CHAPITRE XIII
I«'homxne. existe-t-il ailleurs que sur la terre? — Description des planètes. — Pluralité des mondes habités.
Dans tout ce qui précède nous avons raisonné comme si la terre était à elle seule tout T univers. C'est d'ailleurs ce que presque tous les hommes ont pensé depuis rétablissement des sociétés jusqu'au siècle dernier. Il faut une grande science mathématique, de longues études et des instruments d*optique perfectionnés, pour rectifier les idées fausses, les erreurs, les illusions , qui résultent pour nous de la simple vue de la terre et du ciel. De grands efforts d'esprit et une lutte très-difficile contre le témoignage de nos sens sont nécessaires pour reconnaître que la terre se meut et que le soleil est immobile. Pour démêler, au milieu de Tuniformité d'aspect des astres qui brillent pendant la nuit, la place et le rôle véritable de chacun de ces globes doucement
LE LENDEMAII
éclairés, il faut de iiaticnU transmises et répétées de de plus, une excellente n soyons donc pas surpris qu> tant (leteaips à pénétrer l'oi et quu l'on n'ait eu à cet égar d'années, que des conceptions
Les anciens, c'est-à-dire le les Égyptiens, les Orientaux (à l hommes vraiment savants qui que nous ignorons, avaient devi néral de l'univers, mais qui cac au proi'ane), ne connaissaient d terre. Encore ne pouvaient-ils pari partie de la terre : l'Europe, l'A rA.frique. Le reste était lettre mor de Tantiquilé.
Après eux, et à leur exemple, 1 tiens réduisirent l'univers à ce saient; ils crurent qu'il n'y avf parce qu'ils n'en voyaient qu'un ; pour eux l'univers. Dans les étoil que des points brillants , et cornu gent qui piquaient la voûte eéiest l'azur, et charmer les yeux des h tranquillité des nuits. La lune éta de la terre. Dans ie ciel était une o pue le soleil parcourait ; et le flan tait pas plus grand que le fanal d< du ciel qui s'étendait au delà du s avait été pour les anciens l'Empyi radis pûuv les chrétiens et les Mi
jAuages et de la lumière, l'habi- ^ieu, Tasile des bienheureux et ,. ^sous et à rintérieur de la terre, s'du\x VAenses abîmes, gouffres et cavités,
séjour ténei. ^cles damnés. On sait que le Christ, après sa lAortj'^cie'scend aux enfers ; après sa résurrection, il repasse sur la terre, et monte, glorieux, au ciéi; où l'attend son divin Père.
Cette cosmogonie naïve , qui ne fait que traduire ce que nous montrent nos yeux, a été celle de tous les peuples dans Tenfance. Chez les tribus sauvages de l'Amérique et de l'Afrique, comme dans l'ancien Orient, chez les Romains, comme chez les Égyptiens et les anciens Grecs, le monde a été conçu avec cette simplicité grossière, avec cette ignorance absolue de sa constitution. G est sur cette base, si profondément fausse, que toutes les religions ont été assises, et nous pouvons ajouter qu'elles y reposent encore. Les coutumes sociales des peuples modernes sont fondées sur ces mêmes erreurs. Le langage les a consacrées, car partout encore on appelle la terre le monde ^ comme l'appelaient les anciens [munduSy x(J(jjxoç) ; partout on dit que le Soleil marche^ ou se dirifjc d'orient en occident, et que les astres se lèvent ou se couchent. La poésie a mis son sceau éternel sur ce vicieux système, et l'a, pour ainsi dire, consacré, en le revêtant de tout le prestige de l'imagination et du génie.
L'astronomie moderne a brisé les deux menteurs de l'antiquité ; elle a fait évanouir la prétendue voûte céleste semée de points radieux ; elle a mis à sa place une simple masse d'air coloré. Elle a dévoilé le véritable rôle de chacun des astres que nous aperce-
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vons le jour et la nuit. Elle a fixé, d'une manière irrécusable, la place de la terre dans l'univers ; et, il faut le dire, cette place s'est trouvée singulièrement petite.
