QUATRIÈME PARTIE
LE UBiK ET LJL 8TBIE EN USO
a Le commerce et la religion ont été, entre nos maiûs des moyens puissants pour exercer en Orient une haute domination morale ; l'Angleterre nous a égalés ou même dépassés par le commerce, et si les missionnaires français les lazaristes et les jésuites n'avaient apporté un esprit nouveau en Syrie, il eût été bien difficile de maintenir notre suprématie « idigieuse qui doit sehrir de flambeau à la civilisation dans une province où tout rappelle notre passé, notre gloire, et où l'avenir nous réserve peut-être encore un beau rôle. i>
C'est par ces lignes, écrites en février dernier, que se termine la première partie de ce volume. (Voir page .)
Mes prévisions sè sont , vile accomplies ; pai l'initiative de l'Empereur, une intervention européenne armée Ta avoir lieu en Syrie , nos forces sont en
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iTiarclie, et c'est à la Franco que doit revenir la part la plus considérable dans cette intervention. Quels sont les événements qui ont motivé celle initiative . de la France? quel rôle va-t-elle y jouer ? quel doit être le but de l'intervention? Comment une entente peut-elle s'établir entre les puissances sur une question où des divergences profondes les ont souvent divisées? Tels sont les points que nous allons examiner avec un esprit d'entière impartialité, et avec un désir sincère de trouver une solution favorable au maintien de la paix européenne et à l'avenir des populations chrétiennes du Liban et de la Syrie.
La question du Liban n'a jamais été résolue d'une façon définitive ; des moyens termes, des palliatifs, tels étaient les remèdes apportés à un mal reconnu de tous. Quelle a été Torigine de la question du Liban ? nous ravôns dit dans la première partie mais nous allons y revenir brièvement.
' £n 1840, le pacha d'Égypte qui avait conquis la ' Palestine, la Syrie et la Gilicie sur les troupes du . sultan, et dont le pouvoir avait été accepté par la Porte Ottomane et par les puissances européennes, dominait ces belles provinces où il était représenté par Ibrahim-Pâcha son fils, qui commandait la force
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armée, et par le gouverneur général Schérilf-Paclia, qui avait établi sa résidence à Damas.
Ce gouvernement comniellait des fautes sans doute, mais il valait mieux que celui auquel il avait suc* cédé, et les affreux malheurs qui ont affligé la Syrie et le Liban depuis sa chute ont assez démontré combieo avaient raison les liommes d'État français qui voulaient le maintien du gouvernement de Mehemet- Ali- Pacha dans Tinlérét même des populalions et de la Porte Ottomane.
Je ne veux pas dire qu'on ne se soit pas fait illusion sur la puissance de Mehemet-Ali-Pacba et sur son avenir, et une des plus grandes erreurs de cette époque a été la croyance de quelques politiques dans un empire arabe assez furl pour {)rendre la place de Tempire ottoman et le régénérer. Il n'entre pas dans mon plan d'aborder ici la question égyptienne notamment dans les rapports qu'elle avait avec les grandes puissances européennes ; je crois humblement aue des fautes ont été commises alors, mais on ne saurait hésiter à déclarer qu'en ce qui concerne la Syrie la France avait grandement raison en conseillant la patience et la soumission aux Maronites qui s'étaient soulevés contre le gouvernement du pacha d'Égypte. Ils avaient des raisons de mécontentement, cela est incontestable ; des ordres venus d'Égypte et, mal interprétés avaient amené un commencement de désarmement des montagnards et ce désarmement avait provoqué une explosion qu'a- - vaient encouragée des agents des puissances intéres-
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sées à renverser la domination du paciia d'Égypte en Syrie et à laquelle ils avaient même poussé^: Tinsurrection des cliréliens devait bieniùL fournir un prétexte à la signature du traité du 15 juillet 1840. Aussi, M. Thiers, ministre des affaires étrangères» et M. Goclielel, alors consul générai à Alexandrie, firentils entendre les plus sages, conseils aux chrétiens* M. Thiers» traversé dans sa politique générale par la conduite insensée des Maronites, ne cessa d'intercéder pour eux auprès du pacha d'Égyple» mais» sa voix ne fut point écoutée des catholiques, et les Maronites, furent ceux qui accueillirent avec le plus d'empressement l'expédition anglo-turque I Us devaient payer bien cher et bien longtemps ce funeste moment d'égarement.
