nous ne suivons cette progression admirable que très-imparfaitement et à travers mille et mille détours ; nous y rencontrons des interruptions fréquentes ; mais nous saurons toujours que ces lacunes sont bien moins celles de la chaîne que celles de nos connais» sances.
c Lorsqu'il nous aura été accordé de contempler cette chaîne, comme j'ai supposé que la contemplent ces intellL gences pour lesquelles notre monde a été principalement fait; lorsque nous pourrons, comme elles, en suivre les prolongements dans d'autres mondes : alors, et seulement alors, nous verrons leur dépendance réciproque, leurs relations secrètes, la raison prochaine de chaque chaînon, et nous nous élèverons ainsi par une échelle de perfections relatives jusqu'aux vérités les plus transcendantes et les plus lumineuses.
c De quels sentiments notre âme ne sera-1>elle donc point inondée lorsque, après avoir étudié à fond l'économie d'un monde, nous volerons vers un autre, et que nous comparerons entre elles ces deux économies I Quelle ne sera point alors la perfection de notre cosmologie! quels ne seront point la généralisation et la fécondité de nos principes, l'enchaînement, la multitude et la justesse de nos consé-
quences ! quelle lumière rejaillira de tant d'objets divers sur les autres branches de nos connaissances, sur notre physique, sur notre géométrie, sur notre astronomie, sur nos sciences rationnelles, et principalement sur cette science divine qui s'occupe de TÊtre des êtres !
< Toutes les vérités sont enchaînées, et les plus éloignées tiennent les unes aux autres par des nœuds cachés; le propre de Tentendement est de découvrir ces nœuds. Newton s'applaudissait sans doute d'avoir su démêler les rapports secrets de la chute d'une pierre au mouvement d'une planète; transformé Un jour en intelligence céleste, il sourira de ce jeu d'enfant, et sa haute géométrie ne sera plus pour lui que les premiers éléments d'un autre infini.
< Mais la raison de l'homme perce encore au delà de tous les mondes planétaires; elle s'élève jusqu'au ciel où Dieu habite; elle contemple le trône auguste de l'Ancien des jours : elle voit toutes les sphères rouler à ses pieds et obéir à l'impulsion que sa main puissante leur a imprimée; elle entend les acclamations de toutes les intelligences et mêlant ses adorations et ses louanges aux chants majestueux de ces hiérarchies, elle s'écrie dans le sentiment profond de son néant : Saint, Saint, Saint, est Celui qui est l'Éternel et le seul bon, gloire soit à Dieu dans les lieux célestes! Bienveillance envers l'homme! profondeur des richesses de la bonté divine, elle ne s'est point bornée à se manifester à l'homme sur la terre par les traits les plus multipliés, les plus divers, les plus touchants ; elle veut encore l'introduire un jour dans les demeures célestes et l'abreuver au fleuve des délices. Il y a plusieurs demeures dans la maison de notre Père, si cela n'était pas, son envoyé nous l'aurait dit ; il y est allé pour nous préparer une place.... il en reviendra et nous prendra avec lui, afin que nous soyons où il sera.... où il sera; non dans les parvis, non dans le sanctuaire de la création universelle, mais dans le saint des saints.... où il sera; où sera le Roi des anges et des hommes, le Médiateur de la nouvelle alliance, le chef et le consommateur de la foi, celui qui nous a frayé le chemin nouveau qui mène à la vie, qui nous a donné la liberté d'entrer dans le lieu très-
saint, qui nous a fait approcher de la ville du Dieu virant, de la Jérusalem céleste, de rinnombrable multitude des an* ges, de Dieu même, qui est le juge de tous....
