L& LENDEMAIN DE LA MORT
Victor Hugo, qualifié par Chateaubriand « d'enfant sublime » , etc.
Ces exemples sont restés dans les souvenirs de tout le monde; mais il faut bien savoir qu'ils ne constituent pas des exceptions. Us ne font que traduire pour nous un fait général, qui seulement est poussé, dans ces cas particuliers, assez loin pour attirer l'attention publique. Us ont l'avantage de faire comprendre au vulgaire une véritable loi de la nature, à savoir, la diversité des aptitudes et la prédominance, chez certains enfants, de facultés particulières.
U y a dans la langue française une expression consacrée pour caractériser les enfants doués de ces vocations extraordinaires et précoces: on les appelle de petits prodiges. U faut ajouter que cette qualification est quelquefois prise en mauvaise part. On accuse, en ejQfet, les petits prodiges de ne pas tenir ce qu'ils promettaient ; on fait remarquer que ces aptitudes éclatantes qui apparaissent durant les jeunes années, ne sont nullement les garants de succès hors ligne pour l'individu pendant le cours de sa carrière d'homme. Tel enfant qui dessinait, à l'âge de quatre ans, d'une manière surprenante, est devenu un triste barbouilleur quand il a embrassé la carrière des arts. Tel musicien qui à huit ans ravissait un auditoire, n'est dans l'âge mûr qu'un médiocre exécutant.
Cette remarque est juste, et voici l'explication qu'il faut donner du fait. Si les petits prodiges ne sont pas devenus de grands génies, c'est qu'ils n'ont pas cultivé leurs aptitudes, c'est qu'ils ont laissé s'é-
suVes de la. pluralité des existences. 303
[re leur talent, par le défaut de travail et d*exer- Il ne suffit pas d'avoir des dispositions natus pour une science ou un art, il faut encore que ivail et l'étude viennent renforcer et développer aptitude. Les petUs prodiges sont souvent dé- )s dans leur carrière par les grands travailleurs ; est tout simple : ils sont arrivés sur la terre des facultés remarquables qu'ils avaient acquises ant une vie antérieure, mais ils n'ont rien fait développer ces aptitudes, ils sont restés toute vie au point où ils en étaient au moment de leur ance. L'homme de génie est celui qui cultive et ctionne sans cesse les grandes aptitudes natus qu'il a apportées en naissant.
( aptitudes, cette prédominance des facultés Milières que l'on remarque chez certains enfants, uvent s'expliquer dans la philosophie ordinaire, eut qu'une âme nouvelle soit créée à chaque Qince d'enfant. Elles s'expliquent très-facilement, ntraire, dans la doctrine des réincarnations, et int même qu'un corollaire de cette doctrine, se comprend si Ton admet une vie antérieure vie présente. L'individu apporte, en naissant, ition qui résulte pour lui des connaissances avait acquises pendant sa première existence, ommes sont plus ou moins avancés en intelliet en moralité, selon la vie qu'ils ont menée de venir jouer sur la terre le rôle que nous oyons remplir.
I est évident quand il s'agit d'un homme qui imence sa vie. Cet homme avait acquis, durant imière existence, des facultés .qui lui profitent
dans la seconde. Il ne possède peut-être pas dans leur intégrité toutes les facultés qu'il possédait dans sa vie passée, mais il a, comme disent les mathématiciens, la résultante de ces facultés, et cette résultante c'est l'aptitude spéciale, c'est la vocation. Il est calculateur, peintre ou musicien de vocation, parce qu'il a eu dans sa première carrière humaine le talent du calcul, du dessin ou de la musique. Il est impossible, nous le croyons, de trouver une autre explication à nos aptitudes naturelles.
