‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 48 sur 81 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

L'hypothèse des vies saccesslTes comparée an matérialisme et à la destinée de l'homme selon le dogme chrétien. — Les peines et les récompenses dans le christianisme et dans la doctrine des vies suocessiTes.

Pour apprécier convenablement la doctrine des vies successives et des réincarnations, il faudrait la comparer à Tidée que l'on se fait de la destinée de rhomme dans les principaux systèmes philosophiques ou religieux. Nous ne pouvons entrer dans un examen approfondi de toutes les conceptions philosophiques ou religieuses qui ont tenu une place dans l'histoire de l'esprit humain , mais nous aurons un résumé de ces doctrines en nous adressant au matérialisme d'une part*, au dogme chrétien de l'autre , pour leur demander comment ils expliquent tous les deux l'origine et la fin de l'humanité.

Le matérialisme ne distingue aucunement l'homme

de la brute. En supprimant rame humaine, ou n'en faisant, ce qui est la même chose, qu'une faculté qui dépend de Torganisation et qui périt avec elle, le matérialisme ne distingue point la vie de Thomme de celle des animaux. Entre Thomme qui vit en société dans les villes et Tours taciturne et farouche qui se cache dans les bois, le matérialisme n'établit aucune différence de nature. Et comme on ne s'inquiète pas de savoir si l'ours est passible de peines ou de récompenses après sa mort , on n'a pas à s'inquiéter davantage de cette difficulté en ce qui concerne l'homme.

Cette doctrine, nous n'avons pas besoin de le dire, étouffe toute pensée grande et généreuse, tout élan vers le bien. A quoi servirait l'amour de son prochain, la philanthropie, l'élan d'une âme sensible vers ses semblables malheureux, si l'homme n'était rien de plus que les autres êtres de la nature, et, comme eux, destiné à terminer ici-bas sa carrière? Quelle récompense serait offerte à ses bonnes actions, quelle punition réservée à ses crimes ou à ses chutes ?

C'est en vain que quelques matérialistes ont cherché dans la subtilité du raisonnement un fantôme de peines et de récompenses qui s'exercerait pendant notre vie. La récompense de là^vertu, disent-ils, réside dans notre satisfaction à faire le bien; la punition dans le remords de nos fautes, ou dans la privation de cet intime bonheur que l'on éprouve à satisfaire les élans d'un cœur honnête. Hélas ! la récompense du bien à attendre dans cette vie est un déplorable leurre; qui ne le sait? Et quant au plai-

sir abstrait que Ton éprouverait à faire le bien et qui serait par lui-même une récompense, il implique la possession d'une âme d'élite, c'est-à-dire qu'il pose en principe ce qui est en question.

Si le matérialisme est le fléau de la société, la re-* ligion en est le salut; si l'un désole les cœurs, l'autre les relève et les fortifie. Le matérialisme ne s'est nullement inquiété des peines et des récompenses après cette vie. Au contraire, toutes les religions se sont beaucoup préoccupées de cette question ; car le code des récompenses et des peines après la mort tient une grande place dans toutes les religions anciennes et modernes, particulièrement dans la religion chrétienne.

Malheureusement le dogme des peines et des récompenses dans le christianisme, conçu plus de deux mille ans avant Jésus-Christ, porte le stigmate de l'ignorance propre à ces temps reculés. Il fait Dieu à rimage de l'homme; il prête au créateur de l'univers nos mesquines passions , notre justice étroite et bornée. Créé à une époque où l'astronomie n'était pas même soupçonnée, où Ton ne connaissait du monde que ce qu'en connaissait le vulgaire, ne s'inspirant que des trompeuses données des yeux et des erreurs populaires , le dogme chrétien reflète toutes les naïves conceptions de l'enfance des peuples; il néglige l'univers* pour rie s'occuper que de la terre, sans tenir aucun compte du reste des mondes.

Les Pères de l'Église, qui , après Jésus-Christ , furent appelés à donner aux dogmes religieux une forme définitive, les respectèrent jusqu'au scrupule. Le véritable mécanisme du monde était alors ignoré,

car le système astronomique de Ptolémée était seul en honneur. Les saint Augustin et les saint Jérôme, ne pouvant saisir, à cause du vicieux arrangement des mondes imaginé par Ptolémée , la grandeur de l'univers, et étant eux-mêmes étrangers à l'astronomie, ne s'occupèrent que de restaurer des parties secondaires du dogme biblique.

