Dictionnaire de médecine de Littré et Robin, article Ame
LE G0RP8, L'AJfB ET LA. VIE. 1 1
corps, et qu'au moment de la mort il se détruit, comme tout le reste. C*est un flambeau qui s'éteint et qui ne se rallumera jamais. « L'homme, disent les matérialistes, vit et meurt, comme les plantes et les animaux. Né d'un germç, comme les plantes et les animaux, il se développe comme eux. A la mort du corps, le principe sensible , qui n'est qu'un résultat de l'organisation, s'éteint avec les organes. Nous voyons autour de nous tout périr et rien ne reparaître. Pourquoi en serait-il autrement de l'homme? »
Nous allons apprécier aux points de vue de la logique, de la science et de la morale, ce système, qui est fils , non pas de la science , comme on l'a dit trop souvent , mais de l'ignorance et du mépris de tous les faits de la nature.
Au point de vue de la logique , Terreur du matérialisme ressort du seul énoncé des termes. Entre la matière et la pensée, il y a incompatibilité de termes. La matière raisonnable, intelligente et sensible, c'est là une contradiction absolue dans les expressions du langage , comme dans les principes du raisonnement. La matière douée de la pensée et se connaissant elle-même ne serait plus de la matière. L'intelligence, la pensée, la volonté , sont des imwotérialUés; elles ne peuvent se présenter avec les qualités propres à la matière , c'est-à-dire avoir retendue, la pesanteur, Timpénétrabilité. Elles ne peuvent donc émaner de la matière, c'est-à-dire du cerveau et des nerfs.
Au point de vue de la science, le matérialisme est tout à fait insoutenable.
Nous sommes composés de deux éléments ou de deux substances, l'une qui pense, l'autre qui ne pense pas. Cette vérité est évidente par elle-même, car la pensée est un fait^ un fait certain en soi. D'un autre côté, il est tout aussi évident que, en leur qualité de substance purement matérielle, le corps, c'est-à-dire le bras, la barbe, Tongle, ne pensent pas.
Voici maintenant la preuve scientifique que le principe immatériel, c'est-à-dire l'intelligence, la pensée, ou l'âme qui résume toutes ces puissances immatérielles, est doué de l'immortalité.
La matière ne périt pas ; l'observation et la science nous prouvent, en effet, que les corps matériels ne sont jamais anéantis : ils ne font que changer d'état, de forme et de place, mais ils se retrouvent toujours quelque part, intacts quant à leur substance. Notre corps se décompose, se dissout, mais la matière qui le formait n'est jamais détruite : disséminée dans l'air, dans la terre et dans Feau, elle va produire dans ces milieux de nouvelles combinaisons chimiques, mais elle n'est pas anéantie pour cela. Or, si la matière ne périt pas , mais seulement se transforme, à plus forte raison l'âme doit-elle être impérissable et indestructible. Gomme la matière, elle doit se transformer, sans jamais se détruire.
Descartes a dit : Je pense, donc je suis. Ce raisonnement, tant admiré dans les écoles, nous a toujours paru une espèce de naïveté. 11 fallait dire, pour que le syllogisme eût de la force : Je pense, donc je suis
tf
ifimortel. Mon âme est immortelle si elle existe , et
elle existe puisque je pense.
Ainsi, le fait de Tinmiortalité du principe spirituel
que nous porions en nous, est évident par lui-même ;
et pour établir l'existence de Tàme il n'est besoin
d'aucune de ces démonstrations qui remplissent les ouvrages de philosophie, et qui ont défrayé , depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, les Traités sur Vâme^ depuis Timée de Locres jusqu'à Cousin. La difliculte n'est pas de prouver qu'il existe en nous un principe spirituel , c'est-à-dire qui résiste à la mort, car, pour contester l'existence de ce principe, il faudrait contester la pensée. Le véritable problème, c'est de savoir si ce principe spirituel et immortel que nous portons en nous , doit , après notre mort , revivre, en nous-mêmes ou chez d'autres. La question est de savoir si l'âme renaîtra chez le même individu , physiquement transformé , dans la même personne, dans le moi^ selon le terme excellent des philosophes français , ou si elle sera le partage d'un être qui lui soit étranger.
Et remarquez que c'est là pour nous tout l'intérêt de la question. 11 nous importerait fort peu, au fond, que l'âme fût immortelle ou non, si notre âme, étant réellement indestructible et immortelle, allait servûr à un autre que nous-mêmes, ou seulement, si revenant en nous, elle ne conservait point la mémoire de son passé. La résurrection de l'âme sans la mémoire du passé serait un véritable anéantissement, ce serait le néant des matérialistes. Il faut donc que l'âme revive en nous-mêmes, après notre mort, et que cette âme possède alors le souvenir des ac-
lions qu'elle a accomplies dans ses existences antérieures.
Eh résumé, il s'agit de savoir, non si notre âme est immortelle, le fait est évident en soi, mais si cette âme nous sera conservée dans Tautre vie, si nous aurons, après notre mort', l'identité, Tindividualité, la personne. Or, c'est précisément ce que nous espérons démontrer dans cet ouvrage. Nous chercherons à prouver qu'après la mort l'âme de l'homme reste toujours identique à elle-même, que malgré tous ses voyages et ses métamorphoses diverses, elle ne fait que se perfectionner, se purifier, s'accroître en puissance et en portée. Nous essayerons de prouver que, malgré les ombres du trépas, notre individualité n'est jamais détruite, et que nous renaissons avec la même personne morale que nous constituons ici-bas; en d'autres termes, que la personne humaine est impérissable. Ce sera au lecteur à décider si nous avons atteint notre but, si nous avons établi la vérité de cette doctrine conformément aux faits de la science et aux règles du raisonnement. Mais le fait de l'indestructibilité de notre principe intellectuel , de l'immortalité de l'agent de la pensée, est évident au plus haut degré, et pourrait, à la rigueur, se passer de toute démonstration.
La démonstration scientifique de Texistence de l'âme a pourtant été essayée, de nos jours , par un savant espagnol, M. Ramon de la Sagra, mort récemment à l'île de Cuba.
M. Ramon de la Sagra a publié un volume intitulé : Vdme^ démonstration scientifique de sa réalité^. Le fait