‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 5 sur 81 · In-12, Paris · texte numérisé non relu

In-12, Paris

I principal sur lequel repose cette démonstration, c^est le phénomène de Vanesthésie , ou insensibilité provoquée par rinspîration des vapeurs du chloroforme. Nous trouvons cette preuve excellente, et nous avions déjà nous-mème insisté sur cette considération dans notre notice sur VÈthérisation*, Quoi qu'il en soit, voici le fait invoqué.

L'inspiration des vapeurs d'éther ou de chloroforme abolit la sensibilité générale, de sorte que les personnes plongées dans cet état physiologique extraordinaire peuvent être soumises, sans rien ressentir, aux opérations les plus cruelles. Et non-seulement les sujets éthérisés ou chloroformés ne sentent aucune douleur pendant que les instruments tranchants divisent, tranchent, torturent leurs tissus et leurs nerfs, non-seulement ils demeurent entièrement insensibles à des lacérations, à des blessures, à des plaies, qui, dans l'état ordinaire, leur arracheraient des cris de douleur et d'épouvante, mais souvent il arrive que des rêves, des sensations délicieuses, ou du moins heureuses et douces, remplissent cet étonnant sonmieil.

2. ■ On peut impunément diviser^ torturer, déchirer son corps et * ses membres ; l'homme n'est plus qu'un cadavre ; c'est ime statue

■ humaine ; c'est la statue de la mort. £t pendant cet anéantisse- « ment absolu de la vie physique, le flambeau de la vie intellec- « tuelle, loin de s'éteindre, brille d'un éclat plus vif. Le corps est

■ frappé d'une mort temporaire, et l'âme, emportée en des sphères c nouvelles, s'exalte dans le ravissement de sensations sublimes. « Philosophes qui osez nier encore a Idouble nature de l'homme et « l'existence d'une àme immatérielle, cette pensée palpable et vi- « sible suffira-t-elle à vous convaincre? » {Merveilles de la science, tome 2% p. 663, in-8» Paris, 1868 (?• édition de la Notice sur VÉtkériscaion,)

Nous demandons, avec M. Ramon de la Sagra, sll n'y a pas dans ce phénomène une démonstratioa scjentifique de l'existence de l'âme. Lame et le corps ne sont certainement pas la même chose, puisque le corps et l'âme sont ici manifestement séparés : l'âme continue de sentir et de penser, grâce à l'influence de Téther ou du chloroforme, tandis que le corps est torturé, tenaillé par le fer. Ces deux éléments de l'agrégat humain sont ici comme séparés et mis à part par l'agent anesthésique.

kh point de vue moral, le matérialisme est un système non-seulement odieux et désolant, mais inacceptable par ses conséquences.

Un homme a passé sa vie entière dans le crime ; il a foulé aux pieds tout ce qui est juste et bon ; il a écrasé le faible, opprimé l'innocent : toute son existence n'a été qu'une longue oflfense à l'humanité. Malgré ses forfaits et ses souillures , il a su conserver l'estime de ses semblables, qu'il était habile à tromper. Quand il meurt, il s'éteint doucement et le cœur tranquille. Ce grand coupable doit-il trouver, après sa mort, la même destinée que ses infortunées victimes, et suffit-il qu'il mette le pied dans la tombe pour que toute punition , toute expiation lui soit épargnée? Il y a eu des Attila, qui ont marqué leur passage sur la terre par un fleuve de sang et des amas de ruines ; il y a eu des Gengis-Ran, qui ont ravagé d'immenses étendues de pays par le fer et par le feu, et qui se sont baignés dans le sang de milliers d'hommes. Tout a-t-il été fini pour eux quand ils sont descendus au tombeau? Leurs in-

' nombrables victimes n'ont -elles fait autre chose, après leur mort, que de partager le sort de leur bourreau?

Voilà, au contraire, un homme qui a sacriûé son existence au devoir obscurément accompli. Il a donné son sang et ses forces pour le service de sa patrie ou de l'humanité. En récompense d*une vie de labeur et de dévouement, il n'a récolté que Tindifférence, la misère et le dédain. Il a vécu humble et petit, n'ayant pour tout bien qu'une journée de sa charrue. Quand cet honnête homme aura remis à Dieu son âme sainte et pure, tout sera-t-il achevé pour lui ? La mort lui sera-t-eile aussi amère que le fut pour lui Texistence, et ne peut-il prétendre, après cette vie, à une autre destinée que celle des grands criminels qui furent la terreur et l'épouvante de l'humanité?

