‹ Le lépreux de la cité d'AosteChapitre 3 sur 5 · I.H I.Kl'KEIX · texte numérisé non relu

I.H I.Kl'KEIX

De l'intérêt !... Je n'ai jamais excité que la pitié.

LE MlLIT.\IRi:.

Je me croirais heureux si je pouvais vous offrir quelque consolation.

broso ; e trovandone socchiusa la porta, ed entratovi per curiosità, vide un uomo semplicemente vestito, appoggiato a un albero e immerso in profonda meditazione. Al rumore fatto entrando dall'ufficiale, il solitario, senza rivolgersi, né rimirare, esclamò mestamente: « Chi è là, e che mi si vuole? » -« Scusato», rispose il militare, « un forestiero, cui la vista piacevole che fa il vostro giardino, ha forse tratto in indiscrezione, ma che non ha intenzione di turbarvi ». — « Non inoltrate », rispose, accennando colla mano, l'abitatore della torre, « non v'appressate a un misero infetto di lebbra». — « Qualunque sia la vostra miseria», rispose il viaggiatore, « io non me ne scosterò : non uso sfuggire i miseri ; bensì mi ritrarrò se vi dà noia la mia presenza ». — « Or siate il benvenuto». disse allora il Lebbroso, rivolgendosi a un tratto, « e r-imanete se dopo avermi mirato ve ne dà il cuore». Il militare fu alcun tempo immobile di stupore e di spavento alla vista dell'infelice interamente sfigurato dalla lebbra ; poi rispose : « Io rimarrò volentieri, se v'aggrada la vista di un un uomo qui tratto dal caso, ma ora trattenuto dall'interesse in lui vivamente destato ».

LEBBROSO.

Interesse ! lo non ho destato mai altro che pietà.

MILITARE

Mi terrei felice, se vi potessi offrire qualche confoi'to.

C'en est une grande pour moi de voir des hommes, d'entendre le son de la voix humaine, qui semble me fuir.

LE MILITAIRE

Permettez-moi donc de converser quelques moments avec vous et de parcourir votre demeure.

LE LÈPREIX.

Bien volontiers, si cela peut vous faire plaisir. (En disant ces mots, le lépreux se couvrit la U'te d'un large feutre dont les bords rabattus lui cachaient le visage). Passez, ajouta-t-il, ici, au midi. Je cultive un petit parterre de fleurs qui pourront vous plaire ; vous en trouverez d'assez rares. .Je me suis procuré les graines de toute celles qui croissent d'elles-mêmes sur les Alpes, et j'ai tâché de les faire doubler et de les embellir par la culture.

LE MILITAIRE

En effet, voilà des fleurs dont l'aspect est tout à fait nouveau pour moi.

LE LÈPRErX.

Remarquez ce petit buisson de roses : c'est le rosier sans épines, qui ne ci'oit que sur les hautes Alpes ; mais il perd déjà cette propriété, et il pousse des épines à mesure qu'on le cultive et qu'il se multiplie.

LE MILITAIRE

Il devrait être- l'emblème de l'ingratitude.

LEBBROSO.

Gran conforto mi è veder uomini, udir la voce umana clie pareva da me fuggire.

MILITARE

Lasciatemi discorrere alquanto con voi. e visitar vostra dimora.

LEBBROSO.

Molto volentieri se v'aggrada (e così dicendo si copri il capo di un ampio feltro, i lunghi orli del quale gli cadeau sul volto e glielo celavano) ; passate qua a mezzodì; io v'ho alcune aiuole di fiori che vi potranno piacere. Ne troverete di rari ; mi son procacciato i semi di tutti quelli che crescono naturalmente sulle Alpi, e mi sono adoprato ad averne di doppi, e ad abbellirli colla coltivazione.

MILITARE

In effetto ecco fiori del tutto nuovi per me.

LEBBROSO.

Mirate questo cespuglio. E la rosa senza spine ; non cresce altrove che sulle somme Alpi ; già perde qui la sua proprietà ; coltivata e moltiplicata, mette le spine.

MILITARE

Ei se ne farebbe un'impresa all'ingratitudine.

LE LKPREIX.

Si quelques uues de ces fleurs vous paraissent belles^ vous pouvez les prendre sans crainte, et vous ne courrez aucun risque en les portant sur vous. Je les ai semées, j'ai le plaisir de les arroser et de les voir, mais je ne les touche jamais (5).

LE MILITAIRE

Pourquoi donc ?

Je craindrais de les souiller, et je n'oserais plus les offrir.

