Tour de Bramafan près de Porta principalis de X tra
2. Bord du fossé où apparaissent les fondements romains à trois mètres sous le sol actuel.
tutti questi oggetti compagni di mia vita, e ritrovati da me ogni giorno. La sera, prima di raccogliermi alla torre, vengo a salutare i diacciai del Ruitor, le cime selvose del San Bernardo, e le bizzarre guglie sovrastanti a Val di Rhemes. Quantunque la potenza di Dio si possa scorgere nella creazione di una formica, come in quella dell'universo, tuttavia la magnificenza dei monti mi si la ammirar più, ne scorgo mai senza stupor religioso quelle moli smisurate e vestite di eterni diacci. Ho poi in quella vasta scena che mi circonda certi luoghi favoriti che io cerco anche con piìi amore. Cosi quel romitoio che potete scorgere lassìi, sulla somma Alpe di Charvensod, solingo fra que' boschi con appresso un campo deserto, oi riceve gli ultimi raggi del sol cadente ; e benché io non vi sia stato mai, provo pure uno special diletto a mirarlo. Seduto nel mio giardino quando vien meno il giorno, fermo mio guardo là, e vi riposo l'immaginazione. Ei ni' è diventato come una proprietà mia; mi sembra come se mi ricordassi confusamente d'essere vissuto là in giorni migliori e di smarrita memoria. Mi compiaccio sopratutto a contemplare i monti lontani che si perdono nel cielo all'orizzonte. La lontananza è per me come il tempo avvenire che desta speranza ; mio cuore oppresso immagina luoghi lontanissimi e tempi futuri, dove forse mi sarà conceduta finalmente quella felicità alla quale sospiro, e che un intimo senso porge di continuo a mia mente come possibile.
— SA- LE MILITAIRE
Avec une âme ardente comme la vôtre, il vous a fallu sans cloute bien des efforts pour vous résigner à voire destinée, et pour ne pas vous abandonner au désespoir.
Je vous tromperais en vous laissant croire que je suis toujours résigné à mon sort ; je n'ai point atteint cette abnégation de soi-même où quelques anachorètes sont parvenus. Ce sacrifice complet de toutes les affections humaines n'est point encore accompli ; ma vie se passe en combats continuels, et les secours puissants de la religion elle-même ne sont pas toujours capables de réprimer les élans de mon imagination. Elle m'entraine souvent malgré moi dans un océan de désirs chimériques, qui tous me ramènent vers ce monde dont je n'ai aucune idée, et dont l'image fantastique est toujours présente pour me tourmenter.
LE MILITAIRE
Si je pouvais vous faire lire dans mon âme, et vous donner du monde l'idée que j'en ai, tous vos désirs et vos regrets s'évanouiraient à l'instant.
En vain quelques livres m'ont instruit de la perversité des hommes et des malheurs inséparables de l'humanité ; mon coîur se refuse à les croire. Je me représente toujours des sociétés d'amis sincères et
MILITARE
Con SÌ ardente animo molti sforzi vi avrà pur costato il rassegnarvi e non abbandonarvi alla disperazione.
LEBBROSO.
V'ingannerei se vi lasciassi credere ch'io sia sempre rassegnato ; ne sono arrivato per anco a quella rinuncia di me stesso alla quale giunsero certi anacoreti. Non è compiuto quel sacrifizio di tutti gli affetti umani ; mia vita si trascina fra un continuo combattere, e gli stessi potenti aiuti della religione non bastano sempre a reprimere mia fantasia. Ella mi trae sovente a mio malgrado in un mare di desideri chimerici, in quel mondo di che non ho idea, e di che la vana immagine m'è pur sempre presente a straziarmi.
MILITARE
Deh ! potess'io farvi leggere nel mio animo e darvi del mondo l'idea che ne ho, che svanirebbero facilmente i vostri desideri e i vostri rincrescimenti!
LEBBROSO.
Invano alcuni libri mi hanno detto la perversità degli uomini e le disgrazie inseparabili dell'umanità ; mio cuore non vuol loro credere. Io vo sempre immaginando compagnie di amici sinceri e virtuosi;
vei'tueux ; des époux assortis, que la santé, la jeunesse et la fortune réunies comblent de bonheur. Je crois les voir errants ensemble dans des bocages plus verts et plus frais que ceux qui me prêtent leur ombre, éclairés par un soleil plus brillant que celui qui m'éclaire, et leur sort me semble plus digne d'envie, à mesure que le mien est plus misérable. Au commencement du printemps, lorsque le vent du Piémont souffle dans notre vallée (9), je me sens pénétré par sa chaleur vivifiante, et je tressaille malgré moi. J'éprouve un désir inexplicable et le sentiment confus d'une félicité immense dont je pourrais jouir et qui m'est refusée. Alors je fuis de ma cellule, j'erre dans la campagne pour l'espirer plus librement. J'évite d'être vu par ces mêmes hommes que mon cœur bride de rencontrer ; et du haut de la colline, caché entre les broussailles comme uno bête fauve, mes regards se portent sur la ville d'Aoste. Je vois de loin, avec des yeux d'envie, ses heureux habitants qui me connaissent à peine ; je leur tends les mains en gémissant, et je leur demande ma portion de bonheur. Dans mon transport, vous l'avouerai-je ? j'ai quelquefois serré dans mes bras les arbres de la forêt, en priant Dieu de les animer pour moi, et de me donner un ami ! Mais les arbres sont muets; leur froide écorcc» me repousse; elle n'a rien de commun avec mon cœiu\ qui palpite et qui brûle. Accablé de fatigue, las de la vie, je me traîne de nouveau dans ma retraite, j'expose à Dieu mes tourments, et la prière ramène un peu de calme dans mon âme.
Sposi ben accoppiati, e per gioventù e per salute e fortuna felicissimi. Credo vederli errare insieme tra più verdeggianti e più freschi vezzi che non sono queste piante che m'ombreggiano, ed irradiati da un sole più chiaro che non questo che a me luce ; ed essi mi sembrano tanto più invidiabili, quanto più misero io. Al venir della primavera, quando il vento di Piemonte s'ingolfa nella vallea, io mi sento penetrare dal suo calor vivificante, che involontariamente mi corre per le ossa. Allora provo un inesplicabile desiderio, ed un confuso senso d'immensa felicità, di che pur sarei capace, ma che non mi è dato godere. Allora fuggo daila mia cella ; allora corro a respirar più libero ne' campi. Schivo d'esser veduto da quegli uomini cui mio cuore arde incontrare; e dal sommo del colle, appiattato come una belva dalla macchia, i miei sguardi cadono sulla città di Aosta. Veggo da lontano e con occhio d'invidia i suoi fortunati abitatori che appena mi conoscono ; ed io tendo loro gemebondo le mani dimandando la mia parte di felicità. Ne' miei trasporti (dirovvelo io?) talora io strinsi fra le mie braccia gli alberi della selva, e pregai Dio che li animasse per me, e mi desse un amico. Ma gli alberi son muti ; la loro fredda scorza mi respinge ; non hanno nulla di simile al mio cuore che palpita ed arde. Oppresso, languente di fatica, lasso della vita, torno strascinandomi al mio ridotto; spiego a Dio i miei tormenti, e la preghiera riconduce un po' di quiete nell'animo mio.
LE MILITAIRK.
Ainsi, pauvre malheupeux, vous souffrez à la fois tous les maux de l'âme et du corps ?
Ces derniers ne sont pas les plus cruels !
LE MILITAIRE
Il vous laissent donc quelquefois du relâche ?
Tous les mois ils augmentent et diminuent avec 1& cours de la lune. Lorsqu'elle commence a se montrer, je souffre ordinairement davantage ; la maladie diminue ensuite, et semble changer de nature : ma peau se dessèche et blanchit, et je ne sens presque plus mon mal ; mais il serait toujours supportable sans les insomnies affreuses qu'il me cause (10).
LE MILITAIRE
Quoi ! le sommeil môme vous abandonne !
Ah! Monsieur, les insomnies! les insomnies! Vous ne pouvez vous figurer combien est longue et triste une nuit qu'un malheureux passe tout entière sans fermer l'œil, l'esprit fixé sur une situation affreuse et sur un avenir sans espoir. Non ! personne ne peut le comprendre. Mes inquiétudes augmentent à mesure que la nuit s'avance ; et lorsqu'elle est près de finir, mon agitation est telle que je ne sais plus que devenir : mes pensées se brouillent ; j'éprouve un sentiment extraordinaire que je ne trouve jamais on
MILITARE
Così, povero infelice ! voi patite a un tempo e i dolori dell'anima e quelli del corpo.
