CHAPITRE OIATRIEME
La France et les Massacres du Liban
Impression produite en France à la nouvelle des Massacres du Liban. — Napoléon III se décide à intervenir en Syrie. - Convention du 3 Août entre les Puissances européennes au sujet dune expédition française en Syrie. — Œuvre des Écoles d'Orient. — L'Abbé Lavigerie et le P. Amédée de Damas.
Après ce que nous venons de dire de l'alliance persévérante des Français et des Maronites, et de leur amitié séculaire, on s'explique l'émotion extraordinaire que produisit en France la nouvelle des désastres du Liban. Le pays tout entier lut d'abord jeté dans la stupeur, puis dans la consternation, une indignation générale contre la Turquie. Cette indignation se traduisit véhémente dans la presse et dans les réunion^ publiques. xXapoléon III avait introduit dans le conceit européen la Turquie, et la Turquie, la coupable prin-
cipale des horreurs coniihises au Liban, répondait ainsi à la généreuse initiative de l'Empereur, à la situation exceptionnellement honorable qu'il lui avait laite en Europe !
La première émotion alïai])lie, les plus hauts représentants laïcs de la religion catholique, le clergé et les ndèles, la presse et l'opinion publique se demandèrent avec une anxiété inquiète quelle serait en définitive la décision de l'Empereur, quel parti il prendrait en l'ace des sanglants événements de juin et de juillet.
Viendrait-il au secours, les armes à la main, des chrétiens de Syrie, nos protégés et nos amis ?
Continuerait-il la politique du gouvernement de Juillet, qui s'était contenté de protester auprès de la Porte contre les horribles exécutions de 1844 et de 1845, et avait refusé d'intervenir en Orient ?
Laisserait-il la Tui'quie inlei'venir seule, comme elle le désirait, promettant de punir les coupables et de rétablir l'ordre ? Le Sultan ,en effet, avait adressé à Xapoléon III, à la date du 18 juillet 18(30, la lettre suivante, chel-d'u^uvre d'hyj)Ocrisie : " Je tiens à ce que Votre Majesté sache bien avec quelle douleur j'ai appris les événements de Syrie. Qu'elle soit convaincue que j'emploierai toutes mes forces pour y réta- \)\'w Toi'drr cl la sécurilè. punir sévèrement les coupables, quels qu'ils soient, et l'endre justice à tous. Pour (pi'jl ne puisse y avoii- aucun doute sur les intentions de ni(m gouvernement, c'est à mon ministi'e des affaires étrangères, dont les principes sont connus
de Votre Majesté, que j'ai voulu confier cette imporiante mission. »
Ce ministre, Fuad pacha, était, comme on le verra dans la suite, le digne émule de Kurchid pacha.
Le Sultan voulait par cette lettre écarter de lui tout soupçon et montrer l'inutilité de l'intervention française dont il se croyait menacé- La Porte avait, du reste, poiu' elle, l'appui de l'Angieterre, de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie. L'Angleterre cherchait d'ahord à se justifier en faisant retomber la faute du sang versé au Liban sur le gouvernement ottoman, ensuite elle voyait dans l'intervention exclusive de la Turquie un moyen d'éloigner de la Syi'ie la France, dont elle redoulail et combattait l'influence.
L'Empereur ne se laissa pas prendre au piège que lui tendait la Porte ; il n'accepta pas ses offres d'intei'vention à l'exclusion de la France- Il ne songea pas non plus, à la grande satisfaction du pays, à suivre la politique du gouvernement de Louis-Philippe.
Il avait, avant tout, son honneur à venger, le drapeau français ayant été déchiré et traîné dans la boue, le nom de la France insulté, les consulats français incendiés, les monastères, qui étaient sous notre protection, pillés; puis on faisait appel, poui' linteiTention de la Fi'ance, à des relations séculaires, à un dévouement traditionnel, à une Puissance catholique, ])rotectrice reconnue et acceptée des intérêts du Levant. L'Empereur ne pouvait se dérober ; son honneur lui faisait
un devoir d'agir (1). En outre, la France catholique, émue par le récit des scènes sanglantes commises au Liban, demandait pai- des pélitionnements et par la voie de la presse que le gouvernement organisât une expédition pour la sécurité des chrétiens, et le châtiment des Druses et des Musulmans ; enfin, au moment où les affaires de Home sé])araient FEmpereuv des eal]i(>li(iiies. il ne lui déplaisait pas d'adoueir cette pénible situation, en épousant avec chaleur la cause des chrétiens dTJrient et reprenant cnnsi le rôle de Imls aîné de l'Eglise (jue. depuis (fuchpie temps, on l'accusait d'oublier un peu ['/}.
