‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 51 sur 81 · XVII. Quand il est arrivé w degré ultime de la · texte numérisé non relu

XVII. Quand il est arrivé w degré ultime de la

hiérarchie céleste, Vêtre spiritualisé est absolument parfait en puissance et en intelligence. Il est alors entièrement dépouillé de tout alliage matériel: il n'a plus de corps, c'est un pur esprit. En cet état il pénètre dans le soleil.

XVIII. Le soleil, Tastre-roi, est donc le séjour iSnal et commun de tous les êtres spiritualisés qui sont venus des diflférentes planètes, après avoir parcouru la longue série des existences qui se sont écoulées au milieu des plaines infinies de Téther.

XIX. Les êtres spirititdlisés réunis dans le soleil envoient sur la terre et sur les planètes des émanations de leur essence, c'est-à-dire des germes animés. Les rayons du soleil sont porteurs de ces germes animée qui distribuent sur les planètes la vie, rorganîsation, le sentiment et la pensée, en même temps qu'ils président à toutes les grandes actions physiques et mécaniques qui s'accomplissent sur la terre et sur les autres planètes de notre monde solaire.

XX. La formation des plantes aériennes et aquatiques et la naissance des animaux inférieurs, ou zoophytes, tel est, avons-nous dit, le résultat de l'action des rayons solaires sur notre globe. Puis commence la série des transmigrations des âmes à travers les corps des différents animaux, qui doit aboutir à l'homme, à Tètre surhumain, et à toute la guirlande des métempsycoses célestes, dont le dernier terme est l'être spiritualisé ou l'habitant du soleil.

Ainsi se ferme et se complète ce grand cerlce de la nature, cette chaîne non interrompue de l'activité vitale, qui n'a ni commencement ni fin, et qui relie

tous les êtres en une seule famille, la famille universelle des mondes I

La nature n'est donc pas une ligne droite, mais un cercle, et Ton ne peut dire où commence ni où finit ce cercle admirable. La sagesse égyptienne, qui représentait le monde comme un serpent enroulé circulairement sur lui-même, donnait, par cette image, le symbole d'une grande vérité que vient remettre au jour la science de notre temps.

CHAPITBE XIX

Réponse à quelques objections. 1» Nous n'avons aucun souvenir d'existences antérieures. 2<* Ce système n'est que la métem|>syoose des anciens. 3* Ce système se confond avec 1^ darwinisme.

Après ce résumé, qui met en relief Teusemble de notre système des vies successives et des réincarnations, nous croyons devoir aller au-devant de quelques objections qu'a pu faire naître Ténoncé de ces propositions, et donner à ces objections une réponse qui aura l'avantage de compléter sur divers points l'exposition de nos idées.

Première objection. — On dira d'abord : Nom n*a^ vons auoxm souvenir d^ avoir existé avarU notre entrée dans cette vie.

Voilà, nous en convenons, le plus grand, le plus sérieux argument contre notre doctrine. Seulement

il faut se hâter d'ajouter que si cette difficulté n'existait pas, si nous avions réellement le souvenir d'une vie antérieure à notre vie présente, la doctrine de la pluralité des existences n'aurait pas besoin du renfort de preuves que nous demandons au rais^onnement, aux faits d'observation et à l'induction logique. Elle sauterait aux yeux, elle serait évidente par elle-même. Tout notre mérite, toute notre tâche, dans cet ouvrage, c'est d'essayer de faire prévaloir la pluralité des existences, alors que nous n'avons aucun souvenir de nos vies passées.

Nous avons déjà traité incidemment cette question dans d'autres chapitres, mais il sera bon de rassembler ici tout ce que nous avons dit pour expliquer l'absence du souvenir de nos anciennes existences.

Si l'âme, avons-nous dit, est à sa première incarnation humaine, si elle provient d'un animal supérieur, elle ne saurait avoir le souvenir, puisque chez l'animal cette faculté est d'une très-courte portée. S'il s'agit d'une seconde ou d'une troisième incarnation humaine, la difficulté est sérieuse, car il faut que l'homme qui a vécu et qui renaît ait oublié sa vie première.

