‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 49 sur 81 · PaUngénéne philosophique · texte numérisé non relu

PaUngénéne philosophique

Le savant et Tignoraot ne seront donc pas sur le même pied dans l'autre vie ; il y aura entre eux l'inégalité de puissance intellectuelle et morale qui résultera de l'inégalité de leurs connaissances acquises pendant l'existence terrestre; et, comme le dit Charles Bonnet, ils partiront de là, l'un et l'autre, pour fournir leur nouvelle carrière.

Un homme a passé sa vie courbé sur les livres. Après avoir meublé son esprit des connaissances les plus variées, il a ouvert des voies nouvelles à l'étude de la nature; il a ajouté à la puissance de l'esprit humain. Et vous voulez que cet homme ait à parcourir, après sa mort, exactement la même destinée que l'ignorant, letre abruti et dégradé, qui n'a rien acquis, n'arien appris, et a laissé dégénérer son âme? Gela ne saurait être. La science acquise à un individu est un bien qui ne doit pas périr, qui doit se retrouver quelque part. La nature ne gaspille rien. Une force une fois créée ne s'anéantit point, elle se retrouve toujours. Le vaste tribut de connaissances qu'a réunies le savant dont nous parlons, doit donc lui profiter à lui-même, après sa mort.

Gela revient à dire que Thomme vertueux et l'homme criminel ne feront jamais partie de la même promotion céleste ; que le bourreau et la victime ne se donneront pas la main dans les sublimes parages. Toutefois le méchant ne sera pas à jamais déshérité de l'Ëden réservé aux âmes sans tache ; il ne verra pas indéfiniment se fermer sur lui la porte des cieux. n y parviendra, il entrera dans ce royaume de paix et de félicités suprêmes, quand la pureté de sa vie terrestre l'aura rendu digne d'une telle élévation.

Tout cela, on doit le reconnaître, est marqué au coin de la morale et de la justice. Ne vaut-il pas mieux, en effet, que Thomme, quelque vicieux, quelque dégradé qu'on le suppose, persiste dans son individualité, en conservant l'espoir d'une rénovation salutaire? Ne vaut-il pas mieux qu'il lui soit permis, par son retour au bien , de s'élever dans la hiérarchie des créatures, que s'il était condamné sans rémission, d'après une seule vie mal employée? Il est d'un Dieu équitable et débonnaire de laisser au méchant la chance de réussir dans une tentative qui doit sauver son être, lequel, sans cette condition , serait perdu sans retour. Dieu ne bâtit pas pour détruire ensuite, il ne veut pas que des âmes sensibles, qu'il a créées dans sa puissance souveraine, puissent s'anéantir. Il leur laisse la possibilité de se relever de leurs chutes et de rentrer dans le sein de la nature, dans le cercle de l'activité de la vie-. Il ne désespère pas de son ouvrage. U veut qu'aucune force ne soit perdue, qu'aucune de ses créations ne demeure inutile et stérile pour elle-même ni pour lui. Un ouvrier habile ne jette pas au rebut, comme manquée, une ébauche sortie de ses mains ; il la reprend et l'achève. Ainsi Dieu reprend et perfectionne un premier essai mal venu.

Nous nous sommes interdit de soumettre â aucune discussion critique le dogme chrétien des peines et des récompenses ; nous nous sommes contenté d'en bien préciser les termes, pour le mettre en parallèle avec la pluralité des existences. Cependant nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer, en ter-

