Timée, Dialogue de Phèdre
2. Phédon, Œuvres de Platon y trad. de M. Cousin, in-8, t, I, page 242.
voulait que ces mille années de voyage se répétassent dix fois, ce qui donnait un total de dix mille ans pour Taccomplissement du cercle entier des existences. Entre chacune de ces périodes, l'âme faisait un court séjour aux enfers. Pendant ce séjour .aux enfers, elle buvait l'eau du fleuve Létbé, pour perdre le souvenir de son existence antérieure, et recommencer sa vie nouvelle, sans aucune mémoire des vies antérieures.
Platon rehaussait le dogme de la métempsycose animale par de grandes vues sur Timmortalité spirituelle et la liberté de l'homme, idées que Ton cite encore de nos jours avec admiration, mais qu'il serait trop long de rappeler ici.
La métempsycose avait tenu moins de place dans la doctrine de Platon qu'elle n'en avait occupé dans celle de Pythagore et dans la religion de Fancienne Egypte. Elle reprit toute son importance chez les philosophes de l'école d'Alexandrie, qui allèrent con tinuer en Egypte l'École et les traditions de la philosophie platonicienne, et firent revivre sur la terre des Pharaons les beaux jours du Lycée d'Athènes.
Plotin nous a donné, dans sef^ Ennéades^une longue amplification des doctrines de Platon. Écoutons ce commentateur nous parlant de la doctrine de la transmigration des âmes :
« C'est un dogme reconnu de toute antiquité, nous dit Plotin, que si Tâme commet des fautes, elle est condamnée à les expier en subissant des punitions dans les enfers ténébreux^ puis elle est admise à passer dans de nouveaux corps ^ pour f«commencer ses épreuves >
Ce passage prouve que le séjour dans l'enfer, aux yeux des anciens, n'était que temporaire et qu'il était toujours suivi de nouvelles épreuves plus terribles et plus douloureuses selon les fautes à réparer. C'est ce que dit ailleurs Plotin :
€ Quand nous nous sommes égarés dans la multiplicité (c'est-à-dire, selon le langage de Plotin, quand nous nous sommes attachés à la matière et aux passions corporelles), nous en sommes punis d'abord par notre égarement luimême ; puis, quand nous reprenons des corps, nous avons une condition moins heureuse. >
Plotin, dans un autre passage, s'exprime ainsi, propos des migrations des âmes :
c L'âme, en sortant du corps, devient la puissance qu'elle a développée le plus. Fuyons donc d'ici-bas et élevons-nous au monde intelligible, pour ne pas tomber dans la vie purement sensitive, en nous laissant aller à suivre les images sensibles, ou dans la vie végétative, en nous abandonnant aux plaisirs de l'amour physique et à la gourmandise; élevons-nous, dis-je, au monde intelligible, à l'intelligence, à Dieu.
« Ceux qui ont exercé les facultés humaines renaissent hommes. Ceux qui n'ont fait usage que de leurs sens passent dan^ des corps de brutes, et particulièrement dans des corps de bêtes féroces, s'ils se sont abandonnés aux emportements de la colère; de telle sorte que, même en ce cas, la différence des corps qu'ils animent est conforme à la différence de leurs penchants. Ceux qui n'ont cherché qu'à satisfaire leur concupiscence et leurs appétits passent dans des corps d'animaux lascifs et gloutons. Enfin ceux qui, au lieu de suivre leur concupiscence ou leur colère, ont plutôt dégradé leurs sens par leur inertie, sont réduits à végéter daQS des plantes, car ils n'ont dans leur existence antérieure exercé que leur puissance végétative, et n'ont travaillé
qu'à devenir des arbres. Ceux qui ont trop aimé les jouissances de la musique, et ont d'ailleurs vécu purs, passent dans des corps d'oiseaux mélodieux. Ceux qui ont régné tyranniquement deviennent des aigles, s'ils n'ont pas d'ailleurs d'autre vice. Enfîn, ceux qui ont parié avec légèreté des choses célestes, tenant toujours leurs regards élevés vers le ciel, sont changés en oiseaux qui volent toujours vers les hautes régions de l'air. Celui qui a acquis les vertus civiles redevient homme ; mais s'il ne possède pas ces vertus à un degré suffisant, il est transformé en un animal sociable, tel que l'abeille ou tout autre être de cette espèce*, j.
Chez nos ancêtres, chez les Druides ou grands prêtres des Gaulois, la métempsycose était professée à peu près comme l'avaient comprise les Égyptiens et les Grecs.
11 serait trop long de rappeler les dogmes religieux et philosophiques des Druides. Nous renvoyons, pour l'exposé de ces doctrines, aux ouvrages publiés de nos jours par divers écrivains qui ont approfondi ce point intéressant de notre histoire nationale, c'està-dire à l'ouvrage de M. Gatien Arnould (Philosophie gauloise, t. I,) au premier volume de YHistoire de France de M. H. Martin, au livre d'Alfred Dumesnil, V Immortalité ^exiÇin à un travail publié par M.Adolphe Pictet, dans la Bibliothèque universelle de Genève^ dans lequel se trouvent énumérées et formulées les propositions, ou triades, qui résument la doctrine vaste et complexe des Bardes et des Druides sur le monde et la nature. Tout ce qu'il nous importe de rappeler ici, c'est que la métempsycose figure parmi les dogmes résumés par les triades gauloises. Cette doctrine