n y a sur les rivages brûlants de l'Afrique, il y a sur les bords marécageux de Tlndus et du Gange, des populations entières dont le sort est plus misérable que celui des animaux. Esclaves ou parias, ils sont soumis aux caprices et à la brutale volonté d'un maître. On les vend comme un vil bétail ; leurs enfants ne leur appartiennent pas, et ils ne s'appartiennent pas eux-mêmes. Et vous voulez que ces malheureux ne trouvent pas au delà de la tombe une compensation aux maux affreux de leur existence? Vous voulez que le maître et l'esclave partagent le même sort? que celui qui a martyrisé le pauvre paria, qui a condamné ses jours à la douleur, à la fatigue et à l'abjection, ne soit pas distingué de son infortunée victîine? Vous votdez que l'un et

Tautre tombent ensemble dans le gouffre du néant? La raison et le cœur protestent contre une pareille idée.

S'il en était ainsi , l'ordre moral , Tharmonie que nous concevons entre le mérite et la récompense, entre le crime et la punition, seraient totalement détruits. Tandis que nous voyons dans la nature régner l'équilibre et la régularité, il y aurait, en ce qui concerne Fhomme un désarroi universel , un véritable sens-dessus-dessous. A quoi servirait-il donc d'être honnête, bon, fidèle à la foi jurée, attaché au devoir? Il faudrait s'armer les uns contre les autres ; il faudrait entreprendre des guerres à outrance et des combats sans fin ; il faudrait demander à la force, à la violence, à toutes les mauvaises passions, le moyen d'assurer son triomphe contre son prochain, et ne songer qu'à se procurer dans cette vie la plus grande somme de jouissances brutales.

Autre considération. Nous perdons des amis, des parents, des frères, des fils. Cette séparation, si déchirante, serait donc définitive I II ne resterait rien de ces êtres qui ont fait battre nos cœurs aux plus douces émotions! Vous avez une mère, joie pure et sereine de votre âme reconnaissante, et quand la mort vous l'enlève, il faudrait vous dire que vous ne la reverrez plus, et qu'il vous est interdit d'espé* rer la revoir, au jour inévitable où la mort viendra vous faire obéir, à votre tour, à la commune loi de la nature I Vous seriez condamné à dormir, comme votre mère, comme vos fils, comme vos amis, d'un $ommeil éternel ; et toute vqtre consolation serait

LE CORPS, L'AlfE ET LA VIE. 19

de penser que vous tombez tous ensemble dans le même gouffre de la destruction et du néant I

On s'explique pourtant que sur la terre l'ordre moral, l'équilibre naturel, puissent être souyent troublés. La sagesse humaine est étroite et sujette à des défaillances ; les conditions sociales sont quelquefois tyranniques, et nous ne pouvons nous flatter de réaliser cette équité idéale que nous concevons et qui est le partage des êtres parfaits. Hais ces irrégularités choquantes qui sont le partage de l'humanité, ne peuvent atteindre la Providence, qui est le principe de tout ordre, et Tidéal de tout bien. Nous ne pouvons supposer qu'il entre dans les desseins de Dieu de laisser toujours la vertu écrasée et le vice triomphant ou impuni. Nous ne pouvons pas croire que Dieu soit à ce point imparfait. Ce Dieu ne vaudrait pas plus que nous I

Prétendre que Dieu est imparfait, que Dieu est fautif, c'est nier son existence; car, d'après «a nature. Dieu est souverainement juste, souverainement parfait; et si on lui refuse ses attributs, on nie son existence.

Ainsi, le système des matérialistes, c'est l'athéisme pur et simple. Mais l'existence de Dieu est incontestable, car Dieu n'est autre chose que la cause suprême des effets dont nous sommes les témoins, et tout effet implique une cause. Au point de vue purement logique, le matérialisme est donc insoutenable.

Toutes les créatures éprouvent ici-bas des désirs qui ne dépassent pas la limite assignée à leur destinée. L'animal éprouve des besoins ; tous ses besoins

sont satisfaits ; il ne demande rien au delà, il ne manifeste aucune aspiration qui ne soit remplie, n en est autrement de nous. L'homme ressent, au fond de son Âme, d'immenses aspirations de bonheur, d'expansion et d'agrandissement spirituel. U comprend la justice parfaite, et il voudrait la voir régner autour de lui. Il a de nobles désirs, et il voudrait voir tout conforme au sentiment idéal de vérité et de justice qu'il porte en lui. U voudrait s'élancer hors du domaine étroit qui lui sert de prison, et parcourir, d'un vol rapide, la vaste étendue des cieux. Aucun de>ces désirs n'est jamais satisfait. Si les êtres inférieurs à l'homme trouvent la réalisation de leurs aspirations, pourquoi l'homme, qui l'emporte tant sur les animaux, serait-il destitué de ce privilège? On ne peut donc mettre en doute que cette soif idéale de justice que nous portons en nous-mêmes, ne soit un jour étanchée, que l'équitable distribution du bien et- du mal, qui nous manque pendant notre vie, ne soit réalisée après notre mort. Les peines pour les crimes et les récompenses pour les vertus nous attendent au delà du tombeau, voilà ce que nous crie le sentiment intérieur. La doctrine matérialiste qui prêche l'anéantissement de notre personne, et nie les peines et récompienses après la mort, méconnut donc les plus forts de nos sentiments intimes.

