CHAPITRE SIXIEME
L'Œuvre des Écoles d'Orient en Syrie
L'Abbé Lavigerie et le P. de Damas à Beyrouth. — Comité Central pour la répartition des Secours. — Sous-Comités dans le Liban. — Visite de l'Abbé Lavigerie aux régions dévastées. — Son retour en France. — Le P. de Damas au milieu des populations du Liban. — Sa charité industrieuse.
Pendant que le général de Beaufort consacrait tons ses soins à l'action diplomatique, l'abbé Lavigerie, directeur de VOEuvrc des Ecoles liOrient, continuait avec succès en France sa campagne en faveur des chrétiens de Syrie.
Au mois de septembre, il avait recueilli, avec la collaboration du P. de Dama.s, en outre de plus d'un million envoyé à Beyroutli dans le courant du mois d'août, une somme de deux millions sept cent mille francs.
La distribution de ces secours appelait une orga-
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iiisalion qui ne pouvait être faite équital)leuieut que sur le tliéâtre môme des maux à secourir. Le couscii (le rOEuvre se réunit à cet effet et décida qu'un dél-'gué serait envoyé en Syrie, et que ce délégué serait le directeur lui-même. Le 30 septembre, il s'embarqua sur VIndus, et, le 13 octobre, il était à Beyrouth, suivi de près par le P. de Damas.
En entrant dans la ville, quelle ne fut pas son émotion en voyant dans les rues des milliers de réfugiés, femmes, jeunes fdles et enfants, le corps dévasté par la faim, attendant l'heure de la distribution des secours ! Ils venaient de Damas, de Deïr-el-Kamar et des autres villes et villages de la Montagne.
L'abbé Lavigerie se rendit au couvent des Jésuites. Des centaines de femmes et d'enfants se pressaient dans les corridors et les escaliers. Pas d'honuues dans cette foule : ils avaient été égorgés. Aiilv)ni de la maison, la cour, plantée de lilas de Perse, était encombrée de milliers de réfugiés. Le jour, ils se groupaient sous les ai'brcs pour se garantir des ardeurs du soleil ; la nuil, ils se couchaient pêle-mêle sur le sol lui. Vers les quali'e heures du soir, les Jésuites leur faisaieni uiu^ dislribution de pain, de riz et de farine, ainsi quairx jtauvres qui se présentaient, lis leur donnaient aussi un peu d'argent provenaid des souscriplions onvei'les en France et en Grèce, et aussi (le dons ])articuliers envoyés aux Pères par des funis de la Mère pali'ie. Les Jésuites avaient fondé, à Beyrouth, trois écoles, fréquentées chacune par une centaine d'élèves el dirigées j»ar les frères Xavé-
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riens. Elles étaient alors occupées par les malheureux enfants réfugiés-
« Je me souviens, racontait [jIus tard ra])])é Lavigerie, du spectacle que présentait la résidence des Jésuites, les cours et la Maison des Filles de la CJiarité, lorsque je les parcourus pour la première fois. Les PP. Jésuites me montraient leur maison envahie, les pauvres établis dans leurs coii'idors, sur les escaliers, les petits enfants encombrant jusqu'à leui' église, transformée eu asile. Ils avaient donné tout ce qu'ils avaient et jusqu'aux [)rovisions nécessaires aux missionnaires. » (1)
La Maison des Filles de la Charité était un beau et spacieux bâtiment, qui comptait, avant les désastres, 50 jeunes fdles pensionnaires, 25 demi-pensionnaires, 350 externes, 30 orphelines, et une école normale, composée de 25 jeunes filles, destinées à c\vr institutrices dans la Monlagne. ("elte maison, à l'époque des scènes horribles du Liban, fut consacrée au logement et à l'enfrelieu des pauvres réfugiés. \'oici ce qu'en dit à un de ses amis le général Ducrot qui visita cet établissement à son arrivéje à Bevrouth :
'( Une chose me réjouit et console mon cœur ; c'est le spectacle admii'aJ)le que domieiit nos excellentes sœurs de Charité. Vous (h"i-e b)iil le bien cprelles foni est impossi])le, et cela avec cette modestie, cette bonté, cette discrétion qui sont le vérital)le accompagnement de la charité chrétienne. 500 petits orphelins ou oi-
(1) Le Cardinal Laviyerie, T. I., p. 63 et suiv.