Mais d'abord, cet oubli n'est pas absolu. Nous avons fait remarquer qu'il y a toujours dans l'âme humaine quelques résultats d'impressions reçues antérieurement à la vie terrestre. Les aptitudes naturelles, les facultés spéciales, les vocations, sont les traces de ces impressions anciennement reçues, de ces connaissances déjà acquises, et qui, se révélant dès le berceau, ne peuvent s'expliquer que par une 'éjà écoulée. Nous avons perdu le souvenir des

faits, mais il nous en est resté la conséquence morale, la résultante, la philosophie, pour ainsi dire, et c^est ainsi que s'expliquent les idées innées signalées par Platon, Descartes et Leibnitz, et qui existent dans notre âme dès la naissance, ainsi que le prin^ cipe de causalité, noté par Dugald-Stewart, qui nous apprend que tout effet a une cause, de principe ne peut dériver que de faits, car une abstraction ne peut se baser que sur des faits concrets, sur des événements accomplis, et cette abstraction, ou cette idée métaphysique que nous apportons en naissant, implique des faits antérieurs. Cette antériorité ne peut remonter qu'à une vie passée.

Nous avons dit plus haut que lorsque notre âme, dégagée des préoccupations, se laisse aller librement à la rêverie, nous entrevoyons, dans un lointain nuageux, des spectacles mystérieux et mal définis, qui semblent appartenir à des mondes qui ne nous sont pas étrangers, et qui pourtant ne ressemblent en rien à ceux de la terre. Dans cette vague contemplation, il y a conune un souvenir confus d'une vie antérieure.

L'amour que nous portons aux fleurs, aux plantes, à la végétation, est peut-être aussi, avons -nous dit, conmie un souvenir reconnaissant de ce qui fut notre première origine.

La sympathie, l'amour subit, qu'éprouvent quelquefois, à première vue, deux personnes qui ne se sont jamais connues avant ce moment, est encore un argument à l'appui de cette même thèse.

Du reste, si ces considérations n'étaient pas acceptées conune valables, il en est une autre qui, â nos yeux,explique parfaitement l'absence, chez Thonmie,

du souvenir de son existence ou de ses existences antérieures. C'est, croyons-nous, par une vue préméditée de la nature que le souvenir de nos vies passées nous est refusé sur la terre. M. André Pezzani^ auteur d'un excellent livre, la P/wraWt^ des existences de l'ame^ qui nous a été du plus grand secours pour nos études sur cette question, répond en ces termes à l'argument de l'absence, chez l'homme, du souvenir d'une existence passée :

« Le séjour terrestre n'est qu'une épreuve nouvelle, comme Ta dit Dupont de Nemours, ce prodigieux écrivain qui, au dix-huitième siècle, a devancé toutes les croyances modernes. Or, s'il en est ainsi, ne voit-on pas que le souvenir des vies antérieiures gônerait extraordinairement les épreuves en leur enlevant la plupart de leurs difficultés et partant de leur mérite, ainsi que de leur spontanéité? Nous vivons dans un monde où le libre arbitre est tout-puissant, loi inviolable de Tavancenient et de l'initiation progressive des hommes. Si les existences passées étaient connues, Pâme saurait la signification et la portée des épreuves qui lui sont réservées icibas; indolente et paresseuse, elle se raidirait quelquefois contre les desseins de la Providence et serait paralysée par le désespoir de les surmonter, ou bien, mieux trempée et plus virile, elle les accepterait et les accomplirait à coup sûr. Eh bien ! il ne faut ni Tune ni Tautre de ces positions, il convient que Teffort soit libre, volontaire, à Tabri des influences du passé; le champ du combat doit être neuf en apparence, pour que Tathlète puisse y montrer et y exercer sa vertu. L'expérience qu'il a précédemment acquise, les énergies qu'il a su conquérir lui servent pour la lutte nouvelle, mais d'une manière latente et sans qu'il s'en doute, car l'âme imparfaite vient dans ces réincarnations pour développer ses qualités manifestées déjà antérieurement, pour dépouiller les vices et les défauts qui s'opposent à la loi assionnelle. Qu'arriverait-il si tous les hommes se souvet de leurs vies antérieures ? l'ordre de la terre en serait

bouleversé, ou du moins il n'est pas présentement fait dans ces conditions. Le Léthé, comme le libre arbitre, sont les lois du monde actuel *. »