LEBBROSO.
Gli ultimi non sono i più cocenti.
MILITARE
Adunque ei vi lasciano talora un po' di respiro.
LEBBROSO.
Ogni mese crescono e scemono col corso della luna. Come ella incomincia a innoltrarsi, soglio patir più; poscia il male diminuisce e sembra cambiar natura ; mia pelle s'essicca e imbianca, e allora quasi non sento più il male. E lo terrei pur sempre per tollerabile, se non fossero le notti insonni.
MILITARE
E che ! siete voi pure abbandonato dal sonno ?
LEBBROSO.
Oh! le notti insonni! signor mio! le notti insonni! Voi non vi figurate quanto lunga e trista sia la notte di un infelice passata senza serrar palpebra ; lo spirito fermo su una situazione orrenda ed un avvenire disperato. No, noi può intendere niun uomo. Quanto più innoltra la notte, tanto mi si accresce l'inquietudine ; e come quella è presso a finire, la mia agitazione si fa tale che io non mi so più che diventare. Miei pensieri si rimescolano, e provo uno strano sentimento che, passati quei terribili momenti, io stesso
moi que dans ces tristes moments. Tantôt il me semble qu'une force irrésistible m'entraîne dans un gouffre sans fond ; tantôt je vois des taches noires devant mes yeux ; mais pendant que je les examine, elles se croisent avec la rapidité de l'éclair, elles grossissent en s'approchant de moi, et bientôt ce sont des montagnes qui m'accablent de leur poids. D'autres fois aussi je vois des nuages sortir de terre autour de moi, comme des flots qui s'enflent, qui s'amoncellent et menacent de m'engloutir : et lorsque je veux me lever pour me distraire de ces idées, je me sens comme retenu par des liens invisibles qui m'ôtent les forces. Vous croirez peut-être que ce sont des songes ; mais non, je suis bien éveillé. Je revois sans cesse les mêmes objets, et c'est une sensation d'horreur qui surpasse tous mes autres maux.
LE MILIT.MRE
Il est possible que vous ayez la fièvre pendant ces cruelles insomnies, et c'est elle sans doute qui vous cause cette espèce de délire.
Vous croyez que cela peut venir de la tièvre ? Ah ! je voudrais bien que vous disiez vrai. J'avais craint jusqu'à présent que ces visions ne fussent un symptôme de folie, et je vous avoue que cela m'inquiétait beaucoup. Plût à Dieu que ce fût en effet la fièvre!
LE MILITAIRE
Vous m'intéressez vivement. J'avoue que je ne mo serais jamais fait l'idée d'une situation semblable a
più non intendo. Or mi sembra che un* invisibile forza mi trascini seco in una voragine senza fondo; ora veggo dinanzi a' miei occhi certe macchie nere, che, come le osservo, rapidissimamente elle balenano le une contro le altre, e crescendo mi si accostano, e in breve son monti sotto il cui peso io soccombo. Altre volte veggo dalla terra a me intorno uscir nuvole, e come fiotti che gonfiano e s'ammontano e minacciano sprofondarmi. Se per iscuotere quelle visioni mi voglio alzare, io mi sento come trattenuto da invisibili legami, che mi levano le forze. Crederete forse che siano sogni : ma no, mi sento desto e mi si rinnovano senza fine i medesimi oggetti, ed è una sensazione di orrore, che sorpassa ogni altro mio male.
MILITARE
Forse durante queste notti insonni voi avete la febbre ; é certo ella è che vi causa questa sorte di delirio.
LEBBROSO.
Credete voi che possa essere la febbre ? Ah ! ben vorrei diceste il vero : temevo finora quelle visioni non fossero un sintomo di pazzia ; e troppo mi penava, ve lo confesso. Dio voglia sia la febbre in effetto !
MILITARE
Voi destate in me un vivo interesse alla vosti'a sorte: ne me la sarei ideata mai. Penso pure ch'ella
la vôtre. Je pense cependant qu'elle devait être moins triste lorsque votre sœur vivait.
Dieu sait lui seul ce que j'ai perdu par la mort de ma S(jeur. — Mais ne craignez-vous pas do vous trouver si près de moi ? Asseyez-vous ici, sur cette pierre : je me placerai derrière le feuillage, et nous converserons sans nous voir.
LE MILITAIRE
Pourquoi donc ? Non. vous ne me quitterez point, placez-vous près de moi. (En disant ces mots, le voyageur fit un mouvement involontaire pour saisir la main du Lépreux, qui la retira avec vivacité).
LE LÈPRELX.
Imprudent ! vous alliez saisir ma main î
LE MILITAIRE
Eh bien, je l'aurais serrée de bon cu'ur.
LE LÈrRElX.
Ce serait la première fois que ce bonheur m'aurait été accordé : ma main n'a jamais été serrée par personne.
LE MILITAIRE
Quoi donc ! hormis cette sœur dont vous m'avez parlé, vous n'avez jamais eu de liaison, vous n'avez jamais été chéri par aucun de vos semblables ?
LE LÈPREI'X.
Heureusement pour l'humanité, je n'ai plus de semblable sur la terre.
doveva essere meno trista quando viveva vostra sorella.
LEBBROSO.
Dio sa quanto perdetti con mia sorella. Ma non temete voi d'esser troppo vicino? Sedete qua su questa pietra, io mi porrò dietro a quelle frasche, e discorreremo senza vederci.
MILITARE
Perchè? Perchè? Non voglio che mi lasciate; mettetevi qui presso a me (cosi dicendo il viaggiatore lece atto involontariamente di prender la mano al Lebbroso, che la ritrasse con vivacità).
LEBBROSO.
Imprudente ! Voi stavate per prender mia mano.
MILITARE
Ebbene, l'avrei stretta di buon cuore.
LEBBRO.SO.
E per la prima volta di mia vita mi sarebbe stata conceduta tal felicità : la mano mia non fu mai stretta da persona.
MILITARE
E che ! Oltre la sorella che mi avete detto, non aveste mai famigliarità, non foste amato mai da ninno de' vostri simili ?
LEBBROSO.
Per buona fortuna degli uomini non ho più simili sulla terra.
LK MILITAIRE
Vous me faites frémir !
Pardonnez, compatissant étranger ! vous savez que les malheureux aiment à parler de leurs infortunes.
LE MILITAIRE
Parlez, parlez, homme intéressant ! vous m'avez, dit qu'une so^ur vivait jadis avec vous, et vous aidait à supporter vos souffrances.
C'était le seul lien par lequel je tenais encore au reste des humains ! 11 plut à Dieu de le rompre et de me laisser isolé et seul au milieu du monde. Son âme était digne du ciel qui la possède, et son exemple me soutenait contre le découragement (jui m'accable souvent depuis sa mort. Nous ne vivions cependant pas dans cette intimité délicieuse dont je me fais une idée, et qui devrait unir des amis malheureux. Le genre de nos maux nous privait de cette consolation. Lors même que nous nous rapprocliions pour prier Dieu, nous évitions réciproquement de nous regarder, de peur que le spectacle do nos maux no troublât nos méditations, et nos regards n'osaient plus se réunir que dans le ciel. Après nos prières, ma s(eur se retirait ordinairement dans sa cellule, ou sous les noisetiers qui terminent le jardin, et nous vivions presque toujours séparés.
LE MILITAIRE
Mais pourquoi vous imposer celte dure contrainte?
MILITARE
Mi fate rabbrividire.
LEBBROSO.
Perdonate, buon forestiero, agli infelici giova parlare delle proprie miserie.
MILITARE
Parlate, parlate, povero uomo ! Mi diceste che viveva già con voi una sorella e v'aiutava a portare i vostri dolori.
LEBBROSO.
Era il solo vincolo che mi stringesse col rimanente degli uomini. Piacque a Dio romperlo, e lasciarmi solo nel mondo. L'anima di lei era degna del cielo, che ora la possiede : e il suo esempio mi reggeva contro l'avvilimento, che dopo la morte di lei sovente mi opprime. Tuttavia non si viveva tra noi in quell'intimità di che m'immagino delizie, e che dovrebb'essere tra due infelici. La qualità del nostro male ci vietava tal conforto. Quando ci accostavamo per pregare, scansavamo di mirarci l'un l'altro, per timore non fossero le nostro meditazioni turbate dalla vista dei nostri mali ; e i nostri sguardi non ardivano incontrai'si altrove che in cielo. Finite le orazioni, mia sorella solea ritirarsi nella sua cella, o sotto i nocciuoli in fondo del giardino, e si viveva quasi sempre separati.