Nous savons aujourd'hui que lÀ terre , loin d'être à elle seule l'univers, n'est qu'un point imperceptible de cet univers. Pour ne la comparer qu'au Soleil, on sait que notre globe est un million trois cent mille fois plus petit que le Soleil I Nous voilà bien loin de l'idée des anciens Grecs, qui croyaient beaucoup dire en avançant que le Soleil était grand comme le Péloponèse I
La terre a été, en outre, dépossédée de tout privilège. On la croyait autrefois unique et sans rivale; on sait aujourd'hui qu'il y a une infinité d'autres globes tout semblables à la terre : de sorte qu'elle n'est plus autre chose qu'un individu dans un groupe d'autres individus, qui lui ressemblent. On sait que la terre figure parmi les planètes, qu'elle n'est qu'une planète de notre système solaire.
Qu'est-ce donc qu'une planète? dira le lecteur Un coup d'œil attentif jeté sur les astres de la nuit le lui fera comprendre. Qu'il examine, par une belle soirée, l'astre qu'un observateur instruit lui désignera comme étant Mars ou Jupiter, et qu'il s'assure, à une heure donnée, de sa position. Puis, quelques heures après, qu'il vienne chercher de nouveau Mars ou Jupiter, et il reconnaîtra que ces deux astres auront changé de place par rapport aux autres. Qu'il fasse mieux : qu'il regarde Mars ou Jupiter à travers le télescope d'un observatoire', du dans
lunette d'un de ces astronomes en plein vent qu'on trouve sur les places publiques de Paris et des grandes villes , il verra alors Jupiter ou Mars se déplacer sous ses yeux. Tandis que les autres astres qui sont dans le champ de la lunette resteront immobiles, Jupiter ou Mars sortira du champ de la lunette.
n y a donc des astres mobiles et des astres fixes. Les astres mobiles sont les planètes (icXotvi^'njc , de TzkxSyoa, errant), les astres fixes sont les étoiles.
Disons, en passant, qu'il n'est pas difficile de distinguer à l'œil nu les planètes des étoiles. Vues au télescope, les planètes paraissent plus grosses; au contraire, les étoiles ne changent pas de dimensions quand on les regarde avec la lunette astronomique. Les étoiles jettent des feux étincelants (d'où est venu leur nom, tiré du latin stellare, briller) ; leur lumière semble s'agiter. Au contraire, les planètes ont une clarté toujours tranquille et non vacillante.
C'est que les étoiles jettent de la lumière par ellesmêmes. Gomme il sera dit plus loin, les étoiles sont autant de soleils semblables au nôtre. Elles éclairent des mondes semblables au nôtre et que leur prodigieux éloignement nous empêche seul d'apercevoir. Les planètes ne brillent pas par elles-mêmes ; elles ne font que réfléchir , comme de gigantesques miroirs, la lumière du soleil qui les éclaire et les rend visibles pour nous.
Ainsi les planètes sont des astres qui marchent. Elles tournent autour du Soleil. La terre, étant une planète, est un astre qui marche, qui tourne autour du Soleil.
Mais la Terre n'est pas la seule planète de notre système solaire. Il y en a sept autres, qui ne âifi%rent pas essentiellement de la Terre. Voici le nom des huit planètes (en y comprenant la terre) qui composent notre système solaire, en les rangeant dans l'ordre de leur éloignement du Soleil : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Il faut ajouter qu'il existe entre Mars et Japiter un amas de petits corps qui paraissent des fragments de planètes brisées ; on les nomme astéroïdes. On en connaît aujourd'hui plus de cent , et il n y a pas un demi-siècle qu'on s'est avisé de les chercher dans le ciel. Les astéroïdes peuvent être réunis par la pensée, et former un groupe unique, qui serait la neuvième planète, placée entre Mars et Jupiter.
Nous allons jeter un coup d'œil rapide sur les planètes qui composent notre système solaire.
Les figures 3 et 4 qui accompagnent ces pages, suffiront pour donner une idée de la dimension relative des planètes. Dans ces deux figures, les planètes sont rangées selon Tordre de leur distance au Soleil. Dans la figure 3, on a réuni Mercure, Vénus, la Terre et Mars; dans la figure 4, les astéroïdes, puis Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune.
Mercure est la planète la plus rapprochée du Soleil, dont elle n'est distante que de 14 millions de lieues, ce qui est un véritable voisinage en astronomie.
