NAPOLEON III
l'.MPEBKUR DES FRANÇAIS
Armée française
GÉNÉRAL DE BEAUFORT d'HAUPOUL commandant en chef
Colonel OSMQNT
CHEF d'état-major GÉN'ÉRAL
GÉNÉRAL DUCROT COMVLVNDANT d'iNFANTERIE
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(1) De Baudicour, op. cit., p. 212.
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n'était pas nécessaire pour le maintien de la paix, Fuad partit de Beyrouth « et parcourut le Liban pour y prêcher la tranquillité aux Druses et aux soldats turcs qui s'y trouvaient. Les Anglais, qui tenaient, eux aussi, à prouver l'inutilité de notre présence en Syrie, envoyèrent leurs agents de tous côtés, pour arriver au même résultat. Fuad alla même jusqu'à chercher à obtenir des habitants l'attestation qu'ils étaient satisfaits de leur situation. Mais ses démarches obtinrent peu de succès. » (1)
Ces démarches ne calmèrent pas la consternation des chrétiens. Ils disaient ([ue leur position était plus déplorable qu'avant l'arrivée de l'armée française. Jusqu'alors le nom de la France en avait imposé aux Turcs. Mais les Turcs étaient maintenant rassurés ; ils avaient la preuve qu'elle ne pouvait l'ien sans la permission des Anglais.
Si les Anglais ne témoignèrent pas alors bruyamment, comme les Turcs, leur entière satisfaction du départ des Français, ils ne cachèrent pas néamnoins la joie qu'ils en ressentaient. « En effet, dit L. de Baudicour, l'occupation française de la Syrie avait singulièrement contrarié l'Angleterre ; elle eût passé par toutes les conditions qu'on eût exigées pour la faire cesser. Une fois l'armée partie, elle n'avail plus à compter avec nous. Les propositions de la France, que son ambassadeur à Conslanlinople avait fini par faire adopter par les représentants de toutes les Puis-
(1) Amiral Gicqiiel des Touches, Mémoires inédits.
2\'J liKTOi R i)i: i.'akmki: expéditionnaire
sauces, lurent iiiiiiiédialemeiil considérées comme non avenues. » (1)
11 uv laul pas s'étonner de cette attitude. Les propositions dont il s'agit étaient insérées dans le règlement qui devait régir la Montagne, et favorables aux chrétiens. Or, par jalousie pour la France, l'Angleterre i)Oursuivait le- cliiétiens de Syrie d'une implacable malveillance. Elle ne pouvait leur pardonner leur attachement à sa rivale, et c'est là ce qui explique son alliance avec la Tuniiuc dans la lutte soutenue contre les Maronites, et aussi la protection qu'elle accorda et les encouragements quelle ne cessa de donner aux Druses.
" Tel fut, lisons-nous dans la ]'ic iniliiaive du général Ducrot, le résultat dune occupation, qui avait duré neuf mois. La France était jouée, grâce à la politique aveugle, timide et molle de ses représentants, grâce aussi à la patience, à la fermeté, à la finesse de Fuad pacha et de son fidèle auxiliaire, lord Dufferin. » {-2)
Le général écrivait encore, dans ses Documents inédits : <( A l'époque de notre départ, l'escadre anglaise avait été considérablement grossie, de telle sorte que l'armée française, en partant, eut l'air de défiler devant elle, et les Anglais restaient absolument maîtres de la mer et de la côte syrienne, alors que nous partions, sans même laisser un souvenir de notre passage. Xon seulement nous n'avions donné aux
(1) L. de BaudioMur, op. cit.. p. 254.
(2) T. II, p. Kl.