minant ce chapitre, combien le dogme dirétioi est moins consolant que la doctrine que nous exposons dans cet ouvrage. Si ce dogme était rexpresskm de la Térité, les liens de nos affections seraimt brisés d nne manière souvent cruelle el irréparahle. Xoos avons des âls. des frères, des amis, qui nous soot aussi trhers que nous-mêmes, et qui, pour ainsi dre. vivent dans nos âmes. Le jugonent de Dim^qoi s'exerce après une seule vie terrestre, vie dans laquelle les chances de mal Caire sont si Dombreoses et si fatales, expose à sépara- deux persmiies que rattache pourtant la parente oo ramitîé la plus vive. L'un, s'il a encouru la colère de Dieu, peut être précipité dans les abîmes inferBanx. tandis que Tantre, en necompense de sa vertu, stn appelé aux félicités étemelles du piaradis. Voila donc le père et le fils, voi^ la femme et î époux, voJa les deux anus, vo;:es a ces oesÔDees cocoùvs: les voilà séparés i-our rrCerzù;e. Ac milîai ce la feikiiê parfaite du ste^tMur ces el';is« le >ffe sera urtsïK par la prisée ôe$olan:e qpe le rils q::'il i Uni airoe est à jamais sri^iTc lix' l;:i. <c q:;:rr Cïf^ îcne^ o^jei ce tani de soUic:::::ôe <-: ;ra:£>:m:r. esi C1C<^z>liamK- a ae ciemîté de riedaes^ aôes ;oc;irïZ)es:s sans lxl Ainsi àes sentiments li'iâ^csioin ^: ii:::rajen4 ^â-cas liai îe VMifaf*?^ de «îs ô«ix ^CîYîs.. leràMii. ûins les ]iK«>ûes sapéneors. >i3ar ôe^escoir et^ïTDeL Ls £ axTikni Inn et l'antre, cc^2i;2 je desioDeLi àf* ^ ;eiDii«sse pa;eradle ou de la 3iîxi:»lje ain:!):^ i^^»^ iicclt «l x^ux«sàer à jamais i àY j eaa i JssiKcetfg);^ OeiMe 'Misarre :iiir.C£Dde^xKflu^ ne saxraî: être repro- 4 ia âxscroie i»es iies siiooessii»&. Sî le dogme

chrétien menace de nous séparer des objets de notre affection, de condamner à une séparation éternelle des âmes qui se sont aimées sur la terre, la doctrine des vies multiples ne fait que reculer le moment de la réunion de ces âmes. Si Tune d'elles s'attarde un peu dans son exil sur la terre, en raison des chutes et des fautes de son existence, elle peut se relever dans la vie suivante, et aller rejoindre bientôt l'âme qui l'attend dans les régions célestes. La réunion finit donc toujours par s'opérer, et l'instant n'en est retardé que pour laisser â l'être imparfait et déchu le temps de se rendre digne de celui qu'il aime, de devenir son égal en esprit et en perfections.

Ainsi la pluralité des existences nous donne la certitude que, quoi qu'il arrive, nous serons un jour réunis aux êtres que nous aimons. Elle nous dit même que cette réunion sera immédiate, qu'elle se fera aussitôt après la mort, si nous avons fait l'un et l'autre un emploi de notre vie conforme aux lois générales de l'ordre moral.

Cette doctrine offre donc les plus sûres et les plus réconfortantes consolations aux malheureux en proie à la douleur que cause la perte d'un être chéri. C'est le baume souverain des tristes blessures de nos cœurs. Nous savons que ceux que nous aimons et que la mort nous a ravis, ne sont pas perdus. Nous les voyons à travers les bienfaisantes lumières de cette consolante doctrine. Ils ne sont que voilés pour un moment à nos regards attristés, mais nous les reverrons bientôt, entourés de l'éblouissante lumière où baignent les mondes d'en haut. Nous

savons qu'ils nous attendent au seuil de ce radieux domaine, et qu'ils nous frayeront la voie de ces lieux sublimes qui doivent être la récompense de nos mérites et Texpiation de nos souffrances vaillamment supportées, comme ils ont été la récompense et le couronnement des mérites de ceux que nous pleurons. Nous avons la certitude de passer auprès d'eux l'existence infinie qui va se dérouler pour nous à travers les espaces, et nous n'ignorons pas que cette réunion bienheureuse avec ceux que nous avons aimés et que nous aimons toujours, ne sera traversée par aucun des accidents, entravée par aucun des obstacles qui ont arrêté et attristé ici-bas les mutuels épanchements de nos cœurs. Est-il une doctrine plus consolante et plus douce pour les âmes affligées ?

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