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phelines, victimes des derniers massacres, sont élevés par leurs soins ; 12.000 pauvres reçoivent chaque semaine la farine nécessaire à leur nourriture. Des centaines de malades sont soignés dans leur hôpital ou à domicile ; ces excellentes femmes font ici tout ce que la charité la plus ingénieuse, la plus dévouée, peut inspirer à des âmes. » (1)
Plus de 20.000 personnes de la Montagne s'étaient réfugiées à Beyrouth. Tous les évêques et prêtres échappés aux massacres avaient suivi leurs ouailles. Les Grecs-unis avaient à leur tcte leur patriarche et trois évêques ; les Maronites, Mgr Boutros Bostani. La population de Beyrouth se trouvait ainsi augmentée de plus de 20-000 âmes, sans pain, sans asile et sans ressources. Les Filles de la Charité se rendaient partout où il y avait une misère à soulager, des malades à soigner, des enfants à recueillir. Elles louèrent plusieurs maisons en ville pour y loger les orphelines qui n'avaient pu trouver place dans leur pensionnat, et elles leur procuraient vêtements, nourriture, tous les soins nécessaires à leur âge si tendre. Et puis, il fallait songer aux malheureuses victimes, qui, faute d'iiabits, faute de forces, ne pouvaient se rendre à la ville, qui restaient dans les villages envil'onnants, dans les cham])s. sous le ciel, entassées pêle-mêle, au nombre de dix, quinze, vingt, et jusqu'à trente dans une misérable chambre, ou bien réduites à coucher en plein air, dans les rues ou dans les jaidiiis (le mûriers. Les Filles de la Charité se ren-
(1) Vie militaire, 27 janv. 1861.
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daient dans ces tristes lieux, apportant des secours et recueillant les enfants ffu'on pouvait encore transporter.
C'est dans ces maisons de Jésuites et de Filles de la ('harité, ainsi que chez les Lazaristes, les Franciscains et les Capucins, que l'abjjé Lavigerie trouva les principaux auxiliaires de sa mission. Il leur nMuil d'abondantes aumônes pour être distribuées aux nécessiteux, leur doiiiKM" du pain et des vêtements, et pourvoir à l'entretien et à l'éducation des enfants abandonnés. Il avait apporté de France pour 00.000 francs d'étoffes de laine, précieux don fait aux icligieux et aux religieuses, ([ui leur permit, avec les aumônes en argent, de faire face pendant assez longtemps aux graves infortunes de l'heure présente.
Cependant, rien n'était organisé pour la distribution régulière des secours envoyés par ÏOEuvre des Ecoles clOrienl. Après en avoir conféré avec les autorités civiles et militaires françaises et avec les chefs des ordres religieux, l'abbé Lavigerie décida la formation d'un Comité ceninil à Beyrouth pour la répartition des secours venus ou devant venir de France. Il fut composé du consul général de France, président, de MM. Péretié, chancelier du consulat, vice-président, de l'abbé Lavigerie, du R.P- Zaccharie, capucin, v^ du R. P. Auvaya, lazariste, du IL P. Badour et du R. P. Fenech, jésuites, enfin, de MM. de Perthuis et de Saint-Seine, du docteur Suquet, médecin sanitaire, du docteur Janlerrv, attaché à la mission de
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l'abbé Lavigerie, de MM. Truillier et Zollinguer, iiégocianls européens, enfin de M. Rogier, directeur des postes. L'abbé Lavigerie en conserva cependant la présidence jusqu'à son retour en France.
En outre, il l'ut décidé qu'on créerait dans les diffél'ents centres des districts ruinés, des sous-comilcfi cbargés de venir en a'iâo aux inl'oi'tuiies pn])]i(pies ou cachées et de diriger les travaux de réinstallalion des chrétiens.
