‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 58 sur 81 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Suite des objectione. On ne peut comprendre comment les rayons du soleil, substances matérielles, peuvent être des germes d'&mes, substances immatérielles.

On pourra faire à notre système de la nature une dernière objection. On nous dira : Comment les rayons solaires^ qui sont des corps matériels^ peuvent'ils étires porteurs de germes animés^ substances immatérielles? Ces deux termes s'excluent.

On trouve dans TÉcriture Sainte une magnifique comparaison, dont nous allons nous emparer pour arriver à donner une réponse à l'objection ou à la question qui vient d'être posée.

Saint Mathieu parle d'un grain de sénevé^ c'est-àdire d'une graine d'arbre, qui, jetée en terre, donne une plante herbacée, puis un arbre aux majestueux rameaux ; et il s'étonne de voir cette pauvre graine produire cet hôte imposant de nos forêts, qui^ tout

chargé de fleurs et de fruits, étale sa beauté au sein de la création, et donne sous ses ombrages un aâle aux oiseaux fatigués. Non-seulement, dit réyangéliste, il n*y a, dans cet arbre inunense, rien qui rappelle cette humble graine d*où est sorti le grand végétal, mais il n*y a pas dans l'arbre un seul atome de la matière qui avait primitivement composé la graine.

Ce grain de sénevé est pour nous l'image des rayons du soleil qui, tombant sur la terre, y sèment les germes animés, lesquels produisent des plantes, lesquelles donneront ensuite naissance aux animaux, et plus tard à l'homme, ainsi qu'à toute la série deç créatures, invisibles pour nous, qui lui font suite dans le domaine des cieux.

Ce n'est rien, en apparence, que cette graine d'arbre, cette petite et froide semence, *sans arôme ni couleur. Rien, en apparence, ne la distingue du fétu qui Tavoisine. Cependant elle contient ce levain mystérieux, cet être sacré, pour ainsi dire, qui s'appelle un germe. Et quelles merveilles vont naître de cet être sacré I

Dans le premier milieu où il est jeté, c'est-à-dire dans l'obscurité de la terre humide et froide, ce germe se transforme; il devient un^ corps nouveau, sans aucune ressemblance avec la graine qui le renfermait. 11 donne la plantule, être souterrain, mais parfaitement organisé, qui a sa racine, laquelle s'enfonce dans le sol^ et sa tige,- qui prend la direction inverse. Entre les deux parties git la graine, éventrée, fendue, ayant laissé échapper le germe, dont le rôle se termine là.

La plantule souterraine est un être tout nouveau, elle n'a plus rien de commun avec la graine d'où elle est sortie. La plantule est terne et sans couleur; mais elle respire; elle a des canaux dans lesquels circulent déjà des liquides et des gaz.

Bientôt la plantule sort de terre ; elle salue le jour, elUe apparaît à nos yeux, et c'est alors un être fort différent de Tindividu souterrain. Le végétal nouveau-né n'est plus terne et gris, comme il était au sein de la terre : il est vert; il respire à la façon des autres végétaux, c'est-à-dire en produisant, sous l'influence de la lumière, de l'oxygène, tandis qu'il dégageait de l'acide carbonique au sein de la terre. Au lieu de la morne et triste plantule souterraine, vous avez un bourgeon verdoyant, muni d'organes tout spéciaux. Où est le grain de sénevé ?

Bientôt notre bourgeon grandit et se fait jeune plante. Faible encore et cachée sous les ombrages du gazon, la jeune plante a pourtant son individualité complète. Elle ne ressemble ni au bourgeon ni à la plantule, son ancêtre souterrain.

Le bourgeon pousse et devient taillis, c'est-à-dire l'adolescent du règne végétal, la fougue et l'ardeur de la jeunesse herbacée.

En cet état la plante a déjà renouvelé plusieurs fois toute sa substance, et il ne reste rien des éléments organiques et minéraux qui existaient dans les différents êtres qui l'ont précédée sur ce même . et petit coin de terre où se passent les phases changeantes de ses curieuses métamorphoses.