« .... Ce sera dans ces demeures étemelles, au sein de la lumière, de la perfection et du bonheur, que nous lirons l^istoire générale et particulière de la Providence. Initiés alors jusqu'à un certain point dans les mystères profonds de son gouvernement, de ses lois, de ses dispensations, nous verrons avec admiration les raisons secrètes de tant d'événements généraux et particuliers qui nous étonnent, nous confondent et nous jettent dans des doutes que la philosophie ne dissipe pas toujours, mais sur lesquels la religion nous rassure toujours. Nous méditerons sans cesse ce grand livre des destinées des mondes. Nous nous arrêterons surtout à la page qui concerne celles de cette petite planète, si chère à notre cœur, le berceau de notre enfance, et le premier monument des complaisances paternelles du Créateur à regard de Phomme. Nous n'y découvrirons point sans surprise Jes différentes révolutions que ce petit globe a subies avant de revêtir la forme actuelle, et nous y suivrons à Tœil celles qu'il est appelé à subir dans la durée des siècles; mais ce qui épuisera notre admiration et notre reconnaissance, ce seront les merveilles de cette grande rédemption, qui renferme encore tant de choses au-dessus de notre faible portée, qui ont été l'objet de l'exacte recherche et de la profonde méditation des prophètes, et dans lesquelles les anges désirent de voir jusqu'au fond. Un mot de cette page nous tracera aussi notre propre histoire et nous développera le pourquoi et le comment de ces calamités, de ces épreuves, de ces privations qui exercent souvent ici-bas la patience du juste, épurent son âme, rehaussent ses vertus, ébranlent et terrassent les faibles. Parvenus à ce degré si supérieur de connaissances, l'origine du mal physique et du mal moral ne nous embarrassera plus : nous les envisagerons distinctement dans leur source et dans leurs effets les plus éloignés, et nous reconnaîtrons avec évidence que tout ce que Dieu avait fait était bon.
c Nous n'observons sur la terre que des effets, nous ne
les observons même que dMne manière très-superficielle; toutes les causes nous sont voilées : alors nous verrons les effets dans leurs causes, les conséquences dans leurs principes, rhistoire des individus dans celle de Tespèce, l^histoire de Tespèce dans Thistoire du globe, cette dernière dans celle des mondes, etc. Présentement nous ne voyons les choses que confusément et comme par un verre obscur; mais alors nous verrons face à face, et nous connaîtrons en quelque sorte comme nous avons été connus; enfin, parce que nous aurons des connaissances incomparablement plus complètes et plus distinctes de Touvrage, nous en acquerrons aussi de beaucoup plus profondes des perfections de Fouvrier. Et combien cette science, la plus sublime, la plus vaste, la plus désirable de toutes, ou plutôt la seule science, se perfectionnerait -elle sans cesse par un commerce plus intime avec la source éternelle de toute perfection 1 Je n^ezprime point assez, je ne fais que bégayer; les termes me manquent; je voudrais emprunter la langue des anges. S'il était possible qu'une intelligence finie épuisât jamais Tunivers, elle puiserait encore d'éternité en éternité dans la contemplation de son auteur de nouveaux trésors de vérité, et, après mille myriades de siècles consumés dans cette méditation, elle n'aurait qu'effleuré cette science, dont la plus élevée des intelligences ne possède peut-être que les premiers rudiments. Il n'y a de vraie réalité que dans celui qui est; car tout ce qui est, est par lui; avant que d'être hors de lui il n'y a qu'une seule existence, parce qu'il n'y a qu'un seul être dont l'essence soit d'exister, et que tout ce qui porte le nom impropre d'être était resté renfermé dans l'existence nécessaire comme la conséquence dans son principe*. »
L'auteur d'un essai estimable et conscîencieui, La vîe future prouvée par les œuvres de la nature et hs
1. Pàtin^énésie philosophique, In-8, Genève, 1770, t. H, p. 42Î et suiv.
obsêrvatUmsde la science^, le docteur J. B. R. Picard, s'exprime en ces termes, à propos du Soleil :
^ Le Soleil, ce grand ministre de la Divinité qui opère sous nos yeux tant de miracles auxquels on ne s^arrète pas du tout, cet astre si imposant, si majestueux, qui éclaire, échauffe, anime tout, et dont la présence fait la joie de tous les êtres, est regardé comme une masse de matière se mouvant sans conscience! Si le Soleil ne pense pas. Dieu ne pense pas non plus, parce que le Soleil, qui n^est pas la Divinité, doit en être la plus belle image.
