‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 74 sur 81 · L*AUTEUR · texte numérisé non relu

L*AUTEUR

En effet, les rayons lumineux que nous envoient ces astres perdus au plus profond des espaces, c'està-dire les étoiles télescopiques , nous portent les émanations de systèmes solaires qui aigourd'hui peut-être n'existent plus. Le présent ne nous montre que le passé. Je n'aurai maintenant aucune peine à te faire comprendre qu'il puisse exister des étoiles si profondément perdues dans l'immensité, que leur lumière n'ait pas encore eu le temps de parvenir jusqu'à nous. Elles existent, mais nous ne pouvons les voir ; non que le télescope soit impuissant à nous les faire découvrir, mais bien parce que le voyage de leurs rayons lumineux jusqu'à notre globe exige des milliers de siècles , et que ces milliers de siècles ne sont pas encore écoulés : de sorte que c'est seulement à nos descendants, après des milliers de siècles, que ce spectacle est réservé.

Je suppose maintenant, ami Théophile, que tu re* connais avec moi que l'univers, considéré seulement par les distances qui nous séparent des étoiles, et qui doivent aussi les séparer les unes des autres, est véritablement l'infîni.

THÉOPHILE

Oui, c'est l'intini qui se déroule à mes yeux.... Je demande à respirer un moment....

l'auteur.

viens de contempler l'infini dans les distances

qui séparent les étoiles de la terre. Tu auras également la perspective de l'infini, si nous considérons le nombre des étoiles. Quand on cherche à compter ces multitudes de soleils qui parsèment la voûte des deux, comme des gouttes de rosée parsèment l'herbe des prairies, on voit qu'à mesure que l'on s'enfonce davantage dans les profondeurs de l'espace, il devient de plus en plus difficile de les dénombrer. Si on pousse plus avant dans ces noirs abimes, les soleils deviennent tellement pressés les uns contre les autres, qu'il faut renoncer à l'entreprise, décidément impossible, d'évaluer leur nombre. Il faut laisser cette poussière de soleils, cette graine de mondes, se perdre dans le vague ténébreux de l'espace infini. C'est là ce que je vais essayer de te faire concevoir, ami Théophile, pour que tu donnes finalement raison à mon argumentation.

Je disais tout à l'heure que les astronomes distinguent les étoiles, d'après leur éclat, en diflërentes catégories, en classes, que l'on nomme grandeurs, et qui ne sont que des apparences dépendant du degré d'éloignement de ces astres. J'ai dit également que notre œil cesse de voir les étoiles à partir de la sixième grandeur, et que les catégories d'étoiles audessous de ce chiffre ne sont visibles qu'au télescope. n est facile de compter les étoiles de première grandeur, c'est-à-dire les plus rapprochées de nous. Elles sont au nombre de 20. Celles de deuxième grandeur sont au nombre de 65 ; celles de la troisième grandeur, au nombre de 170. Le nombre des ctoiles augmente à mesure que leur visibilité dimihue, et cela dans une proportion très-rapide. On a reconnu

450 LE LENDEMAIN UE Là MORT,

que le nombre des étoiles de chaque classe de visibilité, en grandeur apparente, est trois fois plus grand que celui des étoiles de la classe précédente. On compte, d'après cette remarque, 500 étoiles de quatrième grandeur, 1500 de cinquième, 4500 de la sixième. En faisant la somme des étoiles de ces six catégories, qui représentent les étoiles visibles i l'œil nu, pour une bonne vue, on arrive à un total de 6000. Un œil exercé pourrait donc arriver i compter jusqu'à 6000 étoiles tour i tour daiu 1m deux hémisphères.

Hais le télescope permet de pousser bien plus Itnn le dénombrement des soleils ; il nous ouvre toata la profondeur des cieux. Au lieu du petit nombre d'A* toiles que nos yeux peuvent contempler, il nous en dévoile une myriade d'autres semblables, pressées i tel point qu'elles semblent couvrir le del d'un fin sable d'argent. Voici, par j exemple (lig. 5), l'aspect que présente ' à l'œil nu, un coin de la constellation des Gémeaux.

Et voici {fig. 6) comment se voit dans le champ dn télescope la même portion du ciel.

On comprend que l'on ait pu , àl'aide du télescope, distinguer, après la sixième grandeur, d'autres grandeurs successivement décroissantes, et coiùpter le nombre d'étoiles propres à chacune de ces classes. On a distingué jusqu'à des étoiles de treizième et même de quatorzième grandeur, c'est-à-dire treize à

Btorze fois moins brillantes que Sirius, ou Véga. ibre des étoiles de la douzième grandeur est

de 9 556 ÛOOi ce qui, joint au nombre des mêmes astres propres aux catégories précédentes, porte le nombre total, jusqu'à la douzième grandeur, à plus de 14 millions. Dans la treizième grandeur on admet, d'après la règle qui prescrit de tripler le

Hg. s. Ui

nombre des étoiles d'une classe pour représenter le nombre des étoiles de la classe suivante, un nombre total de 4S millions d'étoiles.