Vers la fin de juillet, il écrivit donc à M. de Persignv, son ambassadeur à Londres, que son inteidion bien arrêtée était de se porter au secours des chrétiens de Syrie. Du reste, nuHe pensée d'ambition ou de conquête, de nature à inquiéter l'Angleterre. M. de Persigny vit le chef du Foreign Office et l'avertit officiellement de la décision de l'Empereur d'envoyer en Syrie un corps d'occupation. 11 ajouta que (oui était calculé pour dissij)ei' les omljrages. que l'expé-
(1) On lit dans les Doninirnh inédits du e'énéral Ducrot : « L'Europe entière avait, poussé un cri unanime d'indip:nation, mais s'était bien gardée de proposer aucun moyen pratique de représailles. La France seule, inspirée par un généreux sentiment d'humanité, et aussi, il faut bien le reconnaître, par l'intérêt du maintien de .son influence en Orient: la France, sur l'initiative de l'empereur Napoléon III, se décida à agir promptement el énergiquement en Syrie. »
(2) P. de la Gorce, Uisloire du Second Empire, T. III, p. 316.
LA FRANCK ET LES MASSACRES DF LIRAX V)o
dition n'aurait lieu qu'en vertu des traités, de concert avec les Puissances et avec la Porte elle-même, que la France ne serait que l'exécutrice des volontés de l'Europe (1).
Napoléon III terminait sa lettre à M. de Persigny par ces paroles : " Je souhaiterais beaucoup ne pas être obligé de faire l'expédition, et, en tout cas, de ne pas la faire seul; d'abord, parce que ce sera une grosse dépense ; ensuite, parce que je crains que cette intervention n'engage la question d'Orient ; mais, d'un autre côté, je ne vois pas comment résister à l'opinion publique de mon pays, qui ne comprendra jamais qu'on laisse inq^unis, non seulement le meurtre des chrétiens, mais l'incendie de nos consulats, le déchirement de notre drapeau, le pillage des monastères qui étaient sous notre protection. »
L'Empereur aurait pu intervenir seul sans l'approbation des autres Puissances, sans les consulter, du moins pour les chrétiens du Liban. Là, la France agissait en vertu d'un droit que personne ne lui avait ouvertement contesté. Mais pour protéger les chrétiens de Syrie et se porter à leui- secours, peut-être avaitelle besoin du consentement des Puissances. L'Empereur préféra donc, pour donner plus d'autorité à son intervention, pour ménager les susc(^ptil)ilités de l'égoïsme anglais et s'éviter certaines difficultés qui ne manqueraient pas de surgir, recourii- à la coopé-
1(1) P. de la Gorce, op. cit. p. 324.
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lalioli de rAngleterre, de rAulrirhe, de la Russie, de la Prusse et de la Turquie (1)-
En conséquence, une première conférence se tint, le 26 juillet, au Ministère des affaires étrangères, sur convocation de M. Thouvenel ; ime seconde eut lieu, le 30. Enfin, le 3 août, les représentants des six
(1) Par le trailé du 30 mars 1856, article VII, la Turquie était admise dans le concert européen. Cet article est ainsi conçu : « Sa Majesté l'Empereur des Français, Sa Majesté l'Empereur d'Autriche, S. M. la Reine du R. U. de la r;rande-Bretaa:ne et Irlande, S. M. le Roi de Prusse, S. M. l'Empereur de toutes les Russies et S. M, le Roi de Sardaiiïne déclarent la Sublirne-Porte admise à participer aux avantages du droit public et du concert européen ». D'un autre côté, l'art IX porte : « S. M. I. le Sultan, dans sa constante sollicitude pour le bien-être de ses sujets ayant octroyé un firman qui, en améliorant leur sort, sans dis- . linction de religion ni de race, consacre ses généreuses intentions envers les populations chrétiennes de son Empire, et voulant donner un nouveau témoignage de ses sentiments à cet égard, a résolu de communiquer aux Puissances contractantes ledit firman spontanément émané de sa volonté souveraine. Les Puissances constatent la valeur de cette commvmication. « Les généreuses intentions du Sultan ne se sont guère manifestées dans les massacres du Liban, que ses représentants en Syrie ont préparés et provoqués et auxquels ils ont pris une part active.