Le seul fait de notre existence prouve , il nous semble , que nous ne devons pas périr. Dieu nous a mis en ce monde , il a fait de nous une personne. Il était libre de nous créer ou de ne pas nous créer;

mais du moment qu'il nous a appelés ici-bas , il ne peut nous anéantir , car ce serait , suivant la belle expression de Halebranche, montrer de Tinconstance, et Dieu est immuable dans ses desseins. Il n'édifie pas pour détruire ensuite , il n'élève pas pour renverser. S'il nous a donné la vie, c'est qu'il l'a voulu ; et sa volonté ne serait qu'un caprice si , après nous avoir accordé l'existence, il se ravisait et nous la retirait, n ne peut pas se repentir de ses œuvres , et nous enlever ce qu'il nous a une fois accordé ; sans cela, il serait fait à notre image, il aurait nos passions et nos erreurs; en d'autres termes, il ne serait pas.

Le matérialisme n'a donc aucune base scientifique, logique , ni morale. C'est une négation , sans valeur ni mérite. Nier est facile , mais ce n'est pas là une philosophie : il s'agit d'expliquer. Nous ne sommes pas entourés de négations , mais de faits, de réalités agissantes. Ces faits, ces réalités^ il faut s'en rendre compte ; et le matérialisme qui n'explique rien , qui se récuse, qui se dérobe, ne mérite pas d'être considéré comme une conception philosophique.

Cependant les matérialistes insistent. Battus , sans recours , sur la question générale , ils se réfugient dans la considération de faits secondaires et particuliers. Us nous disent : Quand le cerveau est malade, la raison, qui est une des facultés de l'âme, est ébranlée ou anéantie. Si on enlève , par accident ou par intention, une partie du cerveau de l'homme ou d'un animal, certaines facultés disparaissent. Donc, lors-

que le cerveau entier est détruit, dissous par la mort, L'âme, doit disparaître et s'anéantir.

D y a une dififérence considérable entre constater la disparition d'une faculté de l'âme et affirmer son anéantissement. La raison peut être éclipsée, elle peut momentanément disparaître, sans pour cela être détruite. Sans doute, dans la folie, les facultés de la raison, de l'imagination, de l'attention, sont supprimées , mais elles ne sont pas anéanties , et ce qui le prouve, c'est qu'elles reparaissent intégralement après la guérison du malade.

Gomment, d'ailleurs, pouvoir déclarer, en thèse générale, que certaines facultés ont réellement disparu par une blessure ou une maladie du cerveau ? Les facultés de l'âme , nous ne pouvons ni les voir ni les toucher; qui donc peut dire si elles ont disparu , ou si elles ne sont pas seulement â l'état latent, et si elles ne reprendront pas leur énergie naturelle lorsque Pâme tout entière sera séparée du corps, lorsqu'elle sera affranchie des liens passagers qui l'enchaînent aux rouages de l'économie vivante?

Vous prétendez que l'âme disparaît , qu'elle est détruite quand le corps a été dissous par la mort et la putréfaction. Pourquoi cette affirmation? Pouvezvous dire en quoi consiste l'âme? L'avez-vous aperçue sur le vivant? Pourriez-vous nous apprendre où elle était et où elle n'était pas pendant la vie ? Pour ce qui se passe après la mort , vous ne pouvez pas être plus affirmatif , ni prétendre que l'âme est ou n'est pas en tel ou tel lieu. Il n'y a pour vos raisonnements, pour vos affirmations, aucune prise sur cet être inaccessible et invisible.

Au moment d'expirer, Gyrus parlait ainsi à ses enfants, au rapport de Gicéron , qui ajoute que ces paroles résument la doctrine de Pythagore, de Socrate et de Platon :

c N^allez pas croire que lorsque je vous aurai quittés, mes chers enfants, je ne serai nulle part, ou que je n'existerai plus! Tant que j'étais avec vous, vous ne voyiez pas non plus mon âme, mais vous compreniez qu'elle était présente en me voyant agir. Croyez donc que mon âme existera alors même que vous ne la verrez pas.