Cette planète tourne sur elle-même avec la même idité que la Terre. La journée de Mercure n'a
e 3 minutes de plus que la nôtre (24 h. 3 m.).
Étant plus rapproché du Soleil que la Terre, Mercure tourne plus vite autour du Soleil ; aussi son mnée n'est-elle que de 88 jours, tandis que la nôtre 3st de 365.
On sait que la seule cause de Tinégalité des saisons, ainsi que des jours et des nuits, sur les planètes, tient uniquement à l'inclinaison de l'astre sur son axe de rotation. Si les planètes tournaient au* tour du soleil en conservant la verticalité de Taxe qui joint leurs deux pôles nord et sud, il y aurait une égalité parfaite de distribution de la lumière et le la chaleur solaire sur les mêmes latitudes ; il y siurait, le long de chaque parallèle, une égalité, une régularité complètes dans l'éclairage et réchauffement de la planète ; les différences de chaud et de Troid ne dépendraient plus que de leur plus ou moins grand éloignement du soleil. Hais cette verticalité n'existe que pour deux ou trois planètes de notre système. Les autres, et parmi elles Mercure, Vénus, la Terre et Mars, sont fortement inclinées sur leur axe de rotation. Elles tournent toutes penchées, dégingandées, pour ainsi dire, comme si elles eussent reçu un gigantesque coup d'épaule qui les eût fait dévier de leur situation primitive et régulière. De là résulte une distribution très-variable de la durée de la lumière, et par conséquent de la chaleur que ces planètes inclinées reçoivent des rayons horizontaux de l'astre solaire. Voilà d'où provient à la fois l'inégalité dans la durée des jours et de snuitset la diversité des quatre saisons sur un même parallèle ^
1. IfUton, dans le Paradis perdu, dit qu'avant le péché de nos
L'inclination de Taxe de rotation du sphéroïde terrestre est de 23'' : ce qui est une déviation considérable et ce qui occasionne de grandes différences dans la durée des jours et des saisons sur les différents points de notre globe. Pour la planète Mercure, rinclinaison est vraiment énorme : elle est de 70''. Cette planète penche sur elle-même comme si elle allait tomber. De là résulte une prodigieuse variabilité d'échauffement et d'éclairage sur un même parallèle, et des saisons dont les brusques changements doivent être difficiles et pénibles à supporter pour les habitants de cette planète, si ces habitants existent.
Mercure est cinq fois plus petit que la Terre. C'est ce que Ton voit sur la figure 3.
Vénus vient après Mercure, en s'éloignant du Soleil.
Distante du soleil de 27 millions de lieues, Vénus reçoit deux fois plus de chaleur et de lumière que n'en reçoit notre globe. Ses journées durent à peu
premiers parents, un printemps perpétuel régnait sur la Terre; mais qu'aussitôt qu'Adam et Eve eurent mangé le fruit défendu, des anges, aux glaives flamboyants, furent dépéchés du Ciel, pour aller
incliner les pôles de la Terre de plus de 20 degrés. Il est heureux pour nous que les anges n'aient pas davantage incliné le globe, car les saisons seraient encore plus tranchées et plus défectueuses.
On sait que Fourier a prétendu qu'il serait possible à l'humanité de produire un effet assez grand pour. redresser le globe sur son axe et lui restituer l'égalité des saisons et le printemps peipétuel. Ce philosophe n'oubliait d'indiquer qu'une chose : le procédé mécanique à employer par l'homme pour produire cet effet. C'est ainsi qu'un noyé s'imaginait se sauver lui-môme en se saisissant par les cheveux, pendant qu'il se débattait dans l'eau.
près autant que les nôtres (23 heures 21 minutes). L'année de Vénus est nécessairement plus courte que celle de la Terre, puisque cette planète est plus rapprochée du soleil que la Terre : elle ne dure que 224 jours. Ses saisons ne durent chacune que deux mois. Ce globe a presque le même volume que la Terre.
Des nuages enveloppent presque toujours Vénus, et ils y déversent des pluies, qui doivent former des fleuves et des mers. Ces eaux doivent rafraîchir les plaines, échauffées par l'ardeur d'un soleil brûlant. Les saisons sont encore plus brusques et plus disparates dans la planète Vénus que dans Mercure. Son axe de rotation est, en effet, incliné de Tb"".