LE MILITAIRE

A qui les destinez-vous ?

Les personnes qui m'apportent des provisions de l'hôpital ne craignent pas de s'en faire des bouquets. Quelquefois aussi les enfants de la ville se présentent à la porte de mou jardin. Je monte aussitôt dans la tour, de peur de les effrayer ou de leur nuire. Je les vois folâtrer de ma fenêtre et me dérober quelques fleurs. Lorsqu'ils s'en vont, ils lèvent les yeux vers moi : « Bonjour, Lèpnnur, » me disentils en riant, et cela me réjouit un peu.

LE MILITAIRE

Vous avez su réunir ici bien des plantes différentes: voilà des vig-nes et des arbres fruitiers de plusieurs espèces.

LEBBROSO.

Se alcuno di questi fiori vi aggrada, lo potete cogliere e portar senza timore ne rischio. Li ho seminati io ; ho il piacere d' inaffiarli e mirarli, ma non li tocco mai.

MILITARE

E perchè ?

Temerei infettarli, e non m'ardirei ofierirli piìi..

-MILITARE

E a chi sono eglino destinati ?

LEBBROSO,

Coloro che mi recano le provvisioni dell'ospitale se ne fanno mazzetti. Talora anco i ragazzi della città vengono alla porta del mio giardino ; io salgo sulla torre per non far loro spavento o danno ; li veggo dalla finestra andar qui scherzando, e involarmi qualche fiore; com'ei se ne vanno, alzano gli occhi dove son io : e « buon dì, Lebbroso », dicono ridendo : e ciò mi vien rallegrando alquanto.

MILITARE

Avete saputo raccogliere qui piante diversissime : ecco viti ed alberi fruttiferi di molte specie.

Les ai-bres sont encore jeunes : je les ai plantés moi-même, ainsi que cette vigne, que j'ai fait muntei' jusqu'au dessus du mur antique que voilà, et dont la largeur me forme un petit promenoir ; c'est ma place favorite... Montez le long de ces pierres ; <;'est un escalier dont je suis l'architecte. Tenez-vous au mur (6).

LE MILITAIRE

Le charmant réduit ! et comme il est bien fait pour les méditations d'un solitaire.

Aussi je l'aime beaucoup : je vois d'ici la campagne et les laboureurs dans les champs : je vois tout ■ce qiii se passe dans la prairie, et je ne suis vu de personne.

LE MILITAIRE

J'admire combien cette retraite est ti'anquille et solitaire. On est dans une ville, et l'on croirait être dans un désert.

La solitude n'est pas toujours au milieu dos forêts •et des rochers. L'infortuné est seul part<»ut.

LE MILITAIRE

Quelle suite d'événements vous amena dans cette retraite? Ce pays est-il votre patrie?

Je suis né sur les bonis de la mer, dans la principauté d'Oneille, et je n'habite ici que depuis quinze

LEBBROSO.

Gli alberi sono giovani ; io stesso li piantai insieme con quella vite che feci arrampicare su per quel muro antico. Lo spessore di questo mi serve come di una terrazza da passeggiarvi sopra, ed è il luogo dove io mi diletto più. Salite per que' sassi ; là è una scala architettata da me. Reggetevi al muro.

MILITARE

Piacevolissimo ridotto ! Quanto ben adattato alle meditazioni di un solitario !

LEBBROSO.

Ed io mi compiaccio assai ; veggo di qua i campi, i bifolchi: veggo quanto si va facendo nella prateria, e non sono veduto.

MILITARE

Vo ammirando quanto tranquillo e solitario sia questo ritiro. Dentro a una città, ei sembra pure un deserto.

LEBBROSO.

Né è sempre tra le selve e le rupi la solitudine ; il misero è solo per ogni dove.

MILITARE

Quali eventi vi condussero a questo ritiro ? E ella questa la vostra patria ?

LEBBROSO.

Io nacqui alla marina, nel principato d' Oneglia ;

ans. Quant à mon liistoii'e, elle n'est qu'une longue et uniforme calamité,

L1-: MILITAIRE

Avez-vous toujours vécu seul ? (7).

J'ai perdu mes parents dans mon enfance et je ne les connus jamais : une sœur qui me restait est morte depuis deux ans. Je n'ai jamais eu d'ami.

LE MILITAIRE

Infortuné !

Tels sont les desseins de Dieu,

LE MILITAIRE

Quel est votre nom, je vous prie ?