C'est ainsi que les peuples modernes qui professent le christianisme, ou l'une de ses nombreuses dérivations, se trouvent professer aujourd'hui, concernant la destinée de l'homme après sa mort, les mêmes vues enfantines que l'imagination des Orientaux conçut il y a 4000 ans, à une époque d'ignorance universelle et de barbarie sociale.

Quoi qu'il en soit, voici comment l'Église catholique formule le dogme des récompenses et des peines au delà du tombeau.

Après la mort, notre corps demeure sur la terre, et y subit la décomposition qui détruit toute substance matérielle. Notre âme comparait devant Dieu, qui, assis à son tribunal , la juge souverainement Les âmes des justes se rendent dans le Paradis, où elles doivent jouir des félicités éternelles. Les âmes des réprouvés descendent aux Enfers, où elles «ont soumises à des tourments sans fin. Les âmes de ceux qui n'ont pas transgressé d'une manière trop criminelle les lois du Seigneur, se rendent au Purgatoire, où elles sont tenues en réserve, et d'où elles peuvent sortir par l'intercession et les prières des saints.

Les corps de tous les hommes sont restés sur la terre après leur mort ; mais ils n'y demeureront pas

toujours. Quand viendra la fin du monde , la txon^ pette de l'ange de Dieu retentira partout. A ses accents tous les tombeaux s'ouvriront, les corps reprendront leurs formes premières, et les âmes qui les avaient abandonnés rentreront en possession de ces mêmes corps. Alors seulement sera fixé le sort définitif des hommes. Réintégrés dans leur premier corps, les élus de Dieu demeureront éternellement dans le Paradis, où ils chanteront sans fin les louanges de Dieu, tandis que les damnés, rejetés dans la sombre géhenne des enfers, y seront soumis à toutes les angoisses, à tous les tourments d'une souffrance éternelle.

On reconnaît à ce tableau les traits de la mythologie grecque et romaine. Le paradis des Chrétiens et les champs Élysées des Romains et des Grecs sont tout un, comme l'enfer du christianisme est le même que celui de la mythologie.

Les religions modernes autres que le christianisme, ont d'ailleurs également leur paradis et leur enfer, calqués sur l'antiquité grecque et romaine. Le paradis des mahométans est même plus humain et plus gai que celui des chrétiens. Dans toutes les religions modernes, on trouve, comme dans l'ancienne mythologie, un Dieu institué en magistrat judiciaire, qui prononce sur le sort des hommes après leur mort, et qui les voue à des peines ou à des récompenses éternelles, dans un enfer ou un paradis.

Ces nsnves conceptions ne sont que des légendes poétiques, gracieuses ou terribles, et propres à Tenfance des civilisations. On pense bien que nous

^'allons pas entreprendre de les réfuter gravement Le dogme chrétien relatif aux peines et récompenses est un rêve de Timagination orientale, et il serait superflu de le combattre par des arguments logiques. Assez d'autres se sont chargés de ce soin. Après Diderot, Voltaire et les encyclopédistes du dix-huitième siècle, il n'y a pas même à glaner dans le champ battu du scepticisme, et il ne servirait à rien de rajeunir leurs démonstrations, ou de réchauffer leurs sar-

cfismes refroidis. Il nous répugnerait d'ailleurs de soumettre à une dissection cruelle des idées qui ont encore le privilège de consoler des âmes^ qui sont professées par des esprits honnêtes, nobles, vertueux et sincères, qui sont encore aujourd'hui la seule digue que Ton ait à opposer aux odieux principes du matérialisme, et qui ont enfin le plus touchant et le plus louable but : guider les hommes dans la route du Revoir, de la vertu et de Tespérance en une autre vie.

Donc, laissons de côté, ou considérons conmie de simples mythes de Timagination orientale, ces corps humains tombés en putréfaction, disparus, réduits en poussière ou brûlés, qui, au jour du jugement dernier, se retrouvent pourtant intacts et prêts à recevoir leur âme, laquelle arrive de Tenfer ou du paradis, pour reprendre sa vieille enveloppe matérielle, et qui retournera, affublée de son ancien corps, dans le séjour des délices ou des tourments éternels ; — ce jugement dernier fixé à Tépoque de la fin du monde, lequel, bien probablement, qu'il s'agisse de la terre seule ou de tous les mondes planétaires, n aura jamais de fin ; — ces âmes qui,