MILITARE
E perche farvi da voi quella violenza ?
Lorsque ma s(Kur fut attaquée par la maladie contagieuse dont toute ma famille a été la victime, et qu'elle vint partager ma retraite, nous ne nous étions jamais vus : son effroi fut extrême en m'apercevant pour la première fois. La crainte de l'atîligor, la crainte plus grande encore d'augmenter son mal en l'approchant, m'avait forcé d'adopter ce triste genre de vie. La lèpre n'avait attaqué que sa poitrine, et je conser\ais encore quelque espoir de la voir guérir. Vous voyez ce reste de treillage que j'ai négligé: c'était alors une haie de houblon que j'entretenais avec soin et qui partageait le jardin en deux parties. J'avais ménagé de chaque côté un petit sentier, le long duquel nous pouvions nous promener et converser ensemble sans nous voir et sans trop nous approcher (II).
LE MILITAIRE
Oh dirait que le ciel se plaisait à empoisonner les tristes jouissances qu'il vous laissait.
Mais du moins je n'étais pas seul alors : la présence de ma soeur rendait cette retraite vivante. J'entendais le bruit de ses pas dans ma solitude. Quand je revenais à l'aube du jour prier Dieu sous ces arbres, la porte de la tour s'ouvrait doucement, et la voix de ma sœur se mêlait insensiblement à la mienne. Le soir, lorsque j'arrosais mon jai'din, elle se promenait quelquefois au soleil couchant, ici, au même endroit où je vous parle, et je voyais son
LEBBROSO.
Quando mia sorella fu invasa dal male, che spense tutta la nostra famiglia, ed ella venne a partecipare la mia solitudine, noi non ci eravamo veduti mai; fu tutta spaventata mirandomi per la prima volta. Il timore d'affliggerla, quello anche maggiore di accrescere il suo male accostandomele, mi fece prendere quel modo di vivere. La sua lebbra era solamente sul petto, ed io pur serbava speranza che ne guarisse. Mirate là quel resto di graticcio ora negletto : era una spalliera di luppoli che io teneva ben in ordine, e partiva il giardino in due. Dalle due bande ci avea condotti due viottoli, lungo i quali potevamo ognuno camminare e discorrere insieme, senza pur vederci ne troppo accostarci.
MILITARE
E si direbbe che il cielo si compiacesse in amareggiarvi i tristi conforti, che vi lasciava.
LEBBROSO.
Ma non ero io solo, almeno a quel tempo. La presenza di mia sorella metteva vita in questa solitudine: io vi udiva i suoi passi ; all'alba, quando tornavo sotto questi alberi a pregare, la porta della torre si apriva dolcemente, e la voce di mia sorella a poco a poco aggiungevasi alla mia voce. A sera, quando inaffiavo il giardino, ella talvolta passeggiava qui al sol cadente, qui dove io parlo, e scorgevo sua ombra passare e
ombre passer et repasser sur mes fleurs. Lnrs même que je ne la voyais pas, je trouvais partout des traces de sa présence. Maintenant il ne m'arrive plus de rencontrer sur mon chemin une fleur eff'euillêe, ou quelques branches d'arbrisseau qu'elle y laissait tomber en passant : je suis seul : il n'y a plus ni mouvement ni vie autour de moi, et le sentier qui conduisait à son bosquet favori disparaît déjà sous l'herbe. Sans paraître s'occuper de moi, elle veillait sans cesse à ce qui pouvait me faire plaisir. Lorsque je renti'ais dans ma chambre, j'étais quelquefois surpris d'y trouver des vases de fleurs nouvelles, ou quelque beau fruit qu'elle avait soigné elle-même. Je n'osais pas lui rendre les mêmes services, et je l'avais même priée de ne jamais entrer dans ma chambre ; mais qui peut mettre des bornes à l'affection d'une sœur ? Un seul trait pourra vous donnei' une idée de sa tendi-esse pour moi. Je marchais une nuit à grands pas dans ma cellule, tourmenté de douleurs aff'reuses. Au milieu de la nuit, m'étant assis un instant pour me reposer, j'entendis un bruit léger à l'entrée de ma chambre. J'approche, je prête l'oreille : jugez de mon étonnement ! c'était ma sceur qui priait Dieu en dehors sur le seuil do ma porte. Elle avait entendu mes plaintes. Sa tendresse lui avait fait craindre de me troubler ; mais elle venait pour être à portée de me secourir au besoin. Je l'entendis qui récitait à voix basse le Misei'crc. Je me mis à genoux près de la porte, et, sans l'interrompre, je suivis mentalement ses paroles.
ripassare su' miei tiofi. Quando non la vedeva, ritrovavo dovunque le vestigie di sua presenza. Ora non m'abbatto più, passeggiando, né su un fiore sfogliato^ né su qualche ramoscello lasciato cadere da lei passando. Solo rimango: più non v'ha intorno a me moto ne vita : e il sentiero che la portava al suo caro boschetto, ora ecco scomparisce sotto l'erba. Senza far vista di aver cura di me, ella di continuo attendendeva a quanto mi poteva dilettare. Talora^ tornando nella camera vi trovavo un vaso di fiori novelli, 0 un bel frutto colto di sua mano. Non ardivo io renderle le medesime cure, e l'avevo anzi pregata di non entrar mai nella mia camera. Ma chi può limitar l'amore d'una sorella? Ne giudicherete da un solo fatto. Una notte io canìniinava a gran passi nella mia cella, tormentato da orrendi dolori. Inoltrata già la notte, e sedutomi un momento per riposare, udii un leggiero rumore alla porta. Mi accosto, presto l'orecchio: pensate che stupore! Era mia sorella di fuori sul limitare che pregava. Aveva udito il mio lamentare ; il suo tenero amore lo faceva temere di turbarmi, ma olk\ veniva per essere in pronto a soccorrermi. L'udii che recitava a voce bassa il Miseì'cre', m'inginocchiai di qua dell'uscio, e senza interromperla seguitai mentalmente le sue parole. I miei occhi erano-
Mes yeux étaient pleins de larmes : qui n'eût été touché d'une telle affection? Lorsque je crus que sa prière était terminée : « Adieu ma sœur, lui dis-je à voix basse, adieu, retire-toi, je me sens un peu mieux ; que Dieu te bénisse et te récompense de ta piété ! » Elle se retira en silence, et sans doute sa prière fut exaucée, car je dormis enfin quelques heures d'un sommeil tranquille.
LE MILITAIRE
Combien f)nt dii vous paraître tristes les premiers jours qui suivirent la mort de cette sœur chérie !
Je fus longtemps dans une espèce de stupeur qui m'ôtait la faculté de sentir toute l'étendue de mou infortune: lorsqu' enfin je revins à moi, et que je fus à même de juger de ma situation, ma raison fut prête à m'abandonner. Cette époque sera toujours doublement triste pour moi: elle me rappelle le plus grand de mes maliieurs, et le crime qui faillit en •être la suite.
LE MILITAIRE
Un crime ! je ne puis vous en croire capable.
Cela n'est que trop vrai, et eu vous racontant •cette époque de ma vie, je sens trop que je perdrai beaucoup dans votre estime ; mais je ne veux pas me peindre meilleur que je ne suis, et vous me plaindrez peut-être vn me condamnant. Déjà, dans ■quelques accès de mélancolie, l'idée de quitter cette
gonfi di lacrime. Chi avrebbe potuto non essere tocco da tanto affetto ? Quando pensai che dovesse essere finita la orazione, — addio sorella, — le dissi pianamente, — addio; or ritratti, io mi sento pur meglio. Dio ti benedica ! e ti rimeriti la tua pietà ! — Ella si ritrasse tacendo ; e sua preghiera dovette essere esaudita, che io dormii finalmente alcune ore di un sonno tranquillo.
MILITARE
Come tristi dovettero parervi i primi giorni dopo la morte di quella amata sorella !
