LE VIEUX GERVAIS
J'ai payé la terre, mais je n'avais pas pay4 le crime ; maintenant, J0 le paye. Vous payéPes le vô'* Ire 4 et bientôt I {A ion fiU.) Oervais , inène-^moi là-bas , sur ce fomiet*.
anvAifi.
Pourquoi , mon père ?
LE VIEUX GERVÀIS.
c'est là que le prieur est mort , âgé comme je le suis. Moi , je riais è celte fenêtre ^ la bouteille en main; lui , râlait sur ce fumier. Il me dit que j'y viendrais à mon tour. Conduis-moi.
GËftVAlS.
Non , mon père.
LE VîËOX fiEBVAtS.
J'irai donc tout seul. (/{ se dirige en ehanôelant vers le fumier , Vattéint , tombe et meurt , la main tendue vers la maison. Les fmitres $e ferment.)
GERVAis I à son enfant.
Écoute ; garçon. Tu vois , ils ont tué ton grand*
père ! lis prennent ma maison , qui devait t'appartenir. Nous étions les plus aisés de la commune , nous voici à la besace. Je vais emmener les femmes. Toi , tu resteras ; tu te cacheras par là dans les halliers , et tu reviendras à la nuit. Ils seront encoro à boire notre vin. Tu attendrog qu'ib soient soûls tous ; tu rentreras alors. Sans faire semblant de rien, tu fermeras à clef toutes les portes... et puis tu iras dans la grange , au grenier, dans Técurie , dans retable....
LE PETIT GERVÀIS.
Et je àneftrai le feu, pas vrai?... Oui y père !... et je le mettrai aussi aux meules sous le vent; et Couvrirai aussi l'écluse, pour qu'il n'y ait pas d'eau; et je couperai la corde du puits; et je lâcherai les chiens sur ceux qui pourraient s'en sauver. Et si tu veux m'attendre aux Quatre Ormes, je (^apporterai bien ton fusil , va , pour tuer les gens de Bromeil , lorsqu'ils viendront avec leur pompe.
Benoit et sa femme sont assis sur un banc, au seuil de leur maison. Le mur est tapissé d*une vigne et d'un églantier en fleurs. \ Quatre heures sonnent au clocher.
behoIt.
Allons , femme , voici l'heure. Nos gens vont se réunir ici pour se rendre à Téglise , où nous vous laisserons. Va chercher le petit , que je l'embrasse encore une fois.
MA&GU£]UTB.
Cher ami ! ... {Elle pleure.)
benoIt.
Je n*ai pas déjà le cœur si gai ; ne m'attendris point. Nos hommes m'ont pris pour chef , je dois leur donner l'exemple , ici comme au feu. {Mar^ guérite Vembrasseet sanglote.) Ma pauvre femme, regarde sur ma poitrine , la où tu poses ton front , cette croix que tu as brodée ; c*est la croix du Rédempteur. Il était innocent, il a donné sa vie pour sauver des coupables. Nous ne sommes pas inno-
cenls, nous, et nous n'exposons nos jours que |)our nous sauver nous-mêmes.
MABGUEBITE.
Celte guerre ne finira donc pas? Tuas été blessé déjà , tu as rempli ton devoir.
benoIt.
J'aurai rempli mon devoir quand je serai dans rimpossibilité de combattre , ou quand le pays sera délivré. Veux-tu que je laisse les autres se sacriGer pour moi? Tous ils nous défendent, comme je les défends. Si nous ne prenions pas les armes , nos villages seraient envahis , nos églises dépouillées , nos prêtres massacrés. Celui qui souffrirait cela serait-il un chrétien et un homme ?
HÀBGVEEITE.
Hélas I je sens que tu as raison ; mais je suis bien malheureuse.
BENOÎT
Tu le deviendrais davantage, si, n'écoutant que ta douleur, tu murmurais trop contre les épreuves que Dieu nous envoie. Assure-toi sa miséricorde par ta résignation. Fais comme le petit quand il DQUs^voit fâchés : il s'avance tout doucement et
nous baise la main. Quelle colère pourrait tenir contre sa soumission ?
MiBGVBRITB.
Pauvre petit 1 reTarra-t-U son père?
■BNOtt.
Fais-lui connaître son Père qui est au ciel ; celui-là ne lui manquera jamais, et lui tiendra cooipte de monsacriGce. Dès que l'enfant pourra comprendre, tu lui diras : «Petit, ton père est mort en brave homme, pour la religion.» Ne lui dis que cela; le reste n'en vaut pas la peine. Tu lui mettras au cou la croix que j'ai rapportée de notre dernière bataille, teinte de mon sang. Aussi bien que mon fusil, cette croii^ défendra son héritage; aussi bien que moi-même, elle lui enseignera ses devoirs. Ce sera mon portrait tel que je serai dans le ciel, les bnis tendus vers Dieu pour attirer sur vous l'abondance de toutes les bénédictions....