Après Vénus vient la Terre. Placée à 28 millions de lieues du soleil, la Terre a le même volume que Vénus. Son diamètre est de 3000 lieues environ (exactement 12 732 814 mètres). Entourée d'une atmosphère, elle accomplit sa révolution sur son axe en 24 heures (23** 56" 4), et en 365 jours 6 heures sa translation autour du soleil.
L'inclinaison de Taxe de rotation de la Terre sur l'édiptique est de 23*, ce qui produit, ainsi que nous l'avons vu, les différences des jours et des nuits, et l'inégalité des saisons, selon les latitudes.
La ïerre a le privilège, refusé aux planètes Mercure, Vénus et Mars, d'être pourvue d'un astre secondaire, que Ton appelle son satellite : c'est la Lune. Placée i 96 000 lieues seulement de la Terre, la Lune accomplit en 27 jours son mouvement de révolution autour de la Terre.
Ce serait sortir de Tobjet de cet ouvrage que de donner une description quelconque de notre globe* Nous le supposons connu de nos lecteurs, et nous passons à la planète qui le suit.
Après la Terre, en s*éloignant du Soleil, vient la planète Mars.
Une ressemblance vraiment extraordinaire existe entre Mars et la Terre. Conditions physiques, géographiques et ciimatologiques, nuits et jours, saisons, perspectives célestes, tout est semblable pour ces deux planètes, avec cette seule différence que le globe de Mars est plus petit de moitié que celui de la Terre.
On peut tout supposer, n'est-ce pas, ami lecteur? Supposez donc que l'un des nombreux aérostats que Paris, bloqué par les Prussiens en 1870, envoyait aux départements, se fût élevé à la hauteur d'environ 15 millions de lieues de la Terre, dans la direction du Soleil, à l'époque de la conjonction de Mars, et cela sans que Taéronaute qui montait cet hypothétique ballon eût perdu la vie ; que serait-il arrivé? Il serait arrivé qu'à cette distance de 15 millions de lieues de la Terre S le ballon, cédant à la pesanteur qui l'entraînait vers Mars, serait tombé sur cette dernière planète. Or, et c'est là que nous voulons en venir, l'aréonaute, en prenant pied dans
1. La planète Mars étant éloignée du soleil de 20 millions d( lieues, il faut placer le ballon à cette distance, puisque la masse d( Mars est la moitié de celle de la Terre, et que l'attraction diminiv en raison inverse des masses.
ars, se serait cru sur la Terre, et rien n'aurait pu
tirer de son erreur. Sol, montagnes et collines, mves et mers, végétation même, il aurait trouvé »ut cela dans la planète que ses pas auraient fouie ; si bien qu'il lui aurait été impossible de savoir îl se trouvait dans un coin de la Terre peu fréuenté et peu connu, comme l'Australie ou la Polyésie, ou sur une planète étrangère à notre globe.
Nous avons employé ce détour pour faire mieux omprendre la resssemblance qui existe entre Mars it la Terre. Ces deux planètes ne paraissent différer 'une de l'autre que par leurs dimensions : Mars est, ïomme nous l'avons dit, moitié plus petit que notre ;Iobe.
Voici d'ailleurs les données de la géométrie céleste le Mars.
Éloigné de la Terre de 20 millions de lieues, et listant du Soleil de 58 millions de lieues, Mars a un liamètre de 1650 lieues, le diamètre de la Terre îtant, comme nous l'avons dit, de 3000 lieues en lombre rond. Ses journées sont de 24 heures 39 milutes, et son année plus longue que celle de la Perre, puisqu'il est plus loin du soleil que ne l'est lotre globe. L'année de Mars dure 22 mois II jours.
Comme l'inclinaison de Taxe de rotation de Mars liffère peu de celui de la Terre (28° au lieu de 23°), es saisons, ainsi que les heures du jour, sont disribuées dans Mars à peu près comme sur la Terre, eulement, comme il est plus loin que nous du Soîil, il est moins éclairé et moins chauffé : Mars ne îçoit qu'environ la moitié de la chaleur et de la lutière solaire qui nous sont départies.