Bien que les conseils de la France n'eussent pas été
écoulés, à peine l'autorité du sultan fut-elle rétablie dans le Liban que le gouvernement français reprenait sans rancune et sans dépit son rôle de prolecteur dans le Liban. Le 6 février 1841,M.Guizot écrivait au consul de France à Beyrouth : -
c Je ne me dissiinule pas ce que les événements accomplis en Syrie ont eu de fâcheux pour notre influence politique dans ce pays, notamment parmi len populations catholiques du Liban. Un tel réiultal n'était malheureusement que trop naturel à prévoir; . mais je vois aveo plaisir qu'au milieu des oauses
^ Ou 86 rappelle les révélations de ramiralNapier à laebam^ bre des eoromuiies.
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accidentelles quipouvaieDl leodreàaffaiblir les vieilles sympathies de ces populations pour la France, elles y sont restées généralement tiilèles, et que leur confiance»dansrintérétquenouscontinuonsàleurpoft^, n'est pas atteinte : nous comprenons trop la néoesritë de les maintenir dans de pareils sentiments en leur prouvant qu'en effet elles peuvent etdoivent toujours compter sur la généreuse amitié de la France pout^ ne pas faire dans ce but tout ce qui dépendra dû nous. Aussi le gouvernement du Roi ne perd de vue aucun des moyens propres non-seulemeniàaméliorer l'existence actuelle des Maronites, mais encore à leur donner sécurité pour Tavenir. n Gomme première preuve de Tinlérêt que la France portait aux Maronites, le ministre des affaires étr^gëres mettait à la disposition du consulat de France une somme de 40,000 fr., destinée à soulager les infortunes les plus pressantes. Ainsi, c'était la France dont les Maronites avaient méconnu les conseils si sages, si paternels et si désintéressés, qui venait à leur secours, suivant ainsi len traditions séculaires de sa politique : tradi** tions auxquelles l'Empereur se montre fidèle d*une manière si éclatante en envoyant en Syrie un corps expéditionnaire au secours des chrétiens. Si la France restait fidèle à sa politique séculaire, en prenant sous sa protection la cause des Maronites qui avaient aidé les Anglo-Turcs à détruire la domination égjrptienne et ébranler sa |)ropre iiifluence en Syrie; l'Angleterre ne se ût pas scrupule de prêter son appui aux Druzes, qui cependant avaient suivi jusqu'au
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bout la forluûe de l'émir Béchir el ilo Mehemel-AU- Paeha. J'ai raconté tout au long la luUe diplomatique des puissances, au sujet de la question du gourvemement du Liban dans les précédentes études, et je n'y reviendrai que irès-suocioctemeDt. D'abord, on sembla d'accord pour donner aux montagnards un chef unique, pris dans la famille Ciieab, qui était en possession du pouvoir depuis de longues années; puis cette combinaison ayant échoué parce qu'au fond la France seule la souhaitait vivement» et que la Porte, l'Angleterre, la Russie et la Prusse y étaient contraires, et que l'Autriche était tiède, on se décida pour la séparation du gouvernement des deux races; les Maronites devant être gouvernés par un Maronite, les Druzes par un Druze,cela s'appela et s'appelle encore le régime des caïmacans. Ce régime, pour être sincèrementet sérieusement appliqué, supposait le partage égal du Liban en deux zones, peuplées Tune uniquement de Maronites, l'autre uniquement des Druzes ; or, cette organisation si simple était loin d'exister, car les districts de la montagne étaient presque tous mixtes, ce dont on ne s'aperçut à Gonstantinople q u'au dernier moment, et on jugea alors qu'il était trop tard pour revenir sur une décision dont le prince de Mettemich.passait pour être l'auteur.
