DEUXIÈME PARTIE
ÉlBOTIOa D'Oa FAXaiAftCU BBI ■AROIITSB
La guerre civile qui désola ';le Liban pendant Tété de 1845 YBDail de ûûir; les Maronites conimençaient à respirer et à reprendre le cours de leurs travaux» quand un nouveau danger, non moins grand que celui auquel ils avaient échappé, vint les menacer. Leur patriarche, Joseph Habesh, issu d'une des principales familles du Kesrouan, mourut après une vie agitée, que les angoisses qu'il éprouva pendant la guerre contribuèrent à abréger.
Le patriarche des Maronites, depuis la chute de
rémir Béchir, l'ancieD prince de la Montagne, et la division du pouvoir entre deux caïmacans (lieutenanls), l'un Maronite, Tautre Driize,estle plus grand personnage du Liban : c'est la personnification de la nationalité et de la religion des Maronites; il porte le tilre de patriarche d'Antioche et de Jérusalem, Joseph Habesh avait joué un rôle considérable dansTbistoire de son pays depuis plusieurs années; mais ce rôle n'avait pas toujours été inspiré par la connaissance des véritablesintérêts deses coreligionnaires : un désir extrême d'indépendance, la pitié pour les souffrances de son troupeau, l'avaient entraîné à prendre parti, en 1840, contre la domination égyptienne, et à favoriser l'expédition anglo-turque.
Les maux de la conscription qu'lbraliim-Pacha avait imposée au Liban lui avaient paru insupportables, ainsi qu'aux montagnards, et il s'était persuadé, comme ses ouailles, que le Liban allait passer sans secousse violente, et même sans grandes difficultés, à la paisible jouissance d'un régime plus doux et de ses anciens droits et privilèges, 11 lut bien lot dé-, trompé: la guerre civile ensanglanta le pays des Maronites et des Druzes, et le pillage de Deïr-el-Kamar et le massacre des chrétiens sous le gouvernement de Sélim-Pacba dissipèrent cruellement ses illusions, et portèrent en même temps un coup terrible à cette âme honnête et timide.
Les âmes enthousiastes se laissent souvent entraîner au m^par le désir et la passion du bien; mais quand elles s'aperçoivent de leurs fautes, le repentir prend
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cliez elles le caraclère d'un chàlimenl sévère qu'elles s'infligent à elles-mêmes : Joseph Habesh ne se pardonna jamais d'avoir nianqué de prévoyance et de ne pas avoir mieux counu les intérêts de ses coreligionnaires. Les maux de la conscription avaient cessé, il esl vrai; le gouvernement, aclif el sévère jusqu'à la dureté quelquefois, de Mebemet-Ali-Pacha, ne pesait plus sur les montagnards; mais la * guerre civile promena pendant plusieurs années son glaive et ses torches au sein de populations laborieuses^ industrieuses et paisibles, et le Liban ne se remit jamais des lut les qui avaient suivi la ciiute du gouvernement égyptien.
Les malheurs qui accompagnèrent la restauration du pouvoir de la Porte Ottomane en Sjrie n'avaient pas seuls dissipé les illusions et trompé les espérances du patriarche des Maronites : les principaux alliés des Turcs dans la guerre faite au vice-roi d'Égypte, les Anglais, avaient été accueillis dans le district du Kesrouan, oh eut lieu le premier débarquement des alliés, comme de véritables libérateurs. Le protestantisme, dont ils sont la' vivante image en Orient, n'inspirait au moment de Texpédition, en 1840, aucun éloignement au clergé maronite, ou plutôt la question religieuse était momentanément oubliée. C'est que, même en Orient, où la religion a tenu et lient encore présentement une si grande place, le développement des nationalités et des intérêts a fait de tel progrès, qu'elle a cessé d'être l'unique mobile des actions des hommes, et qu'ils y accueillent vo-
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lontiers, quand ils lesjugent nécessaires à leurs succès, les secours (i'aiUés qu'en d*aulres temps ils regardaient comode indignes même du nom de chrétiens.
Les Anglais lurent doue reçus à bras ouverts dans des yillages et dans des couvents où, quelques mois auparavant, il y aurait eu de leur part imprudence a se préseuler, tant le l'analisiue religieux y était grand ; mais, une fois la victoire gagnée elle triomphe de la Porte assuré, ses alliés voulurent recueillir le fruit de leur coopération. Ce u'étail pas assez d'avoir porté un rude coup à Tinfluence française en Syrie en expulsant le gouvernement égyptien : quelques agents anglais, poussés, on Ta toujours pensé, par les sociétés bibliques, tâchèrent d'obtenir Tautorisation pour les missionnaires protestants de s*établir dans le Liban, au milieu des Maronites, d'y fonder des écoles et d*y prêcher. Sur ce point, ils trouvèrent le vieux palriarclie inflexible, et sa résistance fut poussée jusqu'à l'intolérance et la persécution.
Un jeune Maronite, Essad Ghediak, le diacre Essad, entraîné par les prédications des missionnaires protestants, qu'il avait vus à'Beyroulb, séduit par leurs promesses, et peut-être aussi par le charme qu'exercent sur les âmes ardentes la persécution bravée, et le charme plus puissant encore de la société des jeunes femmes delà mission protestante, abandonna l'antique religion de ses pères et devint sectateur ardent de la réforme. Jamais, dans les montagnes, aucun ministre du Seigneur ne lui avait révélé la parole diviuea vec l'éloquence des prédicateiurs du Nord.
il avait été élevé dans la pratique plus que dans la connaissance véritable de la religion catholique. Son âme s'exalta à la voix de ses nouveaux njaîiies-; les discours de leurs femmes, qui parlageaieul leurs tra« vaux et les surpassaient en ardeur de prosélytisme, renflainmaient ; il est si diflicile de résister à l'enthousiasme religieux ou poétique, quand il passe par les lèvres d'une femme ! 11 fut entratné.
Les souvenirs de son enfance ne le retinrent pas. La sainte image que sa mère lui avait donnée et qu'il portait à son cou comme tout Maronite, la vieille et sombre église de village où il avait reçu le baplême, ie mépris que les missionnaires déversaient sur le vieux cultecatholique si plein de grandeur et de poésie, rien ne put l'arrêter, et il voulut brûler ce qu'il avait adoré. Jeune, hardi, doué d'une éloquence naturelle, il parcourut le Liban en préchant la religion réformée et eu attaquant de ses invectives les plus passionnées, de ses 'sarcasmes les plus amers, Rome, le souverain pontife, la religion catholique. Le vocabulaire des scurrilités protestantes lui était parfaitement familier. Son entreprise était insensée et personne n'a jamais cru à sa réussite. Les Maronites sont passionnément attachés à la religion de leurs pères, et le pape Be*» nolt XIV leur a rendu justice quand il a dit, dans ses lettres apostoliques au clergé maronite : « L'illustre nation maronite a, depuis son origine, professé la foi orthodoxe romaine, et l'a^conservée intacte au milieu des infidèles, des hérétiques et des schismatiques, dont elle était entourée, pour rester étroitement at*
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tachée au saint-siége. i) Jl u'esl pas donné à la parole humaine de remplacer daDS le Liban le culte majestueux et plein de douceur du catholicisme par le proleslaulisine. Depuis ce temps, d'ailleurs, des missionnaires catholiques et intelligents se sont établis en Syrie et ont surpassé, en activité et en éloquence vraiment cliréliennc, leurs rivaux protestants. Mais la grande supériorité des missionnaires catholiques est dans leur immense charité, et celle supériorilé est bien sentie des populations. Elles ne confondent pas le moine couvert d'une robe de bure^ ceinte autour des reins par une corde, mangeant gaiement son maigre ordinaire dans un réfectoire sombre et enfumé, et toujours prêt à recevoir les malheureux ou à leur porter secours dans les lieux les plus reculés, dans les cabanes les plus misérables, avec le^ missionnaires biblistes, logés dans d'excellentes maisons, entourés de toutes les recherches du bien-êire et du luxe, et s'asseyant gravement et dévotement, avec une femme élégamment vêtue et de nombreux enfants, autour d'une table servie avec abondance et variété.