Attendez quelques années, et vous verrez la tige principale du taillis, après avoir été convenablement

débarrassée des pousses voisines, et rendue à son individualité propre, s'allonger et grandir. Sa respiration est devenue d'une activité considérable. Ses feuilles, largement étalées, absorbent vigoureusement le gaz acide carbonique de l'air. L*exhalaison de la vapeur de Teau par toute sa surface foliacée se fait avec énergie. C'est un arbre, jeune et vigoureux, qui devient chaque jour plus robuste et plus beau.

Pendant cette croissance, pendant ce passage de l'arbrisseau à Tétat déjeune arbre pourvu d'une tige unique et élancée, un être nouveau s'est formé. Des organes qu'il n'avait pas lui sont venus et en ont fait un individu particulier. Il a des fleurs, il a des bractées, il a des vaisseaux nouveaux pour la circulation de la sève et des sucs qu'il n'avait pas encore élaborés. La surface de ses feuilles a changé do structure, pour que l'absorption s'effectue avec plus de puissance.

Où est le bourgeon, l'être d'où est sorti notre jeune et vigoureux arbuste? Quel rapport physique, quelle ressemblance y a-t-il entre ces deux êtres? On ne voit que des différences. C'est un individu qui a succédé à un autre individu. Le végétal s'est renouvelé, non-seulement par la matière, qui a changé en lui, mais par la forme des organes. Une série de forjpaes nouvelles se sont succédé cbex l'arbuste, depuis le moment où il était simple bourgeon vivant au ras du sol.

C'est bien autre chose encore quand le jeune arbre est devenu adulte, quand, par les progrès des. ans, son tronc s'^t endurci et s'esj; incrusté de fortes

épaisseurs de couches d'écorce accumulées; quand ses branches se sont multipliées à l'infini ; quand la floraison et la fructification ont profondément modifié toutes ses parties internes et externes. C'est alors le cèdre imposant, qui couvre de son majestueux et bienfaisant ombrage une étendue considérable du sol, le chêne superbe qui étale au loin ses rameaux robustes et noueux, ou le châtaignier flexible qui allonge dans tous les sens ses branches brillantes et polies. Les organes propres à ces luxuriants végétaux^ orgueil de nos bois, n'ont plus aucun rapport avec ceux qui leur étaient propres dans les premières années de leur vie. Les fleurs qui, au printemps, couronnent de leurs blancs panaches la cime des rameaux, les fruits qui succèdent aux fleurs, les graines renfermées dans l'épaisseur protectrice des fruits, voilà des particularités d'organisation qui font de ces arbres fiers et puissants des êtres sans analogues dans la nature.

Où est, comme le dit saint Mathieu, cette graine de sénevé qui autrefois pompait obscurément les sucs de la terre ? Tout a changé ; le lieu d'habitation (car le milieu c'est l'air, et non plus la terre) , la forme et les fonctions physiologiques. Et non-seulement tout cela a changé , mais cela a changé un grand nombre de fois. Non-seulement il ne reste rien de la matière qui composait l'arbustp aux premiers temps de sa vie , mais rien n'a été maintenu des formes organiques qui étaient propres â renfance du végétal.

Cependant, p mystère I ô nature ! au milieu de tqijs ce3 changements, malgré çettp continuelle suçcp^sjon

d'êtres qui se sont mutuellement remplacés, il y a quelque chose qui est resté immuable, qui n'a jamais changé, qui a conservé son individualité constante : c'est la force secrète qui produisait tous ces changements, qui présidait i toutes ces mutations organiques. Cette force, c est, à nos yeux, le germe animé que la jeune plante a reçu de la graine d'où elle est sortie. Au milieu de toutes les transformations qu'a subies Tètre végétal, en dépit des phases nombreuses qu'il a traversées, et qui ont produit une série d'êtres différents, qui se sont succédé dans sa substance matérielle, le principe spirituel, cause et premier agent de toute cette longue activité, est demeuré le même. Ce germe animé, qui existe aujourd'hui dans le végétal adulte, est le même qui s'y trouvait pendant sa croissance, le même qui s'y trouvait pendant l'état de bourgeon, le même qui dormait dans la graine que Ton confia un jour à la terre humide et froide.