Fui grau tempo come stupido, incapace di sentire quanta fosse la mia miseria ; ma quando in ultimo tornai in me, e potetti intendere la mia situazione, fui presso a perdere il senno. Quel tempo mi sarà sempre due volte triste, ripensando alla maggiore delle mie disgrazie, e al delitto che per poco le tenne dietro.
MILITARE
Un delitto ! Non posso credervene capace.
LEBBROSO.
Pur li'oppo è vero ; e narrandovi quel momento di mia vita, pur troppo io sono per perdere gran parte della vostra stima. Ma non voglio farmi migliore di quello che sono, e voi, condannandomi, avrete pure pietà di me. Già in alcuni assalti di malinconia m'era venuto il pensiero di lasciar volontà-
vie volontairement s'était présentée à moi : cependant la crainte de Dieu me Tavait toujours fiiit repousser^ lorsque la circonstance la plus simple et la moins faite en apparence pour me troubler pensa me perdre pour l'éternité. Je venais d'éprouver un nouveau chagrin. Depuis quelques années un petit chien s'était donné à nous : ma sœur l'avait aimé, et je vous avoue qiie depuis qu'elle n'existait plus, ce pauvre animal était une véritable consolation pour moi.
Nous devions sans doute à sa laideur le choix qu'il avait fait de notre demeure pour son refuge. Il avait été rebuté par tout le monde ; mais il était encore un trésor pour la maison du Lépreux. En reconnaissance de la faveur que Dieu nous avait accordée en nous donnant cet ami, ma sœur l'avait appelé Miracle ; et son nom, qui contrastait avec sa laideui-, ainsi que sa gaieté continuelle, nous avait souvent distraits de nos chagrins. Malgré le soin que j'en avais, il s'échappait quelquefois, et je n'avais jamais pensé que cela put être nuisible à personne. Cependant quelques habitants de la ville s'en alarmèrent, et crurent qu'il pouvait porter parmi eux le germe de ma maladie: ils se déterminèrent h porter des plaintes au commandant, qui ordonna que mon chien fût tué sui'le-champ. Des soldats, accompagnés de quelques habitants, vinrent aussitôt chez moi pour exécuter cet ordre cruel ; ils lui passèrent une corde au cou en ma présence et l'entraînèrent. Lorsqu'il fut à la porte du jardin, je ne pus m'empècher de le regarder encore une fois : je le vis tourner ses yeux vers moi
riamente questa vita ; tuttavia, il timor di Dio me l'aveva sempre fatto cacciare ; quando un avvenimento semplicissimo, e in apparenza il men degno •di turbarmi, poco mancò che non mi perdesse in «terno. Avevo provata una novella pena. Da alcuni anni s'era da se dato a noi un cagnolino ; mia sorella l'aveva tenuto caro ; e dopo che ella non ei-a pili, confesso che quel povero animale m'era una vera consolazione. Alla sua bruttezza, senza dubbio, eravamo debitori della scelta da lui fatta del nostro abituro per suo rifugio. Ributtato dal mondo, era pur un tesoro in casa di un lebbroso. In ricognizione del favore fattoci da Dio nel concederci quell'amico, mia sorella l'aveva chiamato J///v/ro/o; e quel nome, contrastante colla sua bruttezza, e ancora la incessante sua allegria, ci avevano spesso distratti dalle nostre pene. Non ostante la cura che n'avevo, egli pur talvolta scappava ; ma non avevo pensato mai che potesse nuocere a persona. Tuttavia alcuni cittadini se ne sbigottirono, temendo non potesse recar fra loro l'infezione del mio malore. Deliberarono, lagnaronsene al Comandante; e questi ordinò fosse immediatamente ucciso il mio cane. Vennero soldati e cittadini a eseguire il crudel ordine ; allacciarongli, dinanzi a me, una fune al collo, e cos'i lo strascinarono. Come fu alla porta del giardino, io lo vidi rivolger gli occhi
pour me demander un sccoui-s que je ne pouvais lui donner. On voulait le noyer dans la Doire : mais la populace, qui l'attendait au deliors, l'assomma à coups de pierres. J'entendis ses cris, et je rentrai dans ma tour plus mort que vif; mes genoux tremblants ne pouvaient me soutenir : je me jetai sur mon lit dans un état impossible à décrire. Ma douleur ne me permit de voir, dans cet oivlre juste, mais sévère, qu'une barbarie aussi atroce qu'inutile ; et quoique j'aie honte aujourd'hui du sentiment qui m'animait alors, je ne puis encore y penser de sang-froid. Je passai toute la journée dans la plus grande agitation. C'était le dernier être vivant qu'on venait d'arracher d'auprès de moi, et ce nouveau coup avait rouvert toutes les plaies de mon cteur (12).
Telle était ma situation, lorsque le même jour,, vers le coucher du soleil , je vins m' asseoir ici, sur cette pierre où vous êtes assis maintenant. J'y réfléchissais depuis quelque temps sur mon triste sort, lorsque là-bas, vers ces deux bouleaux qui terminent la haie, je vis paraître deux jeunes époux qui venaient de s' unir depuis peu. Ils s' avancèrent le long du sentier, à travers la prairie, et passsèrent près de moi. La délicieuse tranquillité qu'inspire un bonheur certain était empreinte sur leurs belles physionomies; ils marchaient lentement; leui's bras étaient entrelacés. Tout-à-coup je les vis s'arrêter: la jeune femme pencha la tête sur le sein de son époux, qui la serra dans ses bras avec transport. Je sentis mon cœui* se serrer. A^ous l'avouerai-je? l'envie se glissa pour la première
a me chiedendomi aiuto, ed io non glielo poteva darò. Lo volevano affogar nella Dora, ma la plebaglia, che lo aspettava fuora, ne fece fine a sassate. Udii le sue strida, e me ne tornai nella torre più morto che vivo; le mie ginocchia tremole non mi reggevano, e mi buttai sul Ietto in im'angoscia che non si può descrivere. Il mio doloro mon mi lasciò scorger altro in quell'ordine giusto, ma severo, che una barbarie inutile, quanto crudele ; e né anche oggi, pur vergognandomi di que' miei sentimenti, non vi posso ripensare con animo posato. Passai l'intero giorno in grande agitazione : m'era strappata l'ultima creatura vivente, e la nuova ferita aveva riaperte tutte le piaghe del mio cuore.
In tale stato, il medesimo giorno al cader del sole, venni a sedere qui su questo sasso, dove ora sedete voi. Ivi ruminavo alcun tempo sulla mia trista sorte, quando là giù, all'angolo della siepe, vidi due sposi novelli che s'innoltrarono lungo il sentiero, e vennero passando presso a me. Una deliziosa pace , una sicura felicità era dipinta su loro volti vezzosi ; andavano lenti lenti, le braccia intrecciate ; a un tratto li vidi fermarsi, la giovinetta lasciò pondère il capo in sono allo sposo che la tolse impetuosamente tra le suo braccia. Sentii stringermi il cuore. Dirovvolo io ? v'entrò per la prima volta
fois dans mon cœur: jamais l'image du bonheur ne s'était présentée à moi avec tant de force. Je les suivis des yeux jusqu'au bout de la prairie, et j'allais les perdre de vue dans les arbres, lorsque des cris d'allégresse vinrent frapper mon oreille: c'étaient leurs familles réunies qui venaient à leur rencontre. Des vieillards, des femmes, des enfants les entouraient; j'entendais le murmure confus de la joie; je voyais entre les arbres les couleurs brillantes de leurs vêtements, et ce groupe entier semblait environné d'un nuage de bonheur. .le ne pus supporter ce spectacle; les tourments de l'enfer étaient entrés dans mon cœur; je détournai mes regards, et je me précipitai dans ma cellule. Dieu! qu'elle me parut déserte, sombre, effroyable! « C'est donc ici, me dis-je, que ma demeure est fixée pour toujours: c'est donc ici où, trainant une vie déplorable, j'attendrai la un tardive de mes jours! L'Kternel a répandu le bonheur, il l'a répandu à torrent sur tout ce qui respire; et moi.
moi seul! sans aide, sans amis, sans compagne
Quelle affreuse destinée!» (13).