Toutefois, le patriarché craignit la contagion des
doctrines prêchées par Essad, pour quelques esprits hardis ou égarés, quelques âmes faibles, quelques caractères intéressés, le scandale pour tous, et il résolut de couper le mal dans sa racine. 11 appréhendait surtout Tagitation religieuse, que voulaient créer les missionnaires biblistes ; elle pouvait amener de nou* velles et dangereuses divisions parmi les Maronites,
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qui n'avaient pas Irop de toutes leurs forces et do TuDioD la plus étroite pour lutter contre leurs eu* Demis.
11 fit arrêter Essad Chcdiak et le fit mettre en prison dans le couvent de Kanoubine, situé au fond d'une gorge du mont Liban, dans la vallée du Kadîsha (la rivière sainte); Kanoubine est le véritable et antique • siège patriarcal ; là, visité par des moines des évéques, par le patriarche lui-même h plusieurs reprises, exhorté è renoncer à l'erreur et à se rejeter dans le sein de la mère Église, Ëssad refusa obstinément ét préféra la prison, la souffrance cl la mort, è l'abjuration de ce qu'il croyait la sainte vérité.
Les missionnaires bîblisies anglais et américains, les autorités consulaires anglaises, déployèrent en faveur d'Essad un zèle ardent, mais^inutile ; ce zèle contribiua peut-être même à la perle de leur protégé.
Pendant son agonie, le patriarcbe, accompagné de plusieurs évêques; entra dans son cachot, revêtu de ses habits pontificaux, et voulut l'exhorter une dernière fois et l'admmistrer. Essad se dressa sur la couche de bois oti il était étendu, et, dans son délire, aposlro[)iia le chef religieux de sa nation, couinie s'il avait devant lui l'ennemi du genre humain.
Ce fut une scène horrible; elle m'a été racontée par un religieux, qui en avait été témoin oculaire, en me faisant visiter le couvent et le cachot. J'éprouvais • une profonde in^lignation, et malgré mon* éloignement pour les doctrines des biblistes, je sentais que
je me serais dévoué pour sauver Essad, el que je Taurajs «iiuié. a Mon père, dis-je au moine, plein de tristesse» il n'appartient pas à rbomme d'imposer une croyance à son semblable. La foi vient de Dieu, et je ne puis m'empécher d'admirer la constance et la fermeté d'Essad, et de vous plaindre, yous qui croyez que l'àme peut êlre encliaînée comme le corps, D Le religieux à qui je tenais ce langage me regardait d'un air *étooné et béat. 11 ne me comprenail pas du luuU J'avais devant moi un moine du moyen âge.
La mort de Joseph Habesb, en laissant vacant le
siège patriarcal dans un moment où les Maronites avaient si fort besoin de leur chef spirituel, consterna les évéques, les scheiks, la nation entière.
11 était urgent de procéder immédiatement ù la nomination d'un nouveau patriarche. Cette nomination a lieu dans le Liban par voie d'élection.
L'élection est faite par les évèques réunis. Il y en a neuf de diocésains : ce sont ceur d'Alep, de Damas, de Beyrouth, de Seyda, d'Éopoli, de Djebaïl, d'Éden, de Tripoli el de Gliypre. Six autres n'ont pas de siège; parmi eux, deux remplissent auprès du pa- Irjcircljc les fonctions de vicaire : l'un pour le spirituel, 1 autre pour le temporel ; un troisième réside à* Rome, où il représente la nation auprès du souverain pontil'e. Les trois derniers résident dans différents couvents ou collèges du Liban. Tous ces arciievéques et évèques sont élus par les fidèles du diocèse, consacrés par le patriarche et coulirmés par le pape.
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L'élection du patriarche lui-même doit être confirmée par le pape, qui lui eavoie la pallium et les sigoes patriarcaux. 11 porte le titre de patriarche d*Antioche,. accordé par les souverains pontifes des l'année 1243, et renouvelé à plusieurs reprises ; en 1438» par £u-» gène IV, en faveur du patriarche David ; par Nicolas Y elCalisle 111, son successeur, au patriarche Jacques Pierre ; par LéonX et beaucoup d'autres papes, à plusieurs patriarches d'Antioche, à Moïse Accherens, à Jean, à Georges» à Jean BuoU, à Josepb-Achei Accourons.
Les archevêques et évéques maronites forment un
sjnode dans lequel le patriarche est élu par les deux tiers des voix ; l'opposition d'un seul évéque peut donc faire traîner rélection en longueur. Voici, au moment de la mort de Joseph liabesh comment étaient répartis les évéques : trois d'entre eux, le procureur spirituel et le procureur t<emporel du patriarche et l'évêque de Tripoli, étaient au couvent de Diman,. situé dans le district de Djebbet-Bicbarré où Mgr Habesch était mort. L'archevêque de Laodicée Jkigr M^jrad, délégué du patriarche auprès du saintsiège, était à Rome ; Tévéque de Zouk Mgr Josepli Gazen, et son cousin iMgr Antoine Gazen, évêque de Damas, étaient dans le Kesrouan où se trouvaient le diocèse^du premier, la résidence du second, leur fa* mille et leurs proi)nélés ; les autres évéques étaient dispersés dans le Liban, chacun dans sa résidence habituelle. Deux candidats étaient désignés par l'opinion publique comme dignes de la succession de
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Mgr Habesli, révèquc Boulos (Paul), évêque in par^ tibu» de Tarse, qui avait été son procureur spirituel, et Mgr Joseph Gazen, évéque de Zouk. Le premier, sorli d'une famille de paysans du Liban, avait élé envoyé à Rome et avait été élève de la Sacrée Googrégation ; après avoir achevé ses éludes dan§ son propre pays, il avait exercé une inlluence à peu près absolue sur le patriarche défunt; son parti était considérable dans le district de Djebbet-Bicharré, où Mgr Joseph Habesli avait toujours résidé. Le second, Joseph Gazen, appartenait à une des maisons les plus illustres du Liban.