« Charron disait que le Soleil était son Dieu visible, et le P. Malebranche, ce savant ecclésiastique, s^exprime ainsi dans sa Recherche de la vérité : t Puisque Dieu a fait part au « Soleil de sa puissance et de sa gloire, quMl Ta environné
< d^éclat et de majesté, qu'il Ta établi le souverain de tous « ses ouvrages, et que c'est par Tinfluence de ce grand astre
• que nous recevons tous les biens nécessaires à la vie,
< pourquoi n'emploierions-nous pas une partie de cette vie t à nous réjouir à sa lumière et à lui témoigner le sentiment
• que nous avons de sa grandeur et de ses bienfaits? Ne c serait-ce pas la dernière des ingratitudes de recevoir de c cette excellente créature Pabondance de toutes choses et de a n^avoîr pour elle aucun sentiment de reconnaissance? Et « ne serait-ce pas un aveuglement et une stupidité effroyables « de n'avoir aucun mouvement de respect et de crainte pour « celui dont l'absence nous glace et nous tue? »
« Si, au lieu de se montrer comme un globe de feu, le Soleil avait paru comme un grand corps avec une tète et des membres, les hommes ne lui auraient certainement pas refusé rintelligence. Es1>ce à dire que le Soleil ne peut penser, parce qu'il n'a ni bras ni jambes, qu'il n'a pas d'organes comme nous, qu'il n'est pas soumis à toutes nos incommodités, qu'il se meut toujours et ne dort jamais? Les anciens philosophes pensaient que les astres étaient d'une nature bien supérieure à la nature humaine; ils en avaient fait des
1. Brochure in-8% Paris, 1861, chez Mallet-Bachelier, p. 74-75.
divinités. Keppler, et bien d'autres avec lui, ont dit que les corps célestes étaient de grands animaux. Si Ton rit aujourd'hui de ces hommes qui ont accordé Tintelligence aux astres, si les partisans de Tattraction ne voient dans le ciel que des mouvements purement mécaniques que Ton peut calculer, pourquoi cette mécanique, si bien expliquée, laisse-t-elle encore tant de choses inexplicables? Quelle est la mécaniquu qui régit les phénomènes atmosphériques et que les plus sagaces n'ont encore pu définir? J'honore infiniment le mérite transcendant de l'illustre Laplace, mais je crois qu'en écrivant sa Mécanique céleste il aurait pu accorder quelque chose aux astres, au moins un mouvement propre. 11 a fait des calculs exacts, il a résolu de nombreux problèmes, cela est incontestable ; mais Laplace, pas plus que les autres astronomes, physiciens et géomètres, n'a pu dire d'où dépendaient ces variations si extraordinaires et si inattendues des phénomènes de l'atmosphère, et cela, par la raison qu'on n'a pas voulu accorder aux corps célestes un instinct quelconque} même le plus obscur. >
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans faire remarquer que les déductions de la science concernant le rôle souverain du Soleil dans l'économie générale de la nature, sont en parfait accord avec les conceptions religieuses des peuples les plus anciens. Le culte du feu a régné de temps inmiémorial en Asie, et surtout dans Tancienne Perse, chez ces Aryas ou ÀrytnSy qui, partant du Caucase et des rives de la mer Caspienne, vinrent les premiers occuper TEurope^ et devinrent la souche de la race caucasique. L'adoration du feu fut la première religion de l'Asie ancienne. M, Bumouf, dans ses £liMles sur la science des rttifioHs, a mis ce fait en évidence. Nous dterons quelques passages de cet ouvrage du savant orientaliste :
t En n^^^v^jtol autour d>ux« dit M. Eonioaf, les hommes