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Turcs et aux Arabes aucune manifestation de notre force, mais nous avions fait preuve de faiblesse visà-vis des Anglais dont le prestige augmentait d'autant. »
Le lecteur ti'ouvera peut-être cette appréciation du général un {)eu excessive. Aussi, il importe de remarquer, à l'honneur de la France, dans cette expédition, qu'elle parvint à obtenir, malgré la plus violente opposition des Puissances, de l'Angleterre surtout et de la Turquie, leur assentiment pour l'envoi en Syrie d'un corps expéditionnaire ; qu'elle déploya la plus grande activité diplomatique pour réparer le mal causé par les massacres ; qu'on ne doit pas lui attril)uer l'insuccès de ses efforts, les membres de la Commission ayant constamment fait échec à ses revendications ; que, dans sa lutte en faveur des chrétiens de Syrie, elle ne se laissa décourager ni par les atermoiements de la Porte, ni par les intrigues du Commissaire anglais,- intéressé à jeter le voile sur des faits graves, très compromettants pour les représentants de son pays. Ses soldats accomplirent une campagne de charité plutôt qu'une expédition militaire, en protégeant pendant des mois les Libanais écha])pés aux massacres, en nourrissant les miséreux, les veuves et les orphelins,, en travaillant avec les habitants de la Montagne à rebâtir les maisons détruites et à ensemencer les champs. Elle contril)ua. grâce à la belle générosité des catholiques français, à soulager les malheureux chrétiens de Syrie, à rouvrir et
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à repeupler leurs écoles, à soutenir les communaulés religieuses réduites par leur dévouement sans borne à la plus extrême misère. Enfin, elle put accorder des bourses aux collèges de Ghazir et d'Antoura pour l'éducation des jeunes clercs maronites ; et, au sein de la Commission, elle ne cessa de lutter avec une énergie persévérante contre les représentants de la Turquie et de l'Angleterre, afin d'octroyer, comme nous le verrons au chapitre suivant, aux catholiques du Liban, un gouvernement et une administration capables de leur rendre la tranquillité et la sécurité.
Les chrétiens de S-yrie, et principalement les Maronites, n'ont pu oublier, et de lait n'ont pas oublié, les nombreux bienfaits reçus de la France dans celte expédition de 18(30, bien que la jalousie et des intérêts imivouablcs l'aient empêchée d'atteindre complètement le but de son intervention. Le Français n'a qu'à parcourir le Lil)an pour se rendre compte du souvenir affectueux et reconnaissant que les populations libanaises oïd conservé du passage bienfaisant de l'armée française, en 1860, sur la terre syrienne.
Peu de lenip^ ;i\;iiil noire dépai't. le généi'al Ducrot. causant avec le général de Beaufort. lui disait : " Admeltez-vous qu'au moment de notre dépail. il se produise dans l'intérieur du pays une réaclion fatale aux chrétiens ? — Oh ! certes, ré|)ondit le géiKMal en chef, ce n'est pas douteux. » (1)
(1) Vie militaire dn iirncral Ducrot, T. I. : lettre à son frère, 19 avril 1861.
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Cependant, le général de Beaiifort, dans un ordre du jour adressé à ses troupes, le 1" juin, avant leur embarquement, résumait cette campagne avec autant de franchise que de loyauté. Nous le rapportons ici, à l'honneur de ce général :
« Soldats !
" En vous envoyant en Syrie, l'Empereur vous avait indiqué lui-même le but, avant tout désintéressé, de votre mission. Il n'a pas dépendu de vous qu'il ne fût promptement et coniplètement atteint ; et rappelés en France, vous pouvez y rentrer, la tète haute, avec la conscience du devoir loyalement accompli.
« L'impartiale histoire dira comment une question toute d'humanité est devenue une lutte purement politique.
'( Au milieu d'une situation dilTicile, vous, du moins, vous n'avez rien à vous reprocher. Votre discipline a toujours été parfaite ; mal installés, sans distractions pendant un rude hiver, a[>rès des chaleurs exceptionnelles, au milieu d'une inaction qui vous pesait, vous avez su comprendre que votre devoir se bornait à attendre avec confiance, à être toujours prêts à obéir. Vous avez aussi prouvé que vous possédiez le sentiment du devoir, du dévouement et de l'abnégation, qualités plus rares et non moins précieuses que le bi'illant courage qui vous distingue, et qui fait de vous d'incomparables soldats.
« Par la lettre que je vous ai fait connaître, l'Empereur vous a déjà donné un témoignage de sa haute
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salisfaclion. Soyez-en cerlains, il n'a pas cessé d'être content de vous.
« Les populations du Liban ont appris à vous aimer et à vous estimer. Vous leur avez donné d'utiles exemples ; votre passage laissera au milieu d'elles des traces profondes, et tôt ou tard, s'il plaît à Dieu, luira sur ces contrées un meilleur avenir.
« Je n'ai pas besoin de vous dire à quel point je regrette de n'avoir pas eu l'heureuse chance de vous conduire au combat ; je sais que je pouvais tout attendre de vous. Puissions-nous nous retrouver bienl(M sur un terrain meilleur, sur un terrain tout militaire, où nulle entrave ne viendra gêner noli-e libre action.
<( Ce n'est pas sans amertume que je vous dis adieu ; conservez un bon souvenir de votre général, qui sera lonjoiii-s lier de vous avoir commandés.
« Au ([uartier général de Beyrouth, le 1" juin 1801.
<< Le (jcncral coDimaiidaitt le Corps expcditiuiuKiirc,
« Beaufort ».