Ricfie, nnembre d'une nombreuse el puissante famille, évêque d*un diocèse recherché, il avait beaucoup plus de chance de succ^s que son concurrent ; mais les habitants des environs de Tripoli et du Djebbet-Bicharré lui étaient hostiles. Les scheiks et les paysans de ce grand et belliqueux district savaient bien que Mgr Gazen, une fois élevé à la dignité pa« triarcale, ne voudrait pas résider au milieu d'eux, et retournerait dans le Kesrouan dont le séjour était plus conforme à ses goûts, à sa fortune et à ses intérêts ; ils déclarèrent donc aux trois évêques qui étaient demeurés à Diman qu'ils s'opposeraient à leur départ, et que, d'après le synode libanais, le patriarche devant êire élu à Kanoubine, le véritable et antique siège patriarcal, ils n'accepteraient comme légale qu'une élection qui aurait eu lieu dans ce couvent ; ils espéraient ainsi exercer une pression morale sur les évêques réunis, et obtenir une élection à leur
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convenance. Dangereuse conséquence du principe d'élection dans la biérarcbie sacerdotale I
D*aulre part, Mgr Joseph Gazen, son cousin révoque Antoine Gazen, l'évêque de Sidon, celui de Djesin, et le frère du feu patriarche Mgr Philippe Habesli, déclarèrent -qu'ils ne se rendraient pas dans le Djebbel-Bicliarré, et qu'ils entendaient que l éieciion eût lieu dans le couvent de Bekerké» ancien siège patriarcal situé dans le Kesrouan. Deux autres évéques» celui de Saint-Jean-d'Acre, m partibus, qui administrait temporairement le diocèse de Beyrouth, laissé vacant par la mort de l'ordinaire, et celui de Chypre, dont la résidence est dans un couvent du mont Liban, se disaient prêts à suivre la majorité des év(^(]ues partout où ils iraient; mais leur secret penchant était pour la réunion du synode au siège de Kanoubine.
L'attention publique était vivement préoccupée par ces dissensions. Les ennemis des Maronites s'en réjouissaient. Ces derniers ne s'abordaient qu'en parlant de cette question si vitale pour eux, et les mots: m Min,bi êir bairackf qui sera patriarche? i> étaient . dans toutes les bouches. La cour de Rome a dans le Liban un délégué apostolique; ce prélat a, en outre, le titre de vicaire d'Alep. Ce bon délégué était bien agité par les divisions qui s'étaient glissées dans le corps épiscopai, et qui menaçaient de retarder indéfiniment une élection à laquelle il attachait avec rai- • son une grande importance. Je connaissais beaucoup MgrdeYiilardeli nous avions fait ensemble plusieurs
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voyages, l'un par mer, sur le brick de guerre l'Alcibiade^ de Beyrouth à Tripoli ; l'autre, beaucoup plus long, à cheval,, le long du littoral de la Syrie, de Laodicée à Beyrouth. J'avais résidé plusieurs mois à Laodicée en même temps que lui, et j'avais pour ce bon prélat, que la mort a récemment enlevé, une respectueuse affection.
11 était Catalan, et avait conservé, malgré son long séjour à Rome et la pratique constante qu'il faisait de la langue italienne, quelques mots espagnols qui étaient comme les anneaux visibles de la chaîne des souvenirs qui le rattachaient à sa pairie, Il disait toujours la madré iglesia,pele^inacionf btien viage^ etc. etc. 11 était charmé de parler espagnol avec moi, et nous trouvant en route pendant la semaine sainte, et à Tortose le jour de Pâques, il nous ht servir du chocolat le matin à notre réveil en me disant que c'était la coutume en Espagne. H avait une fort belle voix de ténor, et nous chassions les ennuis d'une longue route à cheval en chantant. Ce n'était jamais sans émotion que je l'entendais entonner le beau chant romain Laudate, pueri, dominum. Hors des murs de Tortose se trouve une belle église bâtie par les Croisés,qui n'était pas entièrement achevée quand les musulmans firent la conquête déûnitive de la Syrie. Mgr de Villardel y entra accompagné d'un marchand grec qui avait une aussi belle voix que lui, et tous deux se mirent à entonner des chants religieux. Le ptètre catholique chanta le cr «aiiftfm et terribih nomen eju8,» le grec l'hymne de V Empereur LascarU^ chacun
ET LA STRIE ISl
prenait possession en idée au nom de son cuite de l'édiûce inachevé. Mgr de Yiilardel avait une instruction étendue et solide, connaissait bien les classiques et parlait et écrivait l'arabe avec élégance. Il était très-timide, et rien n'était plus aisé que de l'effrayer.
On lui avait dit que la route, entre Laodicée et IripoU, était intestée de Ijôtes féroces et de brigands. Je savais qu'il y avait parfois danger è voyager sans être accompagné ; mais avec mes domestiques bien ^rmés, je pensais qu'il vl^ avait rien à craindre; toutefois, je ne sus sa préoccupation, à l'égard des bêles féroces, que le deuxième jour du voyage, alors que, vers le couclier du soleil, il me dit : Signor, console, Ui ha wduto fnolii kopardi ^ »
* Cependant Mgr de Villardel, si timide dans le cours habituel de sa vie, avait fait preuve à diverses reprises d*un ç^rand coiirni^e et d'une arandc iVrmeli'. Etant au séminaire à Barrelone, il fut commandé, avec plusieurs de ses condisciples, puur ensevelir un criminel qui avait été condamné à être pendu. Le patient, hissé dans l'air, la corde se casse et il tombe plein de vie; le jeune séminariste Villardel se jette sur lui ; ses compagnons rimitent, et ils s*écrient tous que le condamné aura la vie sauve, que ce serait une horrible cruauté de le rependre. Les alguazils menacent de leur arracher le malheureux condamné par la force. Les gendarmes les couchent en joue avec leurs carabines. Rien ne peut les ébranler, et ils sauvèrent la vie au coupable, dont on raconta au roi d'Espagne l'aventure, et qui vit sa peine commuée.
En 1808, étant à Damas préfet de la mission des révérends pères franciscains, il soutint, contre un pacha cruel et exacteur qui persécutait les missions, une lutte pleine de fermeté, et tout en subissant la t^ruimie de ce satrape, qui le força de lui payer
Ce bon el aimable prêtai m'écrivit qu'il désirait beaucoup m'eutretenir au sujet des alfaires religieuses du Liban, et me pria de venir le voir à sa résidence, appelée la Délégation.
On était à la ûn de; juillet, au plus fort des chaleurs. Je quittai Beyrouth ' vers quatre heures de l'après-midi, à cheval, accompagné d'un cawas et d*un domestique, tous deux à cheval comme moi. Le premier me précédait tenant à la main son bâton à pommeau d'argent, marque de ses fonctions. Il était de Tripolii s'appelait Abdul-Wahed (l'esclave de Tunique) et disait quelques mots de turc. Mou domestique me suivait; c'était un jeune Grec de l'île de Chypre; je l'avais pris à mon service à Tarse, et il était bien vite devenu un intelligent serviteur. Je ne lui parlais jamais qu'en grec; je me plaisais au son de cette langue si noble et si riche, même sous son vêtement moderne; die était pour moi, en Syrie, comme un souvenir de la civilisation de l'Occideot.
J'habitais à Beyrouth, une maison située à la campagne, sur la lisière des dunes de sable grossies par le soufUe du vent du désert; ces dunes envahissent chaque année les terrains cultivés des environs de la ville. Quelques mois de séjour suffisent pour constater les progrès de cette mvasiou et pour voir disparaître dans le sable les troncs des mûriers. Les
line somme énorme, sut cependant faire connattre sa cruelle
situation à rambassadeur de France à Conslantinople, qui obtint du divan la destitution du pacha et la restitution de Targeut,
dunes recouvrent des cliamps entiers de ces arbres ; les dernières branches percent encore le sable çà et là, et verdis^ntauprintemps, comme pour demander secours à l'homme jusqu'à ce qu'elles aienl entièrement disparu. Le paysan voit son champ et sa cabane attaqués, puis détruits par l'invasion inexorable des sables, se retire, et, quelques années après^ passe à cheval sur ce sable qui recouvre son premier toit. Le souffle, du vent qui porte et amoncèle ces collines sablonneuses est si régulier, que, dans le voisinage, des cycomores et des caroubiers restent parfaitement dégagés. Leurs branches et leur épais feuiQage se développent librement, croissent à moins de dix pas des dunes, et semblent presque avoir le sentiment de leur sécurité.