Dans cet arbre majestueux qui, sorti d'une graine imperceptible et infime, a vu se succéder tout une généalogie d'êtres qui se sont remplacés les uns les autres, différents de formes et de grandeur, et qui, malgré ses continuelles transformations, au milieu de son développement incessant, a toujours conservé le principe unique et immuable de son activité, nous voyons l'image fidèle de l'âme persistant, unique et indestructible, au milieu des êtres ou des corps divers qu'elle a successivement animés. Partie d'un germe, elle n'a cessé de grandir, de se développer, de s'amplifier, tout en restant elle-même.

Le grain de sénevé ou la graine de l'arbre, c'est à

nos yeux la plante ou l'animal inférieur, dans lesquels le soleil a jeté le germe animé. La plante souterraine, c'est ranimai qui a reçu la mission de perfectionner le germe transmis par la plante, et qui développe et amplifie ce germe. C'est, par exemple, le poisson ou le reptile perfectionnant le principe spirituel qu'ils ont reçu du zoophyte ou du mollusque. Le bourgeon qui, sorti de terre, croît à Fombre du gazon et essaye ses organes aériens, c'est l'animal un peu plus élevé dans l'échelle organique , tel que l'oiseau, chez lequel le principe animateur, venu du reptile ou du poisson, s'accroît en puissance intellectuelle. Le jeune végétal, à l'état de taillis, qui vit d'une existence tout aérienne, c'est le mammifère. L'arbre à la tige élancée, qui pousse ses jeunes rameaux, c'est l'homme, perfectionnant l'âme qu'il a reçue d'un mammifère. Enfin le puissant et vigoureux doyen des forêts, qui dépasse tous les arbres voisins par sa grandeur et sa majesté, Tarbre à la cime immense, au branchage infini, aux fleurs splendides, c'est l'être surhumain qui vit au sein du fluide éthéré, et qui, plus tard, sera lui-même remplacé par une série de créatures supérieures encore, lesquelles remonteront de station en station, d'étape céleste en étape céleste, jusqu'au radieux domaine, c'est-à-dire jusqu'au soleil où trônent les êtres absolument spirituels, dont l'essence est une immatérialité absolue et parfaite.

Ainsi le principe animateur reste immuable et identique à lui-même pendant toutes les transformations que subissent les êtres chargés de recevoir successivement ce précieux dépôt. Depuis le végétal

OÙ il a pris domicile pour la première fois à Tétat de germe, et à travers la série de créatures vivantes qui vont de la plante et du zoophyte jusqu'à l'homme et Tétre surhumain, le même principe spirituel se conserve identique à lui-même tout en se perfectionnant et s'amplifiant sans cesse.

Achevons la comparaison. Quand Tarbre des forêts a mûri ses fruits, les fruits s'entr' ouvrent, les graines s*en échappent et tombent sur le sol ; ou bien elles sont dispersées par le hasard des vents. Si les graines tombent sur la terre humide, elles germent, et selon les lois de la nature, de jeunes végétaux prennent naissance, comme nous l'avons exposé plus haut. D'un seul chêne, d'un seul cèdre, d'un seul châtaignier, naissent des multitudes de végétaux semblables. Or, de même que l'arbre majestueux laisse tomber de ses mille rameaux sur le sol les graines qui doivent y germer, de même les êtres spiritualisés qui habitent le soleil, lancent sur toutes les planètes leurs émanations, c'est-à-dire les germes animés. Ce sont ces germes, envoyés sur la terre par les rayons du soleil, et tombant sur notre globe, qui produisent des végétaux, lequels, plus tard, donneront naissance aux animaux divers que nous connaissons, par l'effet de la transmigration successive de la même âme dans les corps de ces êtres.

Nous pouvons maintenant répondre à l'objection inscrite en tête de ce chapitre, et qui est ainsi formulée : Comment les rayons solaires^ substances matérielles, peuvent-ils êtres porteurs de germes animés^ substances immatérielles ?