On dira sans doute qu'il est étrange que nous ayons des aptitudes et des facultés résultant d'une vie antérieure, alors que nous n'avons aucun souvenir de cette existence antérieure. Nous répondrons que l'on peut avoir perdu le Souvenir des événements accomplis, et conserver néanmoins certaines facultés de l'âme qui sont indépendantes de tout fait particulier et concret, surtout quand ces facultés sont puissantes. On voit tous les jours des vieillards qui ont perdu toute mémoire des événements de leur vie, qui ne savent plus rien de l'histoire de leur temps, ni de leur propre histoire, et qui n'ont pas perdu pour cela leurs facultés, ni surtout leurs simples aptitudes. Linné, dans sa vieillesse, aimait à relire ses propres ouvrages. Oubliant qu'il en était lauteur, il s'écriait: « Que c'est intéressant et beau I je voudrais avoir écrit cela 1 »
Rien ne s'oppose donc à ce que l'enfant, après la réincarnation, conserve les aptitudes qu'il avait pendant sa première existence, tout en ayant perdu le souvenir des faits qui se sont passés et dont il a été
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:émoin pendant cette période. Ces facultés reparaisjent et se font jour chez Tenfant, comme le feu d'un ncendie mal éteint se rallume au souffle du vent. ci le souffle qui fait briller de nouveau la flamme éclipsée des facultés humaines, c'est celui d*une seconde existence.
On peut objecter aux réincarnations dans fe corps Tun enfant, Tabsence du souvenir; mais cet argunent ne peut être invoqué s'il s'agit de l'incarnation le l'âme d'un animal dans un corps humain. En effet, *animal étant à peu près sans mémoire, on comprend {ue les aptitudes seules doivent passer de l'animal à 'homme. Les instincts bons ou mauvais, tendres ou 'arouches, que les âmes humaines manifestent de si )onne heure, s'expliquent par l'espèce d'animal qui I transmis son âme à l'enfant. Un enfant aux dispositions musicales peut avoir reçu l'âme du rossignol, chantre mélodieux de nos bosquets. Un enfant qui ressent la vocation d'architecte peut avoir hérité de .'âme d'un castor, l'architecte des bois et des eaux.
En résumé, les aptitudes diverses, les facultés naturelles, les vocations, s'expliquent sans la moindre lifBculté si l'on admet la doctrine de la transmigration des âmes. Pour rejeter ce système il faiidrait accuser Dieu d'injustice, puisqu'il accorderait à certains bommes des facultés utiles qu'il refuserait à d'autres, puisqu'il nous distribuerait inégalement l'intelligence et la moralité, ces fondements de la conduite et de la direction de la vie.
Ce raisonnement nous semble inattaquable, car il ne repose pas sur une hvpothèse, mais sur un fait :
à savoir, l'inégalité des aptitudes, de Tintelligence et de la moralité, parmi les hommes. Ce fait> inexplicable dans toutes les théories philosophiques qui ont cours, ne s'explique que dans la doctrine des réincarnations, et il sert de base à notre raisonnement.
On a beaucoup discuté pour et contre la phrénologie, et Ton a fini par n'y plus songer, faute de pouvoir en donner une bonne théorie dans les idées de la philosophie ordinaire. On a trouvé plus court de fermer les yeux sur les travaux de Gall que de chercher à les expliquer. La vérité est que Gall a commis quelques erreurs de détail, ainsi qu'il arrive à tout fondateur tfune doctrine nouvelle, qui ne peut achever à lui seul une œuvre sans précédents ; mais ses successeurs ont fait disparaître les taches du système, et Ton est forcé de reconnaître aiyourd'hui que là théorie de Gall est exacte. Elle ne se compose, en eflfet, que de pures observations, que chacun peut répéter.
Quand on l'applique plus particulièrement aux tT^imaux, la théorie de Gall, ou la phrénologie^ est d'une étonnante évidence. Chez l'homme les faits confirment presque toujours cette théorie. Il est certain que le crâne de l'assassin présente les développements anormaux assignés par Gall, et que, selon la doctrine de Tanatomiste allemand, les sentiments d'affection, d'amour, de cupidité, de discernement, I etc., peuvent se reconnaître au dehors par les re' liefs de la lame osseuse du crâne humain. Il est rare
'en palpant la tète d'un scélérat, d'un Papavoine
OU d'un Troppmann, le phrénologiste ne retrouve Fassemblage affreux qui décèle les mauvaises passions et la brutalité.