Les cliemins conduisant aux habitations sur presque tout le littoral au pied du Liban, sont étroits, sablonneux, bordés de chaque côté de murs en pierres sèches servant à délimiter les champs et à contenir la terre végétale. Entre, les pierres de ces murailles croissent des cactus; ces plantes atteignent une hauteur considérable, et leurs racines se tordent comme des serpents, enlacent les pierres et les unissent les unes aux autres comme des cordes solides. Ces cactus, qui iorment des liaies impénétrables, penchent sur la route leurs larges feuilles; le cavalier arabe les tranche avec son sabre quand elles gênent sa marche, et le chameau les broie dans sa bouche de fer, malgré les fortes épines qui les recouvrent.
L*hiver, quand les pluies torrentielles onl imbibé le sable et la terre rougeàtre qui cimentent les pierres de ces murailles» et nourrissent les racines descaclus, les pierres se détachent, roulent dans les chemins, et bientôt ces plantes énormes, n'étant plus soutenues, sont entraînées par leur propre poids, et viennent joncher la roule avec un bruit affreux. Le cheval arabe franchit rarement ces obstacles sans difficulté. Ces grosses branches torses, ces feuilles épaisses et verdâlres, les épines blanches et aiguës qui les recouvrent lui inspirent un vague effroi. U s'arr6le; il flaire, il renifle, et il faut 'que le cavalier emploie tour à tour la voix ou le tranchant de l'c^trier pour les lui laire franchir. Ces murailles servent aussi de logement aux scorpions; ils y habitent par cen» taines, el les petits Arabes leur livrent une guerre incessante*
Pour se rendre de l'endroit où j'habitais^ à la délé*
gation apostolique située dans le Kesrouan, on descend vers la ville par un chemin raboteux et couvert d'un sable rougeàtre dans lequel les chevaux teignent leurs sabots d'une couleur d'ocre. Arrive en face de la porte Yacoub o(i tourne à droite, et Ton traverse une place bordée d'un côté par la muraille de la ville, et de l'autre par une rangée de forts beaux sycomores. Sur cette place, à plusieurs reprises les milices albanaises ont planté leurs tentel ; k ces ar^» bres plus d'un malheureux a été pendu. On passe au pied de la tour carrée de Fakr-ed-Din (éclat de la foi) , plus connue sous le nom de Facardiui et Ton se
ET LA STAIB
trouve daos la campagne» partout plantée de mûriers.
On laisse h sa gauche uae petite mosquée ruinée; c'était autrefois une église dédiée à saint Georges, car c'est là que ce saint guerrier tua le dragon, d'après la tradition ; on traverse la rivière de Beyrouth sur un fort beau pont de construction arabe» ou à gué pendant Tété, au milieu de touffes de laurier-rose et de nénufar, et l'on côtoie la baie de Saint-Georges, ayant à sa droite la partie du Liban où se trouve le district du Meten* el à sa gauche et dmière soi la mer • el Beyrouth.
On suit la plage où la mer tranquille ou agitée vient baigner les pieds des chevaux, mais l'œil et la pensée trouvent une occupation, soit en examinant les cultures qui tapissent le versant du Liban ou les couvents qui le décorent, soit en contemplant la mer, ce spectacle toujours nouveau, toujours grandiose et dont on sent Vivement l'absence quand on a été habitué à en jouir. Pour moi, c'était surtout vers les ûols que se portaient mes regards. La mer donne à la fois ridée de la distance et du rapprochement. En voyant crjlle vaste plaine humide, je songeai à la France dont elle baignait aussi les rivages aimés et à une autre patrie bien éloignée, mais bien chère, où vivaient alors des êtres chéris que je ne reverrai plus sur cette terre.
La partie du Liban qui va delà courbure de la baie de Saint-Georges, dans laquelle se jette la rivière de . Beyrouth au promontoire au pied duquel le tleuve
du Chien (Nahr-ei-Kelb)» se je UedûDsla mer, n'offre rien de bien remarquable ; c'est une portion dis- Irict tippelc l'^l-Meien; après environ trois quarls d'iieure de cbeval, on passe encore à gué une petite rivière, celle d'Antélias appelée par les marins la rivière du Chat. Bientôt après, la route s*élôve sensible- ^ ment le long d'un sol pierreux. On s'éloigne de la mer et on l'entend mugir à distance contre d'énormes blocs (Je roclier; l'on gravit le prou'ontoire }uir un chemin taillé en escalier dans la roche vive, et on pénètre dans lin défilé par où sont passés quelquesuns des plus grands noms de l'iiistoire: le grand Ramsès, Sésoslris, peut-être Sennachérib, San le fléau, dont un ange frappa les soldats endormis, Cambyse ; Caracalla ^ , qui élargit le défilé, comme le constate une inscription latine parfaitement con-
' Quelques savants ont attribué à Marc-Aurèlerinscription latine, et la route dont elle rappelle Félargissenient, mais j'ai adopté
rexpliration de M. Guys, qui lait observer que ni Antonin le Pieux, ni son successeur, ne prirent le surnom de Britannique, qui se lit dans Tinscription du fleuve du chien, c tandis que Caracalla se l*aiT0gea pour avoir accompagné son père dans son expt'dition contre la Britannie. Ce prince, continue M. Guys, vint depuis en Syrie et a dû passer par ce cheiiiiu, en % après Jésus-Christ, lorsque, selon l'expression de Montesquieu, pro- ' menant sa fureur, il se rendit i Alexandrie pour se donner le spectacle barbare de tant d'hommes égor^^i^s dans une fête. La voie dut être alors réparée etagrandie pari ordre de Tempereur, lorsqu'il était à Antioche.
servée, et unit la voie égyptienne ou assyrienne à la voie romaine; Sullàn Selim, conquérant de YÈgyfiB et de la Syrie. De nombreuses ÎDscriptions assyriennes, latines et arabes rappellent le passage des conquérants. Des figures représentant des guerriers, des princes, que de savants archéologues * croient avoir appartenu aux grandes dynasties assyrienne, égyptienne et persane, sont sculptées dans la pierre granitique et dominent les deux voies, l'ancienne qui n'est plus pratiquée, celle de Garacalla, qui est la route habituelle pour aller d'un point du littoral de la Syrie à l'autre, le fleuve et la mer.
figures sont de grandeur naturelle et entourées d'un cadre ; le haut en est semi-circulaire, ou bien représente des portes de temple avec leurs frises et leurs corniches, comme les monuments coramémoratifs si nombreux en Egypte. L'intérieur des cadres a dû contenir des inscriptions d'application dont les gonds rongés paraissent encore aux quatre angles des encadrements, et Tune de ces inscriptions se trouve sculptée sur la poitrine du guerrier;, allant d'une épaule à Tautre, contrairement à l'usage égyptien. Des plantes aromatiques, des ronces, des touffes de lis sauvages rampent le long des corniches, ou pendent sur les coiflures dégradées de ces conquérants et le temps, après tant de siècles, n'a pas encire détruit entièrement les traits et les attributs qui servent aujourd'hui à la science à les faire vivre dans ses annales.