Cet article exaspéra cependant les Musulmans, qui ne \oulaient pas reconnaître pour leurs égaux ces chiens de ctirétiens, suivant leur expression.
L'article IX déclarait encore formellenit^nt que les Puissances « n'ont pas le droit de s'immiscer, soit collectivenicnt, soit séparément, dans les rapports de Sa Majesté le Sultan avec ses sujets, ni dans l'administration intérieure de l'Empire. » La convention tlu 3 août a modifié les termes de cet article : les Puissances agiront collectivement, rien ne pourra se faire en Syrie et ne devra se faire sans la majorité des voix. Mais cette majorité était-elle nécessaire pour juger les outrages particuliers que le drapeau de la France avait subis pendant les massacres de 1860 ?
Puissances se réunirent de nouveau, et, après un échaufïe de vues, signèrent la convention qui décidait l'envoi d'un corps de troupes françaises en Syrie. Ce résullal ne s'ohlint pas sans diflicullé, l'Angleterre et la Tuicjuie. pour des raisons différentes, ne voulaid pas adnielire la nécessité d'une inlervention en Orient ; elles linirenl par céder, la j)reniière devant l'opinion pM!ili(pi(\ la seconde |)our sanvegarder ses intérêts.
Nous ne citeions ici qne deux articles de cette conxcidion on pi'olocole :
Article i)i'eniier. — Un corps de troupes européennes, qui pourra élre porté à 12.000 hommes, sera dirigé en Syrie poiu' contiibuer au rétablissemeid de la tran(|uillilé.
Art- 5. — Les hautes parties, convaincues que ce délai sera suffisant pour alleindre le' but de pacification qu'elles ont en vue, fixent à 0 mo/.s la durée de l'occupation des troupes européennes (1).
Cet article 5, ])roposé par l'Angleterre et la Tui'quie, n'élail qu'un piège, comme la suite de ce travail le monirera.
Pour ne pas prolonger les difficultés diplomatiques, que l'Angleterre travaillait sous main à faire traîner en longueur, le représentant de la France, M. Thouvenel, apposa sa signature au bas de la conven-
(1) Les sis:nataires de la convention du 3 août sont : Thouvenel, Melternicli, Cciwlev, Reuss, Ivisseleff, Ahmel Véhk.
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tion. Il ne pouvait cependant ne pas voir (pic l'article 5 restreignait par trop notre action militaire en Orient et risquait de faire écliouer notre intervention. Au sui'})lus. le protocole était dans ])r('.-qii(" Ions ses articles, le reflet du mauvais vouloir de l'Angleterre et de ses défiances. Mais l'expédition était résolue, l'Empereur la voulait, et rien ne fut capable d'apporté!' mi changement à ce dessein désormais inél)raidal)l('. Cette volonté était si ferme, si déterminée, que, jxmidant les négociations, même avant, on préparait l'envoi des six mille soldats, destinés à aider le Sullaii à réldblir ht jxiix el à leiKjer ilnuridiiilé iiidifinetiienl outrarjée (1). Ces soldats, réunis au camp de Chatons, se tenaient prêts à partir.
Aussitôt après la signal ui'e de la Convention, de 13 à 1.500 hommes de ti'oupe recnr^Mil l'ordre de s'embarquer, le 8, à ^Marseille, sur le Sinioïs, le Gange et le Jourdain : V Amérique portait le commandant en chef de l'expédition avec son état-major. Le Borysihène avait quitté Marseille, le 5, avec un bataillon
(1) Proclamalion du général de Beaufort aux soldats avant leur départ pour la Syrie. Cette proclamation fut, avant d'être publiée, soumise à l'Empereur, qui y intercala ces mots : Vous irez en Syrie aider les troupes du Sultan. Ces mots révèlent toute la pensée de l'Empereur. Sa Majesté avait à cœur de ménager les susceptibilités de la Porte ottomane : mais par ces mots il emmaillotait le général et compromettait à l'avance en partie le succès de l'expédition.
LA Fu.wcj; ]:t i.i:s massacres du liban 99
de chasseurs à pied vcini de Toulouse. Pendant ce lenips, à Toulon, les frégates à vapeur, le Mogador, VAsniodcc el la Crrès, Iransporlaient en Syrie l'artillerie, liomiiies el maléiiel. ("élail un |)reinier envoi.
Le IC) aonl, IM/z/c/'/V/f/c jelail laiicre à un kilomètre de Bevrouth.