Malheureusement, la phrénologie embarrasse beaucoup nos moralistes, dont les vues sont altérées par la philosophie banale de notre époque. Les moralistes classiques se demandent si un homme qui porte sur son crâne les bosses du meurtre, est responsable de son crime, s*il est en possession de sa liberté, et s'il est aussi coupable qu'on le pense, quand il obéit aux penchants cruels que lui assigne la marâtre nature. Faut-il se montrer impitoyable pour un homme qui ne fait qu'obéir à soq organisation physique, â peu près comme un fou obéit aux dérégiemients de sa pensée malade? Il semblerait donc qu'il y ait injustice â punir l'assassin , et Ton se demande si nos cours d'assises, ainsi que nos échafauds, ne devraient pas être supprimées, et si le véritable criminel ne serait pas le juge lui-même qui envoie à la mort un invididu n'ayant aucune conscience de ses actions.
Le même raisonnement, les mêmes incertitudes se dressent pour les actes vertueux. Faut-il savoir beaucoup de gré à l'homme exact â remplir ses devoirs, au citoyen consciencieux et fidèle, à l'individu honnête et bon, si dans sa conduite sage et respectable il ne fait qu'obéir aux bonnes impulsions que lui a tracées d'avance son organisation physique?
Ces conséquences de la phrénologie étaient, on le voit, fort embarrassantes et presque immorales. Barbarie de la société qui punit les coupables, absence de mérite pour l'homme vertueux, tout cela
était fâcheux et pénible à admettre. On s'est tiré d'embarras en rejetant la phrénologie.
Il n*est aucunement nécessaire de rejeter la phrénologie ; on peut la retenir, et s*applaudir d'une conquête nouvelle des sciences d'observation, si Ton est partisan de la doctrine des existences antérieures. La phrénologie s'explique très-naturellement, en effet, dans cette doctrine. En venant occuper un corps humain, l'âme imprime à la matière cérébrale qui est le siège de la pensée, une modification, une prédominance en harmonie avec les facultés que cette âme apporte en naissant, et qu'elle avait acquises dans une existence antérieure, humaine ou animale. Le cerveau est pétri par Tâme conformément â ses propres aptitudes, a ses facultés acquises ; puis l'enveloppe osseuse du crâne, qui se moule sur la substance cérébrale contenue dans sa cavité, reproduit et exprime au dehors ces signes des facultés prédominantes. Les anciens qui disaient : Corpus cordis opus (le corps est l'œuvre de l'âme, ou Tâme fait son corps), exprimaient cette même idée avec une énergique concision.
n n'y a donc plus à excuser le meurtrier ; il n'y a plus à lui refuser le libre arbitre ; il n'y a plus à lui épargner le juste châtiment de son crime. Ce n'est pas parce qu'il porte sur son crâne des protubérances particulières que le meurtrier a trempé ses mains dans le sang de ses victimes. Ces protubérances ne faisaient que déceler au dehors, comme pour l'avertir lui-même et l'inviter à s'en corriger, les ^ p enchants vicieux et mauvais qu'il avait apportés en HMuant, et dont il aurait pu triompher par la vo-
lonté, par le désir ardent de redresser son âme déformée et vicieuse. Il est toujours possible de surmonter, par des efforts suffisants, les mauvais penchants de sa nature; et chacun de nous sait bien triompher de Torgueil , de la paresse ou de l'envie. L'homme qui n a pas su corriger les dispositions vicieuses de son âme , est coupable , et rien ne peut faire excuser un crime qu'il a accompli dans la pleine possession de son libre arbitre. Ainsi , ni la société, ni Dieu ne sont en cause avec la phrénologie quand on accepte la doctrine de la pluralité des existences.
En dépit des arguments de Locke et de Gondillac, l'école philosophique moderne adopte presque unanimement la doctrine de Descartes, de Leibnitz et de Platon sur l'origine de nos idées. Elle admet avec Leibnitz que « Tâme à sa naissance n'est pas vide , comme des tablettes où l'on n'aurait rien écrit {tabula rasa)^ » mais qu'elle contient les principes des notions que les objets extérieurs viennent plus tard lui révéler.
a La logique et la métaphysique, la morale, la théologie, sont pleines, dit Leibnitz, de ces vérités, et leurs preuves ne peuTent venir que de principes internes, qu'on appelle tuét. n ne faut point, il est vrai, s'imaginer qu'on puisse lire, à livre ouvert, dans Tâme, ces étemelles lois de la rai- , comme Tédit du préteur se lit sur la table de marbre ; e^est assez qu'on puisse les découvrir en nous à force d*atlaition, et les occasions en sont données par les sens*. »