La créatio ades caïmacans satisfaisait la Porte, l'Àn* gleterr^, et la Russie, parce qu'elle créait la division,
amoindrissait l'importance de la population catholique, frappait de déchéance une famille princière
catholique» et portait un coup sérieux à l'intlueDce française.
Le gouvernement français rentré dans le concert Européen, s'était engagé à traiter à cinq la question de Syrie et du Liban, il devait donc céder devant la majorilé des puissances, et empioj er son crédit, son désintéressement, sa bauie autorité morale à adoucir ou à améliorer le sort des catholiques ; je crois avoir démontré qu'U n'a point failli à celte mission ; mais il était impossible de se faire illusion ; l'organisation du Liban telle qu'elle était sortie des rivalités et des luttes diplomatiques, des puissances était tout simplement pour se servir du mot de Ri fat-Pacha, la guerre civile organisée'. Encore ce mot est-ii inexact; c'est à mon avis quelque chose de pire; si les Maronites et les Dnizes eussent été laissés à eux-mêmes; si leurs rivalités, leurs haines, se fussent trahies par des luttes, des combats, un antagonisme sanglant, en l'abscenoe d'une main ferme et imparliale pour les contenir et les obliger à vivre eu paix; c'eût été la guerre civile avec toutes ses horreurs, telle qu'elle a attristé un grand nombre de contrées européennes, et d'autant plus cruelle que la baine de race se joint en Orient à celle de religion ; mais dans le Liban, en Syrie, les liorreurs mêmes de la guerre civile ordinaire sont dépassées; chaque fois que les luttes ont éclaté entre les Maronites et les Druzes, on a vu les autorités ottomanes, civiles ou militaires, pencher outre mesure en faveur des Druzes, et leurs soldats prendre parti
pour ces derniers, soit en paralysant les mouvements des chrétiens, soit en les pillant, soit en se joignant ouvertement à leurs ennemis. Ai<-je raison de dire que c'est quelque chose de pire que la guerre civile! En 1842, en 1845, en 1860, même partialité révoltante, même appui<^onné aux Druzes ou aux Bédouins, même apathique indiliérence h la-vue des maux des chrétiens, même participation au pillage» quelquefois à rextermination de ces malheureux. Et que Ton songe que- les nuisulmans seuls sont appelés à l'honneur ou au devoir de composer l'armée dont les chrétiens sont exclus; que cette armée doit-être la gardienne de Tordre, de la sécurité des chrétiens (fai n'ont pâà été admis à servir sous les drapeaux ; que les Maronites ont été à plusieurs reprises désarmés et que la mesure du désarmement qui devait être appliquée à leurs ennemis les Druzes, aussi bien qu'a eux, ne l'a jamais été que très-imparfaitement.
Mais, dira-t-on, pourquoi cette partialité des Turcs envers les Druzes, pourquoi cette animosité
contre les chrétiens, et notamment contre les Maronites? il me semble que ces sentiments ne sont pas malaisés à pénétrer. Les musulmans voient avec un mécontentement mal déguisé l'intérêt porté aux chrétiens en général et aux Maronites dans le Liban.
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Les Maronites sont les protégés de la France depuis des siècles*. Cette protection, prouvée par plusieurs documents, et que nous avons presque toujours exercée avec vigilance et avec vigueur, a souvent causé aux Turcs de vifs déplaisirs. M. Guizot répondant un jour, à la chambre des députés, à un membre de l'opposition qui demandait avec instances que la protection de la France se fit sentir plus efficacement, et qui semblait inviter les chrétiens à y compter, à agir en conséqujsnce, s'écria avec une profoiide raison : <f Derrière vos paroles imprudentes, il y a de9 malheurs immenses en Orient!» 11 voulait dire : 11 y a
^a jalousie des Turcs, leur haine surexcitée, lés Ven-
geancf^s sanglantes, les massacres. Quand on annonce hautement sa proteetion, il ne faut pas se borner aut paroles, il faut agir; il fàut queledébârquetnent des troupes suive de près l'indignation; il faut que le drapeau de la France floUe au milieu même de ceux que nous voulons protéger.
