‹ Le Liban, la Galilée et RomeChapitre 12 sur 46 · CHAPITRE VH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VH

LA PLAINE d’éesdraélon et t, a montagne d’éphraïm.

Le mont Carmel. — Saint Louis. — Le comte de Chambord et le Livre des voyageurs. — La bataille du Kishon. — La tiibu d’issachar. — Le sacrifice d'Élie. — Mngeddo. — L'usurpalion de Jéhu. — Manassc. — Samarie. — Oolla et Oollibab. — Sicbem. — Le puits de Jacob. — Noire-Seigneur et la Samaritaine. — Une caverne des Chananécns. — Les défilés d'Épbraïm. — Bethei. — Bceroth.

6 Novembre. — Par une matinée ravissante, nous montons au couvent du Carmel, qui s’élève à l’extrémité du cap, «à quarante-cinq minutes de Khaïfa. Oliviers énormes. Herbe fine et petites fleurs roses comme dans les forêts de Corfou.

Le couvent est un vaste et solide édifice; il pourrait soutenir un siège. 11 a été reconstruit il y a une trentaine d’années, grâce aux efforts incroyables du frère Jean- Baptiste, qui parcourut l’Europe en se faisant partout des amis par sa gaieté et son entrain. Sur sa liste de souscripteurs on voyait la reine Victoria auprès du roi Louis-Philippe, lord Palmerston et M. de Metternich, M. de Rothschild non loin du baron Sina.

Rien ne peut égaler l’accueil hospitalier que l’on reçoit au Carmel. Ce serait une délicieuse retraite pendant les chaleurs de l’été.

LA PLAINE D’ESMAÉLON

’ Le bon père qui nous fait les honneurs du couvent est de Montalenghe, dans le Canavet, ce charmant pays de bois et de collines, entre la vallée d’Aoste et les plaines de Turin. Il connaît tous les miens, et nous causons avec bien de la joie du cher vieux Piémont.

Du haut des terrasses, la vue est admirable. Au nord, c’est la môme que nous voyions de Khaïfa, mais, au sud, on aperçoit toute la côte jusqu’aux environs de Césarée, la ville d’Hérode le Grand, où saint Pierre convertit Corneille. Sur cette ligne droite, il n’y a qu’un seul petit cap qui porte les ruines d’un manoir, nommé par les croisés castel Peregrini.

L’église, il faut l’avouer, est construite dans le plus mauvais goût italien. Affreuses peintures. Au-dessous est la grotte d’Élie.

J’ai déjà dit combien était puissant et vivace encore en Orient le souvenir du grand prophète d’Israël. Plusieurs fois pendant le cours de son étrange carrière, il habita les cavernes du mont Carmel. Ëlisée y vint après lui.

C’est du Carmel qu’il partit pour aller ressusciter aux confins de la plaine d’Esdraélon, le jeune enfant de la femme de Sunem. Lisez ce touchant récit au IVe chapitre du IVe livre des rois.

Depuis l’époque d’Ëlie et d’Élisée, il paraîtrait que des solitaires ont toujours habité cette montagne.

Sous les Romains, l’oracle du mont Carmel était si célèbre, que Vespasien vint le consulter de Ptolémaïde avant de marcher contre Josèphe, retranché à Jotapata.

Plus tard, les ermites devenus chrétiens, se mirent sous la protection spéciale de la Sainte Vierge. Saint

ET LA MONTAGNE d’ePHRAIM.

Louis s’étant embarqué pour la France, après -avoir appris la mort de Blanche de Castille, sa mère, fut surpris par un épouvantable orage. Il invoqua Notre- Dame du Carmel. Les flots se calmèrent et il débarqua pour la remercier sur la sainte montagne.

Six cent huit ans plus tard, un descendant exilé de saint Louis, Henri, comte de Chambord, venait visiter ce sanctuaire.

Son nom est inscrit sur le livre des voyageurs avec ceux du duc de Lé vis, du comte de Damas, de Fernand de la Ferronnays, frère de cet Albert, si cher à ceux qui ont lu le beau Récit d une sœur . Mais ces signatures sont éclipsées par celle de quelque hobereau ridicule, qui tout à côté d’elles, avec vignette et force enjolivures, annonce au public « que Hugo, comte de Poligny, huit mois après le passage de monseigneur, est venu ici. » Il s’est attiré d’un anonyme la note suivante, trèsbien méritée i « Quelle stupide, sotte, bête vanité , de la part de cet imbécile, d’être venu se fourrer au milieu de ces nobles signatures, qu’il n’a pas su respecter ! » Après un trop court séjour, nous quittons avec regret le Carmel et, repassant à Khaïfa, nous venons Camper pour la première fois, depuis les Cèdres* dans tin lieu complètement désert.

Nous sommes sur les bords du torrent Kishon, à 1* endroit resserré entre le Carmel et les collines de la Galilée, où il sort de la plaine d’Esdraélom

Le campement est mal choisi ; mais notre èsfcortë iië voulait pas s’aventurer plus avant dans la plaine; Qùe l’on comprenne bien que, par le mot pompeux d’escorte, je veux parler de ce qui s’appelle ainsi en Orient. Deux cavaliers mal armés, fournis par le gouverneur de

LA PLAINE ü’eSDRAÊLON

Khaïfa, qui tourneraient bride à la première attaque. Ils sont utiles, cependant; car, espèce d’agents de police du pays, ils connaissent leur inonde et dénonceraient immédiatement la tribu coupable. Du reste, il y a peu de danger réel; il y en aurait davantage, sous le nouveau royaume d’Italie, à se promener aux environs de Païenne ou à aller à Pæstum.

Le danger qui me touche le plus est celui du désastre qui arriva à l’armée de Sisera. Nos tentes sont placées sur le bord du torrent Kishon, au milieu de terres si molles, si profondément crevassées , que, malgré la sécheresse, il est difficile d’y rester à cheval ; pour mes hommes, ils ne peuvent plus avancer. Le ciel est menaçant vers le nord, et, sérieusement parlant, si la pluie venait à tomber, nous aurions grand’ peine à regagner la hauteur avec nos bêtes de somme lourdement chargées. Qu’on se figure maintenant une armée de chars de guerre embourbée dans ce terrain et surprise au milieu d’une pluie terrible et d’une crue subite des torrents, par d’agiles adversaires combattant à pied.

üébora, du haut du Thabor, s’écrie : « Les rois de Chanaan ont combattu près des eaux de Mageddo, ils n'ont rien emporté de leur butin. — Le ciel a combattu contre eux, le torrent de Kishon a roulé leurs cadavres. » (Juges, V, 19, 21.)

C’est un des exemples frappants de la vérité des descriptions de la Bible, quand on examine avec soin les pays où se passa son histoire.

C’est le seul livre de l’antiquité qui ait le sentiment topographique. — Les historiens grecs et romains, si admirables comme style, manquent essentiellement de cette qualité. Ils en sont désolants pour ceux qui ne

Page 1