« ....Pour moi, je n'ai jamais pu me persuader que l'âme vive complètement tant qu'elle est dans le corps de l'homme, et qu'elle périsse quand elle s'en dégage, ni qu'elle perde toute intelligence en se dégageant d'un corps intelligent. Je pense, au contraire, qu'une fois affranchie des liens du corps et rendue désormais à sa liberté et à sa pureté, elle retrouve la parfaite intelligence*. »

Un diamant brille aux feux du jour; vous admirez les jeux de la lumière dans ce cristal scintillant. Mais venez à chauffer fortement ce diamant dans un creuset bien fermé; il passera à l'état de diamant noir et pourtant encore diaphane. Quand la lumière viendra frapper ce cristal noirci, vous n'apercevrez plus dans sa masse les effets de scintillation. Direz-vous pour cela que la lumière qui le frappe n'existe pas? Cette lumière existe certainement dans la substance du diamant noir; seulement le diamant l'absorbe et vous ne l'apercevez pas. Il en est ainsi de Tâme qui, après la dissolution du corps humain , peut exister quelque part sans que nous ayons la possibilité de reconnaître et de discerner sa présence.

t. Cicero> de Senectute, § 79 et 80.

La théorie de la transformation mutuelle des forces, cette brillante conquête de la physique moderne, nous donne un autre symbole scientifique applicable au cas qui nous occupe. On pensait autrefois que la chaleur, que Télectricité, étaient détruites, qu'elles disparaissaient dans nos machines à vapeur ou nos machines électriques. On sait aujourd'hui que cette chaleur, que cette électricité , ne sont pas anéanties, mais qu'elles se transforment en mouvement. Si dans nos machines la chaleur n'est pas détruite, mais seulement transformée , qui nous dit que l'âme après la mort ne passe point à un autre état, à une autre forme qui soit inaccessible à nos moyens d'investigation ou d'impression? Nous ne voyons pas que l'âme après la mort, que l'dme séparée, comme on l'appelle dans l'Église catholique, ^y^manifeste par quelque phénomène; mais est- elle détruite pour cela? Non. Elle peut s'être transformée, de même que la chaleur s'est transformée dans nos machines.

Sur les faits secondaires qui sont son dernier refuge, le matérialisme ne trouve donc pas davantage d'appui que sur les considérations générales.

Pour terminer cette rapide discussion , rappelons la pensée juste et consolante de Socrate, le maître de Platon , qui lui inspira hes doctrines sur l'immortalité :

< Si je me trompais, disait Socrate, s'il était vrai que Tâme fût anéantie avec notre corps, je n'en persisterais pas moins dans ma croyance à Timmortalité de Tâme. Si, en effet, cette doctrine est vraie, je gagne tout, sans rien expo-

ser, et si elle n'est pas vraie, ce que je reconnaîtrai après ffla mort, j*en aurai au moins retiré dans cette vie cet avantage d'avoir été moins sensible aux maux de l'existence, i

ViuUisme animique. — Ce serait une grande erreur de croire que tous les médecins contemporains, suivant la triste bannière de M. Littré , professent Taflligeante doctrine que nous venons de réfuter. La très-grande majorité des médecins de nos jours sont spiritualistes. Renonçant à Yorganicisme de Broussais et de Rostan , ils se rallient au système du vita^ lisme animique. Les Pidouz , les Trousseau , les Parchappe, les Gayol, les Sales-Girons, les Bouchut, les Chauffard, etc., se sont distingués, en France, comme les propagateurs et les défenseurs du viton lisme animiqu/e.

Qu'est-ce donc que le mutUsme animique? C'est le système de Stahl, un peu modifié, débarrassé de ce qu'il avait d'excessif ou de trop opposé aux découvertes de la science contemporaine , en un mot acconmiodé à Tesprit de nos connaissances actuelles, n faut donc exposer ici la conception philosophique de Stahl.

Stahl , médecin allemand du siècle dernier, est un des génies les plus complets qui aient apparu dans les sciences. On lui doit deux révolutions dans les connaissances humaines. U édifia la chimie, parce qu'il sut grouper tous les faits essentiels dont se compose cette science, en un système, le phlogistique , qui prépara et rendit possible la création du système de Lavoisier, c'est-à-dire la chimie actuelle. Dans la philosophie médicale il accomplit une révoution analogue en créant Vanimisme.