HÉPONSE AUX OBJECTIONS. 075

Quand les physiciens professaient la théorie de Newton sur la nature de la lumière, c'est-à-dire la théorie de Vémission, on devait nécessairement considérer la lumière, et par conséquent les rayons solaires qui la produisent, comme des corps matériels. Mais cette théorie est aujourd'hui rayée de la science; elle a été remplacée par la théorie des ondulations, fondée par Malus, Fresnel, Ampère, et toute la pléiade des grands physiciens et mathématiciens du commencement de notre siècle. Il n'est plus permis de dire aujourd'hui que les rayons solaires sont, comme le voulaient les partisans de la théorie de l'émission, une émanation matérielle de la substance du soleil. Les faits recueillis de toutes parts prouvent que les rayons solaires ne sont pas une matière qui se transporte du soleil jusqu'à la terre, mais que la lumière résulte, comme la chaleur, d'un ébranlement primitif imprimé par le soleil à Téther qui est répandu dans tout l'espace. Cet ébranlement se communiquant, de molécule à molécule, depuis l'éther planétaire jusqu'à nous, produit les phénomènes calorifiques et lumineux. Nous n'avons pas à développer ici plus longuement, à expliquer plus scientifiquement la théorie des ondulations que l'on trouvera suffisamment démontrée et commentée dans les ouvrages de physique. Tdut ce qu'il nous importe, c'est de bien établir que, d'après les principes de la science moderne, les rayons solaires ne sont pas des corps matériels, mais résultent d'un simple ébranlement, d'une vibration de l'éther planétaire. Si donc les rayons du soleil ne sont pas des substances matérielles, il ne peut y avoir de difficulté à admettre

que ces rayons, substances immatérielles, soient porteurs des germes animés, substances immatérielles. Que si maintenant on serre davantage encore le problème, si Ton nous demande d'expliquer avec plus de précision comment ces germes immatériels peuvent cheminer à travers l'espace, nous répondrons qu'il faut se défendre de l'ambition de vouloir tout expliquer. L'explication absolue est interdite à la faible portée de notre intelligence. Nous sommes forcés de confesser notre impuissance quand il s'agit de rendre compte avec rigueur des phénomènes les plus simples. Quelle est la véritable cause de la chute des corps, de la gravitation des astres, de la chaleur, de l'électricité ? Quelle est la cause de la circulation de notre sang, du battement de notre cœur ? L'obscurité la plus profonde couvre les causes premières de ces phénomènes, dont nous sommes pourtant les témoins chaque jour ; et plus nous voulons pénétrer leur secrète essence, plus les ténèbres s'épaississent dans notre esprit. Aussi les physiciens ont-ils posé, depuis Newton, un sage et excellent principe. Ils sont d'accord pour étudier avec soin les lois des phénomènes physiques, pour mesurer avec rigueur les effets de la chaleur, fle la pesanteur, de l'électricité ou de la lumière, mais aussi pour ne jamais s'inquiéter de la recherche des causes de ces phénomènes. Plus on s'instruit, plus on s'avance dans la connaissance de l'univers et de ses lois, plus on se pénètre de cette vérité, que l'homme ne sait absolument rien sur les causes premières ; qu'il doit s'estimer heureux de connaître les lois suivant lesquelles se manifestent les effets de ces causes pre-

nières, c'est-à-dire les actions physiques et vitales {ui se montrent à ses yeux, mais qu*il doit s'impo- ^r, pour son repos, la règle de ne jamais chercher i deviner le pourquoi des choses.

Pline a dit, en parlant des causes premières : LaUnt in majestate mundi (elles sont cachées dans a majesté du monde). La pensée est aussi belle jue l'expression est éloquente. Laissons donc à a nature ses secrets ; et si nous sommes amenés t croire que le soleil verse sur la terre et les plalètes des germes animés, ne cherchons pas à pélétrer davantage l'essence de ce mystérieux phénonène. Ne demandons pas à la pierre pourquoi elle ombe, à la terre pourquoi elle tourne, à l'arbre pourquoi il grandit, à notre cœur pourquoi il palpite, LUX rayons du soleil pourquoi ils produisent la vie ;ur la terre et l'immortalité dans les cieux.

Page 1