Beyrouth n'était que le refuge des victimes, la Montagne était le théfdre de leurs souffrances. L'abbé Lavigerie voulut visiter ces régions dévastées et établir lui-même et subventionner les sous-comilés.
Le 27 octobre, accompagné du consul de France, de M. Forluné Portails, du docteur Janlerry et du P. Fenech, il partit de Beyi'outh et se rendit directement à Deïr-el-Kamar, et de là, à llammana, à Saïda, à Zahlé et à Damas. Dans chacune de ces villes, des sous-comités furent institués, sous la présidence des Pères Jésuites, à Saïda et à Zahlé ; sous celle de j\L Portails à Hammana, et sous celle de M. Outrey, consul de France, à Damas.
Le P. de Damas rejoignit ral)l)é Lavigerie dans sa coui'se à ti'avei's le i)ays en deuil du Liban. « Ils arrivèrent ensemble à Zahlé où, quehpies mois auparavant, la mission des Jésuites de Syrie avait eu l'honneui' de donner au ciel ses prcMuiers martyi's. — .\près avoir fait un niagniri(pie ('loge du d(''V(Ui('ni('nt des missionnaires, l'ahlx'' Laxiu'ci'ie ajonlr : - 1! ne leur
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manquait que la consécration du sang-. Ils viennent de ro])tenir dans les récents massacres... C'est par la visite des tombeaux de ces marlyrs de la charité que nous commençâmes celle de la ville elle-même. Ils sont ensevelis au milieu des ruines, dans l'une des anciennes chambres du monastère. Ils dorment leur dernier sommeil dans le lieu qui avait été témoin de leur apostolat et de leur courage. » (1)
Des subventions de 150 à 200.000 Irancs furent données à chacun de ces sous-comités, à l'exception de Damas, qui reçut beaucoup moins. L'abbé Lavigerie remit encore une somme iin[)ortante au P. Riccadona, jésuite, pour le rétablissement, à Zahlé, de la communauté des femmes arabes ; il accorda GO bourses à chacun des collèges de Ghazir et d'Antoura, et il ouvrit de vastes asiles pour y recevoir les enfants aliandonnés, à Beyrouth et à Saïda. Les ecclésiastiques ne furent pas oubliés, ni les religieux et les religieuses de Saint-Sauveur, dont les couvents, situés sur la Montagne, avaient été détruits par l'incendie. Les édifices religieux incendiés reçurent aussi des sommes considérables pour leur reconstruction- Nous ne faisons mention que des distributions urgentes et les plus importantes. Ajoutons que des secours considérables furent donnés en nature aux sous-comités, c'est-à-dire en vivres, en vêtements, en bois de construction, en instruments de culture et en bestiaux poui' le travail de la terre.
L'al)l)é Lavigerie rentra à Beyrouth, vers la fin d'oc-
(1) Un Jésuite, Ainédée de Dannis, p. 184.
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lo])r(\ après son excursion charitable sur la Montaone, et, le 21 décembre, il reiuenait la nier pour reloiii'ner en France.
Comme bien l'on pense, nombreux lurent les témoignages de sympatliie et les remerciements reconnaissants qu'il reçut avant son départ. Dix-huit évéques orientaux Maronites, Grecs-unis, Arméniens oi Syriens envovèreni une adresse arabe à Pie IX [lour lui faire connaître la charité de la France catholique : et une autre lettre du patriarclie des Grecs catholiques d'Antioclie. d'Alexandrie, de Jérusalem et de tout l'Orient, signée par six autres évêques, fut adressée aux cardinaux, archevêques, évêques, ainsi qu'au clergé et aux fidèles de France, dans les termes de la plus parfaite reconnaissance envers le distriliuleur de leurs libéralités. (1)
A son départ de Beyroulh, l'abbé Lavigerie pria le P. de Damas de le remplacer à la présidence du Comité central, lequel était chargé de régulariser la distribution des secours, non seulement à Beyrouth, mais dans toutes les villes où l'on avait établi de< sous-comités. « Cest le P. de Damas, disait-il dans son rapport, qui représente en ce moment en Syrie, avec nos sœurs et nos missionnaires, la charité de la France. » (2)
« Le P. de Damas prolongea, en effet, son séjour an milieu des populations du Liban pendant tout l'hiver
(1) Le Cardinal Lariyerie, T. I, p. 86.
