LÀ VIEILLE FEMME
Messieurs, ayez la bonté de m'adresser vos questions par écrit; je suis très-sourde.
CHENU
Alors tu as conspiré sourdement. (Il rit.) Tu n'en es que plus coupable. Je vais aux voix.
REQUIN
La mort.
LABICHE
La mort.
DUCaOT.
La mort.
RHETO.
N y aurait-il pas lieu... ?
CHENU
Hein?
RHETO.
La mort. ^I boit).
CHENU
A ruiianimité. (/{ indique d^un gesie à la vieille femme qu'elle aura la tète coupée.)
Ll VIEILLE FEMME.
Jésus, Marie, Joseph ! {Elle fait le signe de la croix.)
UN HOMME DAN$«.L'AUDrr01RE.
C^est une injustice !
CHENU
Amenez celui qui insulte la haute cour.
l'homme.
Pas besoin qu'on m* amène, je viens tout seul. Je connais la citoyenne accusée. C'est une bra\'e femme qui n'a jamais fait de mal à personne ; au contraire. Elle était riche, et elle donnait tout aux pauvres.
CHENU
C'est-à-dire qu'elle leur faisait quelques restitutions.
l'homme.
Moi qui vous parle, étaut malade, je l'ai vue dans mon taudis ; elle venait me soigner et me consoler.
CHENU
Te parlait-elle de religion ?
l'homme.
Eh bien oui ! quoi?
CHENU
C'est cela. Tâche de te taire, ou je t^envoie en paradis avec elle.
{On amène un jeune homme et une jeune femme.)
GBIFFÀRD.
Ces deux individus ont été saisis en flagrant délit de pratiques superstitieuses, à genoux devant Fautel où un prêtre, qu'ils ont fait échapper, venait de leur donner une soi-disant bénédiction nuptiale. L'acte superstitieux est un crime ; avoir fait échapper le prêtre en est un autre. Ils sont doublement coupables.
CHENU
Imbéciles I Qu est-ce qui vous empêchait de vous marier librement , philosophiquement et républicainement?
LE JEUNE HOIVXE.
Nous sommes chrétiens.
GHElfir.
Boni tu arranges ton affaire en disant celai Voyons, tous êtes jeunes, tous m'intéressez, et il y a encore moyen de tous sauTer. Voulez-Tous tous démarier?
LA JEtNE FEHME.
Dieu nous a unis pour l'éternité.
CHEim.
Ça n'ira pas loin, l'éternité, ma belle I Laisse-là Ion Dieu et ton mari; prends un autre homme, et qu'il prenne une autre femme. Je Tais tous marier tout de suite, moi, et tous irez faire la noce chacun de TOtre côté.
LE JEUNE homme.
Pourquoi nous insultez-TOus , quand tous pou- Tcz nous faire mourir ?
CHENU
Un moment. Si tu Teux mourir, ça n*est pas difficile; mais ta soi-disant femme pourrait être d'un autre aTis. Parle, citoyenne : Teux-tu te démarier? Il s'agit de toucher ce soir dans la fosse aTec un cadaTre^ ou dans un lit aTec un TiTant.