. Eq réunissant toutes les étoiles visibles au télescope et à l'œil nu, on aurait donc 56 millions

soleils. Et remarquons bien que si nous nous arrêtons à cette limite, c'est que les télescopes que Tod construit aujourd'hui ne permettent pas de voir des étoiles plus petites que la treizième ou quatorzième grandeur ; mais que l'on perfectionne davantage encore tous ces instruments, et Ton verra toutes les régions du ciel se couvrir de ce sable argenté, de cette poussière de diamant, dont chaque point est un soleil. Et telle sera l'accumulation de ces soleils au plus profond des espaces, que Ton ne verra plus dans le champ de la lunette astronomique qu'une sorte de réseau lumineux, iormé par la réunion dés soleils rapprochés les uns des autres au point de paraître se toucher.

THÉOPHILE

Allons, c'est l'infini qui recommence. Laisse-moi fermer les yeux.

l'auteur.

Attends encore, je n'ai pas tout dit; je ne fais même que commencer. J'arrive aux nébuleuses. C'est là que tu pourras craindre le vertige.... Je suppose que tu sais ce que les astronomes appellent une nébuleuse ?

A peu près. C'est, je crois, un amas diffus, nuageux, que l'on aperçoit en quelques portions du ciel, et dont je ne m'explique pas bien la nature. La Voie lactée, par exemple, ou le Chemin du paradis comme on l'appelle dans les campagnes, voilà,

l'univers. 453

]e pense, ce que les astronomes appellent une nébuleuse. C'est quelque amas vaporeux de matière lumineuse.

l'auteur.

Oui, tu crois, comme le croyaient les anciens, qu'une nébiUeicse est un assemblage de vapeurs qui flottent dans l'espace, une sorte de matière cosmique et lumineuse appelée à former un jour des mondes. Tu crois qu'une nébuleuse est un monde en voie de formation. A moins que tu ne të demandes, avec un auteur anglais, Derham, l'auteur de VAstro-Theology, si ce n'est pas la clarté de Tempyrée chrétien que l'on aperçoit à travers une fente du ciel? Au dixhuitième siècle, l'astronome Halley exprimait, en termes scientifiques, une erreur du même genre, quand il écrivait, à propos de la nébuleuse i'Andromède : « Ces taches ne sont que de la lumière venant d'un espace immense situé dans la région de Téther, espace qui est rempli d'un milieu diffus et lumineux. » Le télescope a mis un terme à toutes les hypothèses que Ton pouvait hasarder sur ces apparences célestes, et il a ouvert ainsi des horizons nouveaux à la science comme à la philosophie. Dirigé vers ces amas lumineux, le télescope nous en a dévoilé la véritable nature ; il a montré que les nébuleuses ne sont que la réunion d'un nombre trèsconsidérable d'étoiles. Ces étoiles, par leur nombre excessif, paraissent tellement rapprochées les unes des autres, qu'elles ne forment plus qu'un seul tout, une seule clarté, vague et continue. Mais quandleurs dimensions et leurs distances viennent à être ampli-

fiées par le télescope, cette clarté diffuse se trans forme en un pointillé brillant, analogue à celui que présente dans le même télescope, le ciel tapissé d'un fond de petites étoiles. Une nébuleuse n'est donc que le groupement d'une énorme quantité de soleils très-rapprochés les uns des autres. Le rapprochement de ces étoiles n'est du reste qu'une apparence. Les étoiles sont, en réa,lité, séparées les unes des autres par des distances énormes. Il ne faut pas se figurer, en effet, qu'elles soient toutes sur un même plan ; elles appartiennent, au contraire, à des profondeurs très-inégales dans l'espace, et ce n'est qu'un effet d'optique qui les rassemble ainsi pour nous sur un même plan apparent dans le champ de la lunette.

L'une des nébulosités qui donne l'idée la plus juste de ces agglomérations d'étoiles est celle du Centaure. Cette nébuleuse, vue à l'œil nu, ne constitue, qu'un point du ciel vaguement éclairé ; mais si on la regarde dans un bon télescope, elle prend l'aspect que représente la figure 7.

L'inspection de cette figure montre bien qu'une nébuleuse ne résulte pas d'une réunion d'étoiles simplement étalées sur un plan de l'espace, mais bjen un assemblage d'étoiles placées toutes à des distances inégales, et composant à peu près une sphère. En effet, les étoiles sont pressées au centre, et, au contraire, de plus en plus distantes les unes des autres quand on se rapproche des bords. Si l'on observait de loin un assemblage sphérique d'étoiles il aurait ce même aspect, c'est-à-dire que quand on regarderait les bords, le rayon visuel n'ayant à tra-

Terser qu'une faible épaisseur, rencontrerait peu d'étoiles ; quand on regarderait le centre, le rayon Tisuel ayant & traverser toute l'épaisseur de la masse, rencontrerait, au contraire, beaucoup d'étoiles. C'est ce qui porte i conclure que la nébuleuse du Centaure, comme la plupart des agglomérations de ce genre.

