Du principe vital et de Vdme pentarUe, iii-8*^ p
uns et les autres, les caractères quMls présentent sont-ils semblables en quelques points? De la comparaison des fonctions vitales avec les faits que, depuis Leibnitz, on propose comme des exemples de perceptions insensibles, il faudrait bien plutôt conclure que, si les fonctions de la vie étaient des actes de notre âme, notre âme devrait en avoir et le sentiment le plus vif et la conscience la plus claire. Quand est-ce, en effet, que la conscience se voile ainsi des ténèbres et descend vers le zéro fatal et idéal qui seul en marquerait Téclipse momentanée, mais totale? Dans quelles circonstances a lieu cet obscurcissement? N'est-ce pas lorsque l'activité de Tâme s'affaiblit ou divague et perd ainsi sa force en la disséminant, que la conscience s'obscurcit dans la même proportion? On cite en exemple la distraction, la rêverie, le sommeil, la léthargie, la syncope, tous états où Pâme semble bien n'avoir de ce qu'elle fait une conscience voilée que parce qu'elle ne fait pas grand chose. C'est en effet, parce que ses pensées, n'ont elles-mêmes qu'un objet confus et ses actes qu'un but indéterminé, qu'elle n'a de ses actes et de ses pensées qu'un sentiment vague et affaibli. Tels ne sont pas précisément les phénomènes vitaux : la digestion, l'hématose, la formation et la croissance du germe ne sont pas des actes sans but précis, auxquels puisse suffire une cause paresseuse, agissant lâchement et sans effort ; ce sont, au contraire, des fonctions dont le but est aussi déterminé que la cause en est énergique. Si l'âme était cette cause, ce n'est pas une conscience obscure et douteuse qu'elle devrait avoir de ces fonctions, mais la conscience la plus lumineuse et la plus persistante, car l'énergie de l'action est la mesure habituelle de la clarté de k conscience, et la cause de la vie ne cesse d'agir qu'avec la vie même.
a D'ailleurs ces perceptions insensibles sont vraiment inutiles pour prouver que l'âme est le principe des phénomènes vitaux, si ces phénomènes de la vie sont des perceptions sensibles dont l'âme ait une vraie conscience. Cette consceince des fonctions vitales serait la preuve directe, attendue avec autant d'impatience qu'elle est annoncée avec confiance, et àlaquelle il est temps d'arriver, car sans elle l'animisme n'a pas encore gain de cause.
c Quand il s^agit de consulter la conscience pour établir un fait, c*est sa propre conscience que chacun interroge d'abord ; ce n'est que pour exciter les révélations de sa propre conscience, comme d'un témoin qui a de la peine à parler, que Ton doit consulter celle d'autrui. Je m'interroge donc; mieux que cela, depuis plusieurs années je me suis souvent, longuement, sérieusement, expressément observé, consulté, questionné de toutes manières, et, après cette enquête, j'affîrme n'avoir aucune conscience, ni claire ni obscure, que je sois, moi, la cause des contractions péristaltiques de mes intestins, dont j'ai vu cependant les semblables et que je sais se contracter pour le travail de la digestion ; je n'ai aucune conscience d'être cause, soit de la sécrétion de l'urine dans mes reins, soit de celle de la bile dans mon foie. Cependant je ne veux pas m'en croire moimême ; ma conscience reste muette, peut-être n'est-elle pas aveugle ; je consulte donc ceux dont la conscience voit et parle '. »
Ajoutons que des défenseurs très-autorisés de Tani misme reconnaissent que Fâme n'a point conscience des actes physiologiques. Citons particulièrement M. Tissot, dans son beau livre La vie dans l'homme^.
Une autre considération très-grave contre Tanimisme, c'est que chez le fœtus, à une époque où la vie accomplit de véritables prodiges de création organique, alors que cette puissance doit rassembler et développer toutes ses forces, l'âme n'existe pas encore. On ne peut en effet appeler de ce nom qu'un principe intelligent et raisonnable ; or un tel principe fait absolument défaut pendant la vie intrautérine.
1. Le vUalisme et Vanimisme de Stahl, iii-12> Paris, 1864, p. 181.