Ah! mon nom est terrible! je m'appelle le Lépreux! On ij^iiore dans le monde celui que je tiens de ma famille et celui que la religion m'a donne le jour de ma naissance. Je suis Ir Lépreux: voilà le seul titre que j'aie à la bienveillance des hommes. Puissent-ils ignorer éternellement qui je suis ! (8).

LE MILITAIRE

Cette sieur que vous avez perdue vivait-elle avec

VdUS ?

Elle a demeuré cinq ans avec moi dans cette même habitation où vous me voyez. Aussi malheureuse que moi, elle partageait mes ])eines, et je tachais d'adoucir les siennes.

né qui dimoro se non da quindici anni. La mia storia è una sola calamità.

MILITARE

E viveste voi sempre solo ?

LEBBROSO.

Perdetti da bimbo i miei parenti, ne li conobbi mai. Una sorella che mi rimaneva, mi è morta or sono due anni. D'amici non n'ebbi mai.

MILITARE

Infelice !

E disegno d'Iddio.

MILITARE

Pregovi : qual è il vostro nome ?

LEBBROSO.

Ah! terribil nome! Io mi chiamo il Lebbroso. Sono ignorati nel mondo il nome che io ebbi da mia famiglia, e quello datomi dalla religione il di eh' io nacqui. Io sono il Lebbroso. E il titolo solo ch'io m'abbia alla benevolenza degli uomini. Deh ! non sappiano altrimenti mai eh' io mi sono.

MILITARE

Quella sorella che perdeste, viveva ella con voi ?'

LEBBROSO.

Cinque anni dimorò meco in questo abituro; misera al par di me, ella s'avea parte delle mie pene, ed io mi sforzava addolcire le sue.

LE MILITAIRE

Quelles peuvent être maintenant vos occupations, dans une solitude aussi profonde ?

Le détail des occupations d'un solitaire tel que moi ne pourrait être que bien monotone pour un liomme du monde, qui trouve son bonheur dans l'activité de la vie sociale.

LE MILITAIRE

Ah ! vous connaissez peu ce monde, qui ne m'a jamais donné le bonheur. Je suis souvent solitaire par choix, et il y a peut-être plus d'analogie entre nos idées que vous ne le pensez; cependant, je l'avoue, une solitude éternelle m'épouvante ; j'ai de la peine à la concevoir.

LE LÎil'RErX.

« Celui qui chérit sa cellule y trouvera la paix »: V Iwitation de Jèsiis-Christ nous l'apprend. Je commence par éprouver la vérité de ces paroles consolantes. Le sentiment de la solitude s'adoucit aussi par le travail. L'homme qui travaille n'est jamais complètement malheureux, et j'en suis la preuve. Pendant la belle saison, la culture de mon jardin et de mon parterre m'occupe suflisamment ; pendant l'hiver, je fais des corbeilles et des nattes ; je travaille à me faire des habits ; je prépai'e chaque jour moi-même ma nourriture avec les provisions qu'on m'apporte de rhòj)ital, et la prière remplit les heures que le travail me laisse. Enfin l'aimée s'écoule, et, lorsqu'elle est passée, elle me parait encoi'e avoir été bien courte.

MILITARE

Ed ora, in tanta solitudine, quali occupazioni poteteavervi ?

LEBBROSO.

Troppo fastidiosi riuscipebbono i particolari di mia vita solitaria a chi s'aggira e vive felice e attivo in mezzo al mondo.

MILITARE

Ah ! voi conoscete poco quel mondo onde mai non venne felicità. Io pure sovente di propria volontà divento solitario; e forse i nostri pensieri s'incontrano più che non credereste. Ma una solitudine eterna gli è vero che mi sgomenta, e duro fatica a immaginarmela.

LEBBROSO.

«Chi porta amore alla sua cella, vi troverà la pace»: ce l'insegna V IniUazione di Cristo. Io comincio a provare la verità di queste parole consolatrici. E s'addolcisce puranco la solitudine con lavorare. Chi lavora non può esser misei'o intieramente mai : ed io ne fo sperimento. Durante la buona stagione basta ad occuparmi la coltivazione del mio giardino; all'inverno vo tessendo sporte, stuoie, e fo da me i miei abiti. Ogni giorno io m'apparecchio da me il mio vitto con le provvisioni recatemi dall'ospitale; e la preghiera compie l'ore lasciatemi dal lavoro. Finalmente scorre l'anno, e passato, ei mi pare ancor esser stato breve.

— SO- LE MILITAIRE

Elle devrait vous paraître un siècle.