On répondra à cela que l'identité est détruite si Ton n'a point de souvenir. On dira que l'expiation, pour être profitable à l'âme coupable, devrait exister avec le souvenir des fautes commises dans l'existence antérieure, et que celui-là n'est pas puni qui ne sait pas pourquoi il est puni. Mais faisons remarquer qu'il s'agit moins d'une expiation comme l'entendent les théologiens, que d'une nouvelle mise en demeure pour que l'âme reprenne le cours interrompu de son perfectionnement. Dans le passage que nous avons cité de M. Pezzani, il y a encore trop de préoccupation du dogme catholique de l'expiation. Nous ne sommes pas ici-bas pour expier des péchés; le mot et l'idée de péché sont de vieilles conceptions du christianisme, mais n'ont aucun fondement dans la nature. Selon nous, la vie terrestre recommence ici-bas pour que le perfectionnement de l'âme, qui n'a pas su se faire dans une première existence mal conduite, se reprenne et soit mené à bien dans une nouvelle carrière. Mais en tout cela il n'y a ni péché, selon le terme de la religion, ni expiation de péché.

Hâtons-nous d'ajouter que ce souvenir de nos existences antérieures, qui nous est refusé sur la terre, nous reviendra quand nous serons parvenus dans l'heureux séjour de l'éther, où doivent s'écouler les eristences qui feront suite à la vie terrestre. Au nom-

1. U Pluralité des existences de Vdme, iii-18, Paris, 1865. 3* éditi», p. 405.

bre des perfections et des puissances morales qui seront l'attribut de Tètre surhumain, figurera le souvenir de toutes ses vies antérieures. L'être surhumain, planant dans les régions sereines de Téther, verra se peindre dans sa mémoire, agrandie et devenue d'une énergie incomparable, tout ce qu'il a fait sur la terre. Il aura le souvenir de toutes les actions qu'il aura accomplies ; l'identité renaîtra pour lui. Un moment éclipsée, son individualité lui sera ren-^ due, avec sa conscience et sa liberté.

Écoutons Jean Reynaud, nous peignant, dans son beau livre Terre et Ciel , les merveilles de cette mémoire restituée à l'homme, après une série de changements de son être :

c La restitution intégrale de nos souvenirs nous paraît à bon droit, dit Jean Reynaud, une des conditions principales de notre bonheur futur. Nous ne pouvons jouir pleinement de la vie que nous ne devenions, comme Janus, les rois du temps, et que nous ne sachions concentrer en nous, avec le sentiment du présent, ceux de l'avenir et du passé. Donc, si la vie parfaite nous est un jour donnée, la mémoire parfaite nous sera donnée en même temps. Et maintenant représentons-nous, si nous le pouvons, les trésors infinis d'un esprit enrichi par les souvenirs d'une innombrable série d'existences, entièrement différentes les unes des autres, et cependant admirablement liées toutes ensemble par une continuelle dépendance ! A cette merveilleuse guirlande de métempsycoses traversant l'univers avec un fleuron dans chaque monde, ajoutons encore, si cette perspective nous semble digne de notre ambition, la perception lucide de l'influence particulière de notre vie sur les changements ultérieurs de chacun des mondes que nous aurons successivement habités ; agrandissons notre vie tout en l'immortaHsant, et marions noblement notre histoire avec l'histoire du ciel ; rassemblons avec confiance, puisque la bonté toute-puissante du Créateur nous