Les événements qui se sont passés en Orient depuis quelques années ont contribué à sureiciler Tanimosité des musulmans contre les chrétiens. On se tappelle toutes les discussions qui ont précédé la guerre d*Orient, et les opinions exprimées avec Vivacité pat presque toute la presse européenne, et notamment celle de l'Angleterre. On élait d'accord pour arrêter et affaiblir la puissance menaçante de la Russie;
* Voir à Tapl^dictt les pièces justiftcathres.
mais la question du mainlien de l'inlégrilé de Tempire ottoman n'était envisagée qu'au point de vue de rinlérèt de l'Occident ; aucun sentiment de bienveillance pour les Tui es ne se faisait jour à travers les polémiques animées et Téchange des -notes diplomatiques. Avant la lutte, des agents envoyés dans plusieurs parties de l'empire ottoman pour étudier la situation des chrétiens» firent des rapports très-peu favorables aux Turcs, et un agent anglais déclara même que les demandes des Russes à l'égard ^es chrétiens étaient justes et fondées, et que l'Anglelerre se ferait honneur en exigeant, dans d'autres circonstances, les mêmes concessions que demandait la Russie. Cependant la guerre sur le Danube, la défense héroïque de Silistrie et de Kars inspirèrent à l'Europe des sentiments de bienveillante estime et même d'admiration pour les soldats ottomans. Malheureusement, le corps d'armée turc envoyé en Crimée, mal composé, mal commandé, détruisit Tef fet produit par les combattants de Silistrie et de Kars. Le spectacle de la mauvaise administration qui s'exerçait dans les provinces ottomanes, les plaintes des chrétiens, la vue de ces admirables contrées, restées si fort en arrière du mouvement de civilisation imprimé à l'Occident, ne laissèrent dans l'esprit des alliés que des souvenirs pénibles et presque hostiles au pays et au peuple auquel on avait porté secours. U y avait sans doute de rinjustice dans ces impressions, mais je ne crois pas m'écarter de la vérité en disant qu'elles étaient générales dans l'armée française , dont les sympa-
lliies se prononcèrent bien plutôt pour ses héroïques adversaires, les défenseurs de SébastopoL
Parmi les musulmans ( je parle ici des masses, de l'armée, de la population de Gonslantinople et des provinces d'iiiurope où les alliés parurent, soit avant, $oit pendant la guerre, soit après le triomphe), le passage des libérateurs ne laissa qu'une haine sourde contre TEuropéen et le chrélien. Celte haine était instinctive encore plus que raisonnée ; les musulmans sentaient vaguement, mais sûrement, que tout en affaiblissant la puissance menaçante de la Russie, l'ennemie traditionnelle de la Turquie , TOccident avait, en accourant au secours de l'empire ottoman, porté un coup mortel, peut-être, à cet empire luimême.