L'aspect de ces figures est saisissant, et quand on
LB LIIIAlf
se trouve seul dans le délUé, coDiemplaot ces tableaux et C66 portraits de pierre* on ne peut se défendre d'un sentiment qui ressemble à la fois à l'admiration et à l'effroi Au point culminant du promontoire* du c6té de la mer* s'élève la base grossièrement taillée qui supportait, on suppose, une idole, en forme de chien ou de loup» que les habitants de la Syrie adoraient et qui prononçait des oracles, s'il faut en croire Slrabon. Sans doute celle idole a donné son nom au'ûeuve* et les Arabes croient en apercevoir le tronc au fond des flots qui baignent le pied du promontoire, quand la mer, calme et limpide, permet à rœil d'en percer la profondeur. La tète de l'idole aurait été portée à Venise* d'après le voyageur anglais Maundrell ; mais Je n'ai pas ouï dire qu'elle y fût. Le fleuve du Chien est le Lycus des Grecs. Les anciens géographes disent qu'il était jadis navigable.
Le courant est très-rapide et sort d'une vallée étroite, renfermée entre deux murailles naturelles* sauvages et abruptes, formées par les montagnes du Meten et du Kesrouan. La rivière divise ces deux districts* et était autrefois la limite des pachaliks de Seyda et de Tripoli, ainsi que des patriarcats de Jérusalem et d'Antioche. Les deux rives sont réunies par un pont à deux arches jeté avec hardiesse et
< Je n'ai pas eu la préten^on de foire une description scientifique des moDuments du fleuve du Chien, et je renvoie le lecteur aux savants et intéressants travaux- de MM. de Bunsen, Lajard, de Saulcy et Lepsius.
ET hK SYRIE
conslruil par l'émir Fakr-ed-Din. Le long des flancs du rocher qui borde la rive droite, et semble avoir . élé taillé par la main des géants, les induslrieux Maronites ont pratiqué un aqueduc qui reçoit les eaux de la rivière aux environs du couvent de Mar^Johannah-Chouair (Saint-Jean de Cliouair). Le long de cet aqueduCt fort élevé, Teau surabondante baigne les âancs mousseux et verdAtres du rocher, et y fait croître des lianes, des plantes grimpantes, des lichens, dont les touffes épaisses descendent^ en balançant leurs branches couvertes de rosée, jusque sur le bord de la route du Kesrouan.
L'aspect de ces lieux, quand ils s'offrent au voya* geur au moment où il a gravi le promontoire, est grandiose. Leur solitude est quelquefois troublée par • les caravanes de mulets ou de chameaux ; leurs clochettes retentissent dans les échos sonores de la val* lée; d'ordinaire ils passent le fleuve à gué en aval du pont pour abréger la route» J'ai bien des fois, pendant mon séjour én Syrie, traversé le« fleuve du Chien, et toujours j'étais émerveillé de la sauvage grandeur du site, soit que le soleil, à son méridien, fit étinceler l'azur de la mer paisible comme un lac, soit que ses derniers rayons teignissent de pourpre ei de rose la cime aiguë des rochers, soit que les flots, bouleversés par la tempête , remontassent furieux le cours du fleuve , comme pour le refouler vers sa source.
Après le fleuve du Chien, on c6toie la mer le long de Tespace étroit que les montagnes du Kesrouan
laissent entre leurs pieds et la Méditerranée; on suit un sentier tracé à travers des plantations de mûriers, et l'on atteint les premières pentes au-dessous du bourg de Zouk-Micliaïl, où se trouve la délégation apostolique. Au moment où mon cheval se préparait à gravir les rudes sentiers que les paysans ont soin de semer de pierres pour rendre leurs montagnes encore moins abordables aux Turcs et aux Druzes, le soleil disparaissait à Thorizon. L*air était d'une sérénité et d'une transparente admirables. Cette heure, dans les voyages d'Orient , récompense de toutes les fatigues de la journée. Le silence, précurseur du repos, succédait aux mille bruits de la campagne dans les journées d'été. On entendait seulement encore quelques cÎKales criardes pousser par intervalles leurs notes aiguës dans les bouquets de . pins au bord de la route, et la chaleur en faisait exhaler une senteur de résine.
Les sommets du Liban étaient inondés des plus magnifiques couleurs. D'abord un pourpre éclatant y dominait, puis s'adoucissait peu à peu en une teinte rosée; les rocliers, dont on pouvait alors distinguer les moindres anfractuosités , semblaient avoir la transparence et la fragilité du verre ; un fluide d'un reflet pâte et d'un tendre lilas baignait les contours de ces cimes perdues dans les airs, tandis que la nuit montait le long de leurs flancs et jetait un rideau noir sur les forêts qui les tapissent. Le Kesrouan forme un amphithé&tre; la base en est baignée par lal)aie de Djouni. Au point où j'étais, j'avais devant moi.
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à ma droite, le bourg de Zouk, placé sur deux cônes élevés et séparés par uDe vallée profonde, et formaDt proprement deux gros villages; Fun d'eux a été presque entièrement abandonné, à cause de son insalubrité* A ma gauche, était la baie de Djouni et le village de ce nom ; les dernières maisons sont bâties près du sable de la plage.
Le couvent arménien catholique de Beit^Hacbbou (la maison de bois), énorme construction en pierres, placé sur la déclivité de l'aile droite de ce vaste amphithéâtre, et séparé du village de Gazir par un étroit et profond ravin ; de l'autre côté du ravin dominant l'abîme, et placé en face même du couvent arménien, s*élève le palais de Témir Abdallah, delà famille des Cheab. Sur l'avanl-dernier plateau et presque en lace de moi, Harissa, couvent de moines de terre sainte, réfléchissait sur ses murailles blanches les rayons mourants du soleil. Entouré de pins, de buissons, de figuiers sauvages, presque au centre de l'arène, et toujours en remontant vers le sommet, l'ancien couvent de Bekerké, et sur la créle même de la chaîne du Kesrouan , le couvent arménien catholique de Bezoummar, résidence du patriarche arménien calholique de Gilicie, perçant l'air bleu et limpide de ses flèches et de ses clochetons.
La transparence était parfaite; je. croyais que quelques minutes pourraient me conduire à ces demeures solitaires, et il faut plusieurs heures pour gravir les sentiers semblables à de longs serpents, qui rampent, cachés par les buissons, le long des lianes
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des montagnes. J'atteignis bientôt la délégation; située dans un des vidloos fonnés par les deraiers contreforts du Liban, on ne l'aperçoit pas du bas de rampiiithéàtre. Plus bas encore, est le collège d'Antoura» ancien couvent de jésuites donné» comme tous les établissements des jésuites en Orient» aux lazaristes par Pie VI, en 17^>2, transformé aujourd'hui en colléget et dont les murs blancs et propres et les contrevents Terts, annoncent la présence d*Eu-* ropéens. Une fois sur le plateau où est construit le bâtiment de la délégation» l'œil rencontre partout des couvents; ici ce sont des visitandines , là des basiliennes grecques catholiques, des antonins maronites» des capucins ; partout, le long des flancs des montagnes où dominant leurs crèles, apparaissent des monastères, et partout la culture la plus admirable, depuis Ui base jusqu'au sommet, partout la lutte victorieuse de l'homme contre les difficultés et Taridité du terrain.
C'est pourtant là Touvrage de ces moines si souvent accusés en Europe de fainéantise et raillés pour leur inuliUlél L'heure de l'angélus sonnait au mo** ment oii j^arrivais à la délégation , et les cloches de tous ces couvents et de toutes ces églises tintaient pieusement dans l'air Umpide et calme. Le son des cloches, dans les campagnes^ et même au sein des villes» réveille en nous de pieux souvenirs, mais Timpression est bien plus profonde dans une contrée lointaine, en voyage, h la tombée de la nuit. Depuis plusieurs années déjà » j'habitais les pays musul*
mans où les chrétiens n'ont pas le droit de faire résonner les cloches. Cet appel à la prière du soir, au moment où j'entrais sur cette terre consacrée par la religion, me remplit d'attendrissement.
