‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 68 sur 81 · S8 LB LENDEMAIN DE LA MORT · texte numérisé non relu

S8 LB LENDEMAIN DE LA MORT

THÉOPHILI.

Ce n'est pas là une raison. Pourquoi prends-tu la plume si tu redoutes les discussions et crains les détracteurs T Tu étais libre de t'abstenir, et de garder pour toi tes idées sur Torigine et la destinée de rhomme ; mais, du moment que tu les soumets au public, tu dois dire ta pensée tout entière. Si ton système te parait juste, il faut l'exposer sans réticences.

l'auteur.

Ami, la sagesse parle par ta bouche. Je n'aurais donc qu'à m'incliner et à suivre ton conseil impératif.... Cependant je n'ose pas m'y résoudre tout à fait. Je vais donc te proposer un moyen terme, un mezzo termine.... En confidence et dans la liberté du tète-à-tète, je vais t'expliquer ma pensée sur Dieu; je vais te dire en quelle partie de l'immense univers je place cette éblouissante personnalité. Si l'idée te parait absurde, insoutenable, ou seulement téméraire, ta franchise ne me le laissera pas ignorer et, dûment averti, je garderai pour moi ma théorie; sinon....

THÉOPHILE (interrompant).

Parfait I II n'y a rien à dire à cela ; il n'y a qu'à t'écouter. Je t'écoute.

(Ici ïami Théophile s'assied dans un bon fauteuil R place sous ses pieds un tabouretf sous son coude un liw^^ pour le soutenir j à ses lèvres une cigarette de tabac turc, et il se met en devoir d^écouter , avec un recueillement

^ve^ relevé d'une certaine dose de sévérité soupçonneuset

comme il convient à un arbitre en inatière littéraire et philoMophiqtie).

l'auteur.

Tu veux savoir, mon cher Théophile, où je place Dieu? Je le place au centre de Tunivers, ou, pour mieux dire, au foyer central, qui doit exister quelque part, de tous les astres qui composent l'univers , et qui, emportés dans un mouvement d'ensemble, gravitent, de concert, autour de ce foyer central.

Pardon! Je ne saisis pas bien....

l'auteur.

Tu comprendras mieux ma pensée plus tard. Re« tiens seulement, pour commencer, que je place Dieu an foyer commun du mouvement des astres de l'univers entier. Mais où est ce fover commun? Pour le savoir, il faut d'abord connaître l'univers , et toute l'ordonnance de ses mouvements.

THÉOPHILE

Cela est exposé dans le courant de ton ouvrage.

l'auteur.

Tu te trompes, ami. Je n'ai parlé dans mon ouvrage que du système solaire, et Ton aurait une idée bien incomplète, bien insuffisante, de l'univers, si Ton s'en tenait à notre système solaire. 11 ne faut pas confondre, comme on le fait trop souvent, le monde et Vnnivers. Le monde ^ c'est notre monde, c'est-à-dire le système solaire dont nous faisons par-

tie ; Yunivers, c'est la réunion de tous les mondes ou systèmes semblables à notre monde ou à notre système solaire. Je n'ai pu faire connaître, dans le manuscrit que tu viens de lire, qu'un petit coin, une fraction insignifiante de Tunivers.

THÉOPHILE

Tu appelles un petit coin le monde solaire I Ce monde où se trouve Neptune , qui circule à un milliard 150 millions de lieues du soleil; Uranus, qui roule à 732 millions de lieues; Saturne, à 364 millions de lieues, et dans lequel il y a des comètes parcourant des milliards de lieues, comme celle de 1811, qui emploie trois siècles à parcourir son orbite, ou comme celle de 1680, qui n'achève son immense révolution qu'après une durée de 88 siècles : le premier de ces astres s'éloignant à plus de 1 3 milliards de lieues du soleil, le second à 32 milliards de lieues !

l'auteur.