Jusque-là, les craintes inspirées par l'ambilionel la puissance de la Russie avaient plus ou moins réuni les autres grands Étais de l'Europe dans un accord commun pour élayer et maintenir un empire dont la chute au profit de la Russie semblait une nmmense calamité. Mahitenant que les craintes venant du côté de la Russie avaient disparu au moins pour longtemps, il y aurait moins d*accord entre les puissances ; la Turquie n'aurait plus, pour les faire voler à son aide, à montrer des dangers qui avaient cessé de préoccuper l'Europe; elle allait être obligée de vivre avec ses propres forces, de développer ses ressources, de se concilier les nombreuses populations non musulmanes qui sont placées sous le sceptre du sultan, La Turquie .en face de l'aréopage européea
avait donc une situation plus difficile encore que dans le lêle-à-téte avec la Russie, tout menaçant qu'il t&U Les musulmans avaient été profondément blessés de la supériorité écrasante de la civilisation et de la puissance des Européens. D'autres causes allumaient leur envie et leurs haines.'Pendant la guerre,* les populations chrétiennes de la Turquie d'Europe, et du littoral de l'Asie Mineure avaient fait des vœux ouvertement pour le triomf)lie des llusse.s, et avaient même tenté un soulèvement. La France et FAngleterre avaient été obligées, pour contenir la Grbce, d'envoyer des troupes; malgré tous ces faits, la syni- . pathie de l'Europe était resiée du côté des chrétiens jugés^ sévèrement, surveillés avec fermeté, mais inspirant plus d'intérêt que leurs maîtres musulmans qui combattaient à côté des alliés et pour la même causQ. Au congrès de Paris, malgré les ménagements que l'on eut pour la Porte Ottomane, l'Europe ne dissimula pas l'intérêt qu'elle portait aux chrétiens. Toutes ces causes portètent chez les mu-* sulmans la haine des chrétiens européens ou rayas,' à un haut degré d'intensité, et cette baine se tépandit bientôt dans tout le monde musulman ; l'insurrection et les cruautés exercées dans l'Inde, bien que ■ préparées depuis longtemps, éclatèrent à la suite de la guerre d'Orient; les massacres de Djedda h suivirent de près et partout, dans les pays où domine Tlsiam, on voyail se préparer des vêpres siciliennes. Depuis plus de trois ans tous les journaux contenaient des lettres nombreuses écrites d'Orient et qui an-
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noDçaient des achats d'armes sur une grande échelle par les musulmans dans toutes les parties de l'empire ottoman et dans le reste de l'Orient.
Pendant Télé de Tannée dernière, je rencontrai en Orient un agent anglais qui venait de parcourir TAsiè Mineure, la Mésopotamie, la Syrie, une partie du Kurdistan; il me fit un tableau effrayant de la terreur dans laquelle vivaient les chrétiens de toutes les provinces qu'il avait parcourues, de la haine qui animait les musulmans» et déclara qu-a- Tant quelques mois le séjour ou le voyage en iUie serait impossible pour les Européens, ou môme pour les chrétiens indigènes» à moins qu'ils ne voulussent, pour échapper à la fureur de leurs domina** teurs, feindre la même haine contre les chrétiens étrangers»
Danft la correspondance publiée par ordre du gou* vernement anglais et soumise aux deux chambres du parlementi cette situation est nettement décrite par sir Henry Buhrer, l'ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, qui écrit à lord* John Russeli que, depuis un an» il ne s'est pas passé une semaine sans qu'il ait appelé l'attention des autorités ottomanes sur la situation de la Syrie et les événements mena* çants qui s'y préparaient. Les autres représentants des puissances européennes, soit Gonstantinople» soit en Syrie, avaient également prévu et annoncé les mêmes HUdbeurs , dont les signes précurseurs» en Syrie, ne sauraient en eilet échapper aux yeux les moins clairvoyants.
