Intt. oratoris, lib. V, cap
pèce d'idées que nous apportons en naissant. U a prouvé que la principale , la dominante parmi ces idées « intrinsèques de Tâme,» comme disait Leibnitz, celle qui existe chez tous les hommes dès leur naissance, c'est ridée ou le principe de camalité, principe qui nous fait dire et penser qu'il n'y a point d'effet sans cause , ce qui est le commencement de la raison. En France, Laromiguière et Damiron se sont faits les échos, les vulgarisateurs, de cette découverte du philosophe écossais. Aussi les ouvrages classiques de philosophie moderne inscrivent-ils cette proposition comme une vérité à l'abri de tous les doutes.
Nous admettons sans réserve le principe de causalité comme l'idée innée par excellence, et nous prenons acte du fait. Seulement nous demandons à la philosophie régnante comment elle peut l'expliquer. Oui, il est dans notre âme des idées innées, et le principe de causalité, qui nous porte invinciblement à remonter de l'effet à la cause , est la plus évidente de ces idées qui semblent faire partie de nous-mêmes ; mais pourquoi avons-nous des idées innées et comment sont-elles arrivées dans notre âme? Voilà ce que ne peut nous apprendre la philosophie classique, la philosophie de Descartes, qui règne toujours en France, c'est-à-dire à l'École normale et chez les professeurs sortis de l'Université de Paris. On répondra peut - être , pour employer l'argument favori de Descartes , que nous avons des idées innées parce que telle est la volonté de Dieu , qui a créé notre âme. Mais une telle réponse serait arbitraire et banale ; on peut l'invoquer et on l'invoque
\ de tout, elle ne constitue pas un argument
ées innées et le principe de causalité s'expli- •ès-simplement dans la doctrine de la plura-
existences, et ne sont même que des dé- \ de cette doctrine. Notre âme ayant déjà existé, s le corps d'un autre homme , soit dans le un animal , a conservé la trace des impresl'elle avait reçues pendant cette existence.
3rdu, il est vrai, le souvenir des actions aci pendant sa première incarnation ; mais le
abstrait de la causalité étant indépendant ; particuliers, n'étant que le résultat général atique de la vie, doit persister dans Tàme à ide incarnation.
absolument, du reste, ce que pensait Platon, it : « apprendre, c'est se souvenir. »
ncipe de causalité, dont on ne peut fournir théorie satisfaisante avec la philosophie ac- /explique de la manière la plus simple dans èse des réincarnations et de la pluralité des es.
venons de parler du souvenir , et déjà, dans e chapitre (page 216), nous nous sommes exur le souvenir à propos des réincarnations, ons dit pourquoi nous naissons sans aucune ice d'une vie antérieure. Si nous venons d'un avons-nous dit, nous sommes sans mémoire, u'un animal n'en a pas , ou parce qu'il n'a mémoire très-courte. Il faut ajouter que si nous d'une âme humaine reparaissant aux
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clartés de la vie y nous sommes sans mémoire parce que cette mémoire aurait troublé et même rendu impossible répreuve de notre vie terrestre, parce cpi'il entre dans les vues de la nature de nous faire recommencer répreuve de l'existence sans aucune trace, présente à notre esprit, de nos actes antérieurs, qui généraient notre libre arbitre.
Nous ne terminerons pas cependant sans faire remarquer que le souvenir d'une existence antérieure ne nous fait pas toujours défaut d'une manière absolue. Quel est Thomme qui, retiré au fond de luimême, pendant ses heures intimes de contemplation et de solitude , n'ait vu renaître à ses yeux tout un monde enseveli dans les replis lointains d'un passé mystérieux? Quand , absorbés par une rêverie profonde, nous nous laissons aller à la dérive de l-imagination, qui nous emporte dans le vague et Tinfini, nous croyons apercevoir de magiques tableaux qui ne sont pas absolument inconnus à nos yeux," nous croyons entendre des harmonies célestes qui ont déjà charmé nos cœurs. Ces secrètes évocations, ces contemplations involontaires dont chacun de nous peut témoigner, ne seraient-elles pas de véritables souvenirs d'une existence antérieure à notre vie d'ici-bas?
L'amour ou la simple sympathie que ressentent subitement et mutuellement l'une pour l'autre deux personnes d'un sexe différent ou du même sexe, et qui ne se sont jamais vues , peuvent être invoqués comme une sorte de preuve à l'appui d'une vie antérieure. Cette sympathie , cette attraction subite de deux âmes ne tient-elle pas à ce que ces deux âmes
ie sont déjà connues et aimées dans une vie précélente?