Plein de ces tristes pensées, j'oubliai qu'il est un Etre consolateur, je m'oubliai moi-même. « Pourquoi, me disais-je, la lumière me fut-elle accordée? Pourquoi la nature n'est-elle injuste et marâtre que pour moi? Semblable à l'enfant déshérité, j'ai sous les yeux le l'iche patrimoine de la famille humaine, et le ciel avare m'en refuse ma part. Non. non. m'écriai-je enfin dans un accès de rage, il n'est point de bonheur pour toi sur la terre; meurs, infortuné, meurs! Assez
— Oi —
l'invidia. Non mi s'era presentata così viva mai l'immagine della felicità. Io li seguiva con gli occhi fino al fondo del prato, e già si perdevano fra gii alberi, quando il mio orecchio fu ferito da un allegro gridare ; erano le famiglie unite che venivan loro all'incontro : vecchi, donne, bambini che li accerchiavano ; udivo il gioioso confuso susurr'io, vedevo fra gli alberi i colori gai di loro abiti, e l'intero stuolo mi pareva come una nube di felicità. Non ressi a tal vista; i tormenti dell'inferno erano entrati nel mio cuore, ritorsi lo sguardo, e precipitai nella mia cella. Oh Dio ! quanto deserta, buia, orribile ! — Qui dunque, qui, dicevo, è ferma mia dimora per sempre ; qui, strascinando una deplorabil vita, aspetterò il fine de' miei giorni! L'eterno Iddio ha pur versata la felicità, versata a torrenti su quanto spira ; ed io, io solo senza aiuto, senza amici, senza compagna ! Orrido destino!
Occupato r animo in que' tristi pensieri , dimenticai me stesso. — Perchè, diceva io, m'han fatto nascere? Io, simile al figliuolo diseredato, ho davanti a' miei occhi il ricco patrimonio della famiglia umana, e il cielo avaro non me ne dà la mia parte. No, no, esclamai finalmente in un impeto di rabbia, non v'ha per te felicità suHa terra; muori, misero,
longtemps tu as souillé la terre par ta présence ; puisse-t-elle t'engloutir vivant et no laisser aucune trace de ton odieuse existence ! » Ma fureur insensée s' augmentant par degrés, le désir de me détruire s'empara de moi et fixa toutes mes pensées. Je conçus enfin la résolution d'incendier ma retraite, et de m'y laisser consumer avec tout ce qui aurait pu laisser quelque souvenir de moi. Agité, furieux, je sortis dans la campagne; j'errai quelque temps dans l'ombre autour de mon habitation: des hurlements involontaires sortaient de ma poiti'ine oppi-essée, et m'effrayaient moimôme dans le silence de la nuit. .le renti-ai plein de rage dans ma demeure, en criant: « Malheur à toi. Lépreux! malheur à toi! » Et comme si tout avait dû contribuer à ma perte, j'entendis l'écho qui, du milieu des ruines du château de Bramafam, répéta distinctemont: « Malheur à toi ! » Je m'arrêtai, saisi d'horreur, sur la porte de la tour, et l'écho faible de la montagne répéta longtemps après: « Malheur à toi! » (14).
Je pris une lampe, et, résolu de mettre le feu à mon habitation, je descendis dans la chambre la plus basse, emportant avec moi des sarments et des bran" ches sèches. C était la chambre qu'avait habitée ma sœur, et je n'y étais plus rentré depuis sa mort: son fauteuil était encore placé comme lorsque je l'en avais retirée pour la dernière fois; je sentis un frisson de crainte en vovant son voile et quelques pai'ties de ses vêtements épars dans la chambre: les dernières paroles qu'elle avait prononcées avant d'en sortir se retracèrent à ma pensée: « Jo ne t'abandonnerai pas
miiopi ; troppo a lungo tu hai bruttata la terra di tua presenza: cosi ella t'ingoiasse vivo, e non lasciasse orma di tuo odioso esistere. — S'accresceva passo passo il mio pazzo furore ; i miei pensieri erano signoreggiati, usurpati tutti dalla brama di uccidermi. In ultimo concepii la funesta risoluzione di ardere mia dimora, e consumarmi con ogni cosa che potesse lasciar memoria di me. Agitato, furente, uscii per la campagna ; errai qualche tempo al buio intorno all'abituro, e cacciando dall'oppressato petto involontarie strida, spaventavo in quel silenzio notturno ma stesso. Rientrai arrabbiato, strillando : guai a te^ Lebbroso ! guai a te ! — E perchè ogni cosa paresse contribuire a mia perdizione, di mezzo alle l'ovine di Bramafam ripeteva l'eco distintamente : — guai a te ^ — Mi fermai inorridito sull'uscio della torre, e l'eco fioco della montagna, gran tempo dopo, ripeteva : — guai a te !
Presi una lucerna , e risoluto d' appiccare il fuoco, tolsi insieme sarmenti e ramoscelli secchi,, e scesi nella camera più bassa dell' abitato. Era quella già di mia sorella , né io vi era entrato più dopo la morte di lei. Il suo seggiolone era al luogo onde io l'avevo tratta per l'ultima volta; sentii come un brivido di timore mirando il suo velo, ed alcune parti de' suoi abiti sparsi nella camera ; mi tornavano a niente le ultime parole pronunciate da lei, prima di uscirne : — Né abbandonerotti io mo-
«n mourant, me disait-elle; souviens-toi que je serai présente dans tes angoisses ». En posant la lampe sur la table, j'aperçus le cordon de la croix qu'elle portait à son cou, et qu'elle avait placée elle-même entre deux feuillets de sa Bible. A cet aspect , je reculai plein d'un saint effroi. La profondeur de l'abîme où j'allais me précipiter se présenta tout-à-coup à mes yeux dessillés; je m'approchai en tremblant du livre sacré: « Voilà, voilà, m' ècriai-je, le secours qu' elle m'a promis! » Et comme je retirai la croix du livre, j'y trouvai un écrit cacheté, que ma bonne sœur y avait lais.sé pour moi. Mes larmes, retenues jusqu'alors par la douleur, s'échappèrent en torrents: tous mes funestes projets s'évanouirent à l'instant.. Te pressai longtemps cette lettre précieuse sur mon cœur avant de pouvoir la lire; et, me jetant à genoux pour implorer la miséricorde divine, je l'ouvris, et j'y lus en sanglotant ces paroles qui seront éternellement gi'avées dans mon cœur: « Mon frère, je vais bientôt « te quitter; mais je ne t'abandonnerai pas. Du ciel, -« où j'espère aller, je veillerai sur toi; je prierai Dieu « qu'il te donne le courage de supporter la vie avec « résignation, jusqu'à ce qu'il lui plaise de nous réunir « dans un autre monde; alors je pourrai te montrer « toute mon affection; rien ne m'empêchera plus te « t'approcher, et rien ne pourra nous séparer. Je te « laisse la petite croix que j'ai portée toute ma vie; « elle m'a consolée dans mes peines, et mes larmes « n'eurent jamais d'autres témoins qu'elle. Rappelle-toi, « lorsque tu la verras, ({ue mon dornior vœu fut que -« tu puisses vivre et mourir en bon chrétien ».
rendo, — diceva ella ; — ricordati che io sarò presente alle tue angoscie. — Posando la lucerna, mi venne veduto il nastro della croce che ella portava al collo, e ch'ella stessa aveva posto tra due fogli della sua Bibbia. Diedi indietro compreso, a quella vista, di un santo terrore. La profondità dell'abisso dove io stava per precipitare s'affacciò a un tratto a' miei occhi rischiarati ; m'accostai tremando alia Bibbia : — Quest'è, quest'è, — dissi, — l'aiuto promessomi da lei : — e come io ritraeva la croce dal libro, vi trovai uno scritto suggellato, lasciatomi da mia buona sorella. Le mie lacrime, sostate fino allora dal dolore, sgorgarono a torrenti; ogni mio funesto pensiero svanì ; premei gran tempo la cara lettera sul cuore prima di poterla leggere, e buttandomi a ginocchio per implorare la divina misericordia, l'aprii, e lessi singhiozzando queste parole, che saranno eternamente scolpite in mio cuore : « Fratello ! Sto in « breve per lasciarti ; ma non t'abbandonerò. Dal « cielo, dove spero andare, avrò cura di te. Pre- « gherò Dio ti conceda il cuore di soffi'ire la vita « con rassegnazione, finche a lui piaccia unirci in « altro mondo. Allora potrò mosti-arti tutto il mio « amore; nulla più m'impedirà di accostarmiti, nulla « più ci separerà. Ti lascio la croce che ho portata « tutta la mia vita; ella mi ha soventi consolata nelle « mie pene, e le mie lacrime non ebbero altro testi- « mone mai. Ricordati, quando la vedrai, che il mio- « ultimo voto fu che tu possa vivere e morire da « buon cristiano ».