dans les enfers, et en attendant le jugement dernier, sont soumises aux plus pénibles souffrances, bien qu'étant privées de corps, étant de purs esprits, elles ne puissent souffrir ; — ces tourments infligés à des êtres humains, sans aucune nécessité, sans aucun but, puisqu'ils ne doivent pas amener le repentir du coupable, ni son retour au bien ; puisqu'il n'y a rien au bout de cette épouvantable expiation; puisque la rémission ne doit pas suivre ces châtiments atroces, les damnés devant, toujours et sans fin, être torturés, sans que cela provoque autre chose que leurs blasphèmes et leurs douleurs ; — cette criante injustice qui fait que Ton inflige un châtiment d'une durée infinie pour une faute d'une courte durée, pour une seule vie mal employée, quelquefois même pour une faute involontaire et ignorée ; — ce paradis somnolent, où les âmes, rangées sur des gradins, ne font autre chose que contempler Dieu dans sa gloire et chanter ses louanges ; où l'immobilité constante est la loi, tandis que la véritable loi des êtres, c'est le mouvement, c'est l'incessante activité, c'est la continuelle tendance au progrés, c'est l'élévation par le travail, par le travail qui est la règle de la nature et Tessence même de Dieu, et qui doit être aussi la règle, la loi, le principe des âmes parvenues aux célestes demeures : — ce jugement qui dispose de rétemité comme delà chose la plus simple, qui vous destine, d'un trait de plume, â l'éternité des félicités ou des tourments, comme si l'éternité était un élément que l'esprit humain puisse, non pas seulement subir, mais comprendre ; comme si l'éternité n'était pas un abime redoutable où la raison se perd ; comme

si rhomme était capable de dépasser, dans son imagination, les bornes du fini ; comme s'il n'aurait pas suffi d'imposer un châtiment d'une durée inconnue, incalculable, ou mieux encore proportionnée aux fautes, sans aller ouvrir la perspective inutile de cet infini devant lequel l'esprit humain recule épouvanté, cpiand il a le courage de se pencher sur. les profondeurs de cet abîme de mystères ; — ce Dieu fait à rimage de l'homme, à qui Ton prête les mauvais sentiments de l'humanité, que l'on fait cruel, vindicatif et jaloux, tantôt irrité, tantôt apaisé, comme s'il y avait en Dieu aucun sentiment analogue à ceux de nos faibles cœurs; comme si le mal n'était pas le partage unique de l'impuissance et de la faiblesse humaines ; comme s'il pouvait y avoir du mal en Dieu, qui est tout-puissant parce^qu'il est tout ordre et harmonie ; comme si tout le mal de la terre ne provenait pas d'autre chose que de l'abus que les hommes font de leur liberté ; — enfin ce dogme scientifique où de l'univers entier, avec ses innombrables mondes, on ne voit, on n'embrasse que la Terre et ses habitants, la Terre, faible atome perdu dans l'immensité, grain de poussière comparé aux millions de globes dont l'espace est rempli !

Comparez ces idées au système de la pluralité des existences et des réincarnations, et dites-nous si ce dernier système ne satisfait pas davantage, non-seulement l'esprit, mais le cœur; si, au mérite d'être en harmonie avec nos connaissances scientifiques sur la multiplicité des mondes planétaires, la doctrine des vies successives ne joint pas l'avantage d'être^ conforme à la justice, à l'équité et à la ma-

raie, c'estrè-dire à Tidée que nous nous faisons de Dieu.

Dans cette doctrine, la terre ne résume pas tout. Notre existence sur ce globe n'est que la suite d'une autre existence, et ce que nous n'avons pu accomplir dans une vie terrestre, nous l'accomplirons dans la vie suivante, soitsur le même globe, soit dans l'espace éthéré. Notre vie actuelle n'étant qu'une période pendant laquelle nous devons perfectionner, épurer et ennoblir notre âme, nous serons traités, après cette épreuve, selon nos actes et nos mérites. Les hommes criminels et méchants, les âmes basses et viles recommenceront leur existence ici-bas; telle est leur punition et la ressource que leur laisse la nature pour se relever de leur chute. Les hommes bons et sensibles, les âmes élevées et polies par la pratique des vertus, quitteront ce globe imparfait, et sons 'la forme d'êtres surhumains, elles entreront dans les plaines de 1 ether, en conservant leur individualité entière, leur conscience, leur mémoire et leur liberté. Les connaissances que l'homme aura acquises pendant sa première vie, demeureront son apanage durant la vie suivante. Il entrera dans le domaine de Téther tel qu'il sera sorti du domaine terrestre, avec les facultés de son âme telles qu'elles étaient au moment de sa mort. Gomme l'a dit Charles Bonnet, « les progrès que nous aurons faits ici-bas dans la connaissance et dans la vertu, détermineront le point d'où nous commencerons â partir dans l'autre vie, et la place que nous y occuperons «.

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