Oui, mon ami, notre système solaire tout entier, le soleil, avec son immense cortège de planètes et d'astéroïdes, avec les satellites de ces planètes, avec les comètes qui viennent de temps en temps tomber dans la fournaise ardente de l'astre radieux , tout cela, comparé à l'univers, n'est pas plus qu'une parcelle de sable sur le rivage des mers, pas plus qu'un grain de blé dans un grenier d'abondance, pas plus qu'une goutte d'eau dans l'Océan, pas plus qu'un atome de poussière flottante, comparé à la masse entière de l'air. L'univers est tel, par ses efErayantes

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dimensions, qu'il est absolument inaccessible à nos mesures, et qu'il est pour nous l'image de l'infini, ou l'infini lui-même. . . .Maintenant, ami , écoute bien. . . . Assurément, Dieu est, quant à sa nature, absolument inconcevable pour notre esprit. Son essence nous échappe et nous échappera toujours. Nous pouvons seulement affirmer qu'il est infini dans ses perfections morales et dans sa puissance intellectuelle. Mais si, d'une part, Dieu est l'infini dans Tordre moral, et si, d'autre part, l'univers est l'infini dans Tordre physique, si l'un est l'infini dans l'esprit, Tautre Tinfîni dans l'étendue, ces deux idées, quoique inaccessibles en elles-mêmes à l'intelligence humaine, sont pourtant du même ordre, et Ton peut les rapprocher Tune de Tautre. Il est donc permis, sans être taxé de présomption ou d'absurdité , de placer Tinfîni qui s'appelle Dieu dans l'infini qui s'appelle Tunivers, c'est-à-dire de fixer la personne de Dieu au foyer commun des mondes qui composent Tunivers.

Le raisonnement est juste. Il reste seulement à prouver, ou si tu veux, à m'enseigner, que Tunivers est vraiment l'infini par son étendue. Je ne saurais admettre cette assertion sans preuves bien convaincantes.

l'auteur.

Eh bien î prête-moi toute ton attention, et excuse moi si la démonstration que tu me demandes ressemble à une leçon ou à une conférence d'astronomie.

{Ici Vomi TMophiU ïenfante un peu plui dam scm fauUuU. Il remet à sa bonne place le tabouret qui avait glissé de ses pieds f et allumant une nouoeUe cigarette^Use met à écouter son interlocuteur^ en le regardant fixemmt, avec des yeux très-grands, et en ouvrant à demi la bouche, ce qui est le signe Sune attention concentrée et en mime temps bienveillante).

l'auteur (reprenant). g

Je te disais que notre soleil avec tout son cortège de planètes, de satellites, d'astéroïdes et de comètes qu'il traîne et emporte avec lui dans l'espace, en les couvrant de ses vivifiants rayons, comme un père emporte sa famille en l'enveloppant de sa bienfaisante protection, n'est qu'un petit coin de l'univers. Tu vas le comprendre.... Quand par une nuit claire et sereine tu contemples la voûte du ciel, tu la vois parsemée d'étoiles, et il te serait assurément impossible de compter tous ces astres qui scintillent au firmament. Mais ce que tu vois à l'œil nu n'est rien. Prends un bon télescope et regarde une portion quelconque du ciel. Là où tout à l'heure tu n'apercevais rien, tu verras des points lumineux se détacher sur le fond noir de l'espace, comme des diamants se détachent sur le velours noir d'un écrin. Ces points brillants que te révèle le télescope, sont des étoiles, parfaitement semblables à celles que nous apercevons la nuit sur la voûte céleste.... Je te demanderai maintenant si tu sais bien ce que c'est qu'une étoile?