Fig. 7. Nébuleuse da C^nUare.

est sphérique, c'est-à-dire que les étoiles qui constituent par leur réunion cette nébuleuse sont groupées - en forme de sphère.

Ëst-il possible de compter le nombre d'étoiles qui composent une nébuleuse? On ne peut arriver, sous ce rapport, qu'à des approximations. Arago, en appréciant l'espacement des étoiles situées près des

bords d'une nébuleuse, dans une position où elles ne se |)rojetaicnt ))as les unes sur les autres, et comparant ensuite le nombre des étoiles qui existaient en ce point au volume total de l'agglomération, a reconnu ([u'une nébuleuse ([ui n'est pas plus grande que le dixième du dis(iue apparent de la lune, contient au moins vingt mille étoiles. Ce résultat peut donner une idée de la l'ourmiliêre de soleils que les nébuleuses contiennent ; car ces amas stellaires sont en très-grand nombre dans le ciel.

Au sein même des nébuleuses i] est des points lumineux dont le télescope n'a pas encore dévoilé la nature, qu'il n'a pas pu résoudre en étoiles ; mais Tanalogie porte à croire que ce sont là d'autres nébuleuses encore plus éloignées et qui échappent, par leur petitesse apparente, à la portée de nos instruments. Mais un jourwiendra où, grâce à de nouveaux perfectionnements apportés à nos télescopes, on reconnaîtra ({ue ces nébulosités ne sont elles-mêmes que des agglomérations de soleils, encore plus éloignées que la nébuleuse qui les renferme, c'est-àdire qu'elles sont, comme les nébuleuses, des amas' stellaires situés à de prodigieuses profondeurs 'dans Tespace.

Les étoiles qui composent les nébuleuses sont quelquefois groupées de manière à présenter des figures régulières : des sphères, des ellipses plus ou moins allongées. Quelquefois la sphère est évidée au centre, et forme comme un anneau.

Outre ces dispositions géométriques, on rencontre dans les nébuleuses des dispositions tout à fait irrégulières et bizarres. Dans la constellation du Taureau,

l'univers. 457

1 existe une nébuleuse qui, vue au télescope, le résout en un amas d'étoiles offrant la curieuse ]isposition que reproduit la ligure 6.

Pig. a. Ncbnlanie da l'écTBriu

Lord Ross, qui le premier analysa cette nébuleuse, à l'aide du puissant télescope qu'il avait fait cons-

tniîre, lui donna le nom de nébuleuse de rÊcreoim, parce qu'elle présente, eh effet, l'apparence de ce cnistacé; les antenoes, les pattes et la queue sont figurées sur le fond noir du ciel par une traînée d'étoiles. '

Rien de plus varié, tien de plus bizarre que les i

Fig. g. £cu de Sobi«<kl.

formes des nébuleuses qui ont été étudiées jusqu'ici, et dont le nombre dépasse un million; il n'en est pas deux qui se ressemblent.

Certaines nébuleuses semblent doubles, ou associées. D'autres s'allongent en serpents, comme celle de l'Ecu de SobUski^ que représente la figure 9.

Lord Ross est le premier qui ait découvert la en-

l'univers. 459

rieuse disposition des nébuleuses dites en spirale. On ne sait comment expliquer une forme pareille, mais il est certain que les soleils qui composent les nébuleuses sont groupés souvent, non plus autour d'un centre, non en amas informes, mais en courbes très-régulières, d'après un système qui semble révéler Teiistence de quelque force mystérieuse s'exerçant sur ces étoiles. Les étoiles s'y trouvent distribuées le long de lignes qui représentent des spirales de diamètre différent.

J'ai dit, en parlant des étoiles, qu'il y a des étoiles ou des soleils colorés. J'ajouterai ici que l'on observe des nébuleuses colorées en rouge, en vert, en Jaune, ce qui donne une preuve de plus que les nébuleuses ne sont que des agglomérations d'étoiles.

THÉOPHILE

Je comprends maintenant que la Voie lactée ne soit pas» comme le veulent les bonnes gens, le chemin du paradisy mais une longue suite de nébuleuses.

l'auteur.

Gela ne fait aucun doute. Cette immense bande demi-lumineuse qui traverse la voûte céleste, en l'entourant comme d'une ceinture argentée, n'est pas, ainsi qu'on l'a pensé si longtemps, un amas diffus de matière lumineuse. Le télescope, en analysant la Voie lactée, a montré qu'elle consiste en une longue série de nébuleuses. C'est une agglomération immense de soleils prodigieusement éloignés, et que nous voyons assemblés d'une manière à peu près régulière, en forme d'un ovale très-allongé et aplati. La longueur de la Voie lactée est de 700 à 800 fois

Page 1