(2) Un Jénuile, Aniédée de Damafi, p. 184.
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et le printemps de 1861. Il visita chacun des postes de la mission et put ainsi voir, à son tour, les différents théâtres où s'était déroulé l'effroyable drame.» (1)
C'est dans une de ces visites qu'il lut témoin de cette douloureuse scène, dont il nous a laissé le récit :
<( J'ai vu, racoide-t-il, dans une seule ville de la Montagne, juscju'à douze cents veuves qui pleuraient leurs maris cruellement massacrés. Presque toutes étaient jeunes ; elles avaient de 25 à 30 ans, et comme la fécondité est précoce en ces climats, la plupart étaient entourées de six à liiiil enfants en bas âge qui pleuraient de froid et de faim. Nous avions essayé de les réunir dans des salles communes et de créer pour elles des ouvroirs. Hélas ! à peine réunies, de quoi auraient-elles pu parler sinon de leurs malheurs ?
« Et les aiguilles tom])aient de leurs doigts, et elles pleuraient et elles sanglotaient. Et comme j'essayais de les calmer, l'une d'elles se leva et, me montrant ses habits encore tachés de sang : Père, me dit-elle, avec un accent que je ne puis rendre, tu ne veux: pas que je pleure ! Regarde ce sang ; c'est le sang de mon mari et de mes sept enfants- Je venais avec eux à Beyrouth pour échapper au massacre. Des Turcs nous ont rencontrés ; ils m'oid fait asseoir sur le chemin ; ils ont étendu mon mari sur mes genoux et lui ont coupé la tête, et ils ont ainsi coupé la tête à mes sept enfants. Pourquoi Dieu n'a-t-il pas permis que je fusse tuée à mon t(uu- ? Voilà que je suis condamnée
(1) Un Jétiiiite, Amédée de Damas, p. 185.
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à Irainer à travers les rue> le sang de ceux que j'aimais ! » (1)
A une faible distance de Saïda, au sud de la Montagne, s'élève sur la hauteur une ville chrétienne de 3.000 âmes, nommée Djezzin, résidence de Mgr Boutros-Bostani, évêque de Saint-Jean-d'Acre. 1.860 personnes environ y avaient été massacrées, dont 64 rehgieux maronites et 60 moines et religieuses du rite grec-uni ou melchite. La ville avait été livrée au pillage et à l'incendie. L'abbé Lavigerie n'avait pu la visiter ni secourir les habitants, en petit nombre, qui avaient eu le courage d'y rentrer.
Vers le 20 février 1861, le P. de Damas s'y rendit avec trois officiers français, et y fut reçu avec des manifestations d'une joie délirante. <( Les hommes, les femmes, les enfants, écrit-il, le 25 février, au général de son Ordre, sortaient à demi-nus des cavernes où ils s'étaient réfugiés ; ils venaient à ma rencontre jusqu'à une demi-lieue et plus ; ils poussaient des exclamations chaleureuses : Vive la France ! \ Vivent les missionnaires ! Vivent les officiers français ! Puis les hommes se précipitaient vers moi. L'un d'eux prenait la bride de mon cheval ; j'étendais les mains à droite et à gauche, tous se pressaient pour les baiser. Les femmes portaient des vases de terre remplis de charbons allumés où brûlaient des parfums ; et jf m'avançais littéralement dans une nuée d'encens. Les prêtres, revêtus de leurs ornemenls sacerdotaux,
(1) Un Jésuite, Amédée de Damas, pp. 186, 187.
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chantaient des cantiqnes en langue arabe- On nous conduisait au gîte le moins incommode ; je distribuais les aumônes avec l'aide des officiers français ; ensuite, le chef du village nous haranguait, et on nous accompagnait au départ dans le même ordre qu'à l'arrivée. » (1)
Pendant son court séjour dans ce malheureux district, si éprouvé en juin et juillet de l'année précédente, le P. de Damas avait distribué 50.000 francs. Dans les autres districts qu'il visita, il eut le plaisir de constater le même attachement pour la Franci^, et pai'tout, on peut le dire avec vérité, il passa en faisant le bien.