y engage, tous les matériaux nécessaires au bonheur, et nous en construirons Texistence de Tavenir réservé aux âmes vertueuses; plongeons donc dans le passé par notre foi, en attendant des illuminations meilleures, comme nous plongeons par elle dans Tavenir ; bannissons de la terre Tidée du désordre en ouvrant les portes du temps au delà de la naissance, conune nous avons banni Tidée de Tinjustice en ouvrant d'autres portes au delà du tombeau; allongeons-nous en toutes directions dans la durée, et malgré l'obscurité qui pèse sur nos deux horizons, élevons sans crainte notre existence terrestre au-dessus de l'existence imparfaite de ces élus du Christ, qui ont dépouillé l'espérance, et dont la mémoire n'est plus qu'un point dans l'abîme de l'éternité; glorifions le Créateur en nous glorifiant nous-mêmes, ministres de Dieu sur la terre, et rappelons-nous avec un saint orgueil, en contemplant les divins caractères de notre vie humaine, que nous sommes ici-bas les jeunes frères des anges*. »

A quelle condition notre âme reprend-elle le souvenir de tout son passé? Jean Reynaud distingue deux périodes : l^» celle qui s'accomplit dans le monde des voyages et des épreuves dont la terre fait partie; 2<> la période pendant laquelle notre âme, débarrassée des misères et des vicissitudes de la vie terrestre, poursuit ses destinées dans le cercle du bonheur toiy ours croissant et progressif qui se passe hors de la terre. Dans la première période, il y a éclipse de mémoire, à chaque passage dans un milieu nouoea/u; dans la deuxième période, quels que puissent être les déplacements et les transfigurations de h personne, le souvenir se conserve et dure plein et entier.

1. Terre etCtelf dernière page du IV* livre. Ce passage a été refait «t abrégé par Pauteur, dans l'édition de ses Œuvres choisies, publiée «n 1866 (inrS, pages 314, 315).

Cette théorie de Jean Reynaud est admise par M. Pezzani dans Touvrage que nous avons cité.

Sauf cette éclipse de mémoire à chaque passage djm chaque milieu nouveau^ qui nous parait peu compréiiensible et inutile, nous pensons, avec Jean Reynaud et M. Pezzani, que le souvenir complet de nos existences antérieures reviendra à Tâme quand elle habitera les régions éthérées, séjour de l'être surhumain. C'est seulement de cette manière que peut être expliquée, dans notre système, l'absence chez l'homme du souvenir des existences antérieures.

Ainsi, l'argument de l'absence du souvenir ne reste pas sans réplique. Les écrivains qui nous ont précédé et qui ont médité sur cette question, avaient déjà trouvé la solution que nous en présentons ici. Cette objection n'est donc pas de nature à faire mettre en doute la doctrine de la pluralité des existences.

Concluons, avec M. Pezzani, que c'est par un dessein prémédité de la nature que l'homme, pendant cette vie, perd le souvenir de ce qu'il fut autrefois. Si nous avions le souvenir de nos existences antérieures, si nous avions devant nos yeux, comme dans un miroir, tout ce que nous avons fait pendant nos premières existences, notre carrière serait singulièrement troublée par ce souvenir, qui entraverait la plupart de nos actes et nous enlèverait notre entier libre arbitre.

Pourquoi avons-nous la crainte de la mort? Pourquoi cette horreur invincible du trépas, qui est commune à tous les hommes I La mort n'est pourtant pas, au fond, bien redoutable, puisqu'elle n'est pas

me fin, mais un simple changement d*état. La perreur que la mort nous inspire est un sentiment [oe la nature nous impose dans l'intérêt de la conteryation de notre espèce. De même la nature supprime chez rhomme le souvenir de ses existences lassées, pour le laisser libre de parcourir sans mtraves sa carrière nouvelle, pour ne point le gêler dans Fexercice de ses actions, dans Taccomplislement de Tépreuve qui lui est imposée sur cette erre.

Ainsi la terreur de la mort et l'absence du sourenir de notre vie antérieure tiennent, selon nous, à A même cause. La première est une illusion salubaire imposée par Dieu à la faiblesse de l'humanité, la seconde est le moyen d'assurer la liberté de ses

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