Qu'elle serait pénible pour le voyageur solitaire^ eette heure où le silence et la nuîl qui s'avance le rendent à ses pensées et à son isolement, s'il n'élevait son âme vers Dieu et vers la reine des cieui, l'étoile des mers, la consolatrice des affligés! On éprouve aussi un bien grand charme en voyant une population entière attachée avec ferveur au culte antique de ses pères, et au milieu des vicissitudes du monde et des ennemis de sa foi , le pauvre puiser sa consolation dans sa religion. Ce sentiment, je l'ai éprouvé souvent dans mes voyages, et ce n'est pas sans admiration que j'ai vu au soleil couchant, les . paysans maltais sortir de la ville de la Valette le chapelet à la main, et chantant le Salve Begina, passer pieds nus pour regagner leurs villages auprès de leurs maîtres, dont la puissance n'a jamais tenté leur ambilion ni fait vaciller leurs croyances.
Le délégué apostolique m'attendait.
Le bâtiment de la délégation, qui est une petite maison bien simple, a été fondé par Mgr Losana, aur
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jourd'hui évéque de Bellaen Piémont. Au-dessus de la porte d'enlrée se trouvent gravés les vers de Vir^ gile. Sic vos non vabU, etc. La maison de la déléga* lion fut augmentée jpàt Mgr de Fazio, qui mourut en 1840, et qui avait succédé à Mgr Auvergae, prélat français. Mgr Auvergne était un prélat d'une piété admirable et d'une rare érudition. 11 a laissé en Syrie
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la. réputation d'uu saint homme, il mourut de la peste à Diarbekir, ainsi que son vicairoi M. Guinoir, victimes tous deui de leur charité et de leur dévouement. Les restes xuorlels de Mgr Auvergne reposent sous un monument qui lui a été élevé dans la cour du couvent des capucins à Gazir, dans le Liban. Cette tombe est devenue un lieu de pèlerinage pour les chrétiens de la montagne.
Quoique Mgr de Yillardel, devenu archevêque de Philippes et vicaire apostolique, eût conservé pour soi-même, et dans son habitation et dans sa vie, la rude simplicilé du cloître il me fit servir un fort bon souper et me fit boire du vin d'or du Liban, auquel toutefois je préférai, et lui aussi, du vin de Bordeaux, (ju'il trouva bon, malgré l'admiration exclusive des Espagnols pour les vins de leur pays. Je trouvai chez le délégué apostolique le R. P. Planche!, de la société de Jésus, et préfet de la luissioii de son ordre en Syrie. Nous passâmes la soirée en conversatioo, et nous remîmes les affaires au lendemain. J'étais fa ligué, et cependant mon sommeil fut troublé et pénible. Le lit qu'on me donna était très-bon pour un voyageur en Orient, mais je n'avais pas de mous-
tiquaires, et je fus cruellement tourmenté. Les cousins» en Syrie, n'ont ni la forme, ni le bourdonne* ment moDOtone que ces voraces eonemis du repos de riiomme ont en Europe. Ils sont Irès-pelits, d'une couleur vert pâle semblable aux feuilles des arbres au milieu desquelles ils se tapissent pendant le jour. Âu soleil couchant, ils quittent leurs retraites et se tiennent tranquillement collés contre les murailles des appartements, jusqu'à ce que le sommeil ait commencé à appesantir les paupières de' leur vie • time. Ils s'élancent alors sur elle dans le plus profond silence, et le dard empoisonné a pénétré sous l'épiderme avant que l'on ait rien entendu; aussi l'Arabe, dans sa langue métaphorique, Tappelle-t-il le mangeur silencieux (iacoul ouscout). Que de fois, dans mes pérégrinations, ce cruel insecte a troublé mon repos, et agité des heures sur lesquelles j'avais compté pour me reposer d'une longue fatigue! Mais ce sont là des tribulations dont le souvenir est bientôt oublié.
Je m'éveillai avec l'aube pour aller sur la terrasse ' respirer l'air pur et aromatique de la montagne. Tout reposait encore dans la maison. Le soleil commençait à glacer de rose la flèche du couvent de Bezoummar et la crête du cône immense dont le flanc septentrional supporte la masse grisâtre et sombre de Békerké, séparé de la délégation par un profond ravin, au fond duquel un troupeau de chèvres allait brouter les rares plantes que la torche ardente de l'été n'avait pu y consumer. Un pÀtre, les jambes nues, les pieds
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protégés par d'épaisses sandales, le corps ceint d'une tunique de toile grossière, les épaules recouvertes d'un manleau court, à long fils de laine, la téle ombragée d'un épais turban do grosse toiie bleue, s'arrêtait en face moi, de Fautre c6té du ravin, et considérait avec une curiosilé bienveillante mon simple costume européen. Lb élevant un peu la voix, je . pouvais me faire entendre de lui. Un aigle, en un clin d'œil, eût volé d'un cùlé du précipice à l'aulre, et il m*eût fallu plus d'une heure pour y descendre et remonter au point où se tenait le pâtre.
âA mesure que le jour descendait dans les vallées, je pouvais examiner à mon aise et dans toute la netteté de leurs contours les nombreux couvents que j'avais vus la veille à travers le crépuscule, el (jui commençaient à fefléler les premiers rayons du soleil. £n face de moi Bekeiké, fornic de deux masses carrées où habitent maintenant deux ou trois moines maroni'^tea, tongtemps résidence d*un patriarche, et devenu célèbre par l'iiistoire de la nonne Uendia, racontée par Yolney dans son Voyage m Syrie^ et mise en doute par Burkardt. Ce célèbre voyageur, qui était . protestant, mais qu'une longue fréquentation des rrtigieux en Orient avait rendu plus éclairé et plus toiérani que le philosophe Volney, s'exprime d'une manière qui mérite d'être rapportée ; « A trois quarts d'beure d'Antoura, dit-il, je passais près des ruines (le couvent a depuis été rebâti) du couvent de Bekerké, le Kourket, jadis la résidence de la fanjeu^e Bendia» dont Voleny a domrà l'histoire. Maintenant
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que les passions soat apaisées, et que la plupart * des personnes qui ont joué un rôle dans celte
histoire sont mortes, l'opinion générale est que le seul crime de iiendia était son ambition de passer pour sainte.