Lettre chérie! elle ne me quittera jamais: je remporterai avec moi dans la tombe ; c' est elle qui m'ouvrira les portes du ciel, que mon crime devait me fermer à jamais. En achevant de la lire , je me sentis défaillir, épuisé par tout ce que je venais d'éprouver. Je vis un nuage se répandre sur ma vue, et pendant quelque temps je perdis à la fois le souvenir de mes maux et le sentiment de mon existence. Lorsque je revins à moi, la nuit était avancée. A mesure que mes idées s'éclaircissaient, j'éprouvais un sentiment de paix indéfinissable. Tout ce qui s'était passé dans la soirée me paraissait un rêve. Mon premier mouvement fut de lever les yeux vers le ciel pour le remercier de m'avoir préservé du jîIus grand (les malheurs. .Jamais le firmament ne m'avait paru si serein et si beau: une étoile brillait devant ma fenêtre; je la contemplai longtemps avec un plaisir inexprimable, en remerciant Dieu de ce qu'il m'accordait encore le plaisir de la voir, et j'éprouvais une secrète consolation à penser qu'un de ses rayons é-tait cependant destiné pour la triste cellule du Lépreux.
Je remontai chez moi plus tranquille. J'employai le reste de la imit à lire le livre de Job, et le saint ■enthousiasme qu'il fit passer dans mon âme finit par dissiper entièrement les noires idées qui m'avaient obsédé. Je n'avais jamais éprouvé de ces moments ^iff'reux lorsque ma sœur vivait; il me suffisait de la savoir près do moi pour être plus calme, et la seule pensée de l'aff'ection qu' elle avait pour moi sufiisait pour me consoler et me donner du courage.
— escara lettera ! Ella mai non mi lascierà, la porterò meco nella tomba; ella mi aprirà le porte del Paradiso, che mi dovevano esser chiuse in eterno dal mio delitto. Nel fiaire di leggerla mi sentii venir meno. Spossato dagli affetti testé provati, mi si spargeva come una nebbia sugli occhi, e per poco tempo perdetti insieme la memoria dei miei guai, e il senso della mia esistenza. Quando rinvenni, la notte era inoltrata ; e come si venivano facendo più chiari i miei pensieri, io sentiva in me una indicibile pace. Gli eventi della sera precedente mi parevano un sogno ; la mia prima mossa fu levar gli ■occhi al cielo, e ringraziarlo di avermi salvato dal massimo dei mali. 11 firmamento non m' era parso mai così sereno e cosi bello ; una stella scintillava dirimpetto alla mia finestra ; la contemplai a lungo con gioia inesprimibile, dando grazie a Dio di concedermi ancor di vederla ; e provai una secreta consolazione, pensando che uno de' suoi raggi era pur serbato alla trista cella del Lebbroso.
Risalii alla cameretta più pacato : occupai il rimanente della notte sul libro di Giobbe, e i santi trasporti di lui cacciarono interamente dal mio animo le buie immaginazioni che lo avevano oppresso. Io mi sentiva più quieto, e il pensiero solo del suo amore mi consolava e confortava.
Compatissant étranger! Dieu vous proserve J"ètre obligé de vivre seul! Ma sœur, ma compagne n'est plus, mais le Ciel m'accordera la force de supporter courageusement la vie; il me l'accordera, je l'espère, car je le prie dans la sincérité de mon C(j'ur,
LE MILITAIRE
Quel âge avait votre sunir lorsquo vous la perdites?
LE LÊI'REI X.
Elle avait à peine vingt-cinq ans; mais ses souffrances la faisaient paraître plus âgée. Malgré la maladie qui l'a enlevée, et qui avait altéré ses traits, elle eût été belle encore sans une pâleur effrayante qui la déparait: c' était r image de la mort vivante , et je ne pouvais la voir sans gémir (15).
LK MILITAIRE
Vous l'avez perdue bien jeune.
LE LÈPREI X.
Sa complexion faible et délicate ne pouvait résister à tant de maux réunis: depuis quelque temps sa perte était inévitable, et tel était son triste sort, que j'étais forcé de la désirer. En la voj'ant languir et se détruire chaque jour, j'observais avec une j(jie funeste la fin de ses souffrances. Déjà depuis un mois, sa faiblesse était augm(Mitéc:de frécjuents évanouissoments menac-aient sa vie d'heure en heure, l'n soir (c'était vers le commencement d'août) je la vis si abattue, que je ne voulus pas la quitter: elle était dans un fauteuil , ne pouvant plus supporter le lit depuis ({uelques jours. Je m' assis moi-même auprès d'elle,
Buon forestiero ! Dio vi salvi dal vivere mai solo per forza. Mia sorella, la mia compagna non è più ; ma il cielo mi concederà la forza di sopportare coraggiosamente la vita ; spero me la concederà, io gliela domando con cuore sincero.
MILITARE
Che età aveva vostra sorella quando la perdeste?
LEBBROSO.
Venticinque anni appena ; ma i suoi patimenti la facevano parere più attempata. Non ostante il male che l'ha rapita, ed avesse mutate le sue fattezze, ella sarebbe pure stata bella, se non fosse stata guasta (la uno spaventoso pallore. Era l'immagine palpitante della morte, né la potevo mirare senza gemere.
MILITARE
La perdeste giovane assai.
LEBBROSO.
La sua complessione fievole, delicata, non potea reggere contro tanti mali insieme. Da qualche tempo mi accorgevo di doverla perdere, e lo bramavo: tanto era triste la sua sorte ! Vedendola languire e spegnersi ogni giorno, osservavo con funesta gioia avanzarsi il fine dei suoi martini. Già da un mese venivasi infiacchendo più e più, e la vita sua era ad ogni ora minacciata da frequenti svenimenti. Una sera, era intorno al principiar di agosto, la vidi così sfinita che non la volli lasciare. Non potendo ella da alcuni giorni giacere in letto, era sul suo seggiolone ; io
et, dans l'obscurité la plus profonde, nous eûmes ensemble notre dernier entretien. Mes larmes ne pouvaient se tarir; un cruel pressentiment m'agitait. « Pourquoi pleures-tu? — me disait-elle, — pourquoi t'affliger ainsi? Je ne te quitterai pas en mourant, et je serai présente dans tes angoisses ».
Quelques instants après, elle me témoigna le désir d'être transportée hoi's de la tour, et de faire ses prières dans son bosquet de noisetiers: c'est là qu'elle passait la plus grande partie de la belle saison. «Je veux, disait-elle, mourir en regardant le ciel». Je ne croyais cependant pas son heure si proche. Je la pris dans mes bras pour l'enlever. « Soutiens-moi seulement, me dit-elle; j'aurai peut-être encore la force de marcher». Je la conduisis lentement jusque dans les noisetiers; je lui formai un coussin avec des feuilles sèches qu'elle v avait rassemblées elle-même, et, l'a^'ant couverte d'un voile , afin de la préserver de l'humidité de la nuit, je me pla(,-ai aupi'ès d'elle; mais elle désira être seule dans sa dernière méditation : je m'éloignai sans la perdre de vue. Je voyais son voile s" élever de temps en temps, et ses mains blanches se diriger vers le ciel, (lonnne je me rapprochais du bosquet, elle me demanda de l'eau: j'en apportai dans sa coupe; elle y trempa ses lèvres, mais elle ne put boire. « Je sens ma fin, — me dit-elle, en détournant la tête; — ma soif sera bientôt étanchée pour toujours. Soutiens-moi, mon frère: aide ta sœur à franchir ce passage désiré, mais terrible. Soutiensmoi, récite la prière des agonisants ». (^.e furent les
m'assisi appresso a lei, e in profondissimo buio avemmo insieme l'ultima conversazione. Le mie lacrime non potevano esaurirsi ; ero agitato da un crudel presentimento. « Perchè piangi ? — diceva ella, — perchè t'affliggi ? Io , morendo , non ti lascierò, sarò presente alle tue angoscio ».
