GRIFFA&D
C'est ce qu'il faut. Si le peuple entend raison , tout ce que nous faisons tournera encore en eau claire. Nous serons floués, c'est moi qui te le dis. Je suis un vieux de la chose. Depuis 4850, je me suis trouvé à toutes les affaires , blessé , décoré , chevronné , tout ce que tu voudras ; et , au bout du compte, pas de chemise! Pourquoi? Parce qu'on détruit les gouvernements pour en faire d'autres. Voilà un bel avantage ! Les chefs viennent , ils te caressent , ils te parlent raison , ils te prennent tes armes , et puis cherche ! Tu seras bien heureux si ta attrapes une gratification nationale. Tel que tu me vois , j'ai fait toute ma vie des barricades, et le dernier gouvernement provisoire n'a pas voulu me nommer seulement préfet. Ça, des républicains? c'est tous flibustiers ! Ils gardent les bonnes places pour eux, ou pour les blagueurs qui viennent s'arranger avec eux après la bataille. Si le peuple entend raison , tu verras reparaître les bourgeois ,
les gardes nationaux, les propriétaires , les juges ,
le$ gendarmes , tous les abus : c'est moi qui te le dis.
SIVPLET.
Ah I mais non I Un mament ! Il faut en finir, il faut établir la fraternité pour tout de bon , et un ministère du progrès.
GBIFFA&D.
Compte la-dcssus. Au ministère du progrès, ils mettront une écrevisse. Dans quinze jours , quand ils habiteront les ministères, ya les ?oir, non pour leur demander des places, mais du travail ou du pain. On te fera droguer dans la cour; puis viendra un monsieur habillé de neuf, qui te priera poliment d'exécuter le chant du départ Ce ne sera paa la ministre , ce sera un de ses secrétaires , quelque galopin qui n'a pas de semelles aujourd'hui, et qui s'appliquera des bottes vernies demain , pendant que nous serons à Thâpital.
SIMPLET
Tu me fais rager. Si c était vrai ce que tu dis...
aaiFFARD.
J'ai passé par là. La première huitaine, c'est le ministre qui vous reçoit ; il vous renvoie avec des poignées de main. La seconde, c'est le secrétaire;
il ¥Ous renvoie ayee des complimente. La troisièaie , c^esi le portier ; ii vous renvoie avec des injures. La quatrième fois, tu découvres la garde bourgeoise et les mouchards. Ceux-ci te conduisent an dépôt , et tu ne revuens plus. Voili la fraternité ! C'est moi qui te le dis. J'en ai fait du dépôt, et de la prévention , et du resle , depuis vingt ans que je travaille pour la vraie religion de lésus- Christ ! Va, prolétaire, bats-toi , fais-^oi couper en morceaux , meurs I Tant que tu vivras , tu seras exploité.
SIBtPLST.
Mille millions de milliasses de nom d'un nom 1... {Il tourmente son fusil.) Mais je veux supposer que nous allons marcher cette fois-ci , et que le peuple arrivera enOn au bonheur...
G&IFFAED.
Alors , tape dur, et ne te mets pas sur le pied d'entendre raison. Tu n'as pas d'expérience; moi j'en ai , et je vois déjà qu'on enfilé le vieux chemin. Voilà Rheto qui nous commande ici. Qu'est-ce que c'est? Un bourgeois. Ça a des mains blanches, ça porte un gilet de flanelle sous son habit doublé de soie , et ça se donne un genre de vous défendre de
boire. « Il faut de la discipline, » disent-ils. Toujours la môme rengaine. Merci , j'en ai assez , et je fais des révolutions parce que je n'en veux plus , de leur discipline. Pourquoi donc que le peuple ne boirait pas un coup , lorsqu'il a fatigué ? Ils se gé* neronl, eux, pour décoiffer une bouteille I Mais non , ce qui est lâ-dedans est trop bon pour nous , c'^st du yin de maître : il faut le réserver pour gargariser ces messieurs.
SIMPLET
Du vin de maître , je n'en ai pas bu souvent.
GtlFFA&D.
Étais-tu aux caves du Palais-Royal en 48?
SIMPLET
Non.
GBIFFÀBD.
Alors tu ne sais pas ce que c'est que du vin. Ces liquides d'arislos ressemblent à ce que nous buvons comme une dame de comptoir à une balayeuse.
SIMPLET
Tu t'en es repassé?
GBIFFABD. .
Un peu. Ils disent qu'on se pocherait^.. Et quand bien même? Mais non. Tu bois, tu bois; ça ne
fait que réjouir et donner des idées. Des vins à 40 francs, a 20 francs, bah ! a 400 francs la bouteille 1 Un velours, un feu, une mousseline, des
baumes Tu ne te figures pas ce que ces èfrcs-lè
se font couler dans le torse 1
SIMPLET
Je crois bien, (il fait claquer sa langue. )
GRIFFi&D.
Eh I citoyen concierge, arrive â l'ordre !
DUGBOT.
Que voulez-vous, citoyens?
GRIFFAHD.
Par délégation du peuple, je commande ici.
Écoute bien ce que je vais te dire. Tu es un bon, ou tu n'es pas un bon. Si tu n'es pas un bon, tu trahis le peuple et tu n*es pas digne de vivre ; si tu es un bon, descends dans cette cave. Tu connais le meilleur caveau , tire le cordon.
DCCROT.
Citoyens , je suis patriote de père en fils , prêt à mourir pour la sociale; mais je n'ai pas les clefs de la cave.
. GBIFFÀBD.
Va les demander à l'aristo qui a le meilleur vin •
DUGSOT.
C'est le propriétaire, un noble , une canaille qui déteste ie peuple. Il refusera.
GBIFFAID.
Tu lui diras de donner la clef; sinon, j'irai moi-même le prier de nous servir à boire. Montremoi ses fenêtres.
DUGIOT.
Là ; au premier, dans le fond.
GRIFFARD.
Je vais lui envoyer une sommation re^ectueuse. ( /{ tire dans les fenêtres. ) Si cet avis ne sufGt pas, tu lui diras que j'ai rechargé mon fusil. Il n'y a pas un bourgeois dans cette maison que je ne puisse tuer comme un diien ; et s'il me plaît de brûler le liKal , je le brûlerai. File ! ( Le par* lier sort. )
SIWPLST.
Tu as de l'énergie, tout de môme 1
GflIFFABD.
On sait son métier, camarade. C'est en Italie que j'ai pris de bonnes leçons ! Nous avions là de fameux chefs , de vrais amis du peuple , qui ne regardaient pas pkis à flamber un palais qu'une
DE LA VICTOIRE. Sa
aUmaeite. Si tu ne peax pas tirer an coup de fusît, plante un coup de couteau ; ai tu ne peux paa tuer par devant , tue par derrière. Il faut ça pour terrifier ces brigands ; sans quoi \k reptennenl le dessus , et les démocrates sont Tietîmés.
SIUFLET.
Je prévois qu'il y aura du dégât dans la capitale.
GRIFFABD.
Qu'est-ce que ça nous fait ? Si nos galetas sont brilles , nous irons loger dans les propriétés nationales. En attendant , prépare-toi à déguster une lampée démocratique et sociale.