Les premiers troubles commenoèrent en Syrie, dans
le Liban, dès le mois de mai. Des assassinats isolés précédèrent, comme au début de toutes les guerres intestines, l'explosion des massacres qui ont fait couler et font encore couler peut-être, au moment où j*écri$,des flots de sang dans le Liban et à Damas. Dès le début le gouverneur général de la province accusa les chrétiens d'être les auteurs des premiers meurtres, et dénonça au consul général d'Angleterre un comité de chrétiens siégeant à Beyrouth et comprenant quelques raya$ et des sujets ottomaus, placés sous la protection étrangère. Cette accusation portée par Khourcliid-Pacha n'est point nouvelle ; à chaque fois que des troubles ont éclaté dans le Liban, depuis 1842, on n'a pas manqué de chercher à en rejeter la responsabilité sur les chrétiens et sur ce prétendu comité ; disons-le une lois pour toutes : les provocations ne sont presque jamais venues des chrétiens. Les Maronites sont lal>orieux, adonnés aux travaux de la terre, paisiblés; de nombreux missionnaires catholiques français ou italiens sont établis au milieu d'eux ; ils ne leur piêclient que la patience et laconûance en Dieu. D'ailleurs, les assassinats n'ont jamais lieu que dans les districts mixtes où les chefs ou mokatagis sont Druzes; dans toutes les occasions, les Maromles out
eu la cruelle expérieuce de la parlialilé des autorités otloinanes en faveur des Druzes, commenta donc auraient-ils osé, quand ils voyaient monter tout autour d'eux le ilol de laliaiae.et du fanatisme des musulmans provoquer contre eux le décUalnement des plus effroyables passions?
£d même temps que Khourchid-Pacha dénonçait au consul général d'Angleterre les prétendues menées des chrétiens, ceux-ci adressaient les plaintes * les plus vives au gouverneur général* sur les nombreuxassassinatsquelesDruzes, avecdes circonstances atroces, commettaient sur les chrétiens des districts mixtes, obligés de fuir, d'abandonner leurs récoltes et leurs foyers. Les crimes des Druzes restèrent impunis; mais, dira-t-on,les Druzes ne sont j)as musulmans ; d'où vient donc la partialité des Turcs pour eux. Les Druzes ne sont point musulmans, mais ils afi'ectent du penchant pour l'isiamisuie. On a beaucoup écrit sur la religion des Druzes, mais on n*en sait rien de bien certain ; c'est probablement à Torigine une hérésie de l'islamisme. On a dit qu'ils étaient aux mahométans ce que les Samaritains étaient aux Hébreux. Us sont également accusés d'adorer un veau. Cette accusation n'est point prouvée. Ils ont des temples où aucun symbole extérieur n'a été vu. . Les Akkals (intelligents et initiés) semblent professer un pur déisme. Us sont au nombre de dix mille, portent un turban blanc, s'abstiennent de tabac, sont très-réservés dans leurs discours et peuvent se ma-^ rier. Les Djaliei. (ignorants) n'accomplissent aucun
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rite. Les Druzes ont des écoles et leurs enfants apprennent à lire dans le Goran ou dans les psaumes de David, livres arabes très-répandus en Syrie. Lors des conférences de 1845, le caïinacan des Druzes, Témir Roslan et les princîaux scheiks druzes, ne manquaient jamais de suivre le capilan-paeha et le mucliir à la mosquée, el de s'y prosterner comme eux; tandis qu'une pareille démonstration ne fut jamais faite ni - par le caïinacan chrétien, l'émir ILiydar, qui était pourtant d'origine druze,ni par son neveu, aujourd'hui caïmacan des Maronites, l'émir Béchir-Achmet, dont le père était Druze, et ne lit profession de la religion catholique que sous le gouvernement égyptien, qui se montra toujours entièrement favorable aux chrétiens de tous les rites. J'ai déjà dit que le chef druze, le plus considérable par sa naissance et sa fortune, le scheik Sayd-Djomblat, comptait plusieurs pachas parmi ses ancêtres: pour parvenir à cette dignité ils avaient dû faire profession de la religion musulmane. On ne saurait sans une grande injustice ou une grande ignorance confondre les Dnizes et les Maronites en ce qui concerne l'attachement à la religion. Les Maronites vivent côte à côte avec des Grecs unis au sain t-siége ou séparés de l'Église romaine, il y a entre eux émiilation pour le maintien de la foi et de la lidclilé au rite ; ils sont d'ailleurs contenus, surveillés, évangéiisés par des missions européennes. Les Druzesne connaissent aucun de ces freins.
Un autre sentiment qui rapproche les Druzes des
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