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D&uœième objection. — On fera à notre doctrine une autre objection. On dira : La réincarnation des âmes nieMt pas une idée nouvelle. C'est la métempsycose, qui^ des Indiens^ passa aux ÉgyptienSj des Égyptiens aux SrecSy et qui fut ensuite professée chez les Gaulois, par lu Druides.
La métempsycose est, en effet, la plus ancienne des conceptions philosophiques; c'est la première théorie que les hommes aient imaginée pour expliquer l'origine première et le sort de notre espèce. Nous ne voyons pas dans cette remarque une objection contre notre système de la nature ; nous y verrions plutôt sa confirmation. Une idée ne traverse pas les âges, n'est pas acceptée, professée pendant ânq ou six siècles, par les hommes d'élite des différentes générations, sans reposer sur des fondements
sérieux. Il n'y a donc pas à se défendre de trouver ^^ ses opinions en harmonie avec des idées philosoptû- ^ ques qui remontent aux temps les plus reculés de r histoire de l'esprit humain. Les premiers obser- \^f yateurs, et particulièrement les philosophes orientaux, qui sont les plus anciens penseurs dont nous possédions les écrits, n'avaient pas, comme nous, l'esprit altéré, prévenu ou dévoyé par la routine, enchaîné par la parole des maîtres. Placés près de la nature, ils en saisissaient les côtés réels, sans aucun parti pris d'éducation ou d'école. Nous ne pourrions, par conséquent, que nous applaudir de nous trouver ramenés par la déduction logique de nos idées, à l'antique conception de la sagesse indienne.
Nous devons pourtant signaler une différence profonde entre notre système de la pluralité des vies et le dogme de la métempsycose orientale. Chez les philosophes indiens, comme chez les Égyptiens, et dans la philosophie grecque, qui hérita des maximes de Pythagore, on admettait que l'âme, en sortant d'un corps humain, peut se rendre dans le corps d'un animal, à titre de punition. Nous écartons entière- \ ment cet inutile pas en arrière. Notre métempsycose i est ascendante et progressive; elle n'est jamais des- ^ cendante, elle ne va pas à reculons.
Un tableau rapide du dogme de la métempsycose animale, tel qu'il fut professé dans les différentes sectes philosophiques de l'antiquité, ne sera pas déplacé ici. On comprendra en quoi le dogme oriental diffèrftde notre système, et l'on verra, en même temps,
combien la métempsycose fut populaire dans Tanti* quité, tant en Europe qu'en Asie.
Le plus ancien livre connu est peut-être celui de Vidas S qui contient les principes religieux des Indiens, ou Hindous. On trouve dans ce code des premières religions de l'Asie, le dogme général de Tabsorption finale des âmes en Dieu. Hais, avant d'arriver à cette fusion avec le grand Tout, il fallait que l'âme humaine eût traversé la vie dans toute son activité. L'âme effectuait donc une série de transmigrations et de voyages, en divers lieux, en divers mondes, et â travers le corps de plusieurs animaux différents. Les hommes qui n'avaient pas pratiqué de bonnes œuvres allaient dans la lune ou dans le soleil ; ou bien ils revenaient sur la terre, pour prendre les corps de certains animaux, tels que chiens, papillons, vers, couleuvres, etc. Il y avait aussi des lieux intermédiaires entre la terre et le soleil, où les âmes qui n'avaient démérité qu'en partie allaient passer un temps d'épreuves. Le purgatoire des catholiques a été emprunté à la religion des Hindous. Citons, à l'appui de cet énoncé général, quelques passages des Yédas.
c Si l'homme a fait des œuvres qui conduisent au monde du soleil, rame se rend au monde du soleil ; s'il a fait des œuvres qui conduisent au monde du créateur, l'âme va au • monde du créateur. »
Le livre des Védas dit très-nettement que l'animal a, tout aussi bien que l'homme, le droit de passer
1. La religion des Hindous selon les Védas, par Lanjuioais, in-8, page 286.
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en d'autref monde», en récompf te de ses bonnes œuTres. On voit qoe U sagesse orientale n'aflecUit pas, pour les animaux, le mépris immérité que leur ont voué la religion et la phUosophie modernes.
c Tous les animaux, sdon le degré de sdence et dintelligenee qu*lls oot eu dans ce monde, Tont en d^'autres mondes**.. Llionime qui arait pour but la récompense de ses bonnes œuvres, étant mort, va au monde de la lune. Là il est au service des préposés de la moitié de la lune dans son croissant. Ceux-ci Faccueillent avec joie; pour lui, il n'est pas tranquille, il n'est pas heureux : toute sa récompense
est d'être parvenu pour un temps au monde de la lune. Ce temps écoulé, le serviteur des préposés de la lune en son v croissant redescend dans l'enfer; il renaît ver, papillon, |^ lion, poisson, chien ou sous une autre forme (même sous une forme humaine].
c Aux derniers degrés de sa descente, si on lui demande : Qui êtes-vous? il répond : Je viens du monde de la lune, prix des œuvres faites en vue de la récompense. Me voilà de nouveau revêtu d'un corps ; j'ai souffert dans le ventre de ma mère et lorsque j'en sortais ; j'espère enfln acquérir la connaissance de celui qui est tout, entrer dans la voie droite du culte et de la méditation sans vue de la récompense.
t Le monde de la lune est celui où l'on reçoit la récompense des bonnes œuvres faites sans avoir renoncé à leur fruit, à leurs mérites; mais cette récompense n'a qu'un temps fixé, après lequel on renaît dans un monde inférieur, un monde mauvais, un monde la récompense du mal.
a Au contraire, par la renonciation à tout plaisir et à la récompense des œuvres, cherchant Dieu avec une foi ferme, on parvient à ce soleil qui est sans fin, qui est le grand monde, et d'où l'on ne retourne point dans un monde la récompense du mal* »