d'alors (les Aryas) s^aperçurent que tous les mouyemenis des choses inanimées qui s'opèrent à la surface de la Terre procèdent de la chaleur, qui se manifeste elle-même, soit sous la forme du feu qui brûle, soit sous la forme de la foudre, soit enfin sous celle du vent; mais la foudre est un feu caché dans le nuage et qui s'élève avec lui dans les airs le feu qui brûle est, avant de se manifester, renfermé dans les matières végétales qui lui serviront d'aliment; enfin le vent se produit quand l'air est mis en mouvement par une chaleur qui le raréfie ou qui le condense en se retirant. A leur tour les végétaux tirent leur combustibilité du Soleil, qui les fait croître en accumulant en eux sa chaleur, et l'air est échauffé par les rayons du Soleil ; ce sont ces mêmes rayons qui réduisent les eaux terrestres en vapeurs invisibles, puis en nuages portant la foudre. Les nuées répandent la pluie, font les rivières, alimentent les mers, que les vents agités tourmentent. Ainsi toute cette mobilité qui anime la nature autour de nous est l'œuvre de la chaleur, et la chaleur procède du Soleil, qui est à la fois « le voyageur céleste j et le moteur universel.
« La vie aussi leur parut étroitement liée à l'idée de feu.... Le grand phénomène de l'accumulation de la chaleur solsdre dans les plantes, phénomène que la science a depuis peu mis en lumière, fut aperçu de très-bonne heure par les anciens hommes; il est plusieurs fois signalé dans le Véda en termes expressifs.... Quand ils allumaient le bois du foyer, ils savaient qu'ils ne faisaient que le c forcer j à rendre le feu qu'il avait reçu du Soleil. Quand leur attention se porta sur les animaux, l'étroit lien qui unit entre elles la chaleur et la vie leur apparut dans toute sa force : la chaleur entretient la vie; ils ne trouvaient pas d'animaux vivants chez qui la vie existât sans la chaleur ; ils voyaient au contraire l'énergie vitale se déployer dans la proportion où l^animal participait à la chaleur et diminuer avec elle.... La vie n'existe et ne se perpétue sur la terre qu'à trois conditions : c'est que le feu pénètre les corps sous ses trois formes, dont une réside dans les rayons du Soleil, une autre dans les aliments ignés, et la troisième dans la respiration,
qui est Pair renouvelé par le mouyement. Or, ces deux dernières procèdent chacune à sa manière du Soleil [Sûria], Son feu céleste est donc le moteur universel et le père delà vie : celui qu'il engendra le premier, c'est le feu d'ici-bas (agni), né de ses rayons, et son second coopérateur éternel est l'air mis en mouvement, qu'on appelle aussi le vent ou l'esprit (v4yu)*.
Le culte du Soleil est encore répandu aujourd'hui chez toutes les tribus nègres qui habitent Tintérieur de l'Afrique : on peut même dire que c'est là toute la religion des sauvages africains, et cette religion a existé chez eux de tout temps.
Les anciens habitants du Nouveau Monde n'avaient d'autre culte que celui du Soleil. Cela est parfaitement établi pour les peuplades indiennes dont on possède encore les archives historiques, comme les Aztèques ou anciens habitants du Mexique et les Incas ou anciens Péruviens. Manco Capac, qui subjugua le Pérou et lui imposa ses lois, passait pour le ôls du
Soleil.
Tous ces peuples primitifs, dont les coutumes remontent à l'origine de l'humanité, quand ils rendaient leurs hommages religieux au Soleil, àl'astreroi, n'obéissaient- ils pas à une mystérieuse intuition, à une voix secrète de la nature?
Quoi qu*il en soit, il est bien remarquable que les conceptions religieuses des peuples les plus anciens soient dans une harmonie aussi complète avec les déductions les plus récentes et les plus autorisées d( la science moderne.
L fiMiM du Deus-JTondes, 15 avrU 1868.