Les actes abominables de débauche et de cruauté dont elle fut accusée, sont problablement imaginaires; mais il est certain qu'elle punissait rigoureuse* ment celles des nonnes de son couvent qui hésitaient ^ à croire i sa sainteté ou qui mettaient en, doute les visites qu'elle se yantait de recevoir de Jésus-Christ. Uendia est morte il y a environ dix ans dans la retraite au couvent de Seidet-Ël-Uaklé. » Burckardt voyageait en 1812, A ma droite, j'avais Antoura, le collège des lazaristes, où de jeunes Maronites^ des Grecs catholiqu'es, et quelques enfants d'Européens établis en Syrie reçoivent une éilucalion qui peut les loettre à même plus tarâ de suivre les cours.de l'Université de France. Le gouvernement français donne des honrses, des demi-bourses à douze jeunes gens des familles du Liban. J'ai passé bien des beu* res agréables dans le eouvrat d'Antoura avec les )a* zarisles, et notamment avec l'abbé Le Uoy \ le préfet de la mission et MM. Amaya et Sapeto, l'un Espa-
* J'apprends que Tahbé Le Roy, vient de succomber aux longues ' fatigues de ses missions en Orient, et surtout au chagrin que lui ont causé le massacre de Damas et lu drstruction des beaux établissements qu*il avait crées. L*abbé Le Roy dont le nom était vénéré en Orient, était réfugié pendant le massacre de ^amas, chez f émir AbdH^-Rader.
giiol, l'aulre PiL'monlyis. Tout près d'Anloura, se trouve le couvent des VisitapdiDCS, comme je l'ai dit plus haut. Ce couvent fut fondé par des religieuses françaises, el pendant que les églises et les couvents étaient fermés en France sous le régime de la Terreur, que les religieux et les religieuses fuyaient leur patrie et la persécution, une lille noble devint abbesse de ce couvent. Ge fut» je crois, la dernière Française qui le dirigea, car il est difficile de recueillir des informations précises en Orient, et surtout de reconnaître lès noms français, déBgurés par la prononciation arabe après de longues années; mais ce qu'il est impossible de ne pas reconnaître . dans les religieuses visitandines, c'est la grâce ^radidilionnelle et la douce dignité qui semblent le partage des religieuses françaises*
A répoque de mon séjour en Syrie, Tabbesse des visitandines était une belle jeune feinme de vingtcinq ans, d'une des premières familles du Liban. Elle était d'une beauté remarquable, bien qu'elle eût déjà un peu trop d'embonpoint. Son teint, d'un brun mat, ses yeui d'un noir admirable et d'une expression à la fois fine el douce, sa bouche petite et ornée de dents d'une blancheur éblouissante, étaient encadrés avec une grâce coquette mais simple dans sa coiffure de religieuse. J'avoue que je visitais souvent celte belle abbesse el lui portais des marques de la munificence de la France; je prenais plaisir, assis sur un divan, en fumant une pipe h laquelle me donnaient droit et mon rang en Syrie, et les lois dei'bos-
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pilalilé orientale, à m'enlretenir longuement avec elle à travers la grille du parloir. Sa conversation avait du cliarme, surloul quand elle ui'inlerrogeail sur la France, et malgré la sainteté du lieu j'ai quelquefois fredonné menlalemenl le refain de la romance des Visitandines.
Je fus tiré de ma contemplation par mon domestique grec, qui m'apporta une filjan de café, lan'dis que mon cawas, embarrassé dans son large charval (pantalon] s'avançait lentement, tenant une longue pipe qu'il balanrait dans l'air, alin d'alliser le pelil charbon ardent qu'il avait placé avec soin sur d'excellent tabac du Liban. La ] ipe fumée en connaisseur, c'est-à-dire après en avoir seulement respiré le premier arôme, la crème, pour me servir de Texpres- . sîon des Orientaux, je me rendis à la chapelle de la délégation, où le K. P. Plancliet venait de commencer la messe. Dans celte modeste chapelle, une Vierge admirable de Murillo décore l'autel, dont elle est le seul ornement. Le délégué apostolique, un curé maronite et moi, nous assistions à la messe. Mon cawas était musulman et mon domesli(iue scliismalique, et tous deux étaient restés à fumer dans la cour de la délégation. Quand la messe fut finie, Mgr de Yillardel a[)pela mon attenlion sur la tête céleste de la mère de Dieu « Quelle belle et angélique figure 1 me dit-il. Quantoè divoiaf » J*ai toujours trouvé quelqile chose de touchant et de triste à la fois dans la dévotion des religieux pour la Vierge Marie. Heureux ceux qui n'apportent dans le cloître que le souvenir
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des sourires de leur mère ou de leur sœur, et qui ne retrouvent pas sous les traits de l'épouse de Josepli le sourire qui leur a fail croire un moment que le bonheur pouvait se rencontrer sur celle lerre I Après le déjeuner, l'évéque de Zouk, Mgr Joseph Gazen, le frère du feu patriarche, Mgr Philippe, l'évéque de Djesin el celui de Sidon, qui étaient venus rendre visite à celui que Ton considérait déjà comme le chef spirituel du Liban, arrivcTciil cliezie délégué apostolique. On leur apporta la pipe et le café, et notre conférence commença. Mgr de Yillardel et le R. p. Planchel parlaient tous deux l'arabe avec une grande facilité. Je Tenlendais, mais ils me servaient d'interprètes. L'évéque Joseph Gazen prit la parole le premier el parla avec simplicité, mais avec l'auloriic que lui donnaient une vie exemplaire, une grande fortune, une naissance illustre. Il combattit la prétention des habitants du DjebbeL-Bicharré, qui affirmaient que l'élection du patriarche ne saurait être légale si elle n'avait pas lieu au siège de Eanoubîne, et il déclara que l'élection pourrait se faire tout aussi canoniquement dans le Kesrouan, au siège de fiekorké, el qu'il appréhendait que la résistance que Ton mettrait à amener la réunion du synode è Kanoubine ne cachât le projet coupable de le soumettre à une violence extérieure. U termina en avouant qu'il avait de grandes objections à se rendre dans le district de Djebbet-Bicharré, et la suite de ce récit prouvera qu'il avait bien jugé des dispositions de la population de ce district.
Le délégué apostolique convenait que le synode libanais * n'exigeait pas que Télection du patriardie eût lieu dons le couwnl même de Kanoubine, mais seulement dans un siège patriarcal, ce qui était incontestable; mais nous savions tous que les trois évéquGs qui élaieiil demeurés h Diman après la mort de Mgr Uabesch, n'avaient pas quitté cette résidence et ne voulaient pas la quitter, de crainte que le trésor patriarcal ne lût pillé par les scheiks et les paysans qui leur avaient fait défense de s'éloigner.
J'a$sistais avec un vif intérêt à ce débat, qui me faisait pénétrer dans la vie, les mœurs, les lois d'un peuple la téressant et curieux à étudier, et je compris tout d*abord qu'aucun ^arti ne voulait céder. Je proposai donccomme moyen terme, comme Iransaction, le choix d'un siège patriarcal intermédiaire entre le Kesrôuan et le Djebbet-Bicharré, afin d'y tenir le synode. Je désignai le couvent de Meyfouk, situé dans le district de Djebaïl, qui sépare les deux que je viens de nommer» La proposition parut heureuse; mais les évêques hésilaient encore, et je fis cesser leur indécision en m'engageant à les conduire à Meyfôuk, et à me rendre ensuite à Diman pour y persuader aux. trois évêques d'aller rejoindre leurs
* C*est un livre imprimé à Rome par les soins de la Congrégation de la Propagande, et qui renferme les divers statuts et lois ecclésiastiques de la nation maronite.
vénérables frères h Meyfouk, et de demeurer de ma personne à Diman pendant réleciipn, afin d'y proléger le siège et le trésor patriarcal. La joie fut grande parmi les évêques, et les plus vils remerctments me furent prodigués. Je retournai ce jour-là môme à Beyrouth pour faire mes dis[)ositions pour une absence un peu plus prolongée, et je promis d*ètre de retour à Zouk le 1*' août. Mgr Joseph Gazen me fit promettre de descendre chez lui. Mes dispositions faites» à Beyrouth, je repris le chemin de Zouk le l«r août, mais, cette fois, avec une suite plus nombreuse. Deux cawas me précédaient, armés de leurs sabres, de leurs pistolets, de leurs yatagans, et portant leurs tromblons pendus à la selle de leurs chevaux. Un large keffié, étoffe de soie du J^iban, recouvrait leur turban et ombrageait leur léte. J'avais choisi pour m*accompagner le chef de mes cawas, nommé Achmet-Aga, fils d*un Albanais, et avec lequel je pouvais m*entcetcnir en grec et en turc. Achmet-Aga était osmanli, et comme tel, beaucoup plus considéré par les autorités turques • qu'un arabe. 11 avait fait de tous les métiers, connaissait la politique, se piquait d'expédier une affaire avec le pacha mieux qu'un drogman, était beau parleur, vénal, dévot, buvait du vin en cachette et mangeait de la chair de porc. Il charmait quelquefois les ennuis de la roule en me racontant sa vie agitéel La première contrée que j'avais visitée en Orient était l'Albanie, et j'aimais fi retrouver partout les hls de celle Ecosse orientale. A côté d' Achmet-Aga, mar-
cliail un beau jeune liomme, nommé Esmar, fils d'un seyd, descendant du prophète.