Les maux et les chagrins font paraître les heures longues; mais les années s'envolent toujours avec la même rapidité. II est d'ailleurs encore, au dernier terme de l'infortune, une jouissance que le commun des hommes ne peut connaître, et qui vous paraîtra bien singulière : c'est celle d'exister et de respirer. Je passe des journées entières de la bolle saison, immobile sur ce rempart, à jouir de l'air et de la beauté de la nature : toutes mes idées alors sont vagues, indécises : la tristesse repose dans mon cœur sans l'accabler ; mes regards errent sur cette campagne et sur les rochers qui nous environnent ; ces différents aspects sont tellement empreints dans ma mémoire, qu'ils font, pour ainsi dire, partie de moimême, et chaque site est un ami que je vois avec plaisir tous les jours.

LE MILIT.\IRE

J'ai souvent éprouvé quelque chose de semblable. Lorsque le chagrin s'appesantit sur moi. et que je ne trouve pas dans le cœur des hommes ce que le mien désire, l'aspect de la nature et des choses inanimées me console; je m'affectionne aux rochers et aux arbres, et il me semble que tous les êtres de la création sont des amis que Dieu m"a donnés.

LE LÈI'KEIX.

Vous m'encouragez à vous ex})liquer à mon tour ■ce qui se passe en moi. .J'aime véritablement le$ ob-

MILITARE

Ei dovrebbe parervi un intiero secolo.

LEBBROSO.

I mali 0 le pene fanno si parer lunghe le ore : ma gli anni volan rapidi sempre al medesimo modo. Del resto ei v'ha nell'estrema miseria un piacere non sentito da altrui, e che forse vi parrà strano, il piacere d'esistere e respirare. Io passo intieri giorni della bella stagione immobile su questo muro a godermi l'aria e la bellezza della natura. Vagano allora indistinti miei pensieri : e la tristezza posa bensì sul mio cuore, ma non l'affoga. Errano miei sguardi su quella campagna e sulle rupi che ne circondano. Le loro forme diverse sono scolpite in modo nella mia memoria, che fanno come parte di me stesso, ed ogni sito m'è, a guisa di amico, riveduto volentieri ogni di.

MILITARE

Io pure sovente provai non dissimili affetti. Quando s'aggrava su me il dolore, e non trovo nel cuor degli uomini ciò che brama il mio, mi sento pur consolato dalla vista della natura inanimata ; prendo amore alle rupi ed agli alberi, ed ogni creatura di Dio mi sembra come un amico datomi da lui.

Voi mi fate animo a spiegarvi i miei intimi pensieri. Egli è un vero amore quello che ho messo a

jets qui sont, pour ainsi dire, mes compagnons de vie, et que je vois chaque jour: aussi, tous les soirs, avant de me retirei' dans la tour, je viens saluer les glaciers de Ruitor , les bois sombres du mont Saint-Bernard, et les pointes bizarres qui dominent la vallée des Rhômes. Quoique la puissance de Dieu soit aussi visible dans la création d'une fourmi que dans celle de l'univers entier, le grand spectacle des montagnes en impose cependant davantage à mes sens : je ne puis voir ces masses énormes, recouvertes de glaces éternelles, sans éprouver un étonnement religieux ; mais, dans ce vaste tableau qui m'entoure, j'ai des sites favoris et que j'aime de préférence ; de ce nombre est l'ermitage que vous voyez là-haut, sur la sommité de la numtagne de Charvensod. Isolé au milieu des bois, auprès d'un champ désert, il re(;oit les derniers rayons du soleil couchant. Quoique je n'y aie jamais été, j'éprouve un plaisir singulier à le voii'. Lorsque le jour tombe, assis dans mon jardin, je fixe mes regards sur cet ermitage solitaire, et mon imagination s'y repose. Il est devenu pour moi une espèce de propriété ; il me semble qu'une réminiscence confuse m'appi-end que j'ai vécu là jadis dans des temps plus heureux, et dont la mémoire s'est effacée en moi. .l'aime surtout à contempler les montagnes éloignées qui se confondent avec le ciel dans l'horizon. Ainsi que l'avenir, l'éloignement fait naître en moi le sentiment de l'espérance, mon C(jeur opprimé croit qu'il existe peutêtre une terre bien éloignée, où, à une époque de l'avenir, je pourrai goûter enfin ce bonheur pour lequel je soupire, et qu'un instinct secret me présente sans cesse comme possible.

TOUR OU LÉPt^EUX

(Bastion romain)

dans l'enclos de l'Hospice de Charité d'Aoste l lie du couchant

Page 1