Dans ce système, non-seulement on proclame Pexistence, chez l'homme, d'une âme sensible et agissante, mais on exagère encore la portée et les véritables acceptions de Tâme , en la chargeant de l'exercice de toutes les fonctions propres à l'être vivant. La digestion , la respiration, la circulation , la génération, la création des tissus , l'absorption des liquides et des gaz, la nutrition, etc., sont attribuées à l'âme. Penser et présider aux fonctions animales, tel est le double rôle que Stahl attribue à l'âme humaine.

ffest dans un ouvrage qui parut à Halle, en 1708, Theoria medùa vera , que Stahl publia l'ensemble de sa doctrine.

L'âme qui provient de Dieu et qui est faite à son image , dit Stahl , commence par fabriquer le corps qui doit la recevoir. Quand elle a construit sa maison , c'est-à-dire les organes qui composent le corps humain , elle préside à Taccomplissement de toutes les fonctions de l'économie animale. Fonctions de la vie intérieure, fonctions de la vie extérieure, tout rentre dans son domaine; la même puissance qui a créé l'organisme, a la mission de le conserver.

Stahl accorde à l'animal, comme à l'homme, une âme chargée du double office de créer l'organisme et de veiller à son maintien.

D'après Stahl, la matière, inerte par elle-même et incapable d'accomplir la moindre action ou le moindre mouvement, est poussée à l'action et au mouvement par la puissance de l'âme raisonnante. Telle est la source unique de toute notre activité physique, volontaire et involontaire. L'âme sait convenablement nourrir chaque partie du corps; elle appelle les

liquides dans toutes les cavités où ils doivent produire un effet utile. Elle exécute tout ce que Descartes et les médecins contemporains de Stahl attribuaient aux esprits animaux. Toujours présente dans chaque partie de notre corps, elle veille sans cesse à sa conservation et à son entretien.

Dans ce système, la maladie n'est qu'une erreur de la nature , et l'âme s'empresse de corriger cette erreur. Suivant Stahl, dans toute maladie la nature accomplit de grands efforts. Ces efforts sont des mouvements raisonnables qui repoussent les causes nuisibles ou qui s'emploient à réparer les avaries causées à notre machine par la maladie.

La fièvre, que tous les médecins avaient considérée avant Stahl, comme le résultat d'une maladie déclarée, n'est qu'un effort de l'âme, ou de la nature midicatrice.

€ PàflGrme, dit Stahl, et je me fais fort de démontrer que la fièvre n'est pas une maladie dans le sens qu'on lui a assigné de tout t^ups et jusqu'à ce jour, mais un acte entreplis par la nature, et toujours gouverné, autant qu'il est en elle, avec ordre et circonspection pour purger et débarrasser le corps des matières étrangères qui doivent plus ou moins promptement lui nuire, et pour lui rendre sa pureté en mûrissant et excrétant ces matières. Ce que l'on appelle communément les symptômes d'une maladie ne sont pas produits par la cause elle-même de la maladie, mais résultent des actions que la nature a entreprises et doit continuer tant que cela est nécessaire au salut du corps. La fièvre en ellemême, quand elle peut marcher et se produire en liberté et avec ordre, n'est pas dangereuse*. »

« Il est certain, dilril ailleurs, que la fièvre est le seul moyen par lequel la nature peut se secourir elle-même. »

L'âme est donc le premier de nos médecins, et on ne saurait confondre son action salutaire avec les effets de la maladie.

La doctrine anthropologique de Stahl est en harmonie avec les dogmes de la religion catholique. Cette religion fait de Thomme une unité , qui se conserve pendant la vie , et qui doit persister après la mort. A cette époque Tâme doit vivre hors de son corps, exister à l'état à'dme séparée; mais vienne l'heure de la résurrection , et la personne humaine se reconstituera, c'est-à-dire que Vunité humaine ^ la personne humaine , sera rétablie telle qu'elle était pendant la vie terrestre, avec le même corps et la même âme pensante.

Les auteurs ecclésiastiques qui raisonnent sur les problèmes de Tanthropologie et de la médecine, sont tous partisans de la doctrine de Stahl. C'est ainsi que le P. Ventura combattit vivement sur ce point le professeur Lordat, adversaire constant de la doctrine de Stahl*.

C'est pour la même raison que tous les écrivains catholiques professent le Stahlisme. On sait avec quel charme et quelle finesse Xavier de Maistre développe, dans son Voyage autour de ma chambre \ sa théorie de Vdms et la bête , qui n'est rien autre chose que le système de Stahl : l'âme dirigeant , inspirant, surveillant la bête, c'est-à-dire le corps.

On ne doit s'exprimer qu'avec respect à rencontre de Stahl. Il faudra toujours honorer sa doctrine qui

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