Nous lisons ce qui suit dans un ouvrage sans nom l'auteur, publié en 1827, sous le titre de Cariteas:
« Comment concevoir ce fait certain, à moins d^admettre ine sorte de préexistence, une espèce d'antériorité, par kluelle les phénomènes énergiques de Tamour seraient le léveloppement et la suite des actes de Tâme humaine qui )nt précédé cette vie Faut-il donc admettre que les puissances de Tâme que chacun de nous a reçues en dépôt se sont iéjà entendues, se sont déjà vues pour ainsi dire, et que Pamour, le saint amour, est la suite terrestre de ce nœud éternel? Pourquoi être surpris alors de son intensité, de sa force, de son énergie, de son dévoûment, de son instantanéité? Dans ramour,les puissances séparées se rejoignent et comme des voyageurs qui se sont égarés se retrouvent avec délices, elles continuent ensemble leur course infinie*. »
Ne pourrait-on pas donner une preuve de la pluralité des existences terrestres en soutenant que l'amour qu'éprouvent instantanément et mutuellement deux personnes qui ne se sont jamais vues, est le fait de la reconnaissance de deux âmes qui se sont aimées ou connues dans une vie précédente? N'aurions- nous pas déjà connu ce vaillant capi taine , cet artiste, cet homme de bien, dont nous lisons les hauts faits ou les vertus ; et notre sympathie pour lui ne pourrait-elle être simplement une réminiscence de nos rapports avec lui dans une vie antérieure?
Ne pourrait-on également attribuer à un vague
!• Chez Sautelet^ éditeur, chap. xi, page 225.
souvenir, à une sympathie inconsciente, le plaisir réel et profond que nous cause la seule vue des plantes, des fleurs et de la végétation? L'aspect d'une forêt, d'une belle prairie, de coteaux verdoyants, nous touche , nous émeut quelquefois jusqu'aux larmes. Les grandes masses de verdure, aussi bien que Thumble pâquerette des champs, parlent à nos cœurs. Chacun de nous a sa plante de prédilection , la fleur dont il aime à respirer les senteurs, ou l'arbre dont il recherche particulièrement les émanations et les ombrages. Rousseau s'attendrissait à la vue d'une pervenche, et Alfred de Musset aimait les saules, au point d'exprimer le vœu, qui a été accompli , qu'un saule ombrageât sa tombe. Cet amour de la végétation a dans nos cœurs de profondes et mystérieuses racines. Ne faut-il pas voir, dans ce sentiment si naturel , une sorte de vague souvenir de notre première patrie, une secrète et involontaire évocation de ce vert milieu où le germe de notre âme est pour la première fois éclos à la lumière du soleil, le puissant promoteur de la vie ?
Outre le souvenir indécis et voilé de tableaux qui semblent appartenir à nos existences antérieures sur le globe, nous ressentons quelquefois de vives aspirations vers une destinée plus douce et plus calme que celle qui est notre partage ici-bas. Sans doute les êtres grossiers, tout attachés aux intérêts et aux appétits matériels, n'éprouvent pas ces élans secrets vers une destinée inconnue et plus heureuse ; mais les âmes poétiques et tendres , celles qui souflrent des tristes conditions dont la nature humaine est le
martyr et Tesclave, se complaisent à ces mélancoliques aspirations. Elles entrevoient dans Tinfini radieux de célestes demeures qui seront un jour leur résidence fortunée, et elles sont impatientes de briser les liens qui les attachent à la terre. Lisez dans le poème de Mignon, de Goethe , l'émouvant épisode où Mignon , errante et exilée , répand sa jeune âme en aspirations vers le ciel, en sublimes élans vers un avenir inconnu et bienheureux qu'elle pressent et qui l'attire, et vous vous demanderez si les beaux vers du grand poète, qui fut aussi un grand naturaliste, ne traduisent pas une vérité : à savoir la vie nouvelle qui nous attend au sein des plaines de Téther.
Pourquoi, chez tous les hommes , chez tous les peuples , élève- t-on les yeux vers le ciel, dans les moments solennels, dans les élans de la passion, dans les angoisses de la douleur? A-t-on jamais vu personne, dans ces circonstances, contempler avec la même insistance la terre, ou ce qui s'étend sous nos pieds? C'est toujours vers le ciel que s'élancent nos yeux et nos cœurs. Les mourants tournent vers le ciel leurs regards défaillants, et c'est vers les espaces célestes que nous portons nos regards quand nous sommes sous l'empire de Tune de ces vagues révèles que nous décrivions tout à l'heure. Il est permis le croire que cette tendance universelle à porter nore vue dans cette direction est une intuition de ce iii nous attend après notre vie terrestre , une rêvé ition naturelle du domaine qui sera un jour le nôtre, ans l'empyrée des cieux.
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