THÉOPHILE

Oui ; j'ai lu dans ton manuscrit, et je savais déjà,

d'ailleurs, que les étoiles que nous voyons briller au ciel, la nuit, et que nous apercevrions également dans le jour, n'était la grande illumination du ciel par le soleil, qui efface pour nous leur lumière, je sais que ces étoiles sont des astres lumineux par euxmêmes. Gomme notre soleil, les étoiles sont à la fois le foyer d'attraction et le flambeau du monde particulier qu*elles éclairent et qu'elles font graviter autour d'elles. De même que tout un bataillon de planètes, avec leurs satellites, d'astéroïdes et de comètes, circule autour de notre soleil , recevant de cet astre central la chaleur, le mouvement et la vie, de même les étoiles qui sont répandues dans l'espace communiquent le mouvement et l'activité à un ensemble de planètes et de satellites. Ces planètes, qui circulent autour des étoiles, constituent des mondes steîlaires analogues à notre monde solaire. Nous ne pouvons voir les planètes qui accompagnent ces étoiles , à cause de leur petitesse , aux prodigieuses distances qui nous en séparent, et qui nous empêchent de les discerner, même avec les plus puissants télescopes ; nous ne voyons que les soleils qui les gouvernent, c*est-à-dire les étoiles. Mais Fexistence de ces étoiles, fixes comme notre soleil, implique l'existence de planètes circulant autour de ces étoiles.

l'auteur.

Fort bien. Aussi notre monde solaire n'est pas unique ; il n'est que le membre particulier d'une famille inmiense, la famille des mondes steîlaires, qui sont semblables à notre monde solaire par la disposition et les mouvements des astres qu'ils renferment. L'u-

OO

Divers se compose de la réunion de tous ces mondes. Tu sais tout cela, je le vois ; mais ce que tu ignores peut-être, car nous ne devons la connaissance de ces faits qu'à des découvertes assez récentes, c'est la grande variété de dispositions et d'aspect physique que présentent certaines étoiles. Il y a là une sorte de bouleversement de ce qui constitue la nature sur notre globe. On se trouve dans des sphères à part, étranges, invraisemblables. Tout en demeurant pareils à notre monde solaire par Tordre de leurs mouvements, certains mondes stellaires en diffèrent beaucoup par les forces qui y dirigent la nature.

THÉOPHILE

Explique-toi, je te prie.

l'auteur.

Tandis qu'un seul astre central régit notre système solaire, il est des systèmes stellaires qui sont gouvernés par deux soleils, d'autres par trois et même par quatre. Il y a, en d'autres termes, des étoiles accouplées deux à deux ou réunies au nombre de trois et de quatre, et qui agissent sur un même ensemble de planètes, dont les mouvements s'entremêlent sans se nuire. Il est évident que les mondes qui jouissent de deux ou trois foyers calorifiques et lumineux doivent présenter, dans leurs conditions physiques et mécaniques, des particularités dont nous n'avons aucune idée ici-bas.

Voici encore d'autres particularités propres à plusieurs mondes stellaires. La lumière de notre soleil

et celle de la plupart des étoiles est constante dans son éclat; elle ne subit jamais ni accroissement ni diminution. Il en est autrement pour beaucoup de ces soleils lointains que nous appelons étoiles. Chez quelques-uns on voit la lumière alternativement s* affaiblir et se raviver. Brillantes aujourd'hui, elles seront plus tard à peine perceptibles; puis on les verra se rallumer et briller comme auparavant. Il en est qui s'éteignent à jamais. Les diminutions d'éclat de plusieurs étoiles ont été notées par divers astronomes*. Des étoiles que l'on a observées autrefois n'existent plus de nos jours ^ D'autres ont apparu subitement; elles ont jeté un éclat très-vif, et au bout de quelques années on a cessé de les apercevoir. Ces augmentations et ces affaiblissements successifs d'éclat lumineux ne sont pas très-rares d ailleurs dans les étoiles que nous connaissons. L'étoile o de la Baleine varie beaucoup dans son intensité lumineuse, et elle-même disparaît souvent. L'étoile x du Cygne passe, sous nos yeux, de la cinquième à la dixième grandeur; la trentième étoile de VHydre^qui est de la quatrième grandeur, disparaît à peu près tous les cinq cents jours. D'autres étoiles varient périodiquement dans leur éclat , et ces périodes sont très-courtes : S de Céphée passe en cinq jours de la troisième à la cinquième grandeur; p de la Lyre varie en six jours de la troisième à la cinquième grandeur; ïi d'Antinous passe en sept jours de la quatrième à la cinquième grandeur ^

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