On a vu plus iuiiil que la France catholique réclamail avec inslance que le gouvernement se poilàl au secours des chréliens d'Orient- Elle fil plu^. heaucoup plus.
Une association inqjorlaule sV'Iail toinh'e, en 1850, sous le nom (VOEuvre des Ecoles d'Orieid. Sa l'ondalion était due à l'initiative et au dévouement des catholiques les plus influents et les plus distingués par leur science et par leur vertu.
L'association eut pour jiremier président le contreamiral Mathieu. L'abhé Lavigerie, alors professeur d'éloquence sacrée à la Sorhonne. ne larda pas à le renqilacer.
En ra])sence du nouveau directeur, qui avait dû prendre un congé nécessité par son état de santé, le conseil de VOEiivre se réunit en séance extraordinaire, le 16 juillet 1800, sous la présidence de M. \'al]on, vice-président, à l'effet de porter secours aux infortunés chrétiens du Liban. « On conunença, dit Algr Baunard, par leur envoyer ce qu'on avait en cai.sse ;... puis on décida qu'on ouvrirait une vaste souscription,
et qu'on recueillerait celle ouverte dans les journaux, pour en adresser sans relard le montant aux victimes. Avis en fut donné tout de suite à la presse catholique. » (1)
A l'annonce de ces faits, l'abbé Lavigerie, qui était dans le Midi, se hâta de rentrer à Paris. De là il écrivit une lettre au clergé en faveur des chrétiens. Partout il suscita des dévouements, excita la pitié et fit appel à la générosité des catholiques. Les souscriptions atteignirent en peu de temps plusieurs millions.
Il parcourut ensuite la France, stimulant par sa parole le sentiment national- (( La charité prit toutes les formes. Elle donna en argent, elle donna en nature. » (2)
A partir du 8 août, les envois en Syrie des secours recueillis par VOEuvrc des Ecoles cVOrienf se succédèrent à intervalles assez rapprochés- Les l)esoins étaient urgents ; car, au conunencement d'août, on comptait déjà 75.000 chrétiens chassés de leurs villages, sans asile, réduits à vivre d'aumônes. 10.000 orphelins des deux sexes et G. 000 femmes veuves ; en fait de pertes, on comptait 28 écoles détruites, 560 églises renversées, 42 couvents brûlés, ?>()0 villages et neuf établissements religieux des Européens ruinés (3), enfin, un total de 110.8()0 kilomè-
(1) Le Cardinal Lavigerie, par Ma^r Bniinard, chez Ch. Poiissielgue, Paris. T. I, p. 59.
(2) Mgr Baiinard, Cardinal Lavigerie, T. I, p. 60.
(3) Ces chiffres soni ceux que nous avuiis dunnés p. 24.
1res carrés sur lesquels tous les produits de la terre et les constructions ont été anéantis.
Cette statistique, dressée d'après les renseignements reçus de Syrie, est de l'abbé Lavigerie. Le but qu'il se proposait par ses souscriptions, était de recueillir les veuves et les orphelins dans des asiles charitables, d'aider les plus pauvres à reconstruire leurs demeures, de relever les églises, les couvents et les établissements religieux, de faire des provisions d'aliments et de vêtements pour l'hiver qui allait venir, de procurer aux cultivateurs des semences et des instruments de travail, enfin de réparer, dans la mesure du possible, les ruines accumulées par les Druses et par les Turcs.
■ Ce plan était vaste, et en partie irréalisable ; mais labbé Lavigeric espérail arriver avec le temps à des résultats satisfaisants.
Pendant que l'abbé Lavigerie remuait la France, im religieux de la Compagnie de Jésus, le P. Amédée de Damas, qui, depuis son retour d'Orient, s'était particulièrement dévoué à ÏOEuvre des Ecoles d'Orient, s'en était « allé prêcher la croisade de la charité chez nos voisins, en Belgique, en Hollande, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, en Prusse, en Aufriche et en Italie » (1), s'efforçant partout d'api-
(1) Les renseiarnemenls que nous donnerons sur le P. de Damas sont empruntés en partie à un excellent et très inté-
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loyer ses auditeurs sur les malheureuses viclinies du Liban. Cet apôtre ne s'épargnait pas dans ses courses à travers les pays d'Europe pour procurer aux chrétiens les ressources nécessaires.
L'abbé Lavigerie, dans son rapport annuel à l'assemblée générale de VOEuvre des Ecoles cVOrient, le 21 mai 18G0, rendait publiquement hommage à son dévouement.