Poco appresso mostrò desiderio d'essere portata fuori •della torre, e di far orazione nel boschetto di nocciuoli, dov'ella viveva il più della bella stagione. « Voglio passare, — diceva, — mirando il cielo » : tuttavia non credeva così vicina la sua ultima ora. La presi nelle mie braccia per sollevarla. « Reggimi soltanto, — diss'ella, — forse avrò ancora forza di camminare ». La condussi lento fino a' nocciuoli, le feci un cuscinetto di foglie secche ragunate già da lei, e, copertala di un velo per guardarla dall'umido della notte, me le collocai appresso. Ma ella volle essere sola nell'ultima sua meditazione ; io mi scostai senza perderla d'occhio. Scorgevo di quando in quando sollevarsi il suo velo, e le sue mani pallide stendersi al ■cielo. Come m'accostai, ella mi domandò acqua ; ne portai in una coppa, si bagnò le labbra, ma non potè bere. « Sento il mio fine, — dissemi volgendo il capo, — la mia sete in breve sarà spenta per sempre. Sorreggimi, fratello, aiuta tua sorella a varcar quel passo desiderato, ma pur terribile. Reggimi, recita l'orazione degli agonizzanti », furono le ultime
dernières paroles qu'elle m'adressa. J'appuyai sa tête contre mon sein; je récitai la prière des agonisants : « Passe à l'éternité! — lui disais-je, — ma chère sa.nir, délivre-toi de la vie: laisse cette dépouille dans mes hras! » Pendant trois heures je la soutins ainsi dans la dernière lutte de la nature; elle s'éteignit enfin doucement, et son àme se détacha sans effort de la terre (16).
Le Lépreux, à la fin do ce récit, couvrit son visage de ses mains; la douleur òtait la voix au voyageur. Après un instant de silence, le Lépreux se leva. « Etranger, — dit-il, — lorsque le chagrin ou le découlagement s'approcheront de vous, pensez alors, pensez au solitaire de la Cité d'Aoste: vous ne lui aui'ez pas lait une visite inutile ».
Ils s'acheminèrent ensemhle vers la porte du jardin. Lorsque le militaire fut au moment de sortir, il mit son gant à la main droite. « Vous n'avez jamais serré la main de personne, — dit-il au Lépreux : — accordezmoi la faveur de serrer la mienne: c'est celle «l'un ami qui s'intéresse vivement à votre sort ». Le Lépreux recula de quelques pas avec une sorte d'effroi, et levant les yeux et les mains au ciel: « Dieu de bonté, — s'écria-t-il, — comble de tes bénédictions cet homme compatissant! ».
parole che ella mi disse. Appoggiai il suo capo al mio seno, recitai l'orazione degli agonizzanti : « Passa all'eternità, — diceva io, — cara sorella, liberati della vita, lascia questa spoglia nelle mie braccia ». Tre ore la ressi in quest'ultimo combattere della natura; ella finì dolcemente, e l'anima partì senza sforzo dalla terra.
Al finire la narrazione, il Lebbroso si coprì il volto con ambo le mani ; lo straniero ammutoliva dall'affanno. Dopo un breve silenzio il Lebbroso s'alzò : « Straniero, — disse, — quando il dolore e l'avvilimento s'appresseranno a voi, pensate, allora, pensate al Solitario della Valle di Aosta ; non vi sarà inutile la visita a lui fatta ».
S'incamminarono insieme all'uscio del giardino, e come il militare fu per uscire, ei mise il guanto alla sua mano destra : « Non avete mai stretta la mano a nessuno? — diss' egli al Lebbroso, — fatemi il favore di stringere la mia ; ella è d'un amico vivamente interessato a vostra sorte ». Il Lebbroso die indietro alcuni passi con una sorte di spavento, ed alzando gli occhi e le mani al cielo: « Dio buono! — esclamò, -- fa piovere le tue benedizioni su questo uomo pietoso ».
« Accordez-moi donc une autre grâce, — reprit le voyageur. — Je vais partir; nous ne nous reverrons peut-être pas de bien longtemps: ne pourrions-nous pas , avec les précautions nécessaires , nous écrire quelquefois? une semblable relation pourrait vous distraire, et me ferait un grand plaisir à moi-même ». Le Lépreux réfléchit quelque temps. « Pourquoi, — dit-il enfin, — chercherais-je à me faire illusion? Je ne dois avoir d'autre société que moi-même, d'autre ami que Dieu; nous nous reverrons en lui.
Adieu, généreux étranger, soyez heureux Adieu
pour jamais! ». Le voyageur sortit. Le Lépreux ferma la porte et en poussa les verrous (17).
« Adunque fatemi un altro favore, — riprese il viaggiatore. — Io sto per partire : non ci rivedremo forse per gran tempo; non sarebbe egli possibile, colle dovute cautele, scriverci talvolta? Siffatto carteggio potrebbe distrarvi, e a me sarebbe piacevole assai ». Il Lebbroso pensò alquanto. « A che, — diss'egli finalmente, — tenterei io di farmi illusione ? Io non debbo aver altra società che me stesso, né altro amico che Dio; in lui ci rivedremo; addio, generoso forestiero, siate felice.... addio per sempre». 11 viaggiatore uscì, il Lebbroso serrò la porta, e tirò da dentro il chiavistello.
IVOTE^
(1) — De la tour de Bramafam à celle du Lépreux il y a 200 métrés.
La tour du Lépreux est située prés de l'angle sud-ouest ■de la ville, à cheval sur le rempart occidental et au midi de l'Hospice de Charité. On peut la voir en sortant de la ■cité par l'ancienne porle Decumane sur la route de Courmayeur. Pour visiter le jardin et les étages de la dite tour, on passe par la ruelle qui est au levant de l'Hospice de Charité et l'on arrive directement à la porle du clos. Il y avait un petit jardin au nord, on l'a transformé en cour de ferme et il ne reste plus que celui du midi, la promenade favorite du Lépreux. Les noisetiers en ont disparu , mais on voit encore de vieux ceps et les ruines de l'escalier dont il est fait mention dans l'opuscule. La tour •est bâtie sur un bastion romain. Dans le rez-terre il y a une vaste salle voûtée, où mourut la sœur du Lépreux; ie premier étage est divisé en deux pièces, dont la plus grande, du côté du couchant, servait de Chapelle au Recteur de l'Hôpital que y célébrait la Messe les dimanches et les jours de fêtes de précepte. Pour aller sur la terrasse du Lépreux, il faut maintenant passer par cette chambre.
(3) — L'Hôpital des SS. Maurice et Lazare fit, par ordre ■du Roi, l'acquisition do la tour et du jardin du Lépreux, par acte daté du 12 mai 1773, Prince, notaire secrétaire,
pour la somme de L. 2250
Les réparations coûtèrent .... » 3170
Les dépenses pour l'ameublement s'élevèrent à » 800.
(3j — Ces provisions consistaient eu viandes, pâtes, œufs, pain, beurre, farine, riz, huile d'olive, fromage, etc., ainsi qu' il résulte d'un journal détaillé dressé à ce sujet.
(-S) — Le Lépreux avait les yeux rouges et enflammés. Suivant un mémoire du médecin Martignéne qui 1' a soigné pendant longtemps, il n'avait point de barbe, les cils et les sourcils étaient tombés, et tout son visage n'était qu'une vaste cicatrice, surtout dans les endroits où avaient existé des taches et des ulcères. Les membranes du nez avaient aussi disparu ; il en restait cependant l'os que la peau recouvrait parfaitement. Cartilagines nasi deficiunt, secl l'émanent ossa etite optime ohrolutn. D'après ce docteur, l'état du Lépreux s'était amélioré depuis son arrivée à Aoste. Il attribua cette amélioration au climat plutôt qu'aux remèdes qu'il lui avait donnés.
fS) — Le Lépreux ne touchait jamais les fleurs qu'il cultivait. Quant il voulait présenter un bouquet à quelqu'un, il les coupait avec des ciseaux et les saisissait avec des pincettes.
(6) — Cette terrasse existe encore. Sa longueur est de dix mètres et sa largeur d'un mètre et demi. Elle est à 2 m. 80 au dessus du sol du jardin. On y voit encore de vieux ceps de vigne, mais l'escalier du Lépreux a disparu. 11 faut maintenant entrer dans la tour pour aller sur cette terrasse.