L'auteur de la vie du P. de Damas a raconté au chapitre treizième tout ce qu'il fit en Syrie, comme représentant de YOEuvre des Ecoles cVOrient et président du Comité cenlrol à Beyrouth. Nous ne citerons ici que deux faits à l'actif du P. de Damas.
L'abbé Lavigerie, avant de partir pour la France, avait déclaré, au nom de YOEuvre des Ecoles d'Orienl, adopte]" un millici- des oi'phelins victimes des assassinats de 1800. Deux orphelinats devaient être ouverts : l'un pour les filles était confié aux sœurs de Saint-Vincent de Paul ; l'autre, celui des garçons, aux Jésuites ; chacun d'eux l'ecevrait cinq ceiils enl'an h... L'abbé Lavigerie posa en grande solennité la première pierre de l'Orphelinat des filles à Beyi-outti même... Celui des garçons fut inauguré dans l'Iium-
(1) Lettre citée p. 187 dans Un Jésuite, Amédée de Damas.
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ble chapelle des Jésuites avec le même appai-al. » (1) L'Orphelinat des garçons devait être établi à la campagne, dans la plaine de la Bekâa.
<( Mais, en 18(30, y installer une colonie de jeunes enfants, c'eût été les vouer à la mort. Les Jésuites répartirent donc leurs orphelins en deux sections : celle des plus jeunes à la Montagne, celle des plus grands à Beyrouth, où ils trouveraient plus de facilités pour apprendre un métier- Près de deux cents autres orphelins, appartenant à des familles de rang élevé, furent placés dans les deux collèges de Ghazir et d'Anloura. C'était un gros surcroît de charge pour les pauvres missionnaires de Syrie, car les subsides de VOEuvre des Ecoles cVOricnt étaient loin de suffire à l'entretien de ce petit peuple d'abandonnés. Il fallut leur chercher des pères et des mères d'adoption. Le P. de Damas leur en trouva un peu partout et jusque dans les collèges et pensionnats de France. » (2)
Tel fut le premier acte de la charité industrieuse du P. de Damas. Le second fut à peu près de même nature.
Nous avons signalé, au chapitre trois, parmi les congrégations de femmes, les Filles de la mission du Sacré-Cœur. Cette congrégation, fondée à Zahlé par le P. Riccadona, jésuite, et destinée à diriger des écoles de filles dans la plaine de la Cœlé-Syrie, ne
(1) Un Jésuite, Aincdée de Damas, p. 192.
(2) Ihid., pp. 192 et 193.
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comptait qu'une dizaine de religieuses arabes. Telle était sa pauvreté ou plutôt sa misère, qu'elle ne pouvait se recruter et se développer. Où trouver des ressources ? Le P. de Damas fit appel aux maisons du Sacré-Cœur de France et d'Europe, et, à sa demande, chacune de ces maisons voulut bien adopter une des Filles de la mission du Sacré-Cœur. A cette heureuse nouvelle, les vocations affluèrent et, peu de temps après, on comptait 65 religieuses. Elles se répandirent aussitôt dans la Cœlé-Syrie et ne tardèrent pas à réunir dans leurs écoles près de 2.500 jeunes filles (1). Les MariameUes trouvèrent également un bienfaiteur dans le P. de Damas. Le duc de Brissac lui avait envoyé une large aumône pour les écoles du Liban. Le Père la transmit à ces religieuses, très éprouvées par les massacres de 1800. Cette aumône leur permit de relever leurs écoles détruites et incendiées (2).
C'est ainsi que la France catholique venait en aide aux chrétiens de la Montagne. 11 faut bien l'avouer, l'expédition de la charité en Syrie fut autrement efficace que l'expédition militaire. Que de misères soulagées, que de tristesses consolées, que d'avenirs assurés, grâce à la générosité des catholiques de France !
(1) Un .Jésuite, Amcdée de Damas, p. 197.
(2) Ihid.