S'excusant de n'avoir pu, à cause de son état de santé, poursuivre sa campagne de prédication, l'année précédente, il ajouta : « Heureusement, dans ces derniers mois, Dieu vous a donné bien mieux que ce qu'il vous enlevait. Le R. P. de Damas, qui joint à l'autorité de son nom, de sa parole, de ses vertus, celle du missionnaire qui a vu, étudié sur les lieux mêmes ce qu'il vient annoncer aux autres, le R. P. de Damas s'est fait l'apôtre de notre œuvre. Déjà le Mans. Laval, Angers, Orléans, Avignon ont entendu sa voix. Celte semence, doublement précieuse, nous a donné
et nous promet surtout pour l'année procliame une abondante moisson. » (1)
Le^ P. Damas ne devait pas attendi-e l'année suivante pour procurer à VOEuvre des Ecoles cVOrient cette abondante moisson.
Il serait trop long et inutile de le suivre dans tous les pays qu'il parcourut pour recueillir des aumônes.
ressant ouvraire infilulé : In Jéîmile, Amédre île Daiinis (18'21-1903), par Joseph Burnichon, chez la Vve Charles Poussielgue, rue Cassette, 15, Paris.
(1) Le Cardinal Larigerie, par Mirr Bnunard.
Partout où il passait, « il écrivait des lettres aux journaux, parlait dans les théâtres, comme dans les églises, s'adressant indifféremment aux protestants et aux catholiques ; il n'eut d'ailleurs qu'à se féhciter de l'accueil qu'il reçut des uns et des autres-
« De l'autre côté du détroit, notamment, il rencontra une sympathie qui dut le surprendre. L'opinion puhlique, en Angleterre, était nettement hostile aux ^laronites » (1). Xous avons déjà dit pourquoi. Mais « cela n'empêcha pas les assistants... d'ouvrir généreusement leurs bourses pour soulager les misères dont le Jésuite missionnaire leur faisait le tableau. » (2)
// va sans dire que V Angleterre ne confia pas an Père de Damas toutes les largesses qu'elle destinait aux chrétiens de Syrie. Les lords anglais, lord Stratl'ord de IkMlcliffe, le marquis de Lansdowne. le marquis de Clanricarde, lord Eburg, lord Stanley avaient organisé à Londres un comité pour recueillir des souscriptions en faveur des chrétiens d'Orient, et ils se disposaient à « envoyer des ambassadeurs de la charité, chargés de distribuer des Bibles avec de l'argent, de recueillir les enfants abandonnés et de fonder des orphelinats qui deviendraient autant de pépinières du futur protestantisme maronite. » (3)
Le P. de Damas touchait à la fin de sa mission. Mais ce qu'il avait appris en Angleterre, du but évan-
(1) Le C.iinUual Lnvigeric, par Mgr Baunnrd.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
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géliqiie que se proposaient les lords anglais en organisant un comité destiné à porter secours aux chrétiens de Syrie, l'émut profondément, et son grand souci, dit l'abbé Lavigerie, fut précisément, à la fin de ses voyages, de protéger Vinlégrité de la foi catliolique contre les libéralités anglaises et protestantes (1).
VOEurre des Ecoles cVOrient reçut de ses collectes à l'étranger une somme de plusieurs centaines de mille francs.
Sa tournée finie et de retour à Paris, il ne songea plus qu'à revenir en Orient, où il avait l'ait de si longs séjours. Il sollicita donc de son supérieur l'autorisation de s'embarquer au plus tôt. Le Supérieur ne se montra pas favorable à sa demande, sous prétexte qu'il avait payé un large tribut de santé à ce pays chaque fois qu'il y était retourné ; et sa santé n'était pas encore suffisamment affermie- « On ne consulte guère la santé des soldats, répondit le Père à son Provincial, lorsqu'on part pour une expédition. J'ai un frère en Chine pour le service de l'Etat. Il mourra peut-être ; on trouve cela fort simple. Pourquoi ne serait-ce pas encore plus simple pour moi. puisqu'il est question du service de Dieu et de la Compagnie ?» (2)
Mais l'abbé Lavigerie le demanda expressément pour compagnon au R. P. Provincial. Il fut accordé. Xous les retrouverons prochainement l'un et l'autre en Syrie.
(1) Rapport de l'abbé Lavitïerie.
(2) Lettre du 29 juillet 1860. (Voir lu ./rsuilr, \„,r<lr,- ,lr Damas.)