(^) — Celte interrogation a dû embarrasser le Lépreux. Son père et sa mère, mariés vers l'an 1740, eurent quatre enfants, trois garçons et une tille qui était la cadette, comme on peut le voir dans le rapport du médecin publié à la fin de ces notes, mais, quand AL de Maistre était à Aoste (de 1793 à 1798), la sœur du Lépreux était morte depuis plusieurs années. Le pauvre Lépreux connaissait sans doute l'histoire de sa famille, mais il ne pouvait la raconter à son interlocuteur ; c'eût été trop pénible pour lui. Il n'aurait pu le faire sans verser des larmes, et les larmes d'un homme même malheureux ont leur pudeur.
Aussi a-t-il préféré, pour se tirer d'embarras, faire une réponse evasive et tranchante. Il n'a cependant pu taire ce qui concernait sa sœur: n'étant morte que depuis quelques années, le visiteur pouvait en avoir eu connaissance/
(8) — C'est par méprise que M. Garrel donne pour nom du Lépreux : Pierre Léonard, car son acte de décès, publié à la note 17, porte : Pierbe Bernard Guascoz (ou (tUasco), lils de Lazare; sa famille était originaire de la paroisse de Saint-Lazare dans le Comté de Nice, d'après le mémoire du médecin Martignéne.
L'Abbé A. B.
(9) - M. d'Aubuisson, Mgr Billet et Fournet de Lyon, météorologistes distingués, ont observé et constaté qu'il y a dans la Vallée d'Aoste un vent périodique qu'ils appellent courant ascendant. Il se fait sentir presque régulièrement dès le mois de mars jusqu'au mois d'octobre. Il commence vers 8 à 9 heures du matin, et tînit vers 4 à 5 heures du soir. Or, c'est précisément ce vent du Piémont, dont parle ici le Lépreux, qui l'avait observé avant eux.
(iO) — Les docteurs Martignéne et Villol saignaient assez souvent le Lépreux. Ils prenaient pour cela certaines précautions, telles que des gants et un masque sur le visage. On rapporte même, à cette occasion, un accident arrivé à M. le docteur Jans, qui avait oublié ces précautions dans une visite qu'il avait faite au Lépreux un jour que le docteur Villot était absent. Quelques gouttes de sang lui jailliront dans la bouche : il courut à la hàto chez M. Perret pour se gargariser, etc. : il se croyait déjà attaqué^ de la lè])re. Mais il en fut quitte pour la peur.
Ces fréquentes saignées paraissent confirmer ces diflérentes phases de douleur dont parle ici le Lépreux.
(ilj — La sœur du Lépreux n'avait aucune marque de lèpre sur le visage; mais les mains elles doigts en furent couverts, et même la dernière phalange de l'index gauche tomba sans douleur. Xiillum obserrotum est leprœ siynum in facie filiœ, in manibus vero ìnaxìine ; nani digill fuere exnlcerati ac velati nodosi et recurvati: ultima indicis manus sinistrœ phnlanx cecidit absque dolore. Tel était son état à l'âge de 20 ans. Il semble que la maladie ait attaqué ensuite d'autres partie du corps, et principalement la poitrine.
(18) — Je n'ai trouvé que deux personnes qui aient su me donner quelques renseignomonts sur ce chien. C'était un chien bâtard, d'un poil hérissé et de couleur cendrée blanchâtre.
(13) — Ces époux étaient Jean-Joseph Barriller, notaire, officier des Milices d'Aoste, et Marie Dauphine Fetey, mariés le 3 février 1794. Le père de l'épouse habitait une petite maison dans le Passage Trotte-chien (entre la rue du Temple et la rue Challant), à 150 m. nord-est de la tour du Lépreux. Il était même propriétaire du champ situé au midi du jardin de cet infortuné, à l'angle duquel l'on voyait naguère un mûrier sur lequel sa fille montait quelquefoies pour voir le Lépreux, qui lui tendait des Heurs au moyen d'un long bàlon par dessus le mur de cloison. Le Lépreux devait donc la connaître particulièrement, et son mariage surtout a dû le frapper.
Xavier de Maistre vint à Aoste en 179.'î. Il y resta environ cinq ans. 11 a d'autant plus volontiers relevé celte circonstance qu'il avait fait lui-même connaissance de la même personne devenue veuve le 12 février 1795. Pendant son séjour à Aoste, il allait souvent la voir chez son père, où se réunissaient régulièrement plusieurs personnes de distinction. 11 avait même l'intention de l'épouser.
C'était cette Elisa dont il fait mention dans son Expédition nocturne, chap. 26, quand il dit : « Où est maintenant » le zépliir qui agitait tes cheveux noirs, Elisa, lorsqu'as- » sise auprès de moi sur les bords de la Doire, la veille » de notre éternelle séparation, tu me regardais dans un » triste silence ? Où est ton regard ? Où est cet instant » douloureux et chéri ? » Il en parle aussi dans le chap. 29. Après avoir résolu de suivre alternativement sa tête ou son cœur, suivant que l'un l'emportait sur l'autre, et de descendre le sentier rapide de la vie sans crainte et sans projet, en riant et en pleurant tour à tour, et souvent à la fois, ou bien en sifflant quelque vieux air pour se désennuyer le long du chemin, il ajoute : « D'autres fois » je cueille une marguerite dans le coin d'une haie : j'en » arrache les feuilles les unes après les autres en disant: » elle m'aime, un peu, beaucoup), passionnément, pas du » tout. En effet, Elisa ne m'aime plus ».
C'est la même personne à qui il adressa plus tard quelques lettres citées à la lin de cet opuscule.
(14) — En criant à haute voix prés de la tour du Lépreux, on entend effectivement un écho. Je ne saurais ce- Ijendant déterminer exactement d'où il vient.
(15) — La sœur du Lépreux avait 32 ans quand elle mourut.
(16) — Le registre des décès de l'Hôpital Mauricien nous donne ses noms et prénoms :
Anno 1791 — Guascoz Maria Lucia Angelica, filia
Lazari Guascoz, e parœchia Sancii Lazari Vallis Onelliœ,
Satiramentis prœmunita , obiit die tertia septemhris anni
1791. Die sequenti septdta fuit in supra dicfo cœmêterio
Augustœ Prœtoriœ. — In fidem
Thédy, Rector.
La sœur du Lépreux s'appelait donc Marie Lucik Ange et elle mourut le 3 septembre ITDl, consolée et tortillée par les secours de la religion. L'Abbé A. B.
(11?) — Le Lépreux vécut encore six années après son entretien avec M. de Maislre, douze après la mort de sa sœur. Il mourut dans la tour, âgé de 52 ans, le 13 décembre 1803.
Voici le texte exact de son acte de décès:
Anno 1803 — Guascoz Petrus Bernardus, Itpris offectu.f, films Lazari, oriundus e parœcia Sancii Lazari, Vallis Onelliœ, sacramentis omnibus suscejytis, hora sexta matutina, anno millesimo octingentesimo tertio, et die sequenti ejusdem mens/s sejjultus fuit in cœmeterio Augustœ Pra'toriœ. — In quorum fidem Castel, Rector.
Le lieu de la sépulture est donc flxé par cet acte «dans le cimetière d'Aoste» à l'extrémité de la rue du Premier Consul ; dès lors on ne saurait expliquer la tradition qui place cette sépulture au jardin même de la tour du Lépreux, à moins que, depuis 1803, les restes mortels du Lépreux n'aient re^u une sèpulturo plus historique. C'est là un point à élucider.
En tous cas, seule la plume de M. de Maistre a fait défaut pour décrire les circonstances de la mort du Lépreux, puisqu'il s'endormit dans la paix du Seigneur après avoir revu tous les Sacrements de l'église : Sacramentis omnibus susceptis. L'Abbé A. B.
Je ne sais, ajoute M. Carrel, si quelques larmes furent versées sur la tombe du Lépreux, si au moins une simple croix y fut plantée. On se sera contenté de dire : Le Lépreux est mort, il ne nous donnera plus de fleurs.
Il demeura dans sa tour pendant 30 ans, 5 mois et 21 jours. Sa quote-part de dépense pour pension, habillements, blanchissage, linge, entretien des meubles, etc., à raison de 30 francs par mois, s'élève à 10.971 francs.
Quoiqu' il y eût cinquante ans que le Lépreux était mort, il vivait encore cependant dans la mémoire des per- «lonnes de la Ville d'Aoste, qui m'ont donné les renseignements ci-dessus en 1853 ; elles en parlaient volontiers et avec intérêt. Qui plus est, le souvenir du Lépreux vivra aussi longtemps que la gloire littéraire de M. le comte Xavier de Maistre.