11 élail de Tripoli; il pouvait avoir vingt-cinq ans, et s'il n*avaitpas Thabileté de son compagnon, il avait un désintéressement, une grâce dans le maintien, une bonne mine qui me charmaient, il était ordinairement vêtu de vert; comme il appartenait à son rang. Sa lête, entièrement rasée, était coiffée d'un fez rouge, sous lequel il glissait coquettement la tige d'une fleur qui descendait le Iong.de sa tempe. Ses joues et son menton étaient parfaitement rasés, et sur son teint basané se dessinait la trace bleuâtre ' de sa barbe. Une moustache d'ébène ombrageait sa lèvre supérieure. Sa taille souple était serrée par une large ceinture de -soie, dans laquelle étaient passés les pistolets, dont les crosses étaient recouvertes d'argent ciselé, et son handjar, à manche d'ivoire jauni. Sa jambe, bien faite, était emprisonnée dans des guêtres richement brodées qui en tairaient deviner à la fois la force et la iinesse, Esmar était courageux et philosophe, malgré sa parenté avec le Prophète ; il ne se cachait pas pour boire du vii\ avec mes domestiques chrétiens, dont il était fort aimé. J'étais aussi accompagné d'un drogman auxiliaire <lu consulat, dont la seule arme était une écritoire d'argent passée dans 3a ceinture. Un être bien utile grossissait cette fois ma caravane : c'était mon cuisi-> nier, armé de ses ustensiles, portés dans deux paniers de chaque côté de son mulet. Michaïl était un
cuisinier voyageur qui avait accompagné des gour-
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mels de Paris danslcMJi voy age à Baalbeck, en Paleslioe, aux lieux sainls, mais qui ne savail de la langue française que le vocabulaire de Carême. J*eus bientôt parcouru la dislance qui me. séparait de ouk, où j'arrivai au soleil couchant. La population de ce bourg se compose de Maronites ou de Grecs catholiques ou uielkiles. Un groupe de jeunes filles des deux races était réuni à la fontaine qui coule au bas de la montée qui mène è l'évéché. Les longs cils noirs, les yeux, doux et sauvages en même temps, un nez aquiiin distinguent .la race grecque, dont les traits sont plus délicats que ceux des Maronites. Un teint plus animéi moins de linesse peut-être, mais plus de douceur dans Texpression, forment le caractère de figure des jeunes tilles maronites. Une coiffure de toile blanche, roulée autour de la lêle et du menton, encadre ces jolis traits, ces sourires frais et naïfs. Aucun corset ne presse et ne gène leur taille Uexible; la lobe s'ouvre sur le sein dont rceil peut voir sans effaroucher leur modestie, et suivre sans trouble, les couluurs antiques et la peau légère ment brunie. Quelques vieilles femmes semblaient garder ce jeune essaitti ; elles étaient vêtues de la même manière, avec le singulier ornement d'un énorme cornet eu ier attaché à l'oreille droite, et épanouissant sa coquille comme pour annoncer que la plus incurai)le surdité aliligeail ces malheureuses, dont Touïe est cependant parfaitement éveillée. Des salutations charmantes partirent de ce groupe, et m'accueillirent. Je répondis avec lu yiéme céiémq-
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nie» en mettant la main sur mon cœur. J*arrivai dans la cour de révêché. L'évéque» entouré des principaux babltantsdu village, m'attendait sur la terrasse, immense balcon de pierre qui dominait le village, et d'où l'on voyait la mer dans le lointain. Au moment où je sautais à bas de mon cheval, le secrétaire de révéque et deux de ses cousins me prirent sous les bras pour me conduire à Tendroit où il m'attendait * debout, le chapelet à la main. Gomme je franchissais le seuil de la cour intérieure, deux paysans se précipitèrent sur moi, et passèrent leurs mains dans la ceinture de soie que j'avais, comme les Orientaux, passée autour de mes reins pour diminuer la fatigue du cheval, et crièrent : Aman. C'est là une des plus vieilles coutumes de l'Orient* Mettre la main datis la ceinture d'un homme puissant, c'est lui demander sa protection, se placer soys sa sauvegarde. Si un ennemi, un rival, un homme persécuté veut se réconcilier avec vous ou implorer voire appui, il vous fait prier de lui permettre de venir mettre les mains dans votre ceinture.
Après que l'on m'eut apporté la pipe, le café elles parfums, je fus invité à venir m'asseoir à la longue table qui était dressée dans la cour, sous Tomhre des sycomores et des acacias de Perse. Le dioer fut long, abondant, composé des mets les plus simples ou les plus épicés, servi sans ordre, et chacun prenant à volonté dans le plat placé devant lui. Le mouton, la volaille et le riz forment, du reste, la base de la nourriture dans tout l'Orient. Le lendemain, l'aube me
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vit encore sur mon cheval et m'acheminer avec ma suiie vers le village de Uamciiile» situé dans le district de Djebaïl, où nous devions nous réunir de nouveau, les évêques et moi, chez le plus riche propriétaire de la contrée» Micaël Toubia, pour tenir enfin conseil et nous séparer ensuite, et nous diriger, les évêques vers Meyfouk, où il était convenu que le petit conclave aurait lieu, et moi vers Diman, pour engager les évêques qui s*y étaient réunis à aller à Meyfouk rejoindre leurs collègues.
Me voilà donc en roule avec ma suite personnelle, et accompagné de trois évêques maronites montés sur leurs paisibles juments, et d'un révérend père jésuite, qui n'avait rien changé à son habit, mais qui avait laissé crottre sa barbe, comme tous les religieux le font en Orient, et qui, au lieu du long chapeau de feutre, portait un turb^ noir. £n - quittant Zouk, on descend vers le littoral, on traverse le village de Djouni et on longe le pied stérile et rocailleux du Liban ; on laisse à sa droite le couvent arménien de Beit-Hatchou avec sa masse imposante. On passe devant Timmense déchirure qui sépare ce couvent du palais de l'émir Àbdallab-Ghéab, bâti sur le précipice même de la crête opposée, et (]ui domine lé village de Gazir, le plus important du Kesrouan, et l'on s'achemine vers Djebaïl, l'ancienne Bibles. La route que nous suivions, tantôt descendait vers la mer, et nos chevaux devaient alors s'avancer péniblement à travers un sable jaune, épais, foulé par les larges pieds des